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 La légende de l'invocatrice d'Outo

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Naej Niluomud



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MessageSujet: La légende de l'invocatrice d'Outo   Mer 28 Déc 2011 - 2:44

Allez à mon tour de lancer ma fanfic. Le premier chapitre pour ce soir, les autres suivront.

J'attends un commentaire de fin de chapitre, et éventuellement une photo de vous prise au moment où vous lirez la fin. Histoire de savoir si l'effet de surprise est réussi...

Sans plus attendre, voici le chapitre 1 : Le retour triomphale !

La journée était fort bien entamée, le soleil dardait ses rayons ardents à travers des écharpes de brumes sur la forêt proche de la ville côtière d'Outo. Pourtant une si belle mâtinée de printemps était souillée par la présence d'êtres contre nature dans la forêt. Au sein même de cette dernière, onis et humains s'affrontaient. Un petit convoi de marchandise en direction d'Outo était manifestement tombé dans une embuscade tendu par les vils démons. De part et d'autre des chariots de marchandises des soldats, des mercenaires à la solde des riches marchands de la ville pour être exact se battaient pour repousser jusqu'en enfer ces abominations. Pourtant en surnombre les mercenaires semblaient avoir du mal à repousser les créatures agiles et fortes qui les harcelaient, frappant depuis les frondaisons avant de se replier dans les fourrés.

Au milieu de cette scène de combat deux individus tranchaient nettement, une jeune femme drapée dans une cape carmin, et un petit garçon qui ne la lâchait pas d'une semelle. Elle était de petite taille, aux cheveux châtains qui lui arrivaient à mi hauteur et qui portait un regard d'émeraude désolé sur ce combat. Particulièrement belle, elle devait être âgée d'un peu moins de la trentaine. L'enfant à ses côtés ne lui ressemblait en rien, vêtu sobrement de vêtement en cuir, brun et portant un regard de saphir fasciné sur la bataille il semblait être l'opposé même de la jeune femme. Il laissait lui aussi ses cheveux de jais lui tomber sur les épaules comme pour imiter la personne à ses côtés.

« Observe bien » lui murmura-t-elle alors qu'elle descendait du chariot d'un petit bond agile suivi dans l'instant par l'enfant. Elle avait sortie une clé d'une poche de sa robe, qu'elle tenait maintenant dans sa paume ouverte, bras tendus devant elle. Elle psalmodia quelques ces quelques mots :
« Clé détentrice du pouvoir stellaire, révèle moi ta véritable apparence. Au nom du pacte obéis moi. Release. » La clé se métamorphosa littéralement, grandissant pour atteindre une taille supérieur à celle de la jeune femme, entièrement rose pâle, se finissant par une étoile jaune au centre d'un cercle dont deux ailes ornaient les flancs.

Avisant que deux onis avaient percés la barrière défensive des mercenaires et s'approchaient trop des chariots, elle fouilla un instant dans ses amples vêtements pour en sortir deux morceaux de papiers, de forme rectangulaire, sur lequel des kanjis étaient dessinés à l'encre de Chine. Elle lança les deux rectangles de papier en direction des ennemis les plus proche et ils s'y fixèrent comme par magie. Avant que les créatures n'aient pu les arracher, elle avait tendu son bâton vers les deux créatures, marmonnant à chaque fois « Fire » quand le bâton visait une des créature. Le papier s'embrasa, suivit dans l'instant par les créatures qui périrent dans un cri inarticulé. Un des mercenaire qui accourait pour renforcer la ligne de bataille la remercia d'un signe de tête avant de repartir au combat. A ses côtés; l'enfant dardait un regard plein d'admiration sur la jeune femme. Après cela elle remonta dans le chariot, sous les yeux étonnés du garçon.

« Vous ne les aidez pas plus maîtresse Sakura ? » interrogea-t-il visiblement très surpris.

La dite Sakura porta un regard panoramique sur la bataille et constata que les mercenaires reprenaient l'avantage avec ces deux adversaires de moins.

« Je pourrais les aider » répondit-elle en souriant « Mais cela ne serait pas très gentil pour ces mercenaires de leur voler une prime bien méritée en accomplissant leur travail à leur place. Les onis sont assez affaiblis, ils vont reprendre le dessus d'une seconde à l'autre. ». Confirmant ses paroles, une minute n'avait pas passé que le dernier oni s'écroulait une lame plantée dans ce qui devait lui servir de gorge. Le petit garçon descendit du chariot pour aller observer plus en détail les créatures maintenant mortes. De forme vaguement humaine, elles ne semblaient pas faites de matière réelle mais plutôt d'ombre, voir d'un quelconque gaz ou d'un liquide mais certainement pas d'une matière solide. Leur corps était entièrement noir, et ondulait par endroit, leur donnant un aspect nébuleux. Ils semblaient être dépourvus d'yeux, le seul orifice visible de leur corps était une bouche de taille impressionnante garnie de croc à en faire pâlir d'envie un tigre du Bengale. En outre, leurs mains se terminaient par des griffes de la taille d'une dague, et capable de trancher même l'acier. Ces adversaires n'étaient pas à prendre à la légère. L'enfant observa aussi que les êtres étranges étaient marqués sur le front par un symbole rouge. Celui qu'il observait représentait un oeil dans un orbe de flamme. Alors qu'il l'observait, le corps se décomposait peu à peu en de nombreux fragments de matière sombre, et en quelques minutes toute trace des onis avait disparue. Pendant ce temps, la magicienne s'était rendue à l'avant du convoi se dirigeant vers un couple de combattant étonnant. Une petite bretteur redoutable, fine lame soit disant la plus crainte d'Outo, et un grand combattant élancé qui avaient pris l'habitude de se battre dos à dos, le redouté duo Naoko Takashi Yamazaki. Le capitaine Yamazaki menait en effet cette petite troupe de combattant avec brio depuis des années, comme en témoignait ces multiples blessures, mais bien que sa partenaire n'en portait aucune elle ne se battait pas moins elle aussi depuis aussi longtemps que lui.

« La situation est sous contrôle capitaine, nous pouvons repartir » signala-t-elle. Sur l'ordre du capitaine mercenaire le convoi reprit sa longue route vers Outo.

Moins d'une heure plus tard les remparts d'Outo étaient en vue. Sakura sentait déjà par avance l'odeur de l'iode, la senteur des marchés et du vieux port qui constituaient le cœur de la ville. Et plus encore, elle se languissait de son retour chez elle. Son amour devait l'attendre là bas, sans aucun doute avec impatience mais aussi avec inquiétude, quoi de plus normal après tout, son travail n'était pas de tout repos.

Le convoi entra dans la ville par la porte du sud, et fut accueilli par une pluie de fleur de cerisiers jetées par la foule en liesse. Depuis des semaines la liaison entre Outo et le reste de l'île était coupé, mais enfin une expédition avait réussi à traverser les contrées hostiles et à ramener des denrées nécessaires au bon déroulement du commerce avec l'Europe et l'Afrique. Bientôt Outo serait de nouveau une ville des plus active recevant des visiteurs des quatre coins du globes pour acheter ses marchandises. La ville était déjà prospère comme pouvait le constater l'enfant qui ne l'avait jamais vue, les rues étaient pavées et bien tracées, des rangées de demeures toutes de pierre allant de celles des plus pauvres en simple pierre jusqu'aux plus riches demeures faites dans du marbre qui s'alignaient le long de la voie principale, ainsi que de nombreuses échoppes proposant des produits tantôt traditionnels comme du thé ou du riz, tantôt des produits exotiques comme tout ces fruits importés d'Afrique, ou l'acier en provenance d'Europe.

Le convoi s'arrêta en premier devant une grande propriété dotée d'un immense jardin qui devait être plus grand qu'un hectare d'ailleurs. C'est ici que Sakura et son acolyte laissèrent les chariots poursuivre leur route sans eux. Avant de repartir Yamazaki lui signala que ce serait un plaisir pour lui et ses hommes de l'avoir avec eux le soir même à la taverne pour décompresser autour d'un verre de saké fédérateur, elle déclina cependant l'offre, ayant de plus grands projets pour la nuit.

L'après midi même la magicienne avait énormément de choses à faire, et son protégé avait amplement mérité une pause. Certes la nuit le port d'Outo était assez malfamé, mais pas autant que celui de Singapour ni d'Osaka, et de jour la garde municipale quadrillait la ville pour s'assurer qu'aucune rixe n'éclate. Qui plus est Yamazaki passerait les deux prochains jours dans toutes les tavernes du coin avec ses hommes, et si son adorable disciple avait un quelconque problème, elle était sûr que les dits mercenaires s'assureraient qu'il ne lui arrive rien. En effet ce dernier avait noué de nombreux liens d'amitiés au cours du voyage. Désormais décidée, Sakura ouvrit la bourse qu'elle gardait serrée à sa ceinture et en tira deux pièces d'argents qu'elle remit à l'enfant.

« Tiens ! » lui dit elle « J'ai des choses à faire avec le maire tu peux disposer de ton après midi. Nous nous retrouverons ce soir à la salle des festivités. » l'enfant accepta l'argent, salua sa maîtresse et avant de partir, déclara avec un sourire espiègle « J'ai bien comprit, je vous laisse vous dire des mots doux sans moi, passez une bonne après midi maîtresse. » Embarrassée le rouge montait aux joues de Sakura, mais elle ne put répliquer, son adorable disciple avait déjà disparu dans la foule avant toute possibilité de représailles. Elle soupira. Décidément l'enfant était incorrigible.

Sakura s'engagea enfin dans l'allée menant à la riche demeure. Celle-ci était bordée par deux rangées de cerisiers, en fleurs à cette période de l'année qui donnaient une touche de gaieté supplémentaire à la demeure de pierre immaculée. Le grand amour de sa vie devait se languir quelque part derrière ces murs de pierre blanche qui réfléchissaient le moindre rayon de soleil de cette belle après midi de printemps. Elle arriva devant la porte après ce qui lui semblait être une éternité. Son cœur battant la chamade, elle frappa à l'huis , très vite un vieux majordome grisonnant vint lui ouvrir la porte.

« Mlle Kinomoto ! Vous êtes attendue par le maire dans le salon » lui indiqua-t-il.
« Ah Wei, vous m'avez manqué ! Merci beaucoup, je m'y rends de ce pas. »

Pourtant, malgré sa déclaration, Sakura n'avança pas beaucoup, sortie du hall d'entrée de marbre blanc, elle n'avait pas fait deux pas dans le corridor menant au salon que quelqu'un se jetait dans ces bras et que de douces mains venaient l'enlacer au niveau des épaules. Surprise par cette arrivée soudaine, elle réagit lentement, passant sa main avec douceur dans les cheveux noirs tant aimés étreignant elle aussi la personne qui l'enlaçait. Elle releva légèrement son visage vers celui d'albâtre qui lui faisait face, avant de poser ses lèvres sur celles blanches et fines du visage de son amour. Leur lèvres se croisaient en un ballet gracieux tantôt l'une contre l'autre tantôt ne se touchant plus que par la commissure, mais toujours avec beaucoup de passion.

« Tu m'as manquée... Tomoyo. » parvint à articuler Sakura entre deux baisers passionnés.
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Naej Niluomud



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MessageSujet: Re: La légende de l'invocatrice d'Outo   Ven 30 Déc 2011 - 0:47

Chapitre 2 :

Ces embrassades durèrent longtemps, se poursuivant une fois les deux jeunes femmes dans l'intimité de l'office de Mme le maire Tomoyo Daidouji. En effet, Tomoyo, marchande, propriétaire terrienne richissime via sa corporation familiale et ancestrale avait été élue comme dirigeante de la cité état d'Outo par le conseil des marchands il y a de cela trois ans. Il lui restait encore deux ans de mandat à effectuer après quoi elle retournerait à sa condition simple de marchande la plus riche de la cité. Riche et belle marchande même, pensait Sakura. Elle avait tout pour elle. De longs cheveux noirs lisses et soyeux, de grands yeux bleus clairs de la couleur de l'océan par une journée d'été ensoleillée, une peau d'albâtre qui faisait ressortir l'ensemble, une peau si douce et sans imperfection, une poitrine menue que les hommes n'appréciaient guère attirés qu'ils étaient par des choses sans importance, mais qu'elle même trouvait à sa convenance, et surtout, une grande bonté la caractérisait. Elle savait qu'elle pourrait toujours compter sur Tomoyo pour la consoler, la tenir dans ses bras pendant qu'elle pleurerait à chaude larmes de ses malheurs, et cela à ses yeux valait plus que tout, plus que son beau visage, plus que sa peau douce, plus que toute son apparence physique.

Tomoyo s'arrêta dans ses baisers la première. Elle semblait contemplative devant son amie qui se demandait à quoi elle songeait. Elle déclara enfin en rougissant un peu : « Je suis désolée, quelle égoïste je fais, tu rentres de voyage et je ne songe pas un instant que tu puisse vouloir te reposer un peu. Viens, je vais demander à Wei de te préparer un bain chaud.
-Non, je t'assure, c'est très bien ainsi. Merci beaucoup. » la magicienne marqua un temps d'arrêt « Mais c'est vrai qu'un bain me ferait le plus grand bien. Je vais me préparer, je reviens tout de suite. »

Joignant le geste à la parole elle monta au deuxième étage de la résidence, pour se rendre à son étude personnelle. Bien qu'elle dormait très souvent aux côtés de son amie Tomoyo, elle avait aussi besoin d'être seule parfois, principalement pour pratiquer la magie. Elles avaient en effet toutes deux constatées depuis fort longtemps que la seule présence de Tomoyo pouvait déconcentrer son amie suffisamment pour qu'elle échoue à lancer même des sortilèges mineurs.

La pièce était toujours bien rangée, Sakura constatait avec satisfaction que conformément à sa volonté son amie n'avait rien touchée dans la pièce. Certes elle prenait un peu la poussière mais ainsi personne ne risquait de venir déclencher par accident un pouvoir incontrôlable. Le livre de Clow dans lequel était rangée les cartes d'invocations les plus puissantes était posé sur sa table de travail, au centre d'un petit cercle magique destiné à repousser une main un peu trop curieuse, deux précautions valant mieux qu'une. A côté trainaient plusieurs rouleaux de parchemins magiques, et plusieurs pots d'encres avec divers plumes qui servaient habituellement à Sakura à fabriquer de nouvelles cartes mineurs. Ces cartes là ne possédaient pas un immense pouvoir, elles étaient faciles d'utilisations et demandaient une dépense d'énergie minimale. Elles étaient donc plus pratique à utiliser dans le cas d'un petit affrontement, plutôt que d'utiliser une carte majeur ce qui eut été une dépense d'énergie bien souvent inutile. Leur seul défaut était leur usage unique. A ce propos elle songea qu'elle devrait bientôt prendre le temps de fabriquer de nouvelles cartes car sa réserve était épuisée dans plusieurs éléments. Mais pour l'heure elle devait se changer, aussi elle se déshabilla en vitesse, enlevant à la hâte cape de voyage, jupe robe, dessous, jetant ses vêtements pèle-mêle sur son petit lit de camp, avant de s'enrouler dans une grande serviette qu'elle avait sortie de son armoire.

Elle redescendit alors, pour aller dans la salle de bain. Entre temps l'eau avait été chauffée et emplissait maintenant une large baignoire de marbre blanc, comme toutes celles des riches propriétés d'Outo. Chaleur et moiteur régnaient en maître dans la pièce. La magicienne se glissa en vitesse et avec plaisir dans l'eau chaude, profitant d'un moment d'extase après plusieurs semaines passées en selle pour joindre Outo depuis Kyoto. Elle poussa un petit soupir de satisfaction. Il n'y avait rien de plus doux que de se délasser dans l'eau chaude après un long voyage.

Quelqu'un toqua doucement à la porte de la salle d'eau avant d'entrer. C'était Tomoyo, elle aussi enroulée dans une serviette qui ne lui cachait qu'assez peu le haut des jambes et le bas de la poitrine. La magicienne devait réviser son jugement, plus doux encore était le fait de prendre un bain avec son amante après un long voyage loin d'elle. Elle se glissa elle aussi dans l'eau, juste derrière son amie et lui murmura tendrement à l'oreille : « Cela faisait trop longtemps que nous n'avions pas pu profiter d'un tel moment ensemble. » Ce moment de tendresse et d'amour toutes deux l'avaient amplement méritée. Comme quand elles étaient enfant et que Tomoyo coiffait Sakura, elle insista pour s'occuper de sa toilette... à sa façon. Elle commença par délier une à une les mèches de cheveux de son amie, avant de les nettoyer au savon lentement en y mettant tout son cœur. Elle en profita aussi, connaissant les troubles de son amie, pour lui masser les tempes qui étaient souvent douloureuse à force de se concentrer sur sortilèges et grimoires obscures. La jeune magicienne était aux anges. Puis Tomoyo commença à lui frotter amoureusement le dos, du haut en bas, et les bras redoublant d'ardeur à chaque petit soupir de satisfaction que laissait échapper son amie. Elle poursuivit cette toilette, se faisant tantôt caressante, tantôt plus brutale, alternant les deux pour le plus grand plaisir de sa compagne, tout en noyant ses joues, ou son cou de baisers. Elle poussa sa hardiesse jusqu'à atteindre une partie bien plus intime de son anatomie mais une petite main l'arrêta suivie de la voix tant aimée « Pas maintenant Tomoyo. Je suis désolée, je ne me sens pas capable de cela maintenant.
-Tu sais bien que ce qui compte le plus pour moi c'est ton bonheur. J'attendrais l'éternité s'il le faut. »

Toutes deux reprirent leur bain, parsemé de maintes preuves d'amours, même si les deux jeunes femmes restaient très sage pour l'instant. Mais toutes deux savaient que la nuit serait prometteuse.






La magicienne était maintenant revenue dans son étude, portant une de ses robes de chambre en soie teinte en vert. Elle allait travailler quelques heures pour regarnir son stock de cartes magiques, aussi se mit-elle à la tâche immédiatement après sa toilette finie, tirant sa plus belle plume et la plongeant dans l'encre pour tracer les signes à même de générer le pouvoir des cartes. Moins de trois heures plus tard elle avait insufflé sa magie à une dizaine de carte des éléments du feu, de l'eau et du vent, et de la terre à trois autres car il s'agissait de la carte dont elle se servait le moins.

Remarquant par la fenêtre que le soleil léchait la surface des flots, elle se décida à aller rejoindre son disciple au lieu convenu l'après midi même. Elle rangea son travail en cours dans un tiroir qu'elle scella d'un petit mot magique, avant de se changer, optant finalement pour son ensemble noir qui devrait passer facilement inaperçue en ville, car il s'agissait là de la mode de l'année.

Elle sortit de la propriété à pied, sans demander à Tomoyo de lui prêter un cheval, elle préférait y aller ainsi pour profiter un peu de la ville qu'elle n'avait pas vue depuis un moment. Tout en marchant elle passa dans les étals, jaugeant les nouvelles marchandises qui n'étaient pas là l'an dernier, constatant aussi de nombreux changements dans les visiteurs du port. D'habitude il était toujours le lieu de discussions animées entre marins, un lieu de rencontre presque chaleureux par endroit. Pourtant, partout où elle posait le regard elle trouvait bien trop de visage fermés à son goût, et trop d'hommes une main sur le manche d'une dague ou les doigts crispés sur une bourse. Apparemment la situation à l'extérieur de la ville n'était pas des plus réjouissante. Faisant fi de cela, elle arriva enfin devant la salle des fêtes, qui n'était autre d'ailleurs qu'une taverne mieux tenue que les autres disposant d'une grande salle de banquet pour les réunions des principaux marchands et d'une scène qui permettait à des troupes de théâtres itinérantes de se produire en ville malgré l'absence d'un vrai théâtre. Comme toujours dans la salle régnait une semi pénombre due à l'absence de fenêtre et à la présence de torches alignées aux murs.
Dans un coin de la pièce s'alignait un large bar derrière lequel le tenancier nettoyait négligemment ses verres. Dans le reste de la salle, des marins, des mercenaires, des marchands, et des membres de toutes professions et confessions buvaient un verre en parlant affaire autour d'une table.

La magicienne s'installa elle même sur un tabouret au bar. Depuis qu'elle travaillait à la sécurité de la ville avec le groupe de Yamazaki, elle avait pris l'habitude de venir boire ici, de temps à autre, pour se rapprocher un peu des hommes du groupe et remonter le moral des troupes, même si elle doutait de l'efficacité de son action.

« Je vous sers la même chose que d'habitude ? »

Elle répondit à l'affirmative d'un hochement de tête à l'attention du tenancier, qui lui servi dans la minute un fond d'alcool de riz mélangé à plusieurs jus de fruits exotiques. Un cocktail comme un autre qu'elle préférait aux alcools forts que buvaient tous les représentants du sexe masculin dans la taverne. Elle remuait le contenu de son verre, pensive, lorsqu'une autre personne entra dans la taverne et vint se placer au bar non loin d'elle. Elle l'entendit commander un verre de saké. Ce n'était pas chose courante ici, les marins avaient une préférence pour le rhum des îles orientale, les marchands quant à eux ramenaient des vins fins d'Italie et de France, quant aux mercenaires une simple bière de houblon des plus simple était souvent ce qu'ils préféraient. Moins cher qu'un alcool fort, et bien dosée en alcool pour qu'ils profitent de leur soirée avant d'être saoul. Et surtout bien plus adaptée à leur solde que du saké, au prix devenu exorbitant avec l'isolement d'Outo par rapport au reste de l'île. Il devait donc s'agir d'une personne en visite, et sa curiosité naturelle prenant le dessus elle se décida à l'observer discrètement.

Il s'agissait d'un jeune homme qui devait être de l'âge de la magicienne, ou peu s'en fallait. Un peu plus grand qu'elle, il avait des cheveux châtains assez longs pour un homme mais qu'il n'attachait pas en queue de cheval à la manière des soldats. Et pourtant il semblait équipé pour la guerre au vue de la garde d'épée qui dépassait de derrière son dos. Sans doute était-elle cachée partiellement sous les vêtements de l'étranger. Il était par ailleurs richement vêtu de vert et d'or, et arborait sur ce qui lui tenait lieu de chapeau l'insigne de la famille impériale chinoise. Elle se doutait qu'il ne devait pas être un prince ou un membre de la famille dirigeante, mais plutôt un haut dignitaire qui avait reçu le droit de porter cet insigne pour récompenser ses bons et loyaux services.

« Il est plutôt bel homme. Je me demande ce qu'il fait ici. Ce n'est pas vraiment l'endroit idéal pour se promener la nuit. » songea-t-elle

Elle ne pu cependant pas pousser plus loin son investigation car le petit bout de choux qui lui servait de disciple venait lui aussi d'entrer dans la taverne. Il avait apparemment du mal à se repérer dans l'endroit, après tout ce devait être la première fois qu'il mettait les pieds ici. Sa maîtresse l'interpella et il vint la rejoindre.

« Alors Eriol ? Tu as passé une bonne après midi ?
-Très bonne maîtresse. J'ai vu plein de choses superbes, le port ses magasins, je suis même tombé sur une grande librairie. Je suis désolé je m'y suis trop attardé c'est pour ça que j'étais en retard au rendez vous. »

Depuis qu'elle l'avait rencontré, Eriol ne cessait de l'étonner. Capable d'utiliser de manière instinctive la magie, maintenant passionné par les livres alors qu'il ne devait pas avoir plus de dix ans ? Elle avait eut de la chance de trouver une telle personne à qui enseigner son art. Il se montrerait sans aucun doute assidu au travail et remarquablement doué.

« Très bien, alors rentrons si nous n'avons plus rien à faire dans le port. Nous dormons à la villa ce soir. » Elle se rappela soudainement qu'elle n'avait pas prévenue Tomoyo de la venue du petit nouveau. « Ce soir tu dormiras dans ma chambre. Les chambres d'amis n'ont pas été préparées, je suis désolé, j'ai complètement oublié d'en parler au maire.
-Mais je ne peux pas dormir avec vous maître ! Vous bougez trop pendant la nuit, ça me réveillera. »

Voilà. C'était un des rares défauts du garçon. Ou une qualité selon le point de vue qui le jugeait. Il avait la langue un peu trop bien pendue et était sans doute aucun un peu trop espiègle.

« Ce ne sera pas la peine, je trouverais un moyen de m'arranger.
-Avec le maire ? » demanda naïvement le disciple, mais dans sa naïveté perçait un brin de moquerie.

Sakura ne mordit pas à l'hameçon et détourna le regard. Heureusement dans la pénombre l'enfant ne l'avait pas vue rougir, embarrassée qu'elle était d'être si facilement mise au jour.

« Allons y. » lâcha-t-elle simplement.

En sortant, il lui sembla que quelqu'un l'observait. Elle se retourna. C'était l'étranger de tout à l'heure qui portait son regard d'ambre sur elle. Il ne lui inspirait vraiment pas confiance, elle préféra sortir au plus vite.








« Nous aurons de la visite ce soir. » annonça Tomoyo à son amie alors qu'elle venait de rentrer. La magicienne avait envoyé son disciple se coucher après un peu de travail et était maintenant libre de ses mouvements, suffisamment pour ne pas à avoir à justifier une visite nocturne à son amour.

« Qui donc à une heure pareil ? interrogea Sakura
-Apparemment un ambassadeur de l'empire du milieu. Il est arrivé cet après midi par la mer et je ne pouvais pas le recevoir avant ce soir. Et je préférais t'avoir à mes côtés avant qu'il ne vienne. On raconte que cet homme est un magicien, je me fais peut être des idées, mais j'aime mieux te savoir proche de moi au cas où la diplomatie du poignard serait de mise. »

La magicienne ne s'en étonna guère. La vie actuelle était dure, les états avaient pris l'habitude d'agir de manière très peu éthique les uns envers les autres, et cet ambassadeur ne serait sans doute pas le premier auquel on aurait confié dans une main un message officiel et dans l'autre un poignard. Elle comprenait donc parfaitement les craintes de son amie et se décida à se prendre au jeu.

« Très bien. Je l'emmènerais moi même à ton bureau. Si il a de mauvaises intentions ça devrait me laisser le temps de le découvrir.
-Merci infiniment mon amie, je ne sais ce que je ferais sans toi.
-Tu te débrouillerais très bien j'en suis convaincue. »

Le lourd bruit de l'huis auquel quelqu'un frappait interrompit la conversation.

« Ce doit être lui. » déclara Tomoyo. Sakura acquiesça et sortit pour aller à la rencontre du visiteur. Wei avait reçu ses instructions et avait donc déjà ouvert la porte pour l'ambassadeur. La surprise de Sakura fut totale. Il s'agissait de cet homme, précisément celui là même qu'elle avait vue à la salle des fêtes moins d'une heure avant. Elle se recomposa une attitude détachée avant de dire
« Le maire Daidouji va vous recevoir. Veuillez me suivre. »

Il ne répondit rien mais la suivit à travers les couloirs. Il lui lançait toujours ce même regard qui lui donnait froid dans le dos. Cet homme pouvait s'avérer vraiment très dangereux, elle regretta de ne pas avoir eut le temps de réveiller Kerberos et Yue. Les deux protecteurs auraient étés un atout de taille, car l'un comme l'autre passaient inaperçus sous leurs formes d'emprunts. Inspectant l'aura du diplomate, Sakura pu se rassurer. Certes il était un peu effrayant mais il n'avait pas de mauvaises intentions. Ou si il en avait, il les cachait fort bien. Elle restait donc sur ses gardes, prête à toute éventualité.

Ils finirent par arriver au bureau de Tomoyo. Elle était assise derrière son bureau, entrain de remplir quelque papier. Voilà qui faisait partie du jeu politique que Sakura n'arriverait jamais à comprendre. Sembler occupé en attendant un visiteur pour rappeler clairement à l'invité qui était en position de force dans cette discussion.

Après quelques secondes elle leva les yeux de son travail et se leva pour aller à la rencontre du nouveau venu.

« Je suis le maire Tomoyo Daidouji. Je vous souhaite la bienvenue. »

Il mit plusieurs secondes à répondre durant lesquels Sakura craignait à tout instant de le voir poser la main sur la garde d'épée toujours présente dans son dos. Il finit par se présenter.

« Je vous salue maire Daidouji. Je suis Shaolan Li, dernier enfant de l'impératrice, et je vous apporte les respects de l'empire du milieu ainsi qu'un message. »

Chapitre 3 :

Un rêve. Ce n'était rien de plus qu'un rêve. Mais particulièrement réel. Sakura ne savait pas où elle était, mais elle savait que c'était important. Pour la première nuit depuis longtemps, elle avait décidé de se laisser envahir par ses visions du futur.

Une muraille. Gigantesque de hauteur comme de longueur, c'est devant cela qu'elle se trouvait. Des soldats semblaient monter la garde sur des tours à intervalles réguliers de la muraille, près de grandes vasques. Elle changea soudain d'angle de vision ,se retrouvant alors par la nuit étoilée au pied de la muraille. Elle ne comprit pas pourquoi la vision lui montrait ceci, lorsque soudainement une main s'extirpa du sol. La magicienne réprima un frisson qui aurait fait s'interrompre la vision. Ce n'était pas une main de chair, mais une main d'os. Lentement, un squelette sortit de terre. Peu à peu d'autres congénères de la première créature sortirent du sol, tous armées d'outils rouillés et pour certains de lames n'ayant pas dû servir depuis des siècles. Elle vit les créatures escalader en silence la muraille qui semblait pourtant aussi lisse qu'une plaque de verre et parfaitement verticale, pourtant les créatures morts vivantes semblaient trouver des prises invisibles pour l'œil humain. Pendant ce temps la magicienne pouvait discerner les bruits calme des discussions des quelques gardes postés sur la tour, inconscients du danger qui les menaçait. La magicienne pu avoir une vision d'ensemble de la scène, et constater que les créatures prenaient d'assaut la muraille de toute part, en silence, sans éveiller l'attention des gardes insouciants. Le premier des morts vivants arriva enfin sur la muraille. Un garde lui tournait le dos. Avant que le rêve ne la quitte, la magicienne eu le temps de voir une lame s'abattre sur le dos du malheureux, et le sang jaillir. Terrifiante était cette vision de mort, mais plus encore l'était le crâne aux orbites vides et au front marqué d'une rune écarlate. Une rune comme celles que les Onis portaient.





Sakura émergea enfin de son état de transe, en sueur, passablement effrayée par ce qu'elle venait de voir. Ces créatures mortes vivantes aux orbites vides tuant de sang froid les vivants l'avait terrifiée.
Elle se rappela que petite fille, alors qu'elle n'était encore qu'une élève de Clow il lui arrivait souvent d'avoir de telles visions d'horreurs, et que chaque fois que son maître l'apprenait, il la prenait dans ses bras, la berçait doucement jusqu'à ce qu'elle se calme... Et le lendemain il lui faisait faire de nouveaux exercices plus complexes pour qu'elle puisse maîtriser peu à peu ses visions nocturnes.

« Encore un mauvais rêve ? S'enquit Tomoyo
-Oui mais ne t'en fais pas, répondit son amie, cette nuit je devais vraiment essayer d'avoir des réponses.
-Et vue ton visage quelque chose me dis que ce que tu as appris n'est pas très plaisant. Ma pauvre Sakura... Je te plains réellement lorsque tu dois sonder le futur. Ce doit être très pénible de connaître tous ces malheurs qui nous arriveront. »

Tomoyo avait raison, Sakura n'aimait pas non plus cette idée de fouiller les méandres de l'avenir. Mais cette nuit était une exception... Il y avait quelque heures à peine, un messager était arrivé de Chine pour demander très officiellement de l'aide à Outo.





Pourquoi la plus grande nation du monde connu envoyait-elle l'un de ses princes en mission diplomatique à Outo fut sans aucun doute la première question qui vint à l'esprit de la magicienne, suivie de dizaines d'autres. Que pouvait-il avoir comme message à délivrer ? Qu'est-ce qui pouvait être si important pour que l'on prenne le risque d'exposer ainsi la famille impériale ? Pourquoi précisément le soir de son retour de Kyoto ? Pendant que Sakura s'interrogeait, placée en retrait, le chinois sans qu'on l'y invite s'était assis et avait sortit de sous sa cape de voyage un rouleau de petite taille qu'il remit directement à Tomoyo. « Voici le message de l'impératrice » annonça-t-il simplement. Le rouleau avait un air particulièrement anodin... Mais dégageait malgré tout quelque chose qui mettait la magicienne mal à l'aise. Elle comprit de quoi il s'agissait lorsque Tomoyo en brisa le scellé avec un petit coupe papier. La missive contenait aussi un sortilège, visiblement de protection accordé au destinataire. Le message devait être particulièrement important pour qu'un sorcier ce soit donné la peine d'enchanter un tel objet.

Les secondes paraissaient longues comme des minutes alors que l'ambassadeur et la magicienne avaient les yeux fixées sur Tomoyo, elle même plongée dans sa lecture. A chaque ligne passée elle fronçait un peu plus les sourcils. Les nouvelles devaient donc être mauvaises en concluait Sakura.

« Vous requerrez notre soutien ? » interrogea Tomoyo, résumant ainsi d'une seule question la longue lettre qui lui était adressée.

Li semblait particulièrement gêné de la tournure que prenaient les évènements, du moins c'est ainsi que Sakura pouvait interpréter son aura magique, bien qu'en tant que diplomate le Chinois n'en laissa rien paraître sur son visage ni dans sa façon de répondre :

« C'est une façon de voir les choses. Une affaire importante concernant notre empire nécessite la présence de la désormais célèbre invocatrice d'Outo. Nul n'ignore que l'élève de feu Clow Lead est l'une des plus puissantes magiciennes du monde, si ce n'est la plus puissante.
-Je ne savais pas que j'avais une telle réputation. »

Sakura s'amusait quelque peu de la situation. Là encore l'aura de Li dégagea un embarras presque palpable dans l'air. Il ne s'attendait sans aucun doute pas le moins du monde à ce que l'invocatrice soit justement cette femme qui l'avait conduit jusqu'au maire. Il se racla la gorge, pour reprendre contenance avant de poursuivre :

« Dans ce cas j'irais droit au but. Nous avons besoin de vous dans notre lutte contre les Onis. Vous êtes actuellement au service de la cité d'Outo. On m'a envoyé pour négocier avec vous, Mme le maire, comme avec vous... Mlle Kinomoto.
-Comme vous devez le savoir, la cité d'Outo m'a en effet engagée et elle aussi a besoin de mes services. Donnez moi une raison valable pour que j'aille aider votre empire au lieu de me consacrer à Outo ? D'autant plus que le monde entier connaît les talentueux magiciens de la famille impériale chinoise. Il me semble que mon maître avait évoqué quelque chose à ce sujet. Il avait un ancien lien de parenté avec votre famille, vous devez donc posséder des magiciens très capable vous aussi.
-Nous ne manquons évidemment pas de magiciens talentueux, nous manquons seulement de magiciens talentueux qui puissent agir.
-Quel est le rapport avec mes pouvoirs ?
-J'y arrive. Les Onis surveillent les mages chinois sans relâche en traçant leur aura. Ils ne peuvent pas agir de même avec nos simples citoyens, mais nos sorciers constituent des cibles de choix pour eux. Tous sont contraints de rester au palais depuis que deux d'entre eux envoyés en mission ont été retrouvés dans un fourré le cœur arraché par une créature démoniaque.
-En somme vous voulez que je prenne les risques à votre place ? »

Une telle proposition était choquante. Que s'imaginaient-ils à la fin ?

« Bien entendu ce n'est pas cela que nous souhaitons, reprit l'émissaire. Vous êtes étrangère à la cours de l'impératrice. Et il n'y a pas uniquement leur aura que les Onis tracent. Si il n'y avait que cela il n'y aurait aucun problème, un magicien talentueux est capable de masquer son aura aux êtres plus faibles, et les Onis ne sont pas les créatures les plus doués dans ce domaine. Mais autre chose les surveille. Des espions, infiltrés dans chaque strate sociale chinoise épient leur mouvement. Nous avons bon espoir que; si vous pouviez enquêter secrètement, avec notre aide, vous pourriez résoudre notre problème.
-Admettons que j'accepte. Qu'ai-je à y gagner, et à plus forte raison, qu'est-ce que Outo aurait à y gagner ? »
Li semblait reprendre confiance, ce domaine-ci lui appartenait entièrement, celui des négociations.

« L'impératrice Yelan a joint à sa missive divers accords que nos fortunés marchands souhaiteraient conclure au plus tôt. Il va sans dire que ses accords ont étés prévus en faveur d'Outo. Nous avons eu vent de vos difficultés d'approvisionnement depuis que les routes ne sont plus sûres. La flotte impériale peut se targuer de réussir à entretenir des routes commerciales sans danger, je suis sûr que ces accords vous permettront de sortir de cette situation difficile. »

Jetant un regard à son amie, Sakura su quel choix elle devait faire. Tomoyo elle même était tiraillée, séduite par le commerce qui en découlerait mais réticente à laisser partir l'élue de son cœur. La cité marchande faisait encore un commerce très enrichissant de produits de luxe, mais venait à manquer de produits les plus basiques. Le prix du riz avait presque triplé depuis que les caravanes d'Hokkaido n'allaient plus jusqu'à la pointe sud ouest de Kyushu ce qui ne faisait pas les affaires des marchands d'Outo. Importer le riz par voie maritime diminuait d'autant les profits des marchands et à terme risquait de condamner la cité état isolée du reste du Japon. Tout cela, Sakura l'avait comprit au cours de ses voyages.

« Et quelle est donc cette mission ? S'enquit-elle. Vous parlez d'enquêter ? Là encore je ne comprends pas en quoi je vous suis si utile.
-Nous verrons cela plus tard dans les détails. Mais vos talents ne seront pas gâchés c'est certains... »

Tout ce mystère l'intriguait, elle aurait aimé en savoir plus, mais Li ne semblait pas vouloir en dire davantage. Mais pourquoi aurait-elle voulu insister de toute façon ? La ville en tirerait un grand bénéfice, et elle en avait bien besoin en ces temps difficiles.

« Très bien. J'espère ne pas avoir à le regretter, mais j'accepte votre proposition. »

En prononçant ces mots elle eu une étrange sensation. Une sensation qu'elle n'avait pas ressentie depuis des années, alors qu'elle s'entrainait à la divination. Comme si par cette phrase elle venait de mettre en marche la roue du destin.





Quelque chose la tira de son sommeil sans rêve. Un petit contact dans son dos, et une petite voix :

« Maîtresse! Maîtresse ! »

La magicienne ouvrit lentement les yeux, encore à moitié endormie, fatiguée qu'elle était d'avoir pratiquée la divination.

« Qu'y a-t-il Eriol ?
-J'ai entendu des bruits bizarres dehors ! Répondit l'élève. Un son de cloche et des gens qui criaient presque. Et puis il y a une lueur étrange vers l'Ouest.
-Une cloche tu dis ? »

Le système d'alerte en cas d'attaque était une très vieille cloche de bronze, ancienne acquisition faite en Europe par un vieux marchand qui l'avait léguée à la ville. Une légende ( du moins c'est ce que tout le monde prenait pour une légende ) disait qu'elle avait été enchantée pour que toute la ville puisse l'entendre si quelqu'un la sonnait pour prévenir d'un danger.

« Très bien, je vais voir ce qui se passe. Toi reste ici, réveille Tomoyo et prépare des affaires. Si nécessaire emmène la avec toi et réfugie toi au port en vitesse. » Comprenant la gravité de la situation l'enfant acquiesça de la tête sans prendre le temps de faire une quelconque petite moquerie.

La magicienne prit à peine le temps d'enfiler un vêtement chaud et de passer sa cape, cependant elle parti chercher ses cartes. Cette fois elle prit le livre avec elle. Ce rêve avait quelque chose de très dérangeant. Et si une alerte survenait en pleine nuit à Outo, il se pouvait que ce ne soit pas une coïncidence. Le livre à couverture rouge sombre contenant les cartes fabriquées par Clow avait quelque chose de rassurant, et à plus forte raison la figure du lion ailé au recto, et celle de la lune aux ailettes blanches au verso. Avant même de sortir elle avait déjà activé les pouvoirs de sa clef la transformant en long bâton. Elle avait fier allure dans sa cape rouge le bâton en main droite le livre en main gauche, bien qu'un peu trop voyante à son goût. Sans plus attendre, habillée et armée, elle sortit de la villa, pour constater dans l'instant que quelque chose n'était effectivement pas normal. Eriol avait raison, une lueur inquiétante émanait en direction de l'ouest. Elle se mit prestement en chemin, il lui faudrait plusieurs minutes pour atteindre à pied la source de cette lumière qui semblait provenir de la porte ouest. A une telle heure de la nuit les rues étaient d'ordinaires vides, mais la magicienne pouvait voir que de nombreuses personnes avaient aussi étés réveillées par la cloche et regardaient qui depuis une fenêtre ou depuis un perron cette étrange clarté dans le ciel nocturne. Décidément cela ne lui disait rien qui vaille.

Soudain elle marqua un temps d'arrêt. Une aura sombre émanait non loin devant elle, répandant peur corruption et décrépitude dans l'air. Elle marqua une pause. Celui qui possédait une telle aura se rapprochait. Il apparu enfin, sortant d'une rue perpendiculaire à la voie principale, provoquant les exclamations d'horreurs de tous ceux qui pouvaient voir la scène. Grand de plus de deux mètres, la peau sombre et aussi nébuleuse que ses acolytes, le front toujours frappé d'une rune rouge, un Oni se tenait là, en plein cœur d'Outo. La créature semblait avoir du mal à se repérer dans cet environnement neuf, mais Sakura aurait mis sa main à couper que la vue de corps à dévorer la ferait vite se ressaisir. Mais elle ne lui en laissa pas le temps, sortant une carte avant que l'étrange créature ne réagisse, et d'un « fire » hurlé à plein poumon le monstre fut réduit en un tas de cendre informe avant même d'avoir bougé.

Maintenant Sakura courait, la présence d'un Oni ici ne pouvait que présager le pire sur les évènements étranges qui arrivaient à la porte. Plus elle se rapprochait et plus elle pouvait discerner dans le silence nocturne les preuves qu'une bataille faisait rage, entendant à tel moment un râle d'agonie, à tel autre un cri de guerre de défi. Elle arriva enfin sur la place devant la porte ouest. Une scène de chaos sans nom l'attendait. Des Onis de partout sur la place tandis que d'autres en nombre impressionnant franchissaient les portes grandes ouvertes, et au centre de la place, par groupes de quatre ou cinq, mercenaires, marins entraînés au combat ou gardes du corps de marchands fortunés, combattaient tous dos à dos pour repousser l'ennemi en surnombre, tandis qu'accouraient des rues adjacentes, souvent un à un des renforts qui n'étaient pas de trop. En observant pendant une seconde la scène, la magicienne comprit tout de suite que tant que les Onis arriveraient, ils n'avaient aucune chance de s'en sortir. Elle ignorait pourquoi mais cette nuit ils étaient là en nombre conséquent, elle n'en avait jamais vue autant à la fois, ni de formes si variées, certains n'étaient guère plus que des hommes pourvus de griffes, d'autres se battaient à quatre pattes tels des bêtes féroces, d'autres encore adoptaient des formes serpentines mortellement dangereuses pour les combattants, même les airs n'étaient pas épargnés car quelques rares créatures dotés d'ailes volaient au dessus de la bataille, choisissant apparemment la cible la plus vulnérable avant de fondre sur elle par groupe de deux ou trois et la lacérer avant de se remettre hors de portée de représailles. Des corps humains gisaient déjà par dizaines, et ceux qui se battaient encore semblaient couverts de blessures. Néanmoins les Onis semblaient poussés en avant, plongés dans une frénésie qui leur faisait perdre tout bon sens, ils se jetaient littéralement sur les lames des combattants, si leur flot s'interrompait, peut être les humains pourraient-ils repousser cette attaque. C'est sur cette pensée que les yeux de la magicienne se posèrent par hasard sur le système de fermeture de la herse. Elle en était sûre, si elle arrivait à couper la chaîne qui retenait la herse elle bloquerait efficacement l'entrée aux ennemis, mais pour l'instant elle semblait hors d'atteinte. Sakura prit son courage à deux mains, elle allait devoir traverser les rangs ennemis pour l'atteindre. Avec un petit frisson d'appréhension, elle rangea le livre de Clow dans une pochette intérieur, et empoigna fermement son bâton à deux mains. Elle avançait, pas à pas, pour éviter tout affrontement inutile, se glissant entre les combattants de chaque camp, gardant un oeil inquiet sur les rapaces qui pouvaient la menacer à tout instant. Ce n'est qu'à mi chemin qu'un premier Oni se dressa face à elle. Sans hésitation, elle utilisa une de ses cartes du feu pour s'en débarrasser, mais elle avait attirée d'autres créatures. Maintenant elle courait, prenant à peine le temps de détruire un Oni qui la menaçait de temps en temps, lorsque trois d'entre eux lui firent brutalement face. C'était trop bête, la chaîne qui retenait la herse était presque à portée de sa magie. Elle porta une main à sa poche pour en tirer une carte et constata avec horreur qu'il ne lui en restait que deux, une carte de terre et une d'eau. C'était la fin, elle ne pouvait pas affronter trois ennemis avec deux cartes mineurs. Les démons dotés d'un semblant d'intelligence comprirent eux même que la chance était avec eux. Tous trois passèrent à l'attaque simultanément, griffe tendues vers l'avant. Elle activa en premier le pouvoir de la terre, les dalles de pierres du sol se transformèrent en un impressionnant stalagmite qui transperça la première créature, une vague miniature s'enroula autour du second et créa une pression suffisante pour l'écraser, mais le troisième qui n'avait pas été affecté par l'une et l'autre carte était prêt à frapper.

« C'est trop bête, je ne peux pas mourir ici... » cette réflexion un peu sotte et stéréotypée la fit presque sourire, même si la situation ne s'y prêtait pas. Résignée elle ne leva pas même son bâton pour se défendre lorsque la créature fut sur elle. Mais alors qu'elle croyait venue sa dernière heure, le dernier Oni s'écroula, foudroyé par un éclair magique.

« Vous allez bien ? » Sakura n'en croyait pas ses yeux, c'était Shaolan Li qui venait de la tirer d'affaire.

« Oui, merci beaucoup pour ce que vous avez fait, je vous dois la vie.
-Ce n'est rien. Le plus important maintenant c'est de fermer cette herse. Je vous aie vus vous diriger vers elle et je vous ai suivi. C'est bien là notre meilleure chance de survie. »

De nouveau des Onis se rapprochaient, une autre vague venant de déferler par les portes béantes.

« Malheureusement je n'ai plus de cartes pour affronter ses créatures... » Elle devait bien admettre son impuissance par rapport au chinois qui au pire des cas possédait toujours une lame sur lui. Il avait bien comprit dans quelle situation il était. Il se mit en garde à son tour.

« Allez y, occupez vous de la herse, je les retiendrais pendant ce temps. » Elle n'en croyait pas ses yeux, il faisait exactement ce qu'il avait dit ! Un étranger; un noble qui plus est mettait sa vie en danger pour une cité état à des centaines de lieues de son propre pays ? Au plus profond d'elle même elle se sentait très touchée du noble geste de ce jeune homme, en plus de ce qu'il avait déjà fait pour elle. Elle en était tellement troublée qu'elle resta sur place pendant plusieurs secondes à le regarder fixement se battre. Il avait laissé tomber la magie et maniait maintenant un sabre assez court d'une seule main, virevoltant entre les démons, se jouant de la force de leurs assauts, dansant comme le vent entre eux.

A peine avait il achevé un adversaire qu'un autre arrivait pour le remplacer, il eu à peine le temps de lui dire de se dépêcher avant de devoir repartir à l'assaut. Sakura confuse se mit au travail, elle était à moins de quelques pas de la herse. Elle ne pourrait pas la fermer seule, il fallait au moins trois hommes pour ce faire. Qu'à cela ne tienne. Pour la première fois depuis longtemps, elle ouvrit le livre des cartes, et par la magie qui l'imprégnait, elle tira directement la bonne. Il était temps de voir si elle saurait encore maîtriser son pouvoir. Elle la tint en l'air un instant devant elle, puis décidée, la lança avant d'entamer la formule :
« Carte œuvre de Clow !
Offre ton pouvoir à mon sceptre, moi Sakura la maîtresse des cartes par notre lien je te l'ordonne ! Brise le fer et l'acier, Sword ! »

Un instant d'appréhension. Elle n'avait pas renoué le contact avec les cartes depuis longtemps, allait-elle obéir ? Elle poussa un vif soupir de soulagement lorsqu'elle vit l'énergie de la carte passer dans son bâton. La partie haute de l'objet magique avait maintenant une forme de lame, une lame magique capable de trancher n'importe quelle matière. Tout serait finit dans un instant, elle en abattit le tranchant sur la chaîne. Un instant, rien ne se produisit. Et la seconde suivante, elle vit la chaîne se fissurer et brusquement, lâcher. Dans un bruit digne du tonnerre la herse tomba avec violence, écrasant l'un ou l'autre Oni qui traversait l'arcade à cet instant, et bloquant avec efficacité l'entrée dans la muraille.

Des vivats retentirent derrière elle. Les défenseurs avaient apparemment mit fin à l'attaque. Quelques Onis isolés se battaient encore mais il ne faudrait pas plus de quelques minutes pour que tout revienne à la normale, et les cieux étaient libérés, les Onis à l'aspect de charognard incapable de s'attaquer à un groupe soudé d'hommes en armes. Néanmoins cette victoire avait un arrière goût amer, trop nombreux étaient ceux qui ne verraient pas l'aube ce jour là. Shaolan Li n'en faisait pas partie, comme elle le constata avec soulagement, et hormis ses cheveux ébouriffés et son front perlé de sueur, rien n'aurait laissé transparaître en lui qu'il avait participé à la bataille. Sa précieuse lame nettoyée du sang démoniaque il vint directement à sa rencontre.

« Rapide et efficace » la complimenta-t-il « On ne nous a pas menti sur vos talents »

Elle rougit un peu dans la semi clarté qui régnait encore sur la place. Finalement, sous ses dehors froids il savait se montrer sympathique.

« Merci beaucoup. Ce soir nous avons passés l'épreuve du feu ensemble. » se rappela-t-elle soudainement « A partir de maintenant nous sommes en quelques sortes des compagnons d'armes.
-Vraiment ?
-C'est ainsi que Yamazaki me l'avait expliqué en tout cas...
-Dans ce cas, peut être pourrais-je t'appeler Sakura tout simplement ? » Tout cela allait bien vite, mais après tout elle avait accepté de travailler avec lui dans une mission qui semblait bien hasardeuse. Le genre de mission pour laquelle la solidarité serait de mise. Autant commencer tout de suite.
-D'accord mais à deux conditions ! La première tu me laisses t'appeler Shaolan, et la seconde, s'il te plaît perd cet air toujours si sérieux.
-J'essayerais de le faire » promit-il en souriant « Mais c'est plus adapté au rôle d'ambassadeur ce sérieux. Rôle que je cesserais d'exercer dés notre départ pour la Chine. »

Shaolan avait à peine fini de parler que tous sur la place se figèrent. Une légère secousse venant de derrière la herse, tous l'avaient senti. Une ou deux secondes passèrent, une seconde vint, plus violente, puis une troisième toujours plus violente, grimpant en intensité jusqu'à un seuil tel que tous auraient put croire à un tremblement de terre. Mais Sakura, elle, savait qu'il n'en était rien, liée qu'elle était aux éléments par les cartes, elle sentait que la nature n'avait rien à voir avec tout ceci. Alors que les secousses atteignaient leur paroxysme, quelque chose émergea au dessus de la bretèche. Une tête, énorme, sombre, marquée comme au fer rouge d'une funeste rune, dépourvue d'yeux, d'oreilles, ou même de bouche. C'était un colossal Oni. Tous semblaient tétanisés face au gigantisme de la créature, Sakura elle même avait peine à bouger, paralysée par l'imposante bête.

La créature leva les deux énormes mains dont elle était dotée, les serrant fermement pour former un marteau de ses deux mains. Le démon les abattis sur la porte de la muraille, détruisant la bretèche de sa puissante frappe et écrasant dans la foulée la herse. Des gravats volaient de partout, des morceaux de pierre certains plus gros qu'un bœuf étaient propulsés en tout sens par l'impact. Elle, tétanisée ne bougeait pas alors qu'elle savait que c'était dangereux, qu'elle ne devait pas rester ici. Elle entendit un avertissement, avant de sentir avec brutalité le contact du sol. La froideur de la pierre lui fit vite recouvrer ses esprits. Shaolan l'avait plaquée au sol, ce n'était pas très élégant, mais elle ne s'en formalisa pas, avisant l'énorme morceau de la muraille qui c'était écrasé non loin de sa position initiale. « C'est la deuxième fois que tu me sauves ce soir, j'espère que cela ne va pas devenir une habitude !
-A toi de me le rendre alors. Ma magie n'est pas suffisante à vaincre un tel Oni et je doute que les mercenaires en soient capable. »

Non loin de là Yamazaki et Naoko tentaient de maintenir un semblant de cohésion dans les rangs mais c'était peine perdue, la vue du monstre faisait fuir la plupart des défenseurs.

« Archers décochez une volée sur cette bête ! » ordonnait le capitaine. Rare étaient les combattants à posséder un arc, une arme trop peu utile dans les attaques éclairs contre les Onis. La dizaine d'archers tira une maigre volée. A si courte distance face à une cible si imposante évidemment toutes les flèches touchèrent la créature, mais les pointes d'aciers se brisèrent sur sa peau qui semblaient pourtant si immatérielle.

« Tu as raison. » admit la magicienne « Je m'en charge, recule. »

Le chinois ne se fit pas prier.

L'invocatrice empoigna fermement son bâton en main droite tandis que de la gauche elle tenait le livre de Clow. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas eu recourt aux gardiens, elle ne les avait même pas vu depuis la mort de son maître, voulant respecter le deuil de Yué, mais là il y avait une urgence !

« Gardiens du livre des cartes, reprenez votre véritable apparence » invoqua-t-elle

« Kerberos le fauve du sceau ! »

L'image du lion ailé sur la couverture du livre avait disparue, laissant la place à un lion de chair et de sang, avec deux ailes d'une blancheur immaculée, portant un casque de fer sertie d'un rubis de la taille du poing.

« Yué le juge final ! » appela-t-elle ensuite.

La lune ailée au dos du livre disparue à son tour, laissant la place à un ange. Un homme de grande stature, au physique athlétique dotés de deux ailes aussi blanches aussi immaculées que sa longue chevelure, mais au regard froid comme la mort. Vêtu tout de blanc, sur son cœur un saphir semblait incrusté.

« Eh salut Sakura, ça faisait un bail qu'on s'était pas vu, la forme ? » demanda le lion nommé Kerberos après avoir copieusement baillé. Kero comme l'appelait Sakura autrefois était toujours aussi familier, elle l'aimait beaucoup pour cela, même si cette fois elle n'avait pas vraiment le temps.

« Euh salut Kero, moi aussi je suis contente de te revoir mais là je vous ai réveillés parce que j'ai un sérieux problème sur les bras.
-Quel genre de problème ?
-Le genre de douze mètres de haut. Juste derrière toi. J'ai besoin que vous le reteniez le temps que je prépare un sort assez puissant pour le bannir vous pouvez faire ça ?
-Belle bestiole, c'est encore un Oni ce machin là ? Pour moi c'est bon, j'y vais tout de suite !
-Yué ? » L'ange resta tacite, mais emboita le pas à Kerberos pour aller à la rencontre du titanesque Oni. Depuis la mort de Clow il était ainsi. Toujours silencieux, lui qui auparavant était toujours si gentil avec elle, tout comme l'était Kero. Des deux gardiens, c'était celui qui avait le moins bien supporté de changer de maître. Mais malgré tout il continuait à remplir son rôle, celui de gardien du livre.

Les deux gardiens avaient entamés la lutte contre l'Oni. Sakura constata avec soulagement qu'ils suivaient bien ses ordres et restaient sur la défensive, elle ne tenait surtout pas à ce que l'un d'eux soit blessé.

« Cette fois il va me falloir un sort d'une grande puissance. Je pourrais le couper avec Sword, mais pour cela il faudrait d'abord qu'il ne puisse pas bouger pour esquiver le coup ou riposter. Et je ne vois que le vent qui serait capable d'immobiliser un tel colosse. Un vent très puissant, il va vraiment falloir que je dépense beaucoup d'énergie, tant pis. Bien, allons y. »

Elle ouvrit le livre et en tira trois cartes. Maintenant elle devait les faire opérer ensemble. Disposant de son matériel à portée de main elle allait pouvoir agir. Elle commença par sortir une craie d'une bourse accrochée l'intérieur de sa cape. Avec une précision hors norme, elle traça un cercle tout autour d'elle, un petit cercle, qui ne devait pas mesurer plus de cinquante centimètre de rayon. A l'intérieur de ce cercle elle traça un triangle, parfaitement isocèle. Là était toute sa science, les cartes n'avaient pas toutes la même valeur. Windy était la carte maîtresse du vent, elle la plaça au dessus du sommet principal du triangle, en position dominante, les deux autres cartes sur les sommets des côtés adjacents. La figure donnait maintenant une flèche formée par Windy à la pointe, Storm et Thunder en formant le corps.

Elle déclama alors la formule :

« Cartes oeuvres de Clow !
Windy la maîtresse du vent, Thunder la foudre et Storm la tempête ! Joignez vos forces en mon sceptre, et que naisse la tornade ! Moi, Sakura, la maîtresse des cartes par notre lien je vous l'ordonne ! »

En un éclair les trois cartes avaient disparues, toutes avaient transmis leur pouvoir au sceptre de pouvoir de Sakura. Le sort devait impérativement fonctionner, Kerberos et Yué commençaient à fatiguer à retenir seul une créature si imposante.

Elle désigna la créature de son bâton, et sans incantation déchaîna les pouvoirs du sceptre sur l'Oni. Un éclair traversa le ciel, frappant la créature. Et par la trouée dans les nuages qu'avait crée le passage de la foudre, un véritable mur de vent s'abattit sur le démon. Une véritable tornade de petite taille emprisonnait alors la créature, incapable de mourir par la pression à cause de sa nature magique, mais incapable aussi de se mouvoir face à la puissance de la nature.

La créature immobilisée elle n'avait plus qu'à l'achever. Sans même qu'elle l'appelle, Sword était déjà entrée dans le bâton. Apparemment les cartes l'appréciaient vraiment, elle devait avoir développé sans le savoir une symbiose avec les cartes, ce qui l'arrangeait même vraiment.

« Kero, Yué, revenez je m'occupe de la suite ! » Les deux gardiens s'exécutèrent, laissant la place à leur maîtresse qui mit à mort le démon sans compassion. Le pouvoir de Sword le sectionna en deux sans même qu'il puisse tenter de se défendre. Cette fois c'était fini, il n'y aurai plus d'autres mauvaises surprises ce soir. Du moins elle l'espérait.

Tous allaient vouloir remercier celle qui avait une fois de plus sauvé in extrémis la situation. L'usage de la magie l'avait épuisée, et elle décida que les discussions d'après la bataille, les éloges et le reste attendraient bien jusqu'au lendemain matin. Alors, tandis que ceux qui s'étaient enfuis à la vue du monstre revenaient sur le champs de bataille, elle se mêla à la foule. Kerberos et Yué étaient encore là bas mais ils n'auraient aucun mal à la rejoindre un peu plus tard en suivant l'aura du livre. Et elle n'avait pas non plus envie de les y enfermer à nouveau. Il y avait énormément de monde pour venir constater les dégâts, aussi ne remarqua-t-elle que l'on l'avait suivi uniquement au moment où un contact froid se fit sur sa gorge. Une lame, froide comme la mort qu'elle promettait.

« Belle performance invocatrice » lui susurra-t-on à l'oreille, si bas qu'elle devait être la seule à l'avoir entendue « Mais il n'y en aura plus jamais de nouvelle. Adieu. » Tout devint trouble à son regard, ses sens la trompaient. Etait-ce elle qui avait si froid, ou était-ce cette lame qui lui donnait une impression de froideur ? Ou encore le pavage de la rue, glacé ? Elle entendait des voix, mais ne discernait pas ce qu'elles disaient. Et brusquement il lui sembla entendre quelque chose. Quelqu'un était entrain de l'appeler par son nom. Pour elle ce n'était pas plus fort qu'un murmure. Qui m'appelle pensa-t-elle, et pour essayer de répondre à cette question, elle rouvrit avec peine ses yeux qu'elle n'avait pas souvenir d'avoir fermés. Un ange. C'était un ange qui l'appelait par son nom. Elle ne le voyait pas très bien, elle se concentra pour essayer d'y voir plus clair mais rien n'y fit, elle abandonna la lutte. « Un ange ? Serais-je déjà morte alors ? ». L'obscurité l'envahit.







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Naej Niluomud



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MessageSujet: Re: La légende de l'invocatrice d'Outo   Ven 30 Déc 2011 - 0:47

Interlude : maître et élève :

Sakura ne comprenait pas où elle était. A mi chemin entre rêve et réalité, elle se trouvait en un lieu jamais vu auparavant. Elle pouvait voir l'univers entier qui l'entourait, partout où elle portait son regard tout n'était qu'étoile. Elle se dit qu'elle devait être entrée sans s'en rendre compte en transe divinatoire. Ce n'était pas courant mais cela pouvait arriver.

« Ainsi tu pars pour la Chine. »

La voix qui venait de parler résonnait fortement, ce qui la déformait, pourtant elle ne put s'empêcher de lui trouver quelque chose de connu. Elle en était même sûre, elle connaissait la personne qui venait de parler, mais cet écho la déformait trop pour qu'elle l'identifie.

« Tu as choisi une voie dangereuse mon enfant. Il a toujours été dans ta nature de venir en aide aux autres, et tu ne peux pas renier ta nature, mais cela risque de t'attirer autant d'amitiés que d'ennuis. Cependant j'ai foi en toi. Avec toi, tout ira bien. »

Cette façon de parler était caractéristique... En elle le doute s'était mû en certitude. Elle tourna la tête dans toutes les directions pour essayer de l'apercevoir :

« Où êtes vous maître ! » appela-t-elle, avant de sentir quelque chose frôler son dos. Elle se retourna. C'était bien lui. Ou plutôt une représentation de lui lors de ses jeunes années, grand et vigoureux. Devant Sakura se dressait de toute sa hauteur, Clow Lead, son maître et créateur des cartes. Elle ne l'avait jamais connu ainsi vêtu de bleu et d'une tenue typiquement chinoise, elle ne l'avait pas non plus connu adoptant la queue de cheval qui sied aux guerriers dotés de longs cheveux. Et pourtant, c'était indubitablement lui, portant les même lunettes depuis des siècles, gardant toujours ce sourire figé au coin des lèvres.

La jeune femme ne put se retenir, elle se jeta dans ces bras qui l'avaient consolés, qui l'avaient protégée quand elle était enfant.

« Maître ! » murmurait-elle, émue « Je vous croyais mort !
-Et je le suis. Mon enfant, il est dans l'ordre des choses que chacun meurt un jour, si ma mort a été retardée par mes pouvoirs, comme tout humain je ne pouvais y échapper, croire le contraire eut été pure folie.
-Comment puis-je vous parler alors ? »

Clow Lead était bel et bien mort il y a quelques années, le revoir signifiait-il qu'elle même était passée de vie à trépas ?

« Tes pouvoirs ont dû beaucoup grandir Sakura. Mais ils ne sont pas suffisants pour accomplir une telle prouesse. J'ai très peur pour toi, car tu te trouves entre la vie et la mort. C'est la seule chose qui expliquerais que nous puissions nous rencontrer. »

Brutalement tout lui revint en mémoire, la bataille, sa victoire, son isolement... Puis cet assassinat.

« Que puis-je y faire ? » interrogea-t-elle

« Malheureusement, rien. Il faut espérer que dans le monde matériel ton corps soit traité avec soin, pour que tu puisses le rejoindre plus tard. »

« Quoiqu'il en soit » poursuivit-il « Nous avons beaucoup de choses dont il nous faut parler, et nous avons peu de temps pour cela, du moins je l'espère. »

Elle aussi l'espérait. Une part d'elle même souhaitait rester avec Clow, mais une autre part, dominante elle voulait retrouver la vie, et elle s'accrochait à cette dernière.

« Qu'avez vous à me dire maître ?
-J'ai une mise en garde à te faire. Si tu es rétablie à temps, tu partiras demain pour la Chine. C'est tout à ton honneur de vouloir aider la famille impériale. Je t'en remercie d'autant plus que c'est de ma famille qu'il s'agit.
-Alors c'était donc cela ? Vous m'aviez dit posséder un lien de parenté avec la famille impériale, je ne pensais pas qu'il était si proche.
-A vrai dire il n'est pas très proche. J'ai vécu très longtemps tu sais. Je sais que tu as toujours été curieuse, je vais donc t'en dire un peu plus. Ma mère était chinoise, et c'est du côté maternel de ma famille que sont issus les membres actuels de la famille impériale. Je suis donc l'arrière grand oncle de Yelan Li, l'actuelle impératrice. »

Son arrière grand oncle ! Pour Sakura qui ne connaissait pas très bien la généalogie cela n'avait que peu de sens, mais cette association de termes évoquait un degré de parenté éloigné de plus de deux générations. Son maître était donc si vieux que cela ? Elle ne lui avait jamais demandée son âge, même si elle se doutait qu'il était plus âgé qu'il ne le laissait paraître.

Répondant à sa question non formulée il indiqua juste : « A mon âge je ne prends plus la peine de compter les années, une de plus ou de moins importe si peu... A ton âge par contre les années sont importantes, tu en auras encore de longues devant toi, je tiens à ce qu'il en soit ainsi. Aussi si je te suis reconnaissant de porter secours à la famille impériale, je dois te mettre en garde : cela pourrait te causer de graves ennuis. Tu es en danger mon enfant, en grand danger. Le fait que tu sois ici avec moi le prouve : quelqu'un en veut à ta vie. Cette personne là n'a pas dû porter longtemps mon deuil et ne porterait pas très longtemps le tiens aussi. »

Comme à son habitude le maître parlait de manière énigmatique. Mais à force de suivre son enseignement Sakura savait interpréter cette façon de parler.

« Vous pensez que celui qui veut ma mort est aussi lié aux problèmes de la Chine ? »

Cette fois Clow resta silencieux, il cherchait sans doute à la ménager dans ses paroles et devait pour cela prendre le temps de réfléchir à sa réponse. En effet, le maître était un peu trop franc par moment.

« Je ne peux rien savoir Sakura. Je ne peux qu'avoir des soupçons, car contrairement à toi, de là où je suis je ne peux plus pratiquer la divination. Un grand sorcier en particulier cherche à obtenir le livre des cartes, depuis sa création même. Autrefois c'était un homme bon, mais il a mal tourné et radicalement changé quelques années avant ma mort. Son ambition est démesurée. Je ne peux pas savoir si c'est lui qui a cherché à te tuer, mais c'est lui qui aurait le plus de raisons de le faire. Quant à la Chine, ce pays compte de nombreux magiciens, donc certains font partis de ma lignée. Aussi ils pourraient prétendre au titre de maître des cartes lorsque tu devras désigner un successeur. En causant du tord à la lignée de magicien chinois, il s'assure de pouvoir posséder le livre des cartes... Mais peut être vise-t-il un objectif encore plus grand, qui pourrait le savoir ? Quoiqu'il en soit, tu devras te méfier de lui.
-Qui est-ce ?! » le pressa son élève.

Mais elle n'entendit pas sa réponse. Sa vision devint floue, son maître devait être entrain de lui répondre mais plus aucun son ne lui parvenait. Quelque chose la tirait de cet univers. Peu à peu elle comprit qu'elle revenait à la réalité. A mesure que cet vision du maître s'estompait, elle reprenait conscience de son corps, ses bras engourdis, sa gorge meurtrie par la blessure, ses paupières lourdes qu'elle aurait peine à rouvrir. Quand elle se retrouva dans le noir total, elle comprit qu'elle n'avait plus qu'un pas à faire pour revenir à son vrai corps et à la réalité.

L'image de Clow lui revint en mémoire « Tu as choisi une voie dangereuse mon enfant. Il a toujours été dans ta nature de venir en aide aux autres, et tu ne peux pas renier ta nature, mais cela risque de t'attirer autant d'amitiés que d'ennuis. »

Elle allait s'attirer encore beaucoup d'ennuis alors, mais trop de gens comptaient sur elle pour qu'elle abandonne. Elle fit le dernier pas. Retrouver d'un seul coup tout ses sens était une sensation quasi douloureuse, mais le choc passé elle se rendit compte qu'elle allait plutôt bien pour quelqu'un qui revenait des portes de la mort. Encore les yeux fermés, elle sentit dans son dos le contact d'un matelas moelleux, sur sa nuque celle d'un oreiller rembourré et une couverture chaude la recouvrant toute entière.

Elle ouvrit enfin les yeux. Ce qu'elle vit en premier était une tignasse de cheveux de jais, désordonnés, et un visage tant aimé sinistré par les larmes, et maintenant endormit dans un sommeil agité. Tomoyo l'avait veillée toute la nuit et le petit matin arrivant avait fini par s'endormir au chevet de sa bien aimée.

Chapitre 4 :

Le soleil venait de se lever sur la mer de Chine orientale faisant scintiller la moindre crête des vagues. C'est à cette heure précise que Sakura venait s'installer sur la dunette de « La belle de Shangaï », l'imposante canonnière chinoise qui devait conduire l'invocatrice d'Outo et le prince Li Shaolan jusqu'au plus grand port de l'Empire. De là, ils prendraient ensuite la route jusqu'à la Cité Interdite escortés par une véritable petite armée censée les protéger de tout ennemi qui serait désireux « d'abréger » le visite de Sakura en Chine.

Cela faisait trois jours que le navire avait quitté le port d'Outo. La magicienne ne manquait pas de temps pour méditer, c'était un fait, elle avait eût de longues heures pour pratiquer la divination et analyser les paroles de son maître. Mais il restait près d'une semaine avant que le port de Shangaï ne soit en vu si le vent ne faiblissait pas encore. Elle devait donc trouver un moyen de tromper l'ennui.
Appuyée au bastingage, contemplant toujours la mer, elle se mit à former des motifs sur l'eau. Aidée de la carte Watery, elle commença à moduler les vagues, leur donnant des tailles différentes, puis prenant de l'assurance, s'amusa à modifier leur forme. Celle-ci avait plus de puissance que les autres, elle la modela en un troupeau d'aurochs chargeant cornes baissées, une autre s'élevait si haut qu'elle lui donna des ailes et un corps d'oiseau prêt à s'envoler.

« Tu es vraiment douée » fit une voix derrière elle. Apparemment Shaolan devait l'observer depuis quelque temps.

« Je suppose qu'à force de m'entraîner j'ai fini par devenir assez forte. » y répondit modestement une Sakura embarrassée de ce compliment du Chinois qui il y a quelques jours était encore assez froid avec elle. Visiblement lui aussi savait manier la magie aquatique avec brio, car un instant plus tard un serpent de mer fait d'eau élevait sa tête à collerette au dessus des flots. Sur injonction de son maître, il vint parader devant la canonnière, arrogant et fier comme un coq.

« Serait-ce une provocation en duel ? Releva Sakura amusée par cette perspective
-Disons plutôt une petite confrontation de nos pouvoirs. En toute amitié bien sûr. Tu es partante ? »

Sans même prendre le temps de répondre, la magicienne avait déjà fait apparaître son avatar aqueux. Il s'agissait d'une version miniature de Watery qui progressait dans l'eau avec l'aisance d'une reine dans son palais. Les deux adversaires se firent face, puis avec un bref salut, se jetèrent l'un contre l'autre avec violence, avant de rompre l'échange et de reprendre leur place. Ils se déplaçaient en cercle l'un face à l'autre, puis repartaient à l'assaut dispersant au passage des gerbes d'eaux sur le pont du navire. Aucun des deux ne semblait prendre l'avantage, les deux avatars étaient de force égales. Si Sakura dépassait en pouvoir Shaolan, ce dernier semblait étrangement habile à manier la magie malgré son jeune âge.

Aussi les deux créations poursuivirent leur ballet pendant de nombreuses minutes, s'attirant même quelques spectateurs, des marins qui reprirent leur travail lorsque le bosco vint les rappeler à l'ordre.

Le serpent de mer fini par s'enrouler autour de la naïade, triomphal il allait porter le coup de grâce, lorsqu'une impressionnante vague vint frapper la coque et inonda le pont, brisant la concentration des deux magiciens.

Sakura haletait, elle essayait de reprendre tant bien que mal son souffle, adossée à la balustrade. Sentir un de ses sortilèges se briser n'était jamais une expérience très agréable, la douleur qui en résultait et les risques de blessures magiques étaient proportionnels à la difficulté du sort et à l'énergie utilisée pour le lancer. Cela était vrai, y comprit pour la plus talentueuse des invocatrices, d'autant plus que son pouvoir était encore affaibli par sa blessure.
« Je n'aurais pas dû te proposer ce duel, s'excusa Shaolan, tu n'es pas encore tout à fait remise.
-Ne t'excuse pas, c'est mieux ainsi, le rassura-t-elle. J'ai pu voir à quel point mes forces reviennent, il me faudra du temps avant de pouvoir utiliser des cartes majeurs, mais je suis en bonne voie de guérison... Ce n'est plus qu'une question de jours. »

Oui, dans quelques jours elle serait parfaitement remise, elle qui avait franchi deux fois les portes de l'au delà...

Après la bataille de la porte Ouest, les souvenirs de Sakura étaient confus. Elle se souvenait d'avoir voulu s'éclipser pour profiter d'un repos bien mérité. Elle se souvenait distinctement de cette lame, froide, qu'on lui avait appliquée. Et à partir de cet instant, sa mémoire était troublée. Tout au plus se souvenait-elle d'avoir entendu quelqu'un l'appeler. Elle ne se souvenait pas de la voix de son agresseur, elle n'avait pas non plus eu l'occasion d'apercevoir son visage.

C'était un véritable miracle qu'elle ait survécu à cette attaque...






Sakura émergea de ce moment d'inconscience, affaiblie, et étonnée d'être encore en vie. Il fallu plusieurs minutes à ses yeux pour s'habituer à la lumière de la pièce dans laquelle elle reposait. Elle tenta de se relever, mais sa tête protesta si violemment qu'elle abandonna cette idée et resta allongée. De là où elle était elle pouvait tout de même inspecter un peu les lieux. Il s'agissait d'une des chambres d'amis de la villa Daidouji. On l'avait ramené là pour la soigner. La soigner ? C'est en pensant à cela qu'elle remarqua ce fait étrange. Elle était comateuse, fatiguée, elle ne se sentait pas en état de bouger... Pourtant elle aurait dû aussi souffrir terriblement à la gorge, là où la lame l'avait blessé mortellement. Elle ne ressentait cependant rien, comme si elle n'était pas blessée, et avait simplement passée quelques heures inconscientes. Quel était ce prodige ? Elle voulu en avoir le cœur net, et avec précaution elle palpa sa peau à la base du cou. Elle ne portait aucun bandage. Ses doigts se risquèrent plus haut : elle n'avait pas de cicatrice non plus, elle ne portait aucun signe de la blessure qu'on lui avait infligé. Au bout de quelques minutes, elle se sentit suffisamment remise pour pouvoir se lever. Elle se contenta de s'asseoir dans le lit, car malgré son assurance elle ne se sentait finalement pas très bien.

Elle avait maintenant une vue d'ensemble de la pièce. Tomoyo dormait dans un fauteuil placé un peu plus loin dans la pièce. Elle avait dû la veiller toute la nuit, et son beau visage était ravagé par les larmes. A ces pieds reposait le fauve du sceau Kerberos qui lui aussi avait passé la nuit au chevet de sa maîtresse, les seuls qui manquaient à l'appel étaient Eriol et Yué.

Lentement, Kero émergea du sommeil, prévenu d'une quelconque façon que sa maîtresse avait repris connaissance. Il tourna son regard couleur rubis vers elle, la mine sombre, il déclara :

« Nous ne sommes pas passés bien loin de perdre à nouveau notre maître... C'est inadmissible pour nous les gardiens, nous avons failli. C'est une chance que tu aies survécu Sakura, la prochaine fois par pitié, ne pars pas sans nous.
-Je serais plus prudente à l'avenir, confirma la magicienne. Celui qui voulait ma mort a raté son coup. Je compte bien lui faire payer cette erreur. »

Maintenant elle savait que quelqu'un en voulait à sa vie, la sienne, pas comme avant. Les onis attaquaient tout et tout le monde, elle ne prenait pas plus de risque qu'un autre mercenaire. Cependant la situation actuelle était différente, on l'avait suivie et ciblée elle en particulier...
« Tu dois la vie à Yue, confia le fauve. Il t'a aperçue entrain de tomber dans la foule, il s'est dit que quelque chose n'allait pas ... Il a sacrifié beaucoup de son énergie pour te sauver. »

Yué... Finalement il n'avait pas changé, il portait toujours le deuil de Clow, mais il aimait toujours autant celle qui était maintenant sa maîtresse.

« Il se repose dans le livre, poursuivit Kerberos. Il n'en sortira pas avant très longtemps... Ce qu'il a fait...
-Il devait être proche de s'éteindre lui aussi en me soignant. Il ... Il n'aurait pas dû tant se sacrifier pour moi. »

Le fauve du sceau réfléchit quelques instants avant de répondre :

« Tu le sais toi aussi. Il préfèrerait mourir que de perdre à nouveau son maître. »

Oui, elle le savait, et cela l'attristait profondément. Clow avait souhaité que ses deux créations lui survivent, elle même souhaitait aussi que Kerberos et Yué ne la suivent pas dans l'au delà. Sa conduite était compréhensible, mais irresponsable, le sortilège qu'il avait employé pour la sauver aurait pu le tuer lui aussi. Elle devrait en toucher deux mots avec lui, elle ne voulait en aucun cas entraîner ses deux amis avec elle...






Sakura sortit de sa rêverie sur cette pensée... En aucun cas elle ne voulait entraîner les deux gardiens à sa suite dans tous les dangers où elle se fourrait. C'est pour cette raison qu'elle avait délibérément choisie de laisser Eriol aux soins de Kerberos. Elle avait été forcée d'emporter Yué avec elle, l'ange se reposait dans le livre des cartes, et face à sa nouvelle mission elle aurait besoin de leur pouvoir. Et de toute façon, Kero ne l'aurait jamais laissé partir sans l'un des deux gardiens, elle en était certaine. Mais elle comptait bien le laisser dormir dans le livre et ne pas l'appeler... Sauf peut être pour vérifier qu'il se remettait convenablement de sa dépense d'énergie.

La magicienne passa le reste de la journée avec Shaolan. Jusqu'à présent elle l'avait évité, pour pouvoir méditer en paix, mais l'attente lui pesait. Elle apprit beaucoup de chose de lui, sur sa vie au palais, ses obligations en tant que prince. En retour elle lui raconta son apprentissage auprès de Clow dés son plus jeune âge, sa vie de bohème en tant que magicienne mercenaire au service d'Outo. Cette journée à discuter raffermit les liens qui les unissaient petit à petit depuis la bataille de la porte Ouest.

« Et c'est à ce moment là, expliquait la magicienne, que Yamazaki lui porta le coup de grâce ! » Elle racontait au Chinois une des escarmouches avec les Onis qu'avait subit le convoi de marchandise entre Kyoto et Outo il y a quelques semaines, et où le groupe de mercenaire avait été confronté à un des plus gros Onis jamais vu, exception faite de celui qui avait détruit la porte Ouest.

Sakura allait poursuivre son récit, lorsqu'une voix l'interrompit.

« Navire à tribord ! »

Il s'agissait de la vigie qui avait manifestement observé quelque chose d'anormal.

Le capitaine Zhào-Shen du haut de la dunette tira une longue vue de sous sa cape et observait le dit navire lorsque les deux sorciers vinrent le trouver.

« Une mauvaise nouvelle ? interrogea le prince Shaolan en chinois
-C'est fort probable seigneur, il s'agit d'un bâtiment sans pavillon. Des pirates sans aucuns doutes. Nous pourrions dévier de notre cap pour nous en occuper mais la mission est prioritaire. Mais n'ayez crainte, ce vaisseau est trop petit pour pouvoir inquiéter notre navire. »

C'est à cette occasion que Sakura songea qu'elle pourrait avoir besoin d'un peu d'aide pour communiquer à l'étranger. Elle ne parlait que très peu le chinois, la seule langue étrangère qu'elle maîtrisait à la perfection était l'anglais, une compétence nécessaire pour manier les cartes de Clow, mélange de magie orientale et occidentale. Avec Shaolan qui était un diplomate cela n'avait posé aucun problème : envoyé régulièrement en mission diplomatique il parlait couramment le japonais et s'était adapté à la langue de ses hôtes.

Elle laissa les deux hommes à leur conversation et chercha un endroit calme où s'installer pour résoudre ce problème. Finalement, elle trouva un petit coin à fond de cale, coincée entre quelques caisses de provisions. Mais au moins personne ne viendrai la déranger ici.

Si Sakura maîtrisait la magie des cartes de Clow, cet art était dérivé de l'invocation, par conséquent elle maîtrisait aussi quelques sortilèges d'invocateurs basiques, sortilèges basiques mais terriblement puissants lorsque lancés par l'une des magiciennes les plus talentueuses du monde connu.

L'invocation de familier faisait partie de ses compétences. Un familier dit protocolaire était tout à fait adapté à sa situation. L'appeler depuis sa dimension originelle ne serait pas chose évidente, mais une fois la créature appelée celle-ci la suivrait partout et pourrait lui traduire tout langage de ce monde, et traduire également ses propres paroles.

La magicienne pris plusieurs minutes pour tracer minutieusement son cercle d'invocation sur le bois du navire. Le motif était bien plus complexe que ceux qu'elle utilisait pour combiner plusieurs cartes, ici le cercle d'invocation visait à créer un portail pour la créature, mais aussi une protection pour l'invocateur. On était jamais trop prudent, plus d'un invocateur souhaitant appeler à lui un familier avait invoqué à la place un Oni majeur par mégarde.

Lorsqu'elle eût fini le tracé elle le vérifia plusieurs fois. Les symboles hexagramiques de protections étaient tous rangés dans l'ordre et lui laisseraient du temps pour révoquer la créature appelée si elle s'avérait dangereuse. Le portail était à la bonne dimension, il ne devait pas faire plus d'une cinquantaine de centimètre de diamètre. Une taille adaptée, les familiers n'étaient pas de grosses créatures généralement, et cela lui éviterait aussi d'invoquer par erreur un démon de grande taille.

Fin prête, elle se concentra pendant quelques secondes avant de lancer son appel, d'une voix hésitante tout d'abord, puis prenant de l'assurance, débutant dans les sonorités graves, finissant dans des sommets aigus dignes d'une chanteuse d'opéra. Alors que l'invocatrice scandait les paroles du sortilège, le cercle d'invocation s'anima, pivotant lentement sur lui même. Il se déplaçait de plus en plus vite, et semblait même se décoller du bois où on l'avait dessiné. Aux dernières paroles du sort, ce n'était plus une impression, le cercle flottait quelques centimètres au dessus du sol, ondoyant dans les airs. Il grandit quelque peu, puis rétrécit brutalement au point de disparaître. Il y eût un éclair bleuté, puis la créature invoquée apparue...

« Puh ! Salut, moi c'est Mokona ! C'est toi qui m'a appelé ? »

Sakura ne savait pas quoi répondre, trop interloquée par ce qu'elle avait invoqué. Le familier était un être de petite taille, couvert d'un pelage blanc crème immaculé. Il avait deux longues oreilles qui tombaient jusqu'à bas de son petit corps, et disposait de deux petites pattes qui ressemblaient fort à celle d'un lapin. Elle n'avait jamais invoqué de familier auparavant et s'était attendue à quelque chose de complètement différent. Elle ne pu s'empêcher de penser que ce petit familier était vraiment adorable.

« Bonjour Mokona, je suis Sakura, répondit-elle. A partir d'aujourd'hui, tu m'accompagneras, d'accord ?
-D'accord ! Il a l'air amusant ce monde. Nota la petite créature
-J'ai besoin de toi tout de suite, Mokona, tu veux bien me suivre ? »

Le petit être en guise de réponse sauta joyeusement dans les bras de la magicienne. Elle remonta sur le pont, Mokona toujours dans ses bras. Alors qu'elle atteignait l'extérieur, elle sentit qu'une magie était à l'œuvre non loin d'elle. Elle posa son regard sur le familier, et constata que cette magie émanait du rubis qui ornait le front de Mokona. Quelques instants plus tard elle entendit un sous officier aboyer ses ordres et en comprit les moindres nuances. Ravie elle retourna auprès de Shaolan. Son sortilège avait fonctionné, elle disposait maintenant d'une mignon petit familier capable de lui faire comprendre toutes les langues du monde.

Le prince était toujours en pleine conversation avec le capitaine, mais tous deux semblaient plus soucieux qu'à son départ.

« Que se passe-t-il ? » leur demanda-telle, redoutant ce qui allait suivre en voyant la mine lugubre de Shaolan.

« Deux autres navire nous suivent, ma dame, répondit le capitaine. Ils viennent de hisser leurs couleurs. Ils naviguent sous pavillon pourpre. Nous sommes tombés dans un piège. »

Des navires voguant sous pavillon pourpre... Les pirates les plus dangereux des mers d'Asie orientale, même un port aussi bien fortifié qu'Outo les redoutait.

Des pirates de Singapour.

Interlude : Nuit d'adieux :

Le soleil se couchait sur la mer de Chine, et les pirates n'avaient pas abandonnés la poursuite. Ils n'étaient pas passés à l'attaque, mais la tension sur le navire était palpable. Le capitaine Zhào-cheng avait fait distribuer des armes à l'équipage. Tous sur le pont parlaient à voix basse alors que petit à petit l'écart se creusait entre les navires pirates et le vaisseau chinois. D'après le capitaine, ils n'auraient pas craint de les affronter de bord à bord. Avec trois rangées de vingt canons la belle de Shangaï était à ces petits vaisseaux pirates ce qu'un katana d'un maître forgeron était à une épée de bois. Seulement lors d'un abordage, les ruffians auraient l'avantage du nombre et de l'expérience.

Ils attendaient sans doute la nuit pour passer à l'assaut, quand les soldats peu habitués aux combats nocturnes seraient désavantagés. Le combat était perdu d'avance...

Sakura observa ce coucher de soleil comme si c'était le dernier... Le dernier... Comme cette dernière nuit. Elle ferma les yeux. Chaque sensation de cette nuit exceptionnelle lui revint en mémoire.





Les deux amantes se faisaient face, debout devant le grand lit de Tomoyo. La lune voilée de nuage illuminait faiblement la chambre, et Eriol dormait déjà du sommeil des bienheureux. La nuit n'était plus qu'à elles.

Chacune détaillait ce corps tant aimé qui pendant trop longtemps serait inaccessible. Chacune voulait marquer dans sa mémoire l'image de l'être aimé, une dernière fois, car nul ne pouvait savoir ce qui attendait Sakura au delà de la mer de Chine.

Ce soir là Tomoyo ne portait qu'une robe de nuit, si fine qu'elle laissait transparaître pudiquement sa peau d'albâtre, sa si belle peau, si douce, tout en maintenant caché ses autres atouts. Elle dénuda son épaule gauche, laissant tomber la robe jusqu'à son petit sein blanc, ne le retenant qu'au dernier instant. Comment ne pas la désirer, si belle dans son plus simple appareil ? Comment ne pas vouloir la voir dévoiler ses fines jambes élancées, ses hanches souples et gracieuses, et ses petits seins en poire ? Elle devrait attendre, avant d'en voir plus, et sa belle n'en était que plus désirable.

Sakura elle portait un yukata rouge, dont la ceinture très serrée n'empêchait pas les pans de dévoiler le corps de son aimée. Elle était souvent qualifiée de plate par les hommes, elle n'avait que peu de poitrine, ses hanches étaient fines, au contraire de son aimée, voluptueuse, son yukata ne pouvait pas tout voiler, au contraire, serré comme il l'était il ne mettait que plus en valeur la belle forme de sa généreuse poitrine, la ceinture serrée à la taille ne pouvait que sublimer les courbures de ses hanches, et son physique athlétique.

La première Sakura rompit l'immobilisme, passant ses bras autour du cou de sa belle, l'attirant à elle pour un premier baiser. Les lèvres charnues de la magicienne rencontrèrent celles plus fines de la marchande, se complétant à merveille dans cette danse d'amour. Elles se cherchèrent, puis se trouvèrent, se séparèrent, reprirent leur valse, s'arrêtèrent subitement.

A son tour, Tomoyo brisa le gracieux ballet, pour poser ses chaudes lèvres sur la douce peau de son aimée, en un chaste baiser à la base du cou. Puis gagnant en assurance, les deux amoureuses remontèrent jusqu'à l'oreille, messagères de Cupidon qui y déposèrent un simple « Mon amour » susurré. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Toutes deux poursuivirent leur route laissant derrière elles les braises de l'amour, passant entre les deux collines, s'arrêtant un instant pour s'abreuver au puits, jusqu'à atteindre la dense forêt vierge de leur idylle.

Emportées dans leurs ébats, doucement, presque insidieusement, leurs pas les menèrent jusqu'aux draps satinés. Mais la belle s'arrêta, quelques larmes souillaient le visage de son aimée. « Je suis désolée, commença Sakura, je ... Je dois partir, je le sais ! Mais je ne peux pas te quitter, je ne peux... » La belle l'arrêta, posant doucement un doigt sur ses lèvres, et essuyant ses larmes. Son visage s'était durci en entendant ses mots, mais c'est d'une voix douce qu'elle y répondit : « Quoiqu'il arrive, nous resterons toujours ensemble. Toujours tu resteras gravée dans mon cœur, et moi dans le tiens. Toujours. » Sakura était rassurée, elle laissa échapper un léger soupir de soulagement, puis elle offrit ses lèvres à son aimée, elles partirent alors dans une tendre embrassade.

La belle tenait son amour dans ses bras, et Sakura la tenait par la taille, son corps était si chaud. Elles étaient collées l'une à l'autre. La belle sentait battre leurs deux cœurs, au même rythmes. N'étaient-elles plus qu'une seule et même entité d'amour et de tendresse ? Poitrine contre poitrine, était-ce possible qu'une chose aussi douce et aussi plaisante au toucher existe ? Et pourtant elle la sentait, collée tout contre elle, toute la douceur du monde. La belle sentait sa compagne se cabrer sous ses caresses, elle entendait le son le plus beau de tous, celui pour lequel elle vendrait son âme alors que ses mains faisaient de lents va et vient dans la féminité de son aimée. Un brasier les emporta toutes deux, alors que corps contre corps un doux frottement leur faisait connaître l'extase suprême !
La sueur maculait leurs deux corps. La belle desserra son étreinte. Que sa compagne était belle, la rosée de l'amour perlant sur chaque part de son adorable corps, alors qu'elles laissaient échapper la dernière note du chant de l'extase.
« Notre dernière nuit » songea la magicienne. Un frisson la parcouru. Une impression étrange l'envahie. Pendant un instant elle songea qu'elle ne reverrait jamais plus son aimée.


Des cris la tirèrent de sa rêverie. Les terreurs des mers d'Asie passaient à l'abordage.

Chapitre 5 :

Le guerrier était au cœur de la mêlée. Grand, aux cheveux bruns courts, vêtu d'un uniforme noir de l'armée impériale, sa lame apportait une mort miséricordieuse aux mutins. Un nouvel ennemi venait de le défier, lui lui répondit d'un regard dédaigneux de ses yeux de braises. En deux passes d'armes la hache de son adversaire s'était retrouvée sur le pont, la seconde suivante le pirate laissait échapper son dernier souffle. Il avait droit à un léger répit pour observer la scène tout autour de lui. La situation n'avait pas changé, ce combat était perdu d'avance...

Les pirates avaient attaqués de nuit, un de leur vaisseau était parvenu à les rattraper et à les aborder avant même qu'un coup de canon fut tiré. Les pirates étaient en sous nombres mais étaient sur un terrain bien connu, leur adresse au combat dépassant de loin celle des simples matelots chinois. Lui, il n'était pas un simple marin, il était chargé de mener au combat le petit groupe de combattant en faction sur chaque vaisseau de l'armada impériale. Avec ses hommes il avait mené la défense d'une main de fer, et la première vague d'assaut des forbans se solda par un échec monumental... Mais dés le second assaut, le groupe de combattant dû se disperser pour gérer les multiples menaces présentes partout sur le pont.

Ses hommes se battaient maintenant par groupe de trois ou quatre tentant en vain de retarder l'inéluctable défaite, tandis que les marins tentaient de repousser l'ennemi comme ils le pouvaient avec la formation aux armes sommaire dont ils disposaient. Leurs cadavres jonchaient déjà sur le pont. Ils ne manquaient pas de bravoure, aucun n'avait cédé à la panique, pour l'instant du moins. Mais ce n'était pas ce courage insensé qui leur apporterait une victoire. Tout cela, l'homme le comprit durant cette seconde entre deux combats. Une nouvel adversaire se présenta à lui, qu'il envoya rejoindre les abysses aussi rapidement que le précédent. Aucun nouvel adversaire ne vint se présenter à lui. Ces lâches savaient qu'ils ne manquaient pas de proies plus faciles à abattre. Qu'à cela ne tienne, si ils ne venaient pas à lui, alors il se porterait à leur rencontre... Mais pas seul. Il avisa un groupe de soldats de l'armée impériale tout comme lui qui luttaient encore, à quelques mètres de lui. De la lame de son katana il se tailla un chemin à travers les ennemis jusqu'à ses alliés. A peine les avait-il atteint que tous se dispersèrent pour contrer un nouvel assaut pirate, tous sauf une combattante. "Sôma" l'appela-t-il. Elle vint se placer face à lui. Le guerrier tendit la main à la guerrière qui la serra fortement.

Un choc ébranla la coque, faisant tituber tous les combattants sur le pont, prenant au passage la vie de certains. Un second navire pirate les avait rejoins. "A l'abordage !" entendirent-ils crier. Ensemble, les deux mortels bretteurs se lancèrent face à ces nouveaux assaillants.




Sur la dunette, le capitaine Zhao-Cheng avait organisé une défense rudimentaire avec quelques vétérans qui avaient connus plus d'une fois des affrontements avec les pirates de Singapour ou d'ailleurs. De cette position surélevée et aux accès restreints ils pourraient contenir l'ennemi un temps, peut être même repousser l'ennemi jusqu'à leur navire dans une contre attaque audacieuse. Mais cela s'avérerait inutile si le troisième navire pirate se joignait aussi à l'assaut, et il semblait qu'il ne tarderait pas à le faire. Le capitaine regarda le pont de son vaisseau, sur lequel seules quelques poches de résistances tenaient encore l'ennemi à distance, et toutes semblaient sur le point de céder. Seuls deux combattaient tranchaient nettement dans le chaos environnant, à eux seuls ils tenaient une large portion du pont. Les pirates effectuaient de grands détours pour les éviter, efforts qui semblaient vain au vue des corps qui s'entassaient en une forme de cercle à proximité des deux guerriers.

Aux bruits qui lui parvenaient, le capitaine comprit que l'ennemi avait atteint l'intérieur du navire. Il espérait que les quelques gardes placés près de la réserve de poudre sauraient repousser l'ennemi, sans quoi tout était perdu. Et pendant ce temps les deux magiciens qu'il était censés escortés n'agissaient pas ! Pourtant Zhao-Cheng n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps. Son destin l'appelait. Nonobstant le fracas des armes environnant, il s'avança jusqu'au pont où un pirate bien plus richement vêtu que les autres semblait commander directement l'opération. Sans plus attendre, le capitaine chinois se rua en avant, sa propre arme dégainée. Si son navire devait y passer qu'il en soit ainsi, mais il emporterait avec lui le capitaine ennemi.




Les deux magiciens n'agissaient pas, et pour cause, eux même devaient faire face à leurs propres démons.
"Tu dois le faire !" affirmait Shaolan "Je n'ai pas assez de pouvoir pour lancer ce sortilège, il n'y a que toi qui le puisse ! Et sans lui nous n'atteindront pas l'Empire vivants !
-Je ne peux pas !" y répondit une Sakura au bord des larmes "Ce serait inhumain d'utiliser ma magie ainsi ! Tu ne te rends pas compte que tu me demandes de prendre des vies pour nous sauver ?" Le beau prince ne comprenait pas. Comment le pourrait-il ? Toute sa vie il avait été le prince Shaolan, dernier enfant de l'impératrice, un élément que l'on pouvait aisément sacrifier au profit d'un autre prétendant au trône plus important que lui. On l'avait éduqué de sorte à ce qu'il effectue son devoir, quel qu'en soit le prix. Quant à Sakura, elle avait vécue avec la conscience de posséder un immense pouvoir, mais son maître l'avait bien formée.

"Tu peux faire beaucoup sans devoir attaquer." lui avait-il dit lors de l'ultime épreuve de son entraînement. Et elle s'appliquait à toujours agir ainsi. Déchaîner sa toute puissance sur des Onis était une chose : lorsqu'un Oni était détruit il n'était pas mort pour autant, son essence retournait dans sa dimension originelle et s'y reconstituait peu à peu. Et quand bien même ils mourraient, ces créatures n'étaient pas humaines, elles ne faisaient qu'en imiter l'apparence... C'est pourquoi la magicienne considérait qu'elle avait toujours fait un bon usage de ses pouvoirs. Mais si elle se servait de sa magie, ici, elle condamnerait à mort des êtres humains. Elle n'en aurait pas la force. Aussi abjectes que fusses ces pirates, ils n'en appartenaient pas moins à l'humanité, et les tuer ne serait pas moins un crime que s'il s'agissait d'autres humains.

La discussion tourna court. Les deux sorciers n'arriveraient pas à s'entendre sur la question. Cela n'aurait de toute façon bientôt plus d'importance songea la magicienne lorsqu'elle vit cinq pirates s'approcher d'eux, profitant d'une brèche dans la défense chinoise pour s'en prendre à des proies faciles. Ils se ressemblaient tous, et étaient pourtant tous différents, mais un même vice, une même malignité les caractérisait, et rendait leur aura indiscernable. Aux yeux de la magicienne ils n'avaient finalement que peu de choses d'humains... Ou peut être connaissait-elle trop mal ses congénères.

Les cinq hommes s'avançaient nonchalamment, armes à la main, portant un regard lubrique sur la jeune femme. Leurs intentions étaient on ne peut plus claires. Elle songea qu'elle disposait de plusieurs composants magiques dans des poches intérieures. Si la bataille tournait mal, elle n'aurait qu'à les ingérer. Ce serait douloureux, mais toujours préférable au traitement qu'ils lui réserveraient.

"Tu ne veux toujours pas te battre ?" interrogea le chinois

Elle hocha la tête en signe de négation. Elle regretterait sans doute sa décision d'ici quelques minutes, mais pour l'instant elle ne pouvait se résoudre à agir.

"Dans ce cas, reste derrière moi" lui intima le mage, avant de se mettre en position de combat.

Les forbans avaient comprit leur chance. Ils se battraient à cinq contre un. Cependant avant même qu'ils n'attaquent, Shaolan avait appliqué un sceau contre sa lame. La foudre en jaillit, abattant un premier adversaire. Sans se concerter les autres attaquèrent immédiatement pour ne pas laisser au magicien une nouvelle opportunité de se servir de sa magie.
Ils avaient l'avantage du nombre, Shaolan avait pour lui la longueur de son sabre, mais aussi sa dextérité. La pointe de son arme au sol, il disposait d'une garde capable de parer une attaque venant de n'importe quel côté. Néanmoins, malgré son adresse l'issue du combat ne faisait aucun doute. Ses adversaires savaient se battre, alternant les temps forts et les temps faibles, tandis que lui, en sous nombre ne voyait pas un instant la pression se relâcher. Inlassablement il devait esquiver, parer, bloquer. Sachant que sur le long terme la défaite serait inéluctable, il effectua une audacieuse feinte. Un des adversaires ne vit pas le coup venir, le sabre cérémoniel le tailla de l'épaule jusqu'à l'aine. Mais le bretteur avait mal calculé son coup. Emporté par son élan, et à cause du tangage du navire il ne se réceptionna pas à temps. Un autre adversaire l'attaqua sans qu'il ait eut le temps de reprendre son équilibre. Il bloqua le coup tant bien que mal, mais le choc le renversa. Il lâcha son arme dans sa chute.

Sakura vit la scène comme au ralenti. Le pirate s'approcher, sa lame à la main.
Shaolan lever le bras dans une dernière tentative de se protéger. L'arme s'abattre. Le sang couler sur le pont de bois encore immaculé. Le corps inanimé de Shaolan. Un voile rouge envahissant son champ de vision.

Les trois pirates restant s'approchèrent d'elle, prenant leur temps. Les marins étaient trop occupés par le combat. Aucune échappatoire ne viendrait par là pour la femme sans défense prostrée devant eux.

La magicienne était plongée dans une sorte de léthargie. Tout cela ne pouvait pas être vrai. C'était un cauchemar, pas la vraie vie. Ses yeux passèrent rapidement du pirate devant elle qui commençait déjà à dégrafer sa ceinture, jusqu'à corps inanimé de son défenseur. Son dernier défenseur, celui qui avait donné sa vie pour la protéger d'eux. Comment une telle injustice pouvait-elle exister ? C'était elle qui devrait gésir là, elle qui n'avait pas su se résoudre à faire usage de ses pouvoirs, elle qui n'avait pu agir dans cette bataille, débauche de sang et d'acier. Pourquoi le dévoué avait-il été vaincu par les mutins ? Peu à peu, désespoir, résignation et terreur firent place à un autre sentiment. Quelque chose d'inconnu, de totalement nouveau pour elle. De la colère ? C'était plus puissant que cela et en même temps plus subtil. Une sorte de rage intérieure ? Quelque chose en elle brûlait du désir de tuer, et rien de ce qu'elle avait pu penser ou dire auparavant n'amadouait ce brasier. De la haine. C'était le terme juste, une haine brûlante, dévorante. Les êtres face à elle n'étaient plus humains. A ses yeux ils ne valaient pas mieux que des démons.

Un main plaquée sur son épaule la projeta au sol, suivit du souffle gras et aux relents d'alcool du pirate. "Allez ma jolie, on va s'amuser un peu, rien que toi et moi." Elle ne pourrait pas en supporter plus. Sans même s'en rendre compte elle avait sorti une carte. La seconde suivante, une lame dépassait du dos du pirate.

Ses deux acolytes n'en croyaient pas leurs yeux. Une seconde auparavant ils avaient face à eux une jeune femme tremblante de peur à l'idée de ce qui allait arriver. Mais en cet instant, la créature tremblante s'était redressée, avait aussi une épée à la main, longue, effilée, et ensanglanté. Mais tout ceci n'était rien en comparaison du regard qu'elle porta sur eux. Son regard était aussi cruel que le rictus sadique qui déformait ses traits fins et un air de prédateur transparaissait dans sa démarche.

"Démons" l'entendirent-ils prononcer "Je vais vous bannir de ce monde."

Pourtant courageux les deux hommes sentirent leur bravoure les lâcher face à cette métamorphose soudaine. L'un d'eux se retourna pour s'enfuir à toute jambe. Il ne fit pas deux pas que la lame de la magicienne l'avait tué. Elle avait bougé si vite que le second pirate toujours figé de stupeur n'avait pas vu venir le coup, pas plus qu'il n'eût le temps de réagir face à celui qui signa sa propre mort...








Tous devaient payer. Sur la dunette, l'invocatrice avait une vue d'ensemble sur la destruction apportée par les pirates. L'ombre et la flamme dansaient sur le pont, troublant les sens tout autant que les râles d'agonies et l'odeur de sang et de sueur mêlées. Tout n'était que carnage sur le pont ensanglanté de la Belle de Shangaï. Cette vue ne faisait que renforcer sa flamme intérieure. Elle qui n'avait jamais perdu son sang froid, même dans les situations les plus désespérées, elle venait de le perdre et ce qui en résultait aurait effrayé celle qu'elle était dans son état normal. Mais elle n'était pas dans son état normal. Ce feu dévorant qu'était la haine lui offrait un tel pouvoir que s'en était enivrant, grisant même. Jusqu'où pourrait-elle aller avec une telle puissance débridée ? Voilà une question à laquelle elle s'empressa de répondre.

"Firey !" appela-t-elle, impérieuse, en désignant de la main l'un des vaisseaux pirates.

Avec la puissance d'une déesse pliant les éléments à sa volonté, la magicienne déchaîna une pluie de flammes sur le premier vaisseau pirate qui avait abordée la canonnière. Les flammes gagnèrent vite le pont, dévorant tout sur leur passage, puis les voiles, se propageant toujours plus loin jusqu'à atteindre la réserve de poudre.

"Soyez purifiés par le feu." s'entendit-elle prononcer avec une pointe de fanatisme dans la voix alors que le navire disparaissait dans une explosion impressionnante. Cette dernière dispersa attaquants comme défenseurs face à la chaleur mordante. Elle ne bougea pas, restant face à son œuvre, la morsure de l'air brûlant apaisant presque sa soif de tuer. Elle était presque apaisée, mais pas totalement. Heureusement il restait encore beaucoup de choses qui sauraient combler ce manque. Son visage angélique s'illumina d'un sourire cruel. Ange ou démon, personne n'aurait pu discerner où était la part de bien et de mal en elle à cet instant tant les deux semblaient mêlés. Telle une incarnation de la mort, elle descendit sur le pont, rapière magique toujours en main, elle apportait une mort rapide à tous les ennemis qui croisaient sa route. Elle n'éprouvait aucune pitié pour ces meurtriers, ceux qui avaient blessés Shaolan. Le nœud du problème était là. Ils avaient voulus la violer, ils avaient tués nombre d'honnêtes marins, mais tout cela n'avait aucune importance en comparaison de leur plus odieux crime. Ils avaient blessé Shaolan, si ce n'était même tué. C'était impardonnable pour elle voilà pourquoi ils périraient tous de sa lame !
Un nouvel adversaire. En une passe d'arme son ennemi était à sa merci. C'était un très jeune pirate, guère plus qu'en enfant, rongé lui aussi par le vice, mais elle perçu aussi en lui une sorte de naïveté, celle de celui qui agit mal mais ne perçoit pas la portée de ses actes. Elle ne pouvait pas le tuer. Tuer ? Cela ne faisait pas partie de ses habitudes. Aussi vite que la haine était venue, elle était disparue. La vague de haine avait reflué, le voile rouge sang devant son regard s'était dissipé. Les combats tout autour d'elle avaient cessés, la violence dont elle avait fait preuve associée au courage des marins chinois avait repoussé l'assaut, du moins pour l'instant. Le calme et le froid de la nuit la frappèrent, contraste brutal avec la haine brûlante qui l'étreignaient quelques secondes auparavant. Elle dissipa immédiatement la magie de la carte de l'épée qui disparue de sa main pour retourner au livre des cartes, ne lui laissant que son sceptre habituel en main droite, immaculé du sang qui entachait pourtant une seconde auparavant la lame de Sword.

La magicienne passa dans les rangs des blessés pour retourner jusqu'à la dunette, car ses combats l'avaient emportées bien loin sur le vaisseau. La bataille avait tourné à leur avantage, il ne restait plus que trois navires pirates, et leurs équipages avaient subis de lourdes pertes, mais les chinois avaient aussi bien des morts à pleurer. Avec si peu d'hommes encore en état de combattre, tous les canons de La Belle de Shangaï ne les sauveraient pas d'un nouvel affrontement avec les pirates de Singapour.

"Ma dame" lui annonça le capitaine du vaisseau lorsqu'elle s'approcha du petit groupe d'hommes qui discutaient nerveusement de la suite des opérations "Nous avons échoués. Il est arrivé malheur au prince Shaolan et ...
-Est-il ... mort ? eut-elle à peine la force de demander
-Son état est grave. Sans soins il ne survivra pas longtemps. Le médecin de bord s'occupe de lui, mais quelle importance cela peut-il avoir ? Les pirates sont quelque peu désorganisés mais ils ne tarderont pas à revenir à l'assaut. J'ai moi même vaincu leur capitaine, mais cela ne les empêchera pas d'attaquer à nouveau."

L'homme était fatigué après la bataille mais la lassitude qui l'habitait en cet instant dépassait le simple stade physique.

"Nous allons vous donner une chance d'atteindre les côtes. Nous affréterons une de nos cogues d'escorte pour vous. Pendant que vous fuirez nous resterons pour les retenir puis..." il marqua une pause ".. Je ne laisserais pas mon navire à ces bandits. Je mettrais moi même le feu à la réserve de poudre au bon moment. Cela devrait vous laisser suffisamment de temps pour les distancer, peut être assez pour atteindre Shangaï. Rien n'est certains mais vous avez plus de chances de vous en sortir ainsi."

Combien devraient donc mourir pour elle ? D'autres se proposaient encore de se sacrifier à sa place. Elle ne les laisserait pas faire. La plus puissante magicienne du Japon laisserait d'autres agir car elle n'oserait pas faire usage de son pouvoir ? Cette situation n'était pas acceptable.

"Vous n'aurez pas besoin d'en arriver là capitaine" y répondit-elle "Contentez vous de mettre le plus de distance possible entre leurs navire et nous. Je me charge du reste."

Zhao-Cheng semblait dubitatif, mais le capitaine n'insista pas. Il avait vu comme tout le monde sur ce navire de quoi elle était capable en réduisant en cendre un des navires pirate, si elle disait pouvoir les sortir de cette situation, il la croyait sur parole.

Quelques coups de fouets retentirent sous le pont, des ordres furent aboyés, et en quelques minutes la canonnière fut prête à reprendre la mer.

A la poupe du navire, la magicienne se concentrait, rassemblant chaque parcelle restante de son pouvoir pour lancer un ultime sortilège. Elle avait presque épuisé ses forces en faisant un usage si prolongé de Sword et en employant aussi Firey, sans compter l'invocation de Mokona qu'elle avait effectué dans la journée. Pour ses forces qui n'étaient pas tout à fait renouvelées, cela tenait du miracle qu'elle ait réussi à lancer autant de puissants sortilèges. Elle allait risquer sa vie en jetant un autre sort, mais beaucoup d'hommes aujourd'hui avaient donnés la leur pour protéger la sienne, il était temps qu'elle donne de sa personne.

Comme prévu les navires pirates ne les poursuivirent pas immédiatement lorsque la canonnière reprit sa route. Ils devaient penser que leur cible ne disposait plus d'un équipage suffisant pour maintenir un rythme soutenu et les distancer. Cela faisait parfaitement l'affaire de l'invocatrice.

Cet unique sortilège leur permettrait de fuir, mais Sakura restait en proie au doute. Serait-elle en mesure de maîtriser le pouvoir de la carte une fois celle-ci invoquée ? Si tel n'était pas le cas, il était fort probable que le navire chinois se retrouve affecté lui aussi. Cependant ils avaient tous bien plus de chance de survie si le sortilège devenait incontrôlable que si les pirates les rattrapaient. Aussi, après une seconde d'hésitation, et avec un brin d'appréhension, la magicienne lança-t-elle la carte vers les cieux. Elle fila sans s'arrêter, bien plus haut que ce qu'une humaine aurait pût la lancer normalement. Alors que la carte disparaissait, elle pointa son sceptre vers le ciel, et appela le pouvoir de la carte : "Déchaîne les vents et les mers, Storm !".

Ces mots avaient à peine étés prononcés que le ciel étoilé commença à se couvrir de nuages, à une vitesse surnaturelle, tandis que des bourrasques de vent de plus en plus fortes venaient secouer le navire. La magicienne ne pût constater l'effet de ses pouvoirs qu'un court instant. Elle vit les flots devenir violents, des vagues de plus en plus grandes se former. Avant de céder à la fatigue, contrecoup de sa dépenser d'énergie, elle eut la joie de constater que son propre vaisseau arrivait à braver la tempête sans mal, le capitaine Zhao-Cheng tirant au mieux profit du poids de la canonnière pour en limiter le tangage, tandis que les frêles navires pirates étaient ballotés par les flots comme de vulgaires coquilles de noix.

Elle avait réussie. Ils parviendraient à s'échapper. Sur cette dernière pensée, elle s'abandonna complètement au sommeil, un sommeil sans rêves pour reconstituer ses forces, un sommeil dont la tempête elle même ne réussi pas à la tirer.


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Ame



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MessageSujet: Re: La légende de l'invocatrice d'Outo   Ven 30 Déc 2011 - 23:15

Pad mal du tout JB ! J'attends la suite !
Attention aux répétitions par contre bravo

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Some say the world will end in fire, Some say in ice,
From what I've tasted of desire, I hold with those who favors fire.
But if it had to perish twice, I think I know enough of hate,
To say that for destruction ice, Is also great
And would suffice. R. Frost
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MessageSujet: Re: La légende de l'invocatrice d'Outo   Aujourd'hui à 12:45

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