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  No°6 - Epilogue et Après

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Lady Balkys



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MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Ven 25 Mai 2012 - 0:22

Disclaimer : Les personnages et l'univers de No°6 appartiennent exclusivement à Atsuko Asano.

Le Concours continuera plus tard, pas de chanson dans ce chapitre ! Un bon lemon par contre ^^ ! Ça compense ? Ça ira ?

S'il y a des gens intéressés par mon roman (héroic fantasy yaoi), allez voir sur mon site, le lien est dans mon profil !


No°6 - Après
Chapitre 07 : Le Deuxième Homme du pays

Le lundi matin, Nezumi prit un malin plaisir à ne pas lâcher Shion et à le câliner de force pour l'empêcher de se lever. Shion se laissa dorloter un moment, puis se dit qu'il avait quand même du boulot… Il eut fort à faire pour réussir à sortir du lit et dut recourir aux chatouilles pour que Nezumi le lâche enfin.
Shion savait très bien où chatouiller Nezumi… Hilare, ce dernier hoqueta alors que Shion se levait :
« C'est pas du jeu ! Tu me paieras ça !
- Ce soir, sans souci. »
Nezumi rigola et se renfonça sous la couette en tirant la langue de Shion. Il se rendormit et rouvrit les yeux vers 8et 1/2. Un peu surpris de ne pas avoir été réveillé par Haru, il se leva et constata que le petit garçon n'était pas là. Un mot l'attendait à côté d'une pile de cahiers, sur la table du salon :
« Mon chéri, coucou !
Haru s'est réveillé tôt, du coup je l'emmène en partant, comme ça tu pourras passer ta journée de repos tranquille. ^_~
Sinon, j'ai pas mal réfléchi et hésité, mais bon… C'est quand même pour toi que je les ai écrits.
Pendant ton absence, j'ai tenu un journal et ben… Voilà… Du coup j'aimerais que tu le lises…
Bon ben c'est tout ! À ce soir mon cœur ! ^^
 »
En guise de signature, une petite fleur. Nezumi regarda les cahiers. Un journal ? Il prit le premier et l'ouvrit :
« 24 mai 2017, 19h27.
Mon Nezumi,
Je trouve enfin le temps de me poser un peu pour t'écrire… 
»
La théière était vide depuis longtemps, à côté de lui sur la table, lorsqu'un petit cri d’Encre le fit sursauter.
Il la regarda, un peu perdu.
« Squik ?
- Oui, ça va, pourquoi ?
- Squik… Squik, squik… ?
- Sérieux ? sursauta-t-il. Déjà ? ! »
Il était presque 11h. Il glissa le crayon avec lequel il annotait les cahiers entre les pages de celui qu'il lisait et se leva en prenant la souris dans sa main :
« Squik squik !
- Oui, j'avais dit que je m'occupais du jardin, aujourd'hui…
- Squik ! Squik… !
- Oui, oui, il faut planter des graines que j'ai ramenées, je sais… »
Omae et les autres souris le suivirent dans le couloir et il leur ouvrit la porte. Elles filèrent gambader dans l'herbe pendant qu'il enfilait ses bottes.
« Ah, le courrier… » pensa-t-il.
Encre grimpa sur son épaule alors qu'il traversait le jardin pour attendre le portail et la boîte aux lettres. Il faisait beau et très doux. Une petite brise légère vint caresser son visage, le faisant sourire.
Quelques enveloppes anonymes, une facture, L'Aurore, qui faisait sa Une sur les réformes du système de santé, avec l'habituelle petite caricature de Shion. Cette fois-ci, il poussait plusieurs médecins à avancer avec un caducée à la main, l'air fâché et sévère : « Comment en est-on arrivé là ? », et La Libre Parole, si elle faisait sa Une sur…
« … Putain de merde… »
… Shion et lui-même s'embrassant à la réception du samedi précédent, titrée : « La Perversion se cachait au sommet de l'État ».
Nezumi tenait le journal dans ses mains, séché.
« Merde merde merde… »
Il rentra à l'intérieur à toute allure. Il avait dû laisser son téléphone portable dans la poche du jean qu'il portait la veille… Il le trouva dans la chambre, et s'assit sur le lit en appelant immédiatement Shion. Ce dernier décrocha rapidement :
« Coucou, mon cœur !
- Euh, bonjour, mon ange… Désolé, j'espère que je te dérange pas ? demanda nerveusement Nezumi.
- Non, j'étais en rendez-vous, mais je viens de finir, je reprenais mes notes… répondit Shion, avant de continuer, inquiet : Qu'est-ce qu'il y a ?
- Euh, t'as vu la Une de La Libre Parole ce matin ?
- Non ? C'est quoi ?
- Nous. »
Il y eut un petit blanc.
« Ah bon ? finit par lâcher Shion. Nous ?
- Nous. En train de nous rouler une pelle. Tu sais, samedi après la valse… »
Nezumi entendit Shion cliquer, sans doute sur son ordinateur. Après un nouveau silence, il l'entendit cette fois soupirer avec douceur :
« Ooooooh elle est magnifique…
- Quoi ?
- Ben, la photo. Je suis sur leur site… »
Nezumi resta interdit quelques secondes, puis il exposa de rire. Il en tomba à la renverse sur le lit. Shion reprit soudain :
« Ah, mais ça doit être pour ça que Yui essaye de me joindre depuis tout à l'heure… »
Le rire de Nezumi redoubla.
« Je t'adore, Shion !… réussit-il à dire.
- Oui, Nezumi… Bon, je peux te laisser ? Yui essaie de me rappeler. Je te tiens au courant ?
- Pas de souci, mon amour. Je garde le portable avec moi. »
Il ajouta :
« Je t'embrasse.
- Moi aussi, à tout à l'heure. »
Il raccrocha et Nezumi se redressa. Bon… Ben re-jardinage, du coup…
Il retourna au jardin pour voir Omae gronder sourdement et suivant le regard de la chienne, il avisa un chat qui les toisait depuis la haie épaisse qui séparait leur jardin de celui de leurs voisins, côté garage.
Nezumi détestait les chats.
Les souris aussi l'avaient vu. Encre couina sur son épaule.
« Je vais chercher ce qu'on a comme outil, vous me prévenez si cette saleté pose une patte chez nous.
- Squik ! »
Il alla voir du côté de l’auvent. C'est là qu'il avait laissé d'une part les graines qu'il avait ramenées et d'autre part qu'il avait vu quelques outils et un tuyau d'arrosage à embout « pistolet ». Il y avait plus de matériel qu'il pensait, plutôt vieux, sans doute un reste des anciens propriétaires des lieux. Mais c'était en bon état.
Il avait retourné toute une plate-bande, et semé presque tout, lorsque les souris se précipitèrent en couinant vers lui.
Le chat avait sauté dans le jardin, l'air de rien. Omae se dressa, mais n'eut pas le temps d'aboyer : Nezumi avait saisi le tuyau d'arrosage… Il visa soigneusement. Le chat se prit le jet en pleine gueule. Il secoua la tête, stupéfait.
Le portable de Nezumi sonna à ce moment. Il décrocha de la main gauche sans lâcher le tuyau qu'il tenait de la droite.
« Salut, Freedom.
- Salut, le rongeur.
- Que puis-je pour ton service ?
- Il paraît que tu as lu le journal de ce matin…
- Pas lu, juste vu la Une.
- Ah, tu devrais lire. Tu apprendrais plein de choses sur toi que tu ignores…
- Oh, tu m'intrigues.
- Bon, et sinon, je peux envoyer Zento te chercher ? On voudrait voir ce qu'on fait de ça et tu es un peu concerné. »
Nezumi tira un nouveau jet d'eau sur le chat qui tentait une autre approche.
« Pas de souci. Je prends une douche en attendant, je jardinais… »
Troisième jet.
« OK. À tout à l'heure, Nezumi. »
Nezumi raccrocha et essuya son front. Il avait bien sué malgré tout. Le chat s'était éloigné.
« Je rentre, vous venez ? Omae, tu veux rester dehors ? »
Les souris le suivirent à l'intérieur alors qu’Omae restait siester au soleil. Nezumi alla rapidement se rafraîchir et s'habiller proprement, tout en noir, mais il n'y fit pas vraiment attention.
Zento arriva juste comme il reprenait le journal en main pour le lire. L'agent qui accompagnait le vieil ami de celui que Nezumi appellerait toujours Freedom était un homme jeune, très propre sur lui et soit constipé, soit trop sérieux.
Zento, pour sa part, interpella Nezumi du portail, quand il sortit voir qui sonnait :
« Eh, on est là ! »
Nezumi sourit et hocha la tête. Il enfila ses bottes, fit rentrer Omae et le rejoignit, Encre, Cravate et Lueur de Lune sur les épaules. Il serra la main que Zento lui tendait :
« Comment tu vas, Nezumi ?
- Ça va, ça va.
- Je te présente Katai, un collègue. Katai, … Merde, c'est quoi ton vrai nom déjà ?
- Aki Kazemori, tu t'y feras, t'inquiète. »
Nezumi serra la main de Katai qui lui sourit rapidement, grave :
« Monsieur.
- Aki, le corrigea Nezumi.
- Pardon ?
- Aki. Ça va, j'ai suffisamment d'années de moins que vous pour que vous m'appeliez par mon prénom… On y va ? »
Ils montèrent dans la voiture, Katai au volant, Zento près de lui et Nezumi à l'arrière, le journal à la main. Il se mit à lire et soupira assez vite :
« Le style est à chier…
- Ah, ça… La Libre Parole, c'est pas de la grande littérature, lui répondit Zento.
- J'avoue, L'Aurore, je survole, La Libre Parole, moins… Et là, je me souviens pourquoi. J'avais essayé, ça m'avait saoulé… Ah ben super, une faute d'orthographe maintenant… Freedom avait raison, c'est très instructif… J'aurais jamais cru tout ça de moi ! »
Ils arrivèrent bientôt au Palais. Ils se garèrent dans la cour. Nezumi descendit et regarda le bâtiment avec curiosité. Il lui sembla plus grand qu'à la télé, et le parc, autour, avait l'air immense.
Il suivit Zento et son collègue, le premier jouant au guide, à travers la cour jusqu'à l'entrée, où il salua aimablement les vigiles, qui le lui rendirent poliment, puis ils prirent l'ascenseur qui s'ouvrit à l'étage présidentiel, face au bureau de Mlle Hisho. Cette dernière toisa les nouveaux arrivants d'un œil sévère… Qui se fit stupéfait lorsque Nezumi la gratifia, en la saluant également, de son sourire le plus charmeur.
Ils arrivèrent bientôt devant une double porte que Zento ouvrit après avoir frappé, et entrèrent juste pour entendre Yui s'écrier avec humeur :
« Shion pour la dernière fois, lâche cet ordi et viens ! »
Assis à son bureau, Shion couina :
« Mais si, je t'écoute… »
Yui était assis sur le canapé, Adrian debout à côté, et trois autres personnes étaient là : un jeune homme qui rigolait doucement sur un fauteuil, une jeune femme et une plus âgée, amusées elles aussi, près de Yui sur le canapé. Adrian déclara :
« Shion, regarde qui est là… »
Nezumi s'inclina poliment :
« Bonjour à tous. »
Et il n'eut que le temps de se redresser pour recevoir Shion qui avait bondi pour lui sauter au cou.
Yui soupira avec un sourire alors que sur son fauteuil, l'autre jeune homme éclatait de rire. Les deux femmes pour leur part échangèrent un regard entendu, toujours amusées. Adrian rigola :
« Eh ça y est, il a lâché son ordi ! »
Mais ni Shion, ni Nezumi n'avaient trop fait attention à tout ça, occupés à s'embrasser tranquillement.
« Voilà, ça, c'est s'il restait un doute à quelqu'un… fit Yui avec un nouveau soupir.
- Oh, la photo était assez explicite… » dit la plus âgée des deux femmes.
Shion lâcha le cou de Nezumi, mais garda sa main dans la sienne :
« Tu viens, je te présente ?
- Volontiers. »
Ils s'approchèrent des autres, main dans la main :
« Alors, voici Yosan, notre calculette nationale, dit Shion en désignant le jeune homme sur son fauteuil, Mlle Koé, notre porte-parole, continua-t-il, et Mme Gaikôkan, notre diplomate en chef. Je crois que tu connais les deux autres. Mlle, Madame, Monsieur, mon compagnon, Aki Kazemori.
- Enchanté, dit Nezumi.
- De même ! répondit aimablement Yosan. Asseyez-vous donc et ne laissez pas Shion se remettre devant son ordi, sinon on n'y arrivera jamais… »
Nezumi les regarda rire sans comprendre, et retient Shion lorsque ce dernier fit un pas vers son bureau. Shion couina :
« Mais j'ai pas fini…
- Fini quoi, mon ange ? lui demanda doucement Nezumi dans le ceinturant.
- De nettoyer la photo… Je la voulais en fond d'écran… Je suis en train d'effacer le titre… »
Nezumi sourit, amusé :
« Allons, ça peut attendre un peu. Moi, j'avais autre chose à vous proposer… C'est l'heure de manger et il fait très beau, alors si on allait voir tout ça avec des bentos dans le parc ?
- Oh, bonne idée ! » s'exclama Mlle Koé.
La porte s'ouvrit brusquement, les faisant sursauter, sur messieurs Keitatsu et Kyoiku. Le responsable de la police sursauta violemment en voyant Shion toujours dans les bras de Nezumi et celui de l'éducation ne fut surpris que le temps de sourire :
« Bon, donc, j'avais raison. Ça n'était pas de l'intox. »
Il va tendre la main à Nezumi qui lâcha Shion le temps de la serrer :
« Makoto Kyoiku, Conseiller chargé de l’Éducation, enchanté.
- Aki Kazemori, serveur, enchanté aussi. »
Keitatsu pour sa part grimaça. Nezumi le vit et se fit donc un devoir de lui faire son plus aimable sourire :
« Oh, vous êtes responsable de la police, je crois ? Je vous ai vu à la télé. Enchanté.
- Euh hm de même… » grogna Keitatsu.
Yui rigola et se leva du canapé :
« Bon, parti pour le pique-nique ? »
Dix minutes plus tard, ils s'installaient tranquillement dans un coin tranquille, sous des arbres, à l'ombre, à une centaine de mètres du bâtiment, sans le responsable de la police qui avait argué du travail.
Après qu'ils aient commencé à manger tranquillement, Mlle Koé demanda :
« Et du coup, qu'est-ce qu'on fait ? »
Tous les regards se tournèrent vers Shion. Ce dernier était assis contre un arbre, Nezumi à ses côtés, leurs mains comme souvent entrelacées. Le jeune président haussa les épaules :
« Moi, vous me connaissez, les coups bas de Hantaisha et de sa clique, je m'en fous royalement.
- Hantaisha ? releva Nezumi.
- Le principal actionnaire de La Libre Parole, lui répondit Shion.
- Un très vieil ami à nous, ajouta Adrian.
- Lui et sa marmaille… soupira Yui. À part le petit dernier, ils sont tous à abattre…
- J'ai dit non, Yui, sourit Shion.
- Façon de parler, Shion, tu sais bien que j'ai rangé mes flingues.
- Je sais, je te charriais.
- Ouais, enfin font bien chier quand même, grogna Adrian.
- Malheureusement, soupira Mme Gaikôkan, j'ai peur que cette fois, on ne puisse pas se contenter de les ignorer… Ça serait leur laisser le champ libre pour les pires calomnies.
- Je suis d'accord avec vous, intervient Yosan. Là, clairement, il faut répondre et leur couper l'herbe sous le pied.
- Leur reprendre la parole avant que ça ne parte en sucette en somme, dit Kyoiku.
- Qu'est-ce que tu en penses ? » demanda Shion à Nezumi en lui tendant un beignet de crevette.
Nezumi se fit un devoir de mordre dedans avant de répondre :
« Je sais pas trop comment ça pourrait se gérer, mais s'il s'agit de me montrer avec toi, ça me gêne pas.
- C'est pas si simple, Nezumi, intervint Yui. Il faut répondre vite, fort et clairement. »
Nezumi mâcha et avala son beignet en haussant les épaules.
« Bon, reprit-il, alors on les appelle, on les assoit dans un coin pour leur expliquer que je suis là et que si ça ne leur va pas, c'est pareil. »
Un silence suivit. Shion se resserra un peu contre Nezumi, tout sourire, alors que Yosan faisait la moue et que Mlle Koé hochait la tête :
« Réunir la presse pour s'expliquer pourrait être une bonne solution, effectivement. »
Shion hocha la tête :
« Ça tombe bien, j'avais rien à faire cet après-midi ! »
Une petite brisée souffla, faisant voleter les cheveux blancs et bleutés. Nezumi sourit.
À leur fille, Encre gambadait dans l'air avec Cravate. Lueur de Lune, pour sa part, s'était installée pour faire la sieste avec Hamlet et Macbeth, sur les genoux de Shion. Ce dernier regarda Nezumi :
« Tu es sur que ça ne te gêne pas ? Je peux m'expliquer ça, sans que tu te montres ? »
Le téléphone de Yui sonna. Il regarda, c'était un message.
« J'assume totalement notre relation, mon ange, et je me contrefous qu'on me reconnaisse dans la rue. Et puis, ajouta-t-il après un silence il est hors de question que je me taise après toutes les saloperies qu'ils ont crachées sur ma gueule ! »
Shion lui fit un petit bisou.
« Ensemble jusqu'en Enfer, ma petite fleur, tu as oublié ?
- Quoi qu'il arrive, mon joli rat. Non, ne t'en fais pas. »
Ils s'embrassèrent encore.
Kyoiku rigola et dit :
« Et dire que je me faisais la réflexion pas plus tard que la semaine dernière que je vous trouvais une humeur radieuse depuis quelque temps, Shion…
- J'ai pensé ça aussi, dit Mme Gaikôkan. Et ce que vous nous avez dit lundi dernier au Conseil me l'a confirmé.
- J'ai dit quoi au Conseil ?
- Vous avez vaguement évoqué quelqu'un que vous aviez attendu sept ans…
- Ah oui, exact…
- Ça fait pas tout à fait sept ans… Ça fera sept ans cet automne, remarqua gentiment Nezumi en passant son bras autour des épaules de Shion.
- Moui… Sept ans le 7 septembre… »
Yui regardait avec sérieux et intervint :
« J'ai du nouveau.
- Ah ! s'exclama Shion. Alors ?
- Alors, la photo a été prise avec un portable Sumsing XP347… On est en train de recouper avec la liste des invités, que ce cher Satoru nous a fournie dès qu'on lui a demandé… Il se répandait en excuses, d'ailleurs.
- Il n'y est pour rien, il n'a pas à s'en vouloir… soupira Shion.
- Pas mal de gens étaient déjà partis, ça va limiter les recherches. » remarqua Adrian.
Yui hocha la tête.
La brise souffla à nouveau et cette fois, Nezumi fronça les sourcils en se redressant.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » lui demanda Shion, alarmé.
Le couteau de Nezumi apparut comme par enchantement dans sa main et il n'eut pas le temps de répondre qu'ils entendirent tous, clairement, un coup de feu beaucoup trop proche.
Adrian et Yui étaient debout, armes au poing, en un clin d'oeil, alors que Nezumi restait accroupi à côté de Shion et que Hogorusu, Kanshi et Zento sortaient d'on ne sait où, armés aussi.
« Qu'est-ce qui se passe, Zento ? demanda Yui.
- Quatre intrus dans le parc, on est en train de les encercler, mais ils sont armés. Apparemment, ils sont entrés par le nord, l'endroit où le mur est en ruine…
- C'est vrai qu'on l'a toujours pas réparé… » pensa tout haut Shion.
Il semblait toujours plus intrigué qu'inquiet.
D'autres hommes arrivèrent. Nezumi restait aux aguets. Le vent fit à nouveau voler ses cheveux et il fronça encore les sourcils et murmura :
« … Cinq… »
Shion le regarda sans comprendre. Les autres ne l'avaient pas entendu.
Des gardes escortèrent Kyoiku, Yosan, Mme Gaikôkan et Mlle Koé au Palais, mais Shion refusa de rentrer et Nezumi ferma les yeux un instant. Zento était en communication avec d'autres :
« Je m'en fous, vous me bloquez ces mecs, on discutera après ! Le président est dans le parc, vous me les désarmez et vous me les menottez, POINT BARRE !!! On ne prend aucun risque ! »
Un moment passa, sans que rien ne bouge, puis les téléphones de Yui et Zento bipèrent ensemble.
« C'est bon, ils ont été maîtrisés. » dit Yui.
Shion se leva, suivant Nezumi qui, lui, restait sur ses gardes.
« On sait qui c'est ? demanda le jeune président.
- Ils prétendent être des policiers, répondit Yui, on vérifiera. En tout cas, ils étaient armés et ont fait feu… Ils disent qu'ils poursuivaient un criminel. »
Shion regarda Nezumi. Le vent fit à nouveau voleter leurs cheveux. Nezumi rangea son couteau. Il était visiblement cette fois plus inquiet que méfiant.
« Nezumi ?…
- À tous les agents, présence possible d'un cinquième homme dans le parc, dit Yui dans son téléphone. Restez vigilant. »
Il écouta un moment, puis soupira :
« Ils nous les amènent, mais personne n'a vu quelqu'un d'autre… »
Shion hocha la tête. Il regardait toujours Nezumi qui murmura en regardant plus loin :
« … Il est là-bas…
- Quoi ?
- Je vais voir…
- Nezumi ! »
Shion lui saisit le bras. Nezumi lui sourit :
« Ne crains rien, mon ange. »
Yui, Adrian et les autres regardèrent d'autres gardes arriver, encadrant et tenant plus que fermement quatre hommes bien attachés. Shion, lui, regarda Nezumi s'éloigner, inquiet.
Ce dernier disparut sous les arbres. Si ce qu'il avait senti était juste et si son serviteur ne s'était pas trompé, il devait être par là… Sur son épaule, Encre était sur le qui-vive. Lui restait aux aguets, comme il l'avait été ailleurs, en chasse.
Autour de lui, les arbres immenses, le chant des oiseaux, les bruits des écureuils.
Il s'arrêta soudain et ferma les yeux. Il se concentra un instant et sourit. Il ne s'était pas trompé.
Il écarta lentement un buisson et dit très calmement :
« Encre, va chercher Shion. »
La souris couina et fila.
Nezumi n'avait pas perdu son sourire. Il regardait avec douceur le tout jeune adolescent terrorisé qui le fixait, les yeux écarquillés et le bras en sang.
« Tout va bien, ne t'en fais pas. » lui dit-il en s'agenouillant.
Le garçon eut un mouvement de recul, comme s'il voulait disparaître dans l'arbre sur lequel il s'appuyait. Nezumi s'approcha très lentement, en parlant avec cette même douceur :
« Tu n'as rien à craindre.
- S'il vous plaît… bredouilla le gamin en se mettant à pleurer. Ils veulent me tuer…
- Personne ne va te tuer. Les hommes qui te poursuivaient ont été arrêtés par des gens bien plus puissants qu'eux, et ces gens ne laisseront personne te faire du mal. »
Le garçon le regarda sans trop avoir l'air de savoir s'il devait le croire et sursauta en entendant :
« Nezumi ! »
Shion arrivait en courant, Encre sur l'épaule, suivi par Adrian et Yui, eux toujours armés.
« … Ça va ? demanda Shion en s'arrêtant près de lui.
- Moi oui. » répondit Nezumi en désignant le garçon blessé.
Ce dernier fixait Shion avec des yeux ronds, mais cette fois, c'était de la stupéfaction et plus de la peur.
Yui et Adrian arrivèrent une seconde trop tard pour empêcher leur président de tomber à genoux et de prendre le garçon dans ses bras. Nezumi rigola et Yui s'écria :
« Shion !
- Du calme, il est inoffensif, lui dit Nezumi en se relevant.
- Tu es sur ? insista Yui.
- Certain. C'est juste un gosse blessé et effrayé…
- Si c'est lui, le “dangereux criminel” que ces mecs nous ont dit poursuivre, il y a un léger souci, nota Adrian.
- Ouais, ça, tu peux le dire… »
Yui rangea son arme et reprit son téléphone pour appeler les médecins du Palais.
Cinq minutes plus tard, l'adolescent définitivement stupéfait était assis sur le canapé du bureau de Shion et se laissait soigner par une jeune doctoresse assistée d'un infirmier. Il regardait tout autour de lui sans parvenir à croire ce qui lui arrivait…
Comme, par exemple, le fait que le président de sa ville lui apporte une tasse de thé et des gâteaux avant de s'asseoir près de lui pour lui demander gentiment, l'air inquiet :
« Ça va mieux ?
- … Oui… »
La voix du garçon était à peine un souffle, mais Shion lui sourit :
« Tu n'as rien à craindre, d'accord ? Les hommes qui t'ont fait du mal sont hors d'état de nuire. »
Le garçon lui jeta un œil peu sûr. Shion regarda la doctoresse :
« Ça ira ?
- Oui, oui, ne vous en faites pas. La balle n'a fait qu'effleurer son bras, trois points de suture et ce sera réglé. »
Nezumi revint alors, accompagné de Yui. Voyant la scène, il rigola :
« Quoi, c'est pas toi qui le sutures ? Oh, quel dommage, tu fais ça si bien ! »
Shion rigola aussi et lui tira la langue. L'oeil de Yui alla de l'un à l'autre, puis il haussa les épaules et dit :
« Bon, on est en train de cuisiner nos quatre larrons, là, il faudrait que notre jeune ami nous donne sa version des faits. »
Voyant l'air pas rassuré dudit jeune ami, Shion lui sourit à nouveau :
« Ne t'en fais pas, Yui n'est pas méchant. Nous voulons juste que tu nous dises la vérité…
- C'est vrai, on sait qui il est flippant, ajouta Nezumi en jetant un œil moqueur à son ami borgne, mais en vrai, il est très gentil. »
Yui jeta un œil noir à Nezumi qui continua en s'approchant de Shion :
« C'est comme Adrian, donne-lui du gâteau à la cerise et…
- T'as fini de te moquer de mon gouvernement ? le coupa Shion, amusé.
- Nan. »
Le jeune président regarda à nouveau le garçon :
« Déjà, comment est-ce que tu t'appelles ?
- Kôun…
- Tu as dit à Nezumi que ces hommes voulaient te tuer. Pourquoi ?
- … Parce que… Ils rackettaient le vieux Kenji, et ils l'ont tabassé et ils l'ont tué et je les ai vus… » bredouilla l'adolescent, tremblant et au bord des larmes.
Un long silence suivit. Yui grimaça, Shion soupira, et Nezumi dit :
« Sympa.
- On va voir ça et très sérieusement, déclara Yui.
- Je compte sur toi. » opina très sérieusement Shion.
Le téléphone de Yui sonna. Nouveau message. Il le regarda et fronça son sourcil avant de venir à son tour vers son président :
« Shion, on a identifié le portable de la photo…
- Ah. Et ?
-Ben regarde. »
Shion se leva pour prendre l'appareil que lui tendait son conseiller. Il regarda l'écran et soupira.
« Je vois. »
Il lui rendit :
« Je vais voir avec Kaoru pour organiser une conférence de presse, 18h ça serait pas mal. Trouve-moi à quelle heure finissent ses cours.
- OK. »
Nezumi vint prendre Shion dans ses bras :
« Je veux la faire avec toi, mon ange.
- On va voir ça, mon cœur. »
Keitatsu entra brusquement dans le bureau :
« Qu'est-ce que ça signifie !… »
Yui eut un sourire en coin, mais laissa Shion répondre, bonhomme :
« De quoi ?
- Que signifie l'arrestation de ces quatre policiers !
- Ils se promenaient armes au poing dans le parc, répondit Shion. Les services de sécurité n'ont fait qu'appliquer le règlement.
- Mais ce sont des policiers !… Et ils ne faisaient que leur travail !
- Leur profession n'est pas marquée sur leur nez, et elle ne justifie en rien leur intrusion dans le parc, répondit Shion. Au contraire, ils auraient dû avant toute chose nous signaler qu'il y avait un intrus dans le parc et absolument pas se lancer seuls à sa poursuite. »
La colère de son Conseiller glissait sur Shion comme une goutte d'eau sur du Téflon.
« Rien ne prouvait, ni ne prouve encore, d'ailleurs, qu'ils n'avaient pas d'autres intentions, à mon égard ou à l'égard d'un autre. Il n'y a pas à vous inquiéter, l'enquête est lancée et déterminera tout ça. »
Keitatsu grogna. Nezumi n'avait pas lâché Shion, blotti dans son dos.
« Pourquoi l'enquête n'a pas été confiée à la police des polices ?
- Parce qu'il y a eu violation du domaine présidentiel et que tout ce qui touche à la sécurité de Shion relève de mes services, intervint enfin Yui en croisant les bras.
- Mais enfin, ces hommes ne faisaient que leur travail !
- À moi, rien ne prouve que ce n'était pas un coup monté pour tenter de tuer notre président.
- Votre paranoïa est ridicule !
- C'est mon boulot.
- Je ne vois pas pourquoi vous vous énervez, Keitatsu, reprit paisiblement Shion. Ces hommes ne faisaient effectivement que leur travail, ils n'ont pas à s'en faire, à part à la limite pour la violation du règlement, mais ça n'est pas si grave… Si jamais il y a autre chose, il sera toujours temps de laisser la justice faire son travail.
- Pour être honnête, Keitatsu, reprit Yui, leurs explications ne sont pas très crédibles, pour le moment.
- Que voulez-vous dire ? !
- Ben honnêtement,… fit semblant d'hésiter Yui. Prétexter qu'ils poursuivaient un criminel suffisamment dangereux pour avoir leurs armes sorties et ne pas prendre le temps d'avertir mes hommes…
- Et pourquoi est-ce que ce n'est pas crédible ? »
Yui montra l'adolescent d'un signe de tête. Ce dernier se laissait recoudre, mais il était clair que s'il avait pu devenir transparent, il ne se serait pas gêné.
« … Jugez vous-même de la dangerosité de l'individu… Je lui donne 14 ans large et il n'avait même pas un canif dans la poche…
- Il a très bien pu jeter son arme !
- Mes hommes ont remonté sa piste avec des chiens sur près d'un kilomètre sans rien trouver.
- Non mais tu es injuste, Freedom, intervint Nezumi à son tour. C'est pas gentil de te moquer de ces quatre pauvres types…
- QUI vous traitez de pauvres types ? ! s'étrangla Keitatsu.
- Ben, se mettre à quatre gros bras armés pour attraper un gosse, 'faut pas être doué…
- Dans la bouche du type qui est mis en échec toute la police de N°6 à 12 ans, ça sonne bizarre… » remarqua Shion.
Il y eut un petit flottement, puis Nezumi et lui éclatèrent de rire. Nezumi resserra ses bras autour de Shion et répliqua :
« Mais tout le monde n'est pas aussi doué que moi, mon ange… »

*********

Arisu Tomodachi était contente que sa journée soit finie. Elle sortit en riant avec ses amis du lycée pour jeunes filles huppées où elle allait. Elle les salua pour aller vers la voiture qui l'attendait un peu plus loin. Le chauffeur lui ouvrit la porte arrière, elle ne remarqua pas sa nervosité. Elle s'assit avec un soupir et se pétrifia en entendant une voix lui dire très gentiment :
« Bonsoir, Arisu. »
Elle recula précipitamment, apeurée. Et de fait, Shion la regardait avec une douceur très étrange, assis là très naturellement.
« Qu'est-ce que… Qu'est-ce que vous voulez ? balbutia-t-elle.
- Oh, j'imagine que vous le savez très bien. Je vous remercie pour la photo, vraiment, elle est superbe. »
Il lui sourit et elle se sentit glacée de terreur.
« Arisu, reprit-il toujours doucement, je ne sais pas quelle mouche vous a piquée et pour être honnête, je me contrefous. Que vous ayez fait ça par dépit, jalousie ou en espérant que Nezumi et moi ne pourrions pas résister à un scandale, je m'en tamponne.
- Mais… Comment avez-vous su… ?
- Sous-estimer les compétences des services de renseignements de cette ville n'était pas très intelligent. Mais quelle importance, après tout… J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à convaincre votre père de ne pas porter plainte pour violation de la vie privée, comme il le souhaitait. Je vous fais le cadeau de fermer les yeux sur ce que je considère comme un dérapage de gamine. Que les choses soient claires : ce sera le seul. Si vous retentez quoi que ce soit contre moi ou Nezumi, soyez sûre que l'amitié que j'ai pour vos parents et mon désir de leur épargner la peine de savoir que vous avez fait ça ne vous protégeront plus. »
Il avait dit ça avec calme et gravité. Il sourit à nouveau :
« Nezumi et moi nous connaissons depuis très longtemps et la tempête que vous nous imposez est ridicule aux yeux de celles que nous avons déjà essuyées. Je ne peux que vous souhaiter de vivre un jour ce que nous vivons tous les deux, mais ce ne sera pas avec moi. »
Il regarda sa montre.
« Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Je vous conseille d'allumer votre télé à 18h pour le reste. Bonne fin de journée. »
Il descendit de la voiture sans attendre de réponse et rejoignit Hogorusu et Kanshi, debout près d'une autre voiture à quelques pas de là.
« C'est bon. On rentre au Palais. »
Il monta à l'arrière, Hogosuru à la place du mort et Kanshi prit le volant.
« Vous pensez que ça ira, Shion ? demanda Hogosuru en se tournant vers son président.
- J'espère, répondit ce dernier en prenant son téléphone, parce que Nezumi m'a promis qu'il s'en chargeait la prochaine fois… »
Hogosuru et Kanshi rigolèrent et le second démarra. Shion appela son assistante :
« Oui, Kaoru ? C'est moi.
- Ça a été, Shion ?
- Oui, oui, on est sur le retour… Ça en est où de ton côté ?
- J'ai une réponse de quasi tout le monde, ils vont venir, tu n'as pas à t'en faire… Et la diffusion en direct est confirmée.
- Parfait… »
Shion entendit la voix de Nezumi crier au loin :
« ENCRE ÇA SUFFIT ! »
Il entendit aussi Kaoru rire et demanda :
« Houla, qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne sais pas trop, pour être honnête… Ça fait une demi-heure que ça dure, apparemment cette souris l'empêche de relire l'article comme il voudrait…
- Ah t'y mets pas aussi Cravate ! » entendit encore Shion.
Il sourit.
« Si vous continuez, je vous file au chat du voisin, compris ! »
Shion pouffa :
« Bon, on arrive, Kaoru…
- On vous attend ! »

*********

À 17h50, ce soir-là, dans la grande salle de conférence du Palais présidentiel, la quasi-totalité de la presse d'Utopia et même plusieurs représentants de la presse étrangère attendaient.
Le message présidentiel était assez succinct :
« Conscients du trouble qu'a pu causer la Une de La Libre Parole de ce matin auprès d'un certain nombre de nos concitoyens, nous vous invitons afin de nous expliquer. »
Les journalistes, photographes, cameramen, chroniqueurs et autres attendaient. Certes, la nouvelle avait fait du bruit et depuis le matin, les interrogations allaient bon train dans les rédactions et sur Internet. De la simple curiosité au plus franc dégoût, de l'indignation au cri au complot, beaucoup de choses avaient été dites et pensées.
Devant l'estrade où trônait une table vide, au premier rang, car arrivé très tôt, se trouvait un trentenaire qui présentement, dessinait sagement sur un bloc un petit paysage bucolique de bord de rivière, qu'il avait vu en venant tranquillement en vélo, remontant la rivière qui traversait la ville d'est en ouest.
Sugaki était dessinateur de presse, surtout connu pour ses caricatures qui illustraient toutes les semaines L'Aurore. Lorsqu'il avait, comme toute la rédaction, reçu l'invitation présidentielle, il avait bondi sur sa carte de presse et filé au palais, laissant ses supérieurs se battre pour décider qui ils envoyaient.
Autour de lui, d'autres journalistes plaisantaient en se demandant si le « nous » du message signifiait que le jeune président avait cette fois pris la grosse tête et parlait désormais de lui au pluriel…
Sugaki, lui, avait une autre explication et hâte de voir s'il avait vu juste.
À 18h pile, Mlle Koé s'avança sur l'estrade, devant la table blanche et vide.
« Mesdames et Messieurs, dit-elle, comme toujours souriante, nous vous remercions d'avoir répondu à l'invitation de notre président et de son compagnon. »
Bingo, sourit Sugaki.
« Ils vont maintenant se présenter à vous pour répondre à vos questions. Merci de leur faire bon accueil. »
Elle s'inclina poliment devant la salle stupéfaite, alors que derrière elle arrivaient tranquillement le président et celui qui avait fait avec lui la Une de La Libre Parole. Shion Seijunna semblait parfaitement à l'aise et le jeune homme à ses côtés regardait la salle avec un petit sourire curieux. Il dit quelque chose qui fit rire le président et ils s'assirent tous deux à la table, devant les micros qui attendaient là. Mlle Koé était repartie.
Ils laissèrent les flashs se calmer, le temps que quelques souris se mettent à gambader sur la table et surtout que la main du président ne vienne doucement se poser sur celle du jeune homme. Ce dernier lui jeta un coup d'œil avec un sourire et retourna sa main pour glisser ses doigts entre ceux de Shion qui lui sourit aussi. Les doigts se mêlèrent et ne devaient plus se lâcher de la conférence.
Les journalistes n'osaient pas se lancer. Il faut dire qu'ils ne s'attendaient vraiment pas à ça.
Comme le silence durait, Shion, après un regard à son ami qui hocha la tête, prit la parole, très aimable et souriant :
« Bonjour à tous. Nous vous prions sincèrement de nous excuser de cette conférence de presse imprévue, et espérons ne pas avoir trop dérangé votre journée. Il nous a semblé urgent, cependant, au vu des réactions suscitées par la Une de La Libre Parole de ce matin, de répondre aux interrogations que vous pouvez avoir et également de corriger un certain nombre d'approximations et d'erreurs dans l'article en question. »
Le jeune homme à sa gauche pouffa. Shion lui demanda avec un sourire :
« Tu as quelque chose à ajouter ?
- Du tout !… J'admire juste la façon dont tu dis ça. »
Shion eut un sourire cette fois goguenard :
« Ben vas-y, tu l'aurais dit comment ? »
Le garçon fit la moue puis déclara :
« Bonjour à tous. Désolés de vous avoir sonnés de façon si brutale, et rassurez-vous, nous aussi, on avait autre chose à faire cet après-midi. Mais il nous a semblé plutôt urgent de vous réunir pour mettre les choses au clair, étant donné que le nombre de conneries au paragraphe dans l'article de La Libre Parole dépasse de loin les quotas autorisés par le bon sens. »
Sugaki fut le deuxième à rire après Shion et avant plusieurs autres dans la salle. Le ton est donné, se dit le dessinateur, et ça s'annonçait à son goût. Sugaki regardait ce garçon et tentait, jusqu'ici en vain, de le saisir sur sa feuille. Défi magnifique à ses yeux… Il avait mis un moment à dessiner Shion, lorsqu'il avait intégré le journal. Le jeune président lui avait paru un moment insaisissable, définitivement hors d'atteinte de son crayon.
Les journalistes de La Libre Parole étaient là, bien sûr, et l'un d'eux prit violemment la parole :
« Je ne vous permets pas ! Notre article est le fruit d'une enquête très sérieuse !
- Et ben qu'est-ce que ça doit être quand elles ne sont pas, répondit du tac au tac le jeune homme brun. Et si, je me permets, parce que figurez-vous que je connais mieux ma vie que vous. »
Le journaliste resta moucher alors que ça riait un peu plus fort dans la salle. Shion désigna son ami de sa main libre :
« Messieurs-dames, j'ai le plaisir et l'honneur de vous présenter mon compagnon, Aki Kazemori.
- Enchanté de faire votre connaissance, dit ce dernier en s'inclinant poliment.
- Il n'a jamais été dans nos intentions de cacher notre relation, mais, comme il est rentré à Utopia il y a à peine un mois après un long voyage trois ans, l'occasion ne s'était pas encore présentée. Nous attendons vos questions. »
Sur la table, les souris avaient cessé de gambader. Hamlet, Cravate et Macbeth regardaient la salle, Lueur de Lune, elle, regardait Shion et Encre, après avoir flairé le micro de Nezumi, grimpa sur l'épaule de ce dernier.
Une jeune journaliste se lança enfin :
« M. Kazemori, vous évoquiez un certain nombre d'erreurs dans l'article de nos confrères ? Pourriez-vous être plus précis ?
- Volontiers, vous avez la soirée ? On en a pour un moment.
- Peut-être pouvez-vous vous contenter des plus flagrantes, répondit-elle, amusée, afin que mes collègues puissent aussi avoir le temps de poser leurs propres questions ?
- Dans ce cas, je vous retourne la question. Un point particulier vous a-t-il interrogée ?
- L'article prétend que vous êtes un ancien délinquant de Bloc Ouest, prostitué travesti ? »
Nezumi eut un sourire, admiratif qu'elle ose d'entrée mettre les pieds dans le plat. Cette partie de l'article était probablement celle qui l'avait le plus énervé… Mais il avait décidé de ne pas mentir.
« Sur ce point, répondit-il posément, l'article mélange les choses.
- C'est-à-dire ? » Le relança-t-elle.
Il réfléchit un instant, puis répondit :
« J'ai vécu à Bloc Ouest entre mes 14 et mes 16 ans, grosso modo. Lorsque j'y suis arrivé, j'étais seul et absolument sans ressource. Alors oui, j'ai effectivement été contraint de me prostituer quelques mois, je n'ai pas tenu de calendrier précis. »
Sugaki vit très clairement que si Shion restait grave, sa main, elle, s'était resserrée autour de celle de Nezumi et son pouce l'avait caressée.
« … Après quoi, j'ai trouvé un vrai travail de comédien et chanteur qui m'a sorti de ça. Le travestissement, ça n'a rien à voir. C'est qu'il m'est arrivé de jouer des personnages féminins dans certaines pièces. Aucun des comédiens ou des chanteurs ne se prostituaient à l'Arc-En-Ciel, on nous payait très bien, il n'y avait aucun problème.
- Étiez-vous au courant de ça, Monsieur le Président ? »
Shion hocha la tête :
« Tout à fait. »
Nezumi eut un sourire fugace en se souvenant de la réaction de Shion lorsqu'il lui avait dit ça.
Après leur rencontre avec Rikiga, Shion ne décollerait pas. Le soir, chez eux, il grommelait encore à moitié en préparant la soupe et en sortant de la salle de bains, Nezumi en avait eu marre :
« 'Tain, Shion, c'est bon, lâche l'affaire !
- Grml grml...
-… De toute façon, t'en fais pas, y a aucune chance que je recommence un jour ! »
La louche s'était pétrifiée dans la casserole et Shion avait tourné un visage horrifié vers Nezumi.
Merde, avait pensé ce dernier.
Il avait regardé ailleurs, un curieux sentiment au ventre, un peu comme de la peur…
« … J'te dégoûte, c'est ça ?
- NON ! »
Nezumi avait senti avec stupéfaction de Shion se jeter dans son dos et ses bras l'encercler avec force :
« … Non… Non, jamais… Jamais rien de toi ne pourra me dégoûter… C'est juste… »
Shion avait sangloté :
« … Pourquoi toi… Pourquoi ça… C'est tellement injuste… »
Nezumi allait se mettre à l'engueuler, énervé qu'il pleure encore, mais Shion avait alors murmuré quelque chose qui l'avait sidéré :
« … Si je pouvais construire un monde où tu ne souffrirais plus jamais… »
Nezumi regarda Shion qui répondait calmement :
« Nous savons tous ce qu'était la vie à Bloc Ouest avant la Réunification, et Nezumi… Aki n'a certainement pas été le seul adolescent réduit à ça pour survivre. Le passé est ce qu'il est, laissons-le à sa place. Je crois avoir déjà souvent dit que le présent et l'avenir m'intéressaient beaucoup plus. » avait-il fini avec un sourire.
Les journalistes sourirent aussi. La première apparition télévisée de celui qui n'était pas encore président était restée célèbre pour sa façon si polie d'envoyer chier le journaliste encore très formaté de ce qui avait été la première chaîne de propagande de N°6 :
« Non, mais ça m'est égal, complètement égal, ce que vous pensez des habitants de l'ancien Bloc Ouest. Là, moi, j'ai une ville à reconstruire, alors si ça vous amuse de rester là à pleurer sur des ruines, sur le passé, ça vous regarde. Moi, ce qui m'intéresse, c'est reconstruire, c'est l'avenir, et rien d'autre. »
Nezumi regardait Shion avec tendresse et Sugaki commençait à le « sentir », quand un autre journaliste demanda :
« Monsieur le Président, l'article prétend aussi que vous avez recueilli M. Kazemori il y a un mois alors qu'il mendiait dans la rue sans le connaître plus que ça ?
- Et juste parce que j'avais envie d'un giton, compléta Shion avec un sourire en coin.
- Euh…
- Aki et moi nous connaissons depuis six ans, sept mois, dix-neuf jours, et je vous épargne le reste. »
Nezumi éclata de rire. Shion lui tira la langue et reprit :
« Je vous épargne aussi le calcul, c'était le soir de mes 12 ans. »
Nezumi se calma :
« Alors toi, tu m'en feras pas d'autres…
- Dans quelles circonstances vous êtes-vous connus ? » demanda un autre journaliste.
Shion et Nezumi échangèrent un grand sourire :
« On lâche le morceau ?
-Comme tu veux, mon ange.
-OK ! »
Shion re-montra Nezumi de sa main libre :
« Je vous présente la cause de ma déchéance de l'élite de N°6.
- Ravis de faire votre connaissance, dit Nezumi en s'inclinant à nouveau. À l'époque, vous avez pu me voir à la télé sous le joli nom de VC103221. »
Shion rigola :
« Que de souvenirs… »
Il regarda Nezumi :
« J'ai recueilli un fugitif, le soir de mon anniversaire. C'était un garçon de mon âge, épuisé, blessé, avec les plus beaux yeux que j'ai jamais vus… »
Nezumi se gratta la nuque, mal à l'aise.
« … Et comme je l'ai aidé et pas dénoncé, j'ai été déchu de tous mes privilèges et ma mère et moi chassés de Chronos pour atterrir à Lost Town. »
Nezumi eut un sourire :
« Ça me semble toujours irréel, même après tout ce temps… Non, parce que sérieux, continua-t-il en se redressant et en prenant l'assistance intriguée à témoin, vous connaissez beaucoup de garçons de 12 ans qui, en voyant un inconnu débarquer par la fenêtre avec un bras en sang, lui disent d'entrée : “Viens, je vais te soigner !”… »
Shion rigola, comme un certain nombre de personnes dans la salle.
« … Et une demi-heure après, après qu'il est vu l'avis de recherche à la télé : “Eh VC103221, je t'ai remonté du gâteau !”… Réaction parfaitement normale, quoi ! »
Shion lui répliqua, moqueur, alors que l'assemblée riait plus fort :
« Oh mais tu étais si mignon avec ta chemise trop grande et ton bras blessé…
- Et toi, tu étais flippant avec ta seringue et ton aiguille…
- Quoi, ils étaient très bien, mes points de suture !
- J'en ai cauchemardé des années…
- Jamais content de ce type, je vous jure…
- Si, si, le gâteau était très bon. »
Il y eut un petit flottement pendant lequel ils tentèrent de se retenir de rire tous les deux, devant une salle à moitié hilare.
« Et donc, reprit Nezumi, on s'est retrouvé quatre ans plus tard quand je suis venu le tirer des pattes des agents spéciaux qui l'avaient embarqué pour le planquer à Bloc Ouest.
- Leçons de survie n°1 : courir et vite. »
Ils rirent à nouveau, puis Shion reprit doucement :
« Voilà dans les grandes lignes. »
Un autre journaliste demanda :
« M. Kazemori, vous étiez fiché comme VC à 12 ans ?
- J'ai toujours été précoce… Non, je plaisante, bien sûr. Disons pour faire simple que c'était plus facile pour les autorités de N°6 de me faire passer pour un criminel plutôt que de raconter à leur population qu'ils se livraient à des expériences pour le moins pas recommandables sur des êtres humains. Je n’étais pas le rat le plus docile du laboratoire. Je n'en dirai pas plus à ce sujet. »
Le ton était suffisamment ferme pour que personne n'ait de toute façon envie d'insister. Il y eut un silence avant qu'un autre journaliste ne prenne la parole :
« M. Kazemori, l'article prétend également que vous êtes un agent de Yui Himitsu…
- … Et que c'est ce dernier qui m'a mis dans le lit de Shion pour mieux le manipuler… soupira Nezumi. En fait, ajouta-t-il après un silence, ce qui m'énerve dans cet article, à part les fautes et le titre… Non mais sérieux, c'est quoi ce titre de merde… Enfin bref… C'est ce mélange invraisemblable de tout en vrac, sans aucune volonté de trier le vrai du faux ou même simplement de dire les choses de façon claire… Que j'ai joué Ophélie ne fait pas de moi un travelo qui fait le trottoir, même si je l'ai fait avant, être revenu de mon voyage à pied et avoir traîné quelques heures dans les rues de cette ville ne fait pas de moi un clochard que Shion a ramassé par vice… Et pour répondre à votre question, le fait que j'ai connu Freedom à Bloc Ouest et que je l'ai ramené à Shion au moment de la chute du Mur ne fait pas de moi un de ses agents. J'ai connu Freedom dans des circonstances particulières, je lui ai rendu service pour une affaire particulière, rien de plus. Je n'ai jamais été un de ses hommes. Et de toute façon, Freedom ne manipule pas Shion, faut arrêter la psychose. Un cerveau qui va aussi vite que le sien, ce n'est pas manipulable.
- Ah, t'es chiant, arrête avec ça, grogna Shion. J'ai pas 200 de QI.
- Voilà, sourit Nezumi. C.Q.F.D. »
Shion sourit aussi :
« Ah, là, tu m'as eu.
- Et oui, mon ange. J'ai pas ton QI, mais je te connais. Je vous explique : là, il est passé direct de ma remarque à la conclusion du débat que nous n'avons donc pas eu sur son intelligence.
- Mais j'ai pas 200 de QI…
- Tu chipotes, mon ange, tu chipotes. Dis-leur à combien tu étais évalué, gamin.
- Mais il n'était pas valide, ce test…
- Dis-leur. »
Shion soupira, mal à l'aise :
« 197. »
Des cris de stupeur retentirent dans la salle.
« … Mais je suis sûr que c'était surévalué !
- Tu en repasseras un si ça t'amuse. »
Les journalistes rigolèrent. Sugaki, à défaut d'avoir réussi à dessiner Nezumi, avait réussi à le caricaturer de façon plaisante. D'autres questions furent posées dans une ambiance assez détendue, jusqu'à ce qu'un journaliste demande :
« Monsieur le Président, pouvez-vous nous dire où en est la réforme des gardes médicales ?
- Houlà, une vraie question… Vous pourriez prévenir ! »
Shion se redressa et répondit sérieusement :
« Elle sera appliquée sans exception à partir de mercredi.
- Les syndicats de médecins la jugent exagérée et trouvent inacceptable que vous leur forciez ainsi la main. »
Shion fronça les sourcils et répliqua avec sévérité :
« Moi, ce que je juge inacceptable, c'est que des citoyens de cette ville se retrouvent privés des soins les plus élémentaires parce que des médecins refusent de quitter leur joli quartier pour aller les soigner ! Ça fait des années que nous bataillons pour l'organisation des permanences médicales dans l'ancien Bloc Ouest, tout le monde sait à quel point sa population est encore fragile, et je rappelle tout de même qu'un vieil homme est mort l'an dernier parce que le médecin qui devait assurer la garde de son centre de soins était parti jouer au golf !… Alors oui, certains font très bien leur travail, Dieu merci, mais la fréquence des absences des autres est un problème trop grave et puisque les avertissements sont restés lettre morte, oui, nous en sommes réduits à prendre des mesures de rétorsion draconiennes. C'est déplorable, effectivement, de nous avoir forcés à en arriver là, mais la réalité du problème ne nous laisse pas le choix.
- Les trois mesures sont celles annoncées ?
- Oui. En premier lieu, des amendes proportionnelles au nombre d'heures d'absence, puis au bout de 15 jours, interdiction d'exercer tant que le quota d'absence n'est pas rattrapé et au bout d'un mois, interdiction d'exercer tout court. Nous sommes conscients que c'est très sévère, mais nous n'attendrons pas un deuxième mort. »
Il y eut un nouveau silence. Un doux sourire flottait sur les lèvres de Nezumi qui regardait Shion.
« Bon… D'autres questions ? » demanda tranquillement ce dernier.
Encre regardait depuis un moment Sugaki, intriguée. Il était le seul, au premier rang, à regarder plus son bloc de dessins que l'estrade. Elle descendit de l'épaule de Nezumi et fila voir ce qu'il faisait. Nezumi ne la retint pas.
Une autre journaliste, à l'accent américain très prononcé, demanda :
« Mister President, pensez-vous qu'il soit sain pour un enfant d'être élevé sans mère ? »
Sugaki sourit en voyant soudain une petite souris noire grimper sur sa jambe et venir se poser au bord de son bloc pour le regarder dessiner.
Le sourire de Shion s'élargit. Il se disait bien que ça allait sortir un moment, ça… Nezumi avait froncé les sourcils.
« Je pense que tant qu'un enfant est élevé par des adultes qui l'aiment et le respectent, il n'y a pas de problème. Pour le reste, des études psychologiques ont plus que démontré qu'aucun schéma n'était réellement meilleur qu'un autre tant que ces deux conditions étaient réunies. Mon fils, puisque j'imagine que c'est de lui que vous vouliez parler, est très heureux du retour de mon compagnon, et ce retour va aussi palier la seule inquiétude que j'avais, à savoir le risque de rapport fusionnel entre lui et moi. J'ai toujours fait très attention à ce qu'Haru fréquente suffisamment de personnes pour éviter ça, mais vivre à trois est encore le plus simple.
- Tout à fait, approuva Nezumi. D'ailleurs, je prends mon rôle de père très au sérieux... commença-t-il avant d'ajouter avec un grand sourire en regardant Shion : Je parle de séparer la mère de l'enfant, vous aviez compris... »
Shion explosa de rire :
« Enfoiré ! Tu me paieras ça ! »
Il se calma et reprit sérieusement :
« Pour le reste, j'ai toujours veillé à ce qu'Haru n'oublie pas sa défunte mère et à ce qu'il voit assez souvent le mienne pour avoir, à défaut d'une vrai mère, une présence féminine régulière dans son entourage. Après, moi j'ai grandi sans père et ça ne m'a jamais empêché de dormir... »
La journaliste grommela, mais ne trouva rien à redire. Shion souriait toujours :
« Messieurs-dames, il reste quelques minutes si vous avez une dernière question. »
Un autre journaliste, cette fois-ci russe, à l'oreille, demanda alors :
« Monsieur le Président, votre ami va-t-il avoir un rôle officiel au sein d'Utopia ? »
Nezumi et Shion échangèrent un regard et le premier dit avec amusement :
« Il est hors de question que je sois la première dame de ce pays.
- C'est vrai que tu n'as plus vraiment la carrure d'Ophélie… sourit Shion. Pas la première dame, alors, peut-être le deuxième homme ? »
Nezumi réfléchit une seconde, puis opina :
« Ça, pourquoi pas… »
La conférence de presse s'acheva là-dessus. Shion et Nezumi se laissèrent photographier un peu, puis se retirèrent.
Encre arriva alors, porteuse d'une feuille pliée en quatre un peu trop grande pour elle. Nezumi la prit et caressa la petite tête noire.
« Squik !
- Un cadeau, vraiment ?
- Squik, squik ! »
Il déplia la feuille et éclata de rire. Voyant le dessin, Shion rit également.
La caricature montrait, tout sourire et tout rose, devant un Nezumi qui avait ses bras autour de lui et tirait une langue plus que moqueuse à l'assistance. « Tous mes vœux de bonheur. », avait écrit le dessinateur.

*********

Shion coucha Haru qui dormait déjà, tout doucement, et sortit de sa chambre sur la pointe des pieds.
Puis il alla se doucher et alors qu'il s'essuyait, il entendit Nezumi derrière lui :
« Te rhabille pas, mon ange, c'est pas la peine. »
Shion sourit.
« T'aurais pas une idée derrière la tête, toi ? »
Il sursauta soudain alors qu'on lui bandait les yeux.
« Qu'est-ce qui te fait croire ça… » susurra Nezumi à son oreille en passant ses bras autour de lui.
Shion sourit, intrigué.
« Hé, c'est quoi, ça ?
- Ta punition pour les chatouilles de ce matin.
- Ah ?
- Oui. Et c'est pas fini… Viens par là. »
Shion le laissa le coucher sur leur lit.
« Shion, j'ai très envie de m'amuser avec toi. »
Shion était couché sur le dos, tranquille, Nezumi encore habillé agenouillé entre ses cuisses.
« Tu veux bien ?
- Tout ce que tu voudras…
- Je veux que tu me dises de m'arrêter si quoi que ce soit ne va pas…
- D'accord. »
Shion sentit Nezumi saisir ses poignets, les placer au-dessus de sa tête et les lier, le tout avec une infinie douceur.
« Je ne te savais pas ce genre de penchant, remarqua le jeune président.
- J'ai envie de m'amuser… Ça va, tu es bien installé ? Pas trop serré ?
- Ça va…
- N'hésite pas, sinon…
- Oui, oui.
- Bien. Alors, l'exercice pour toi consiste à te détendre et à profiter.
- “L'exercice” ? releva Shion.
- Oui. En fait… »
Shion sentit Nezumi s'allonger sur lui.
… j'ai un peu réfléchi à ton petit souci et je me suis dit que je me devais de t'aider à prendre goût au sexe… Et donc… »
Shion frémit en sentant le souffle de Nezumi contre sa gorge, puis sa langue le long de sa mâchoire.
« … Là, en fait, oui j'ai très envie de m'amuser avec ton corps, mais au-delà de ça, j'aimerais que toi, tu profites d'être privé de tes yeux es de tes mains pour te concentrer sur ses autres sens, sur ce que tu vas sentir et ressentir.
- Hmm…
- D'accord ?
- Moui !
- Parfait. »
Spoiler:
 
Shion sentit qu'on détachait ses mains et un instant plus tard, il retrouva la vue.
Il papillonna alors que Nezumi se rallongeait contre son flanc, câlin. Shion le regarda. Alangui, à demi nu, sur le flanc, les yeux mi-clos, il était incroyablement beau.
Shion se tourna et le prit dans ses bras. Ils s'étreignirent.
« Ça a été ? demanda Nezumi.
- Très bien ! Expérience très intéressante.
- Hmmm… »
Nezumi se blottit dans ses bras.
« Tant mieux… J'avais peur que tu le prennes mal… »
Shion sourit en caressant ses cheveux :
« Je t'aime… J'ai confiance en toi.
- Oui, Shion…
- Et puis, tu me revaudras ça. »
Nezumi rigola.
« Quand tu voudras, mon ange. »

*********

L'homme s'écroula dans la ruelle. Il avait perdu beaucoup de sang… Il avait dû abandonner le cadavre du vieil homme plus loin. Les enfoirés…
Échec sur toute la ligne. Il n'avait pas pu le sauver et en prime, il allait y passer aussi… Décidément, il s'était bien ramolli. Même plus fichu de se défendre contre ce gosse… Ses maîtres devaient bien se marrer depuis l'Au-Delà… Et lui ne tarderait plus à aller rire avec eux.
La silhouette fine d'un adolescent se dessina à l'entrée de la ruelle. L'homme se redressa comme il put, s'assit contre le mur et le regarda braquer son arme sur lui sans frémir.
Il se souvint du petit garçon triste qu'on lui avait confié une dizaine d'années plus tôt. Il en avait fait un si redoutable tueur… Quelle ironie que ce soit lui qu'ils aient envoyé pour l'abattre. Il le regarda. Finalement, c'était un juste retour de flamme de mourir de sa main… Il lui sourit :
« Désolé pour tout… »
Le garçon demeura impassible, comme toujours.
« … S'il te plaît, fais gaffe… Ce qu'ils préparent, ça sera bien pire… J'en ai rien à foutre de cette ville, mais fais attention à toi, et t'en fais pas, je te garde une place là-haut. »
Le garçon appuya sur la gâchette sans ciller. Il regarda un instant le cadavre, puis murmura :
« Repose en paix, Onîsan… Loin de toute cette merde… »
Aucune émotion n'avait transparu, ni dans sa voix, ni sur son visage. Il fit les poches du mort, prenant tout ce qui pouvait aider à l'identifier. Les sirènes de police le forcèrent à fuir avant qu'il ait fini. Alors qu'il reprenait le chemin de la base, son téléphone sonna.
« Tout va bien ?
- Mission accomplie, Monsieur. Je rentrai.
-Parfait ! Dépêche-toi, nous devons organiser rapidement l'attentat contre le président. »
Le garçon rapprocha avec un soupir. L'image de Shion Seijunna et de son compagnon brillait dans la nuit, sur un écran géant, muet à cette heure.
L'adolescent aux yeux tristes ne savait pas trop pourquoi ils voulaient le tuer… Mais ça n'était pas son problème. Une arme telle que lui n'avait pas à penser. Ni à écouter ce drôle d'instinct qui lui disait, depuis qu'il avait vu Shion pour la toute première fois, qu'il ne devait pas lui faire de mal…

À suivre dans le chapitre 08

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MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Sam 11 Aoû 2012 - 15:21

Disclaimer : Les personnages et l'univers de No°6 appartiennent exclusivement à Atsuko Asano.

Le Concours reprend ! Une seule chanson qui ne devrait pas poser de problème si vous connaissez vos classiques !
Rappel des règles : Le but du jeu pour vous sera de retrouver ces chansons, poèmes, tout ça, et de me donner les titres et interprètes, UNIQUEMENT PAR MP OU MAIL. Ceci pour permettre à tout le monde de jouer, aux trois endroits où je poste cette fic. Toute réponse publique, non seulement ne donnera pas de point à son auteur, mais en plus annulera le round pour tout les suivants de partout. Sinon je noterai bien les réponses de tout le monde à part et à la fin de la fic, vous aurez les réponses et les résultats. Les gens qui ont déjà mon roman ont le droit de jouer, par contre je ne leur réoffrirai pas. Ça fera 1 point pour le titre, 2 pour le titre et l'interprète ou auteur, et à la fin la personne qui aura le plus de points recevra mon roman.

S'il y a des gens intéressés par mon roman (héroic fantasy yaoi), allez voir sur mon site, le lien est dans mon profil !



No°6 - Après
Chapitre 08 : Shinobi

Le matin suivant la conférence de presse, beaucoup de mails et de messages attendaient Shion. Il les épluchait l'un après l'autre avec attention, pendant que les souris gambadaient autour de lui. La plupart étaient bien sûr des messages de routine de ses collaborateurs, mais certains se concluaient par de petits mots personnels : « Votre ami l'air bien sympathique. », « Tout mon soutien. », etc. un message de son ami Ahmed, l'héritier du Califat de Téhéran, lui arriva. Curieux, Shion l'ouvrit sans attendre :
« On peut dire que tu m'as bien eu, petit cachottier ! Je comprends mieux pourquoi tu ne voulais pas épouser ma sœur… »
La jeune sœur d'Ahmed, Fatima, s'était toujours montrée très amicale envers Shion. Mais rien de plus, car leur union aurait de toute façon été impossible. Jamais son père n'aurait permis qu'elle épouse un non-musulman étranger sorti de nulle part… Mais c'était devenu un sujet de plaisanterie entre Shion, Ahmed et Fatima, cette dernière disant régulièrement à Shion que la personne qu'il aimerait serait très chanceuse et Ahmed les taquinant sans cesse.
« … Blague à part, tu te doutes bien que Père n'est pas ravi et j'ai croisé plusieurs ambassadeurs de N°2 ici ces dernières heures. Sullivan doit essayer de foutre la merde et il y a des chances que ça ressorte aux Annuelles. Je ne sais pas si tu comptais venir seul ou pas ? Personnellement, ça ne m'étonne finalement pas de toi et d'après la conférence que j'ai vue, je trouve que bien que ce soit un homme, il est incroyablement fait pour toi. Bref, ça ne change rien pour moi, ne crains rien, et Fatima vous a trouvés (je cite) : “absolument magnifiques”. Je te dis à bientôt, sois vigilant. »
Shion répondit immédiatement, un doux sourire aux lèvres :
« Salut Ahmed, et merci !
Oui, je me doute que Sullivan et sa clique ont quelques cordes de plus à leurs arcs avec cette histoire, mais il nous a semblé bien plus prudent de tout dire plutôt que de risquer que ça tourne en véritable scandale.
Pour les Annuelles, je viendrais seul, comme prévu, même si à tout hasard je reçois une invitation pour Aki de la part de N°5. Aki commence à peine à se poser, je ne veux pas lui imposer une rencontre internationale si tôt. Si les Annuelles se font ici l'an prochain, ça sera déjà pas mal !
Aki et moi assumons totalement notre relation, tu l'auras compris. Par contre, je n'aurais aucun scrupule à démissionner si on tentait de m'imposer d'y mettre fin.
Bon, on se retient au courant pour la suite ?
À bientôt et mes amitiés à Fatima ! »
Shion envoya le message. Il était content du soutien de son ami. Non pas qu'il ait craint quoi que ce soit (en fait, il n'y avait même pas pensé, juste désireux de dire la vérité), mais dans la partie d'échecs qu'était la politique internationale, perdre celui qui était son premier et encore un des seuls vrais soutiens aurait été très problématique.
À la réflexion, il n'avait finalement pas pris de si grands risques.
N°1 avait sur ces questions une politique de tolérance tacite et un peu hypocrite, mais il y avait longtemps que les lois qui condamnaient l'homosexualité étaient lettre morte, si pas abolies.
À N°2, bien sûr, c'était « un crime contre Dieu » qui conduisait au camp de rééducation voire à la chaise électrique si récidive. Mais Sullivan n'avait pas besoin de ça pour attaquer Utopia de toute façon. Ça lui donnait certes un argument de plus, mais pas le plus recevable internationalement.
Car même N°3, état musulman encore très traditionaliste, avait dû, suite aux pressions des autres villes (à part N°2 et N°6 à l'époque) abolir la peine de mort pour les homosexuels, suite au scandale qu'avait causé la condamnation de deux jeunes filles de 16 et 17 ans par un vieux juge extrémiste.
Un an de pression et de tractation avait abouti à la commutation de leur peine en exil et elles avaient pu partir à N°5, où les homosexuels jouissaient des mêmes droits que les hétérosexuels depuis des lustres. N°3 tolérait depuis les homosexuels dans la mesure où ceux-ci ne troublaient pas l'ordre social et restaient discrets. Certains hauts responsables religieux avaient en effet officiellement déclaré que l'Islam exigeait avant tout de ne rejeter aucun croyant. La pression sociale restait dans les faits très forte.
N°4, pour sa part, avait une politique mixte : l'homosexualité n'y était pas condamnée en tant que telle, mais là aussi, les pressions sociales restaient très fortes. La communauté gay et lesbienne commençait à s'organiser pour revendiquer sa place. Mal vue par le pouvoir, méfiant, et par une Église Orthodoxe très influente et fermée sur ces questions, elle avait compris qu'il fallait y aller doucement, par étape, sans faire de vague, les excités voulant changer trop vite le monde ayant eu de sérieux problèmes.
À N°5, la question ne se posait donc plus.
Si Shion avait aboli la peine de mort sans attendre avec toutes les lois discriminantes de N°6 (de celles sur Bloc Ouest à celles qui condamnaient les homosexuels, en passant par celles qui ordonnaient une surveillance draconienne des résidents étrangers, ou encore réprimaient les femmes de plus de 25 ans qui voulaient travailler, même si elles étaient seules), il n'avait pas accordé aux homosexuels le droit de se marier ou d'adopter. Il savait la population partagée sur ces questions et jugeait surtout qu'elles n'étaient pas aussi urgentes que d'autres problèmes. Le temps faisait son œuvre là dessus et les choses évoluaient d'elles-même à assez court terme, il le savait. À un moment où les diverses communautés de la ville commençaient péniblement à cohabiter sans trop de heurts, ajouter un nouveau clivage lui semblait la dernière chose à faire.
Bref, Sullivan avait trouvé un argument de plus pour sa propagande à N°2, mais pas pour les autres pays qui ne pouvaient pas ou plus attaquer officiellement Shion pour ça. Restaient les réactions individuelles des différents dirigeants qui pouvaient, elles, en modifiant leur comportement envers lui à titre personnel, changer beaucoup de choses. Il en jugerait aux Annuelles. Et il était déjà décidé à partir s'il s'avérait que ça posait de réels problèmes.
Son portable siffla brièvement. Il le prit et sourit : un message de Nezumi. L'ouvrant, il découvrit avec amusement un dessin de petit rat qui gambadait joyeusement non loin d'une petite fleur. Shion ajouta un point d'interrogation au-dessus de cette dernière et lui renvoya.
Le téléphone fixe de son bureau sonna. Il décrocha :
« Oui ?
- Shion, Sergei Gagarine au téléphone, lui dit Kaoru.
- OK, passe-le-moi. »
Il entendit un petit clic et une seconde plus tard, une voix grave et fatiguée le salua :
« Bonjour, Shion.
- Bonjour, Sergei. Que faites-vous debout à cette heure ? »
Sergei Gagarine n'avait aucun rôle officiel à Saint-Pétersbourg. Pour le grand public, c'était une silhouette sur les photos des journaux, non loin du président Youri Popenki. Dans les faits, c'était son éminence grise et sans doute le véritable maître du pays, en lutte incessante avec la première ministre, Nadia Sychla.
« Une affaire qui m'a pris une bonne partie de la journée et de la nuit et ne m'a laissé voir votre conférence de presse qu'à l'instant...
- Je vois.
- Voilà une nouvelle intéressante.
- N'est-ce pas ! sourit Shion.
- Alors comme ça, vous n'êtes pas asexué. La vie est pleine de surprises... »
Shion rigola.
« Ce garçon m'a en tout cas l'air d'être taillé à votre hauteur.
- Tout à fait.
- C'est intéressant... Une nouvelle pièce sur l'échiquier, à quelques semaines des Annuelles. Le coup de vos ennemis était bien pensé et votre réponse aussi.
- Merci.
- Vous êtes décidément un homme surprenant...
- Dans votre bouche, je le prends comme un compliment. »
Le portable de Shion re-siffla. Cette fois, sur le dessin, le rat câlinait la fleur avec trois petits cœurs au-dessus de la tête.
« Surprenant... Vous avez apporté un véritable renouveau sur l'échiquier et je vous en remercie. La partie devenait plus qu'ennuyeuse. »
Shion sourit encore. Sergei n'était pas un allié. C'était un homme qui avait des décennies d'expérience dans les sphères du pouvoir. Il avait une vision très claire de ce qu'il voulait et toute personne se dressant contre lui s'engageait dans un duel dont peu étaient sortis vainqueurs. Pour lui, la politique était un jeu et Shion un nouveau joueur. Ni d'ennemis ni d'alliés, tout variait en fonction des batailles.
Il n'avait d'abord prêté aucune attention à celui qu'il considérait comme un gosse, attendant que le véritable nouveau pouvoir de l'ex-N°6 s'installe. Mais Shion avait tenu bon... Et Sergei l'avait donc admis sans ciller sur l'échiquier. Car il y avait une chose qu'on devait reconnaître au Russe, c'est qu'il était bon joueur. Shion s'était maintenu au pouvoir dans une ville en plein chaos et malgré l'opposition de bien des gens, tant à Utopia qu'à l'extérieur, et le vieux renard était en fin de compte ravi d'avoir trouvé un joueur de cette envergure sur un échiquier sclérosé depuis bien trop longtemps à son goût (Sullivan au pouvoir depuis une trentaine d'années, le Cheikh depuis quinze et N°6 pareillement).
Pour Shion cependant, ces parties d'échecs n'avaient rien d'un passe-temps ludique.
« Vous devriez aller dormir, Sergei. Vous dites des bêtises. »
Sergei rigola.
« Vous êtes encore jeune, Shion... Mais vous prendrez goût à ce jeu, vous verrez.
- Ça, ça m'étonnerait, répondit le garçon.
- Personne ne peut résister longtemps au goût du pouvoir...
- Dans ce cas, je vais m'employer à rester l'exception qui confirme la règle... »
Un nouveau message arriva sur le portable de Shion qui eut un petit rire silencieux en le voyant : cette fois-ci, le rat regardait la fleur avec une petite larme à l’œil.
« Il n'y a pas d'exception, Shion.
- C'est ce que nous verrons, Sergei. En attendant, vous feriez mieux d'aller vous reposer, d'autant que je dois vous laisser. »
Sergei rit encore :
« À la bonne heure ! À très bientôt, Shion.
- Prenez soin de vous, Sergei. »
Shion soupira en raccrochant, puis modifia le dessin pour que la fleur tende ses feuilles vers le rat et il écrivit au-dessus d'elle : « Mais si je t'aime ! » avec trois petits cœurs.
Il se dit qu'il allait se faire un thé et se mettait de l'eau à chauffer lorsque son portable siffla à nouveau. Cette fois-ci, le rat tout sourire se blottissait dans les bras, pardon, les feuilles de la fleur, plein de petits cœurs au-dessus de la tête. Shion sourit et lui envoya un message :
« Tu t'ennuies, mon chéri ? »
La réponse lui parvint rapidement :
« Ouais, pas un chat au pub ce matin, c'est horrible... Et toi ? »
Shion répondit :
« La routine... Tu me garderais ma table pour midi ? »
Le téléphone mit quelques minutes à siffler :
« Owi ! *_* Pas de souci mon ange ! » disait le petit rat en dansant, tout sourire.
Shion rit doucement.
« Alors à tout à l'heure, mon joli rat. Je t'aime. »
Un dernier dessin du petit rat agitant sa patte en signe d'au revoir.

*********

Nezumi balayait en chantant, de très bonne humeur.
« Du plus loin que me revienne
L'ombre de mes amours lointaines
Du plus loin du premier rendez-vous
Du temps de mes premières peines
Las j'avais quinze ans à peine
Coeur tout blanc et griffes aux genoux
Que ce fût, j'étais précoce
De tendres amours de gosse
Ou les morsures d'un amour fou
Du plus loin qu'il m'en souvienne
Si depuis j'ai dit “je t'aime”
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous »
Le pub était tranquille en ce milieu de mâtinée, il n'y avait que quelques clients et ces derniers le regardaient finalement avec plus de curiosité qu'autre chose.
« C'est vrai je ne fus pas sage
Et j'ai tourné bien des pages
Sans les lire, blanches et puis rien dessus
C'est vrai je ne fus pas sage
Et mes guerriers de passage
À peine vus, déjà disparus
Mais à travers leurs visages
C'était déjà votre image
C'était vous déjà et le cœur nu
Je refaisais mes bagages
Et poursuivais mon mirage
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous »
Epona le regardait aussi en essayant de nettoyer le comptoir comme elle pouvait entre les trois souris qui m'amusaient comme souvent à courir et glisser dessus.
« Sur la longue route qui menait vers vous
Sur la longue route j'allais le cœur fou
Le vent de décembre me gelait au cou
Qu'importait décembre, si c'était pour vous »
À son arrivée au matin, les patrons de Nezumi l'avaient accueilli avec amusement, pour deux raisons : il était très en avance (il était venu directement après avoir laissé Haru à la crèche) et surtout, sa prestation télévisuelle surprise les avait beaucoup fait rire.
« Du grand toi ! » avait dit Jeff.
Nezumi s'était fendu d'une petite courbette.
« Elle fut longue la route
Mais je l'ai faite la route
Celle-là qui menait jusqu'à vous
Et je ne suis pas parjure
Si ce soir je vous jure
Que pour vous je l'eus faite à genoux
Il en eu fallu bien d'autres
Que quelques mauvais apôtres
Que l'hiver et la neige à mon cou
Pour que je perde patience
Et j'ai calmé ma violence
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous »
Les clients l'avaient reconnu, surpris, mais aimables pour la plupart.
« Mais tant d'hivers et d'automnes
De nuits, de jours et personnes
Vous n'étiez jamais au rendez-vous
Et de vous perdant courage
Soudain me prenait la rage
Mon Dieu que j'avais besoin de vous
Que le Diable vous emporte
D'autres m'ont ouvert leur porte
Heureuse, je m'en allais loin de vous
Oui, je vous fus infidèle
Mais vous revenais quand même
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous »
C'était un magnifique mardi matin, il faisait un soleil radieux, et Shion venait manger à midi.
« J'ai pleuré mes larmes
Mais qu'il me fut doux
Oh ! Qu'il me fut doux
Ce premier sourire de vous
Et pour une larme qui venait de vous
J'ai pleuré d'amour, vous souvenez-vous ? »
Nezumi chantait en zigzaguant agilement entre les tables avec son balai.
« Ce fut un soir en septembre
Vous étiez venus m'attendre
Ici même vous en souvenez-vous ?
À nous regarder sourire
À nous aimer sans rien dire
C'est là que j'ai compris tout à coup
J'avais fini mon voyage
Et j'ai posé mes bagages
Vous étiez venus au rendez-vous
Qu'importe ce qu'on peut en dire
Je tenais à vous le dire »
Nezumi alla chercher la pelle et la balayette.
« Ce soir je vous remercie de vous
Qu'importe ce qu'on peut en dire
Tant que je pourrai vous dire
Ma plus belle histoire d'amour
C'est vous »
Il passa derrière le comptoir en chantonnant encore pour aller jeter son petit tas de poussière. Quelques personnes applaudirent.
« Eh ben, t'as la pêche ! » lui dit Epona.
« Nezumi s'étira, tout sourire :
- Moui ! Comme dirait ma petite fleur.
- Euh, à propos... T'étais obligé de mettre la pancarte “Réservée” sur sa table tout de suite après son message ?...
- On est jamais trop prudent !
- Non, mais,... Il est à peine 10h... »
Trois clients entrèrent.
« On sait jamais ! »
Ils s'installèrent à une table.
« Allez, va bosser un peu ! » ordonna avec amusement Epona.
Nezumi prit le carnet de commandes en faisant semblant de râler :
« Ah non, si je dois bosser c'est pas drôle, je vais plus venir travailler moi... »
Encre sur son épaule, alors qu'il continuait en rejoignant la table :
« … C'est quoi ce travail où il faut bosser sérieux... Bonjour, mesdames et monsieur !
- Bon... jour ?! »
Visiblement, le trio avait buggé. Encre pencha la tête, intriguée, et Nezumi sourit, aimable :
« Oui, c'est moi. Bonjour, enchanté, qu'est-ce que je vous sers ?
- Squik ? »
Nezumi jeta un regard en biais à sa souris :
« Encre, tu me fatigues. Bref, mesdames-monsieur ?... Vous voulez la carte, peut-être ?... »
Une des demoiselles se reprit enfin :
« Euh... Un thé et euh... Vous avez quoi à euh... manger ?
- Cookie, brownie,... Euh... Epona, chère et révérée patronne ? appela-t-il en tournant la tête. Tu sais si Keisuke a refait de la tarte ?
- Fraise et pomme.
- Merci. Donc : cookie, brownie et tarte fraise et pomme.
- Squik !
- Ce n'est pas à toi que je parlais, Encre.
- Squik !!
- Après eux, s'il en reste et si tu es sage. »
La tablée commanda enfin et un peu plus tard, Nezumi les servit en chantonnant. Epona l’interpella :
« Aki, tu as faim ?
- Un peu.
- Tu veux de la tarte ?
- Fraise.
- Je te la laisse sur le comptoir.
- Merci. »
Il vint s'asseoir au comptoir, devant la petite assiette à côté de laquelle trois souris attendaient, assises sur leur arrière-train.
« J'en connais qui perdent pas le nord. »
Les petits rongeurs le regardèrent avec de grands yeux innocents et couinèrent de concert. Nezumi eut un sourire :
« Ouais ouais... Vous me prendriez pas pour un lapin de deux semaines, vous trois ?
- Squik ?
- Ton auréole est de travers, Encre.
Il posa une grosse fraise devant elles et caressa la petite tête noire du bout des doigts :
« Ça doit être tes petites cornes qui la gênent... »
Nezumi se mit à manger. Il ne fit pas trop attention à la porte d'entrée qui s'ouvrait, mais sursauta par contre en entendant :
« YVES ! »
Il se tourna pour aviser un petit homme barbu tout essoufflé et fronça un sourcil en le reconnaissant : le directeur du nouveau théâtre ?
« Monsieur Shibai ?
- Je suis absolument navré de vous importuner… »
Nezumi sourit, plutôt amusé de l'air beaucoup trop nerveux du petit bonhomme.
« Il n'y a pas de souci, dit-il en se levant pour venir lui serrer la main. Asseyez-vous et reprenez votre souffle…
- Merci…
- Je vous sers quelque chose ? continua le jeune homme en passant derrière lui pour le pousser diplomatiquement vers un des tabourets du comptoir. Un thé ? Je vous proposerais bien un whisky, mais c'est encore un peu tôt…
- Oh, un thé, oui, volontiers… »
Nezumi passa de l'autre côté du comptoir.
« … Vraiment navré…
- Pas de souci ! répéta Nezumi en le servant. Voilà… Thé anglais, hein, vous aimez, j'espère ?
- Euh, oui…
- Et une pâtisserie, avec ?
- … Je ne veux pas déranger… »
Epona s'approcha :
« Oh, rassurez-vous, je crois que RIEN ne peut atteindre notre Aki aujourd'hui…
- Tout à fait ! confirma Nezumi. Que puis-je pour vous ? Et comment m'avez-vous trouvé, d'ailleurs ?
- Je me suis permis d'appeler notre président… Je m'excuse, vraiment…
- Arrêtez de vous excuser et dites-moi ce que vous voulez ?
- J'ai un immense service à vous demander… »
Nezumi croisa les bras sur le comptoir. Il jeta un œil à droite et sourit. Les souris avaient gentiment fini sa part de tarte… Sûrement par peur du gaspillage, faut pas gâcher…
« Vous m'intriguez ? le relança Nezumi en reprenant l'assiette pour se servir un brownie. Vous en voulez un ?
- Non, merci…
- Alors, que puis-je pour vous ?
- Je suis vraiment navré…
- Oui, oui, on sait. Et donc ?
- Comme vous le savez, nous montons Hamlet pour les trois ans de la ville…
- Hm, hm ?… » opina Nezumi en attaquant son brownie.
Il tenait à l’œil les souris qui approchaient.
« … Or, un de nos acteurs nous a abandonnés… Il attendait une proposition de l'étranger qu'il ne pouvait pas refuser… C'est un rôle minuscule et j'ai honte de déranger un homme de votre talent pour si peu… »
Nezumi regardait Shibai en se retenant de rire.
« … Par pitié venez-en au fait… pouffa-t-il. Vous voulez que je vous dépanne pour un petit rôle, c'est ça ?
- Vraiment j'en suis navré… »
Nezumi balaya ça d'un revers de main.
« De quel rôle s'agit-il ?
- Fortinbras.
- Hmm... réfléchit Nezumi. Quatre répliques à la toute fin de la pièce, je crois.
- C'est ça… répondit Shibai, surpris de la précision du jeune homme.
- Rien d'insurmontable en somme… Reste à savoir si c'est compatible avec mon travail ici ? demanda-t-il en jetant un œil en coin à Epona.
- Vu le peu de texte, nous pouvons nous arranger… dit Shibai.
- Combien de représentations sont prévues ?
- Une le soir du lancement des festivités et deux autres une semaine plus tard.
- Je pense que c'est gérable… »
Nezumi se mit d'accord pour passer au théâtre après son travail, dès qu'il aurait récupéré Haru. Shibai se répandit encore une bonne dizaine de minutes en remerciements.
« Intéressant personnage. » nota Epona, accoudée au comptoir.
Nezumi, qui venait de raccompagner le petit homme à la porte, hocha la tête.
La matinée s'acheva tranquillement. Nezumi faisait mine de ne plus remarquer les regards curieux… Shion arriva vers midi et demi, de charmante humeur lui aussi. Et Nezumi mit fin à toute ambiguïté en lui criant de la table qu'il servait, au fond :
« Assis-toi, mon ange, j'arrive ! »
Ce qui fit éclater de rire Epona, Jeff et Manon.
Shion se contenta de sourire et s'installa tranquillement. Il consultait son téléphone en sifflotant quand Nezumi le rejoignit :
« Qu'est-ce qu'on te sert, ma petite fleur ?
- Comme d'hab', mon joli rat.
- Burger avec supplément bacon et poivrons, petite frite et Guiness en pinte ?
- Tu deviens bon.
- Sauce moutarde ?
- Exactement.
- Ça marche… »
Nezumi s'éloigna pour passer la commande et en servait une autre lorsqu'une silhouette, près de la table de Shion, attira son attention.
Un quadragénaire grand et jovial, à côté duquel Shion n'avait pas l'air du tout gêné.
Nezumi s'approcha juste à temps pour entendre l'inconnu dire :
« … Je ne me serais vraiment pas attendu à vous trouver ici.
- Ni moi, Professeur !… Ceci dit, le hasard fait bien les choses, puisque ça fait une semaine que j'oublie de vous appeler… Oh, Nezumi ! Je te présente le professeur Sagasu, un des responsables de la centrale géothermique. Professeur, mon compagnon, Aki Kazemori. Il est serveur ici.
- Enchanté, jeune homme ! s'exclama joyeusement le scientifique en tendant la main à Nezumi.
- De même… répondit ce dernier en la lui serrant, amusé par ce drôle de bonhomme. Vous voulez manger ?
- Tout à fait ! En fait, à la base, c'est même pour ça que je suis là.
- Voulez-vous manger avec moi, Professeur ? proposa Shion. Il fallait vraiment que je vous parle, et je vais me faire gronder…
- Oh, mais avec plaisir. »
Nezumi prit la commande du scientifique et continua son boulot. Il les servit un peu plus tard, interrompant visiblement une conversation très technique.
« … Non, mais dans ce cas, trois et pas quatre mais on augmente l'ampérage de moitié ?… »
Entre eux deux se trouvait une feuille couverte de formules mathématiques que Nezumi ne tenta même pas de lire. Il posa les assiettes et les verres sur la table et s'éloigna après un « Bon appétit ! » amusé. S'il y avait bien un domaine de la vie de Shion auquel il resterait toujours hermétique, et il le savait, c'est bien tout ce qui était scientifique.
Sagasu repartit assez vite après avoir fini de manger. Shion, pour sa part, prit le temps de boire un café et Nezumi se posa en boire un avec lui. Il en profita pour lui raconter la visite de Shibai.
« … Il fume quoi, ce gars ? conclut-il.
- Rien, je crois que son état normal, d'être survolté comme ça, répondit Shion. En tout cas, je ne l'ai jamais vu autrement. Alors, te voilà parti pour remonter sur les planches ?
- Oh, quatre répliques à la fin, c'est bien pour les dépanner…
- Ça te fait plaisir, quand même ?
- Je te dirai ça ce soir quand j'aurai rencontré l'équipe. »

*********

Profitant de la douceur du soir, Shion s'était posé avec un livre sur le banc rouillé qu'il avait recouvert d'une couverture, devant la maison. Un petit moment à lui seul… Il souriait doucement.
Nezumi et Haru ne tarderaient sûrement plus. L'audition de Nezumi avait apparemment pris un peu plus de temps que prévu.
Mais Shion savait apprécier un peu de solitude et ne regrettait en rien d'avoir fini tôt… Lire au calme de son jardin était un plaisir rare pour lui.
Omae, qui était couchée à ses pieds, et les souris, installées autour de lui, se dressèrent de concert en entendant un long miaulement langoureux. Shion sourit lui sans lever le nez de son livre. La minette des voisins était en chaleur. Normal en cette saison…
Nezumi et Haru arrivèrent un peu plus tard. Le petit garçon était fatigué, mais très content d'avoir vu le théâtre et encore plus les essais de son second père.
« S'ion ! Zumi il est trop fort, ils avaient tous les yeux tout ronds ! » s'exclama-t-il dès que Shion le prit dans ses bras pour l'accueillir.
Shion sourit doucement. Nezumi lui fit un petit bisou :
« Bonsoir, mon ange.
- Bonsoir, mon chéri. Alors, ils veulent bien de toi ?
- Oui, oui… Bon, il a fallu que je commence à leur réciter la pièce pour que le metteur en scène admette que je connaissais déjà le texte, mais après, ça a plutôt bien été… »
Ils rentrèrent à l'intérieur.
« J'y passerai après le boulot, quand je finirai assez tôt.
- Les autres acteurs sont sympas ?
- Plus ou moins… Horatio est plutôt cool, Ophélie rigolote, par contre, celui qui fait Hamlet n'est pas mauvais, mais sacrément coincé… Mais bon, la pièce devrait être pas mal.
- C'est l'essentiel. »

*********

Shion relisait paisiblement un rapport pour la préparation de la rencontre mondiale lorsque la porte de son bureau s'ouvrit violemment, le faisant sursauter, lui et aussi les quatre souris qui dormaient sur son bureau. Il regarda, incrédule, Yui pousser sans ménagement Keitatsu dans la pièce avant d'entrer derrière lui et de claquer la porte.
« Vous avez 10 secondes pour lui dire, dit le borgne, glacial.
- Mais c'est n'importe quoi, Himitsu !
- Neuf.
- Cette enquête est en cours…
- Huit.
- Le secret de l'instruction…
- Sept.
- Je n'ai pas le droit de…
- Six.
- Himitsu !
- Vous voulez mon poing dans la gueule en rab ? Cinq. »
Shion avait appuyé son menton sur sa main et les regardait avec de grands yeux, intrigué.
« Qu'est-ce qui se passe ?
- Quatre.
- Ça va, ça va ! grogna Keitatsu. Mais c'est vraiment méprisable…
- Euh, vous pourriez en venir au fait ? demanda Shion en se levant paisiblement. Vous voulez du thé ? Asseyez-vous. »
Keitatsu s'assit en grommelant, un dossier à la main, alors que Yui allait ouvrir la fenêtre pour fumer.
Le responsable de la police expliqua, alors que Shion préparait donc du thé, qu'une enquête était en cours suite à la découverte de deux cadavres, deux jours plus tôt, l'un d'un vieil homme estropié et l'autre d'un plus jeune, le premier mort d'épuisement suite à des injections trop fortes de drogue, le deuxième par balle, à deux rues l'un de l'autre. Les traces de sang du deuxième homme se trouvaient sur le premier.
« Aucun moyen de les identifier, donc, euh… Les enquêteurs ont demandé l'autorisation de lancer une identification ADN. »
L'ensemble de la population d'Utopia était fichée génétiquement. Seuls les médecins et la justice, et à des conditions très strictes, étaient autorisés à avoir accès à ces données.
« Aucun résultat concernant la mort par balle… Mais l'autre, euh…
- Oui ? »
Keitatsu tendit une photo à Shion, et lui et Yui le virent sursauter.
« … Euh… Les tests sont formels. C'était votre père. »
Shion regardait la photo, silencieux. Yui et Keitatsu se demandèrent pourquoi il prenait son téléphone, l'air triste, mais surtout inquiet.
« Nezumi ?… Pardon. C'est très urgent. L'Ancien est mort… Oui, ton parrain. Je suis vraiment désolé. J'envoie quelqu'un te chercher tout de suite. »
Il y eut un silence. Yui se demanda ce que tout ça signifiait, puis Shion dit encore :
« Je ne sais pas… J'envoie quelqu'un te chercher et on verra tout ça. Oui… Oui, mon chéri, ne t'en fais pas. À tout de suite. »
Il raccrocha et regarda Yui :
« Il est au pub.
- D'accord, je m'en occupe. Euh… Nezumi connaissait cet homme ?
- Oui. Où est le corps ?
- À l'institut médico-légal.
- OK, soupira Shion en se levant. Allons-y.
- Mais euh… tenta Keitatsu. Vous n'avez pas de travail ?
- Rien qui ne puisse attendre quelques heures. »

********

« … Voilà, vous savez tout, Monsieur le Président, dit le médecin légiste.
- Pas grand-chose, donc, soupira Shion en regardant une énième fois sa montre.
- Il arrive, Shion, il arrive. » lui dit Yui.
Dans le funérarium de l'institut médico-légal, Shion soupira. Devant lui, le corps sans vie de l'homme qu'il avait très brièvement croisé dans cette grotte étrange… Son père.
Le médecin légiste n'avait pas fait d'histoire, leur avait montré le corps et expliqué ce qu'il savait sans problème. Nezumi tardait, un problème de voiture, apparemment.
À côté de Shion, Keitatsu restait silencieux. Yui également. Shion était dubitatif et inquiet. Un peu troublé, aussi. Il se disait que c'était logique. Cet homme avait connu sa mère avant sa naissance et avait comme lui survécu à l'abeille parasite… Oui, c'était logique.
« On peut savoir ce que vous foutez là ? ! »
Shion fut le seul à ne pas sursauter. Il eut un sourire avant de se tourner vers l'homme qui venait d'entrer, une montagne de muscles du gabarit d'Adrian, vêtu d'un costume gris sous un long manteau de cuir fin.
« Commandant Keiji. »
Un des plus éminents policiers d'Utopia. Un enquêteur hors pair. Et un opposant officiel du nouveau pouvoir.
« C'est vous qui êtes en charge cette enquête, dit doucement le jeune président.
- Oui, effectivement ! répondit avec humeur le policier.
- Ce n'était pas une question. »
Shion le regarda approcher.
« Qu'est-ce que vous foutez là ? répéta Keiji.
- J'ai été averti par votre supérieur ici présent qu'on avait retrouvé le cadavre d'un homme qui se trouvait être mon père. »
Les yeux sombres du grand flic se posèrent sur Keitatsu :
« Comment ça ? Cette info était confidentielle !
- Un de vos hommes a pourtant jugé bon de la lui lâcher, intervint Yui avec un sourire.
- Ouais, ben si je le trouve, il est viré ! Et vous, vous l'avez su comment ?
- Secret défense, désolé. Mais sachez que dès que le nom de Shion est prononcé, où que ce soit dans cette ville, je le sais. C'est mon boulot. »
Le grand policier regardait sévèrement Yui qui soutenait sans peine son regard. Shion soupira en regardant une nouvelle fois sa montre :
« Qui est au courant ?
- Moi, le juge, deux de mes hommes, je ne sais pas qui au labo d'analyses… Et vous, donc, grogna Keiji.
- Vous comptiez me le dire ?
- C'est quand j'ai appelé pour demander à vous convoquer comme témoin qu'on m'a dit que vous étiez ici.
- Me convoquer ? releva Shion, intrigué.
-Cet homme était votre père… Je cherche son identité depuis trois jours, j'imagine que vous pouvez m'aider ? »
Shion sourit, l'air curieusement triste.
« Eh bien, pas vraiment, en fait… »
Un bruit de course les fit tout se tourner vers la porte, pour y voir arriver Nezumi, à bout de souffle. Il fut en trois pas devant la table, fixant le cadavre sans rien voir d'autre. À part Shion qui ne le quitta pas des yeux, grave, tous les autres se regardèrent.
Nezumi soupira, immensément triste.
« … Merde… »
Shion passa son bras autour des épaules de son amant :
« Ça va aller, mon joli rat ? »
Nezumi haussa les épaules.
« Le médecin légiste a dit qu'il n'avait pas souffert, soit tranquille.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?… »
Yui regardait Nezumi, franchement surpris. Jamais il ne lui avait entendu une voix aussi tremblante. Il avait connu le mort, c'était clair, tout comme il était clair que c'était quelqu'un d'important pour lui.
Sceptique, Keiji intervint alors :
« Euh, attendez, je comprends plus, là. Votre… Ami… Il connaissait votre père ? »
Nezumi sursauta et regarda Shion, Keiji puis le mort, plusieurs fois, avant de bredouiller, effaré :
« C'était ton père ? !
-Il semblerait, oui. »
Nezumi resta bête, puis souffla un gros coup :
« … C'est pas vrai… »
Il passa ses mains sur son visage, tentant de remettre ses idées en place. Shion sourit doucement, puis regarda Keiji :
« Mon ami, comme vous dites, a beaucoup mieux connu cet homme que moi. Mais paradoxalement, je doute qu'il en sache beaucoup plus. Ceci étant, et puisque vous voulez mon témoignage, je ne vois aucun inconvénient à vous le donner, en privé et si possible devant un bon thé.
- Comment s’appelait-il ?
- Ça, je n'en sais rien. Tu l'as su, toi, Nezumi ? »
Nezumi dénia du chef :
« Non... On l'appelait l'Ancien... Je n'ai jamais su son véritable nom... »
Le personnel de l'institut médico-légal laissa sans souci sa salle de repos au commandant et à ses deux témoins. Ils s'assirent donc sur des banquettes, Shion et Nezumi face à Keiji.
Le policier avait le matériel nécessaire pour enregistrer les témoignages, comme les nouvelles lois l'exigeaient, ce que Shion expliqua à Nezumi :
« … Comme ça, tout le monde est protégé : le témoin qui est sûr qu'on a exactement ce qu'il a dit et l'enquêteur qui est sûr aussi qu'on ne peut pas l'accuser d'avoir maltraité ou forcé la main au témoin.
- Ah, d'accord...
- Vous avez fini par vous y faire, Commandant ? » ajouta Shion.
Keiji, qui réglait la machine enregistreuse, grogna :
« Épargnez-moi vos sarcasmes.
- Allons, ne me dites pas que ça ne vous a pas simplifié le travail ?
- Ce n'est pas la question ! »
Shion n'insista pas. Ses réformes du système judiciaire étaient passées très péniblement au sein de la police, mécontente d'être « fliquée » et de ne plus pouvoir agir à sa guise. Mais Shion avait été intraitable, il avait lui-même de très mauvais souvenirs des abus qu'il avait subis. Il n'était que trop conscient des mauvaises habitudes qu'avaient dû prendre certains policiers à l'époque de N°6. Mais il savait aussi que Keiji n'était pas de ceux-là, et que, malgré une nostalgie plus qu'avouée pour l'ancien système et une opposition officielle au nouveau régime, il restait un bon policier qui faisait bien son travail, moral et juste.
« Veuillez décliner vos identités pour que la machine vous identifie. Commandant Keiji, matricule CL854256.
- Shion Seijunna, citoyen WK263715.
- Aki Kazemori, résident euh... »
Il sortit sa carte d'identité à toute vitesse :
« … EX357465... 
- Monsieur Seijunna, commença Keiji, les tests ADN ont prouvé que l'homme trouvé mort dans la nuit du 27 au 28 avril était votre père. Vous avez vu son corps, aujourd'hui 30 avril. Que pouvez-vous me dire de lui ?
- Pas grand-chose. Je suis né de père inconnu et je n'en ai jamais su plus. J'ai rencontré cet homme quelques heures, il y a trois ans. Je ne savais pas qu'il était on père... C'est Aki qui m'avait conduit à lui. Il vivait avec d'autres personnes que N°6 avait chassées, dans des grottes hors de la ville. »
Keiji regarda Nezumi. Ce dernier était enfoncé dans le dossier, bras croisés, sombre. Il semblait perdu dans ses pensées. Il répondit pourtant immédiatement lorsque le policier lui demanda :
« Vous le connaissiez, monsieur Kazemori ?
- Oui. J'ai moi même vécu dans ces grottes. Il m'avait recueilli après mon évasion du Centre Pénitentiaire. »
Keiji grimaça à cette évocation, mais resta sur le sujet de l'entretien :
« C'était quoi, ces grottes ?
- Un endroit où s'étaient réfugiés beaucoup de gens chassés ou recherchés par N°6. Personne n'y avait de vrai nom, ni plus rien. Lui et moi comme les autres... Il était un peu le chef, là-bas. Et donc, on l'appelait l'Ancien. J'ai quitté les grottes au bout de deux ans, je ne comptais pas y remettre les pieds.
- Pourquoi y êtes-vous retourné ? »
Nezumi regarda Shion, qui répondit :
« En cherchant des informations, nous avons découvert par hasard que cet homme était un des chercheurs fondateurs de N°6 et aussi qu'il avait connu ma mère.
- Comme on voulait en savoir plus sur N°6, j'ai pensé que retourner l'interroger pourrait nous être utile.
- Vous avait-il appris, à ce moment, quoi que ce soit sur lui ?
- Qu'il faisait effectivement partie du noyau de scientifiques qui avaient fondé N°6, répondit Shion.
- Et que les autres l'avaient viré dès qu’il était sorti de leurs clous... ajouta Nezumi.
- Savez-vous sur quoi il travaillait ?
- Il étudiait des peuplades voisines de la ville, d'après ce que j'ai compris...
- Un ethnologue ?
- Un truc comme ça, apparemment... »
Keiji réfléchit une seconde :
« Aurait-il pu se faire des ennemis au sein de ses grottes ?
- Ça, difficile à dire... soupira Nezumi. À ma connaissance, tout le monde le respectait... Quand j'y étais.
- Vous n'aviez pas gardé contact avec lui ?
- Non, répondit Nezumi. J'ai quitté la ville quelques jours après la chute du Mur et suis revenu au début du mois. Je ne l'ai pas revu.
- Vous non plus ?
- Non, répondit Shion. Au moment de la Réunification, j'ai fait connaître l'existence de la population de ces grottes à un certain nombre de personnes des services sociaux, et j'ai su qu'ils avaient pu recueillir ceux qui le voulaient, mais que certains avaient refusé de quitter les grottes. En faisait-il partie, je l'ignore... Mais le fait que vous n'ayez pas trouvé trace de lui sur le fichier ADN le laisse à penser.
- Effectivement.
- Des vieux ennemis d'avant sa déchéance ou des plus récents, difficile à dire... continua Shion. Quoi qu'il en soit, je ne vois à l'heure actuelle qu'une seule personne pour connaître son nom... »

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MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Sam 11 Aoû 2012 - 15:22

Nezumi jouait tranquillement avec Haru et les souris dans le jardin lorsque le commandant Keiji sortit de la maison. Le policier vint vers lui :
« Bon, j'y vais. J'ai laissé ma carte à votre euh... ami. N'hésitez pas si quoi que ce soit vous revenait. »
Nezumi hocha la tête et serra la main qu'il lui tendait :
« Comptez sur moi. Merci.
- De rien. Bonne soirée. »
Nezumi le regarda partir. Haru leva le nez vers lui en prenant sa main dans les siennes :
« Zumi, on peut rentrer ?
- Si tu veux… répondit distraitement le jeune homme. Mais Shion voulait parler à Mamie, alors il faut les laisser tranquilles.
- On va lire en haut ?
- D'accord. »
Dans le salon, Karan, assise sur le canapé, pleurait en silence, ses mains serrées sur ses genoux. Elle sursauta lorsque Shion déposa délicatement deux tasses de thé sur la table, avant de s'asseoir à côté d'elle. Elle détourna les yeux en reniflant, alors que lui disait doucement :
« Ça ira ? »
Il l'avait laissée seule avec le policier comme ce dernier l'avait demandé. Il se doutait que ça irait assez vite. Elle était venue rapidement chez eux lorsqu'ils avaient appelé, dès qu'ils avaient quitté l'institut médico-légal, le temps de repasser à la crèche pour chercher Haru.
Shion avait laissé sa mère et Keiji au salon et s'était posé à son bureau le temps d'appeler Kaoru pour voir comment organiser son lendemain. Il en était sorti pour faire du thé et avait salué le commandant lorsqu'il avait entendu sortir. Puis il avait rejoint sa mère.
Comme elle ne répondait pas, il reprit toujours très doucement :
« Je ne te demande rien. Si tu ne veux pas en parler…
- Je suis désolée… chevrota-t-elle.
- Il ne faut pas. Je ne te reproche rien. »
Comme elle pleurait toujours, il la serra dans ses bras :
« Je t'aime, Maman. Tu n'as rien à te reprocher. Je n'aurais pas pu rêver une mère plus extraordinaire que toi, plus courageuse, plus compréhensive, plus aimante… »
Il y eut un silence, puis elle dit d'une voix peu sûre :
« Il y a si longtemps que je voulais t'en parler… Je n'ai jamais osé… J'ai tellement honte… ajouta-t-elle dans un sanglot.
- Il ne faut pas.
- La vérité, c'est que je n'en étais pas sûre moi-même…
- Ce n'est pas grave… En fait, la seule chose que je voudrais savoir… C'est si tu as souffert ? »
Il y eut un petit silence, puis Karan gloussa, releva la tête en prenant tendrement le visage de son fils entre ses mains :
« Ah, c'est tout toi, ça… N'importe qui serait furieux et toi, tu t’inquiètes juste pour moi…
- Tu es ma maman… Je t'aime… Bien sûr que je m'inquiète. Comme je me suis inquiété quand on a quitté Kronos, quand on a galéré à monter la boulangerie, et quand j'ai dû m'enfuir… J'en étais malade de te laisser toute seule, toi qui as toujours été là pour moi…
- Oh, Shion… Mon grand bébé… »
Elle sourit :
« Tu n'as pas à t'en faire… Personne ne m'a violée. »
Shion se sentit confusément soulagé.
« … Mais ce soir-là,… Ton père… Il m'avait invité à une soirée avec des amis de la faculté et d'autres… Rikiga était là aussi… Et nous avons beaucoup trop bu… Un moment, j'ai voulu rentrer, et ils m'ont accompagnée chez moi tous les deux… Et là… Je voulais leur faire un café pour qu'ils repartent tranquilles… »
Elle était toute rose et ne put que balbutier :
« … Et… Et ils ne sont pas repartis… »
Shion la regarda en silence, surpris.
« … Du coup… Je n'ai jamais su lequel… Mais rassure-toi, ils ne m'ont pas forcée ! Je n'aurais jamais fait ça dans mon état normal, mais avec l'alcool… »
Shion sourit et la serra à nouveau dans ses bras :
« Ça va, alors, je suis rassuré.
- Mais j'avais honte et c'était si mal vu d'être mère célibataire… J'aurais tellement voulu te donner un vrai père… Une vraie famille…
- Ça ne m'a jamais manqué. T'en fais pas. J'étais bien avec toi…
- Moi aussi, j'étais bien avec toi… »
Elle sourit et embrassa doucement sa joue :
« Moi aussi, je n'aurais pas pu rêver un fils plus extraordinaire que toi. »
Le soir venu, une fois n'est pas coutume, Shion était couché avant Nezumi et lisait tranquillement, assis contre son oreiller, lorsque ce dernier le rejoignit.
Nezumi se blottit aussitôt contre lui, posant sa tête sur son ventre. Shion lâcha son livre d'une main pour caresser sa tête. Nezumi sourit et ferma les yeux.
« Ça ira, mon cœur ?
- Ouais, ouais…
- Il n'a pas souffert… C'est l'essentiel. Mais le docteur a bien dit que ce type de drogue servait surtout de sérum de vérité…
- Oui, j'ai relevé aussi. Comme le fait que selon lui, la dose avait dû le plonger en délire puis dans le coma presque immédiatement.
- Bref, il n'a pas dû dire grand-chose. »
Shion soupira et posa son livre.
« Ouais. Reste à savoir quoi et surtout à qui. »
Shion hocha la tête, éteignit la lampe de chevet et s'allongea. Nezumi resta blotti contre son flanc.
« Ça pue… dit-il.
- Oui. Les probabilités que ce soient des gens à la recherche des tiens ou d'Elyurias sont loin d'être nulles. »
Nezumi rigola :
« J'adore comme tu dis ça !… Mais après tout, tout le monde dans les grottes a pu entendre notre conversation, ce jour-là…
- Ouais… Reste à savoir ce qu'on peut faire. On ne peut rien dire à Keiji, ce qui ne va aider ni lui, ni nous.
- Il y a une chose que je peux tenter…
- Quoi ?
- Ben, essayez de lui parler… Si son âme ne s'est pas encore envolée, je peux peut-être l'appeler.
- Hmmm… Ma foi, ça coûterait pas grand-chose d'essayer.
- Quelques heures et un bon mal de tête au pire… Je ne travaille pas demain, je verrai ça. »
Lendemain, Kaoru et Mlle Hisho discutaient devant le bureau de cette dernière lorsque Shion arriva. Elles regardèrent avec inquiétude, car il avait l'air triste, malgré un sourire bien présent, mais fatigué. Il salua poliment avant de partir vers son bureau. Il s'installa et soupira. Hamlet grimpa sur son épaule et se frotta à son cou en couinant. Il sourit et la caressa doucement :
« Qu'est-ce que tu as, ma belle ? Tu t'inquiètes ?
- Squik !
- Ça va, ne t'en fais pas. »
Macbeth, assise sur la table, le regardait aussi. Elle était grognonne et Shion se demandait pourquoi elle l'avait accompagné ce matin-là, alors qu'elle dormait si profondément cinq minutes avant son départ… Elle était nerveuse et de sale humeur.
Shion se mit au travail sans grande énergie et finit par laisser tomber : le cœur n'y était pas. Cette histoire de « père » avait dû le secouer plus qu'il ne le pensait… Il se dit qu'il allait faire un petit tour dans le parc. Ça marchait plutôt bien quand il voulait se vider la tête.
Il se leva donc, s'étira et sortit. Macbeth lui emboîta vivement le pas alors qu'Hamlet restait sur son épaule.
Le parc était tranquille. Quelques jardiniers faisaient leur travail paisiblement, et Shion échangea quelques amabilités avec eux, puis s'éloigna sous les arbres.
Tout était vraiment paisible, les arbres pleins des chants des oiseaux qui nidifiaient, l'air du parfum des fleurs…
Un cri vif de Macbeth fit sursauter Shion perdu dans ses pensées et lui permit à une demi-seconde d'éviter l'attaque. Celui qui fondait sur lui tomba à côté, se rattrapant d'une main de justesse, un couteau militaire dans l'autre. Quelqu'un de pas très grand et d'assez fin, en parfaite tenue de camouflage et une cagoule sur la tête.
Shion le regarda et ses yeux vides le choquèrent, mais son agresseur ne put se jeter sur lui. Macbeth toute hérissée lui sauta au visage. Non pas qu'elle lui fit mal, mais son sursaut permit à Shion d'avoir la seconde nécessaire pour lui balancer un coup de pied retourné et l'envoyer s'assommer contre un arbre.
Tout s'était passé très vite et les gardes du corps de Shion étaient déjà là.
Macbeth couinait victorieusement sur la poitrine du terroriste inconscient.
Kanshi garda son arme braquée sur ce dernier en s'en approchant alors que Hogosuru restait près de Shion :
« Vous allez bien ? !
- Oui, oui…
- Beaux réflexes…
- Il faut croire que les leçons de Yui et Adrian n'ont pas été perdues… Macbeth, viens ici. »
Il s'accroupit pour prendre la souris dans sa main et se releva en l'embrassant :
« Merci.
- Squik ! » répondit-elle, toute fière.
D'autres hommes arrivés rapidement, dont Yui, qui, prévenu, était descendu de ses combles en courant, suivi de Zento. Il était furieux.
Il ordonna qu'on escorte Shion à son bureau.
« … Et vous me fouillez ce parc brin d'herbe par brin d'herbe jusqu'à ce que vous soyez sûrs qu'il n'y en ait pas un autre ! »
Shion était assis sur son canapé, perdu dans ses pensées. Il caressait Macbeth et Hamlet installées sur ses genoux sans parvenir à oublier ce regard vide et l'impression tenace de l'avoir déjà vu. Autour de lui, ça s'inquiétait, le croyant état de choc. Ce n'était pas le cas. Il se demandait juste où il avait déjà croisé ce regard…

*********

Nezumi faisait goûter Haru lorsque le bruit de la porte d'entrée se fit entendre, suivi de celui de la porte du bureau de Shion. Macbeth arriva en courant pour grimper sur le plan de travail, à côté d'Encre. Les deux rongeurs se saluèrent, puis couinèrent, surtout Macbeth, toute fière. Au bout d'un moment, Nezumi la regarda avec inquiétude. Haru lui, regarda Nezumi avec surprise, la bouche pleine de chocolat, quand il fronça les sourcils.
Nezumi caressa la tête de l'enfant avant de sortir rapidement :
« Tu es sage, je reviens… »
La porte du bureau était restée ouverte. Nezumi la frappa tout de même :
« Shion ? Ça va ? »
Le jeune président sursauta. Il rangea un dossier qui se répandait sur le sol.
« Oui, oui… » répondit-il en s'accroupissant pour les ramasser.
Nezumi s'approcha :
« … Tu es sûr ? »
Shion lui sourit :
« Oui, mon cœur, pourquoi ?
- Macbeth dit qu'elle t'a sauvé une agression ?
- Ah, ça… Oui, ne t'en fais pas, ça va. C'est clair que ce gamin était dangereux et que sans elle, ça aurait pu plus mal finir, mais ça va… »
Il se releva :
« J'ai juste une sale impression qui ne me lâche pas… »
Il sentit Nezumi se blottir dans son dos et l'enlacer doucement :
« Quoi ?
- J'ai croisé son regard… Il était vide… Ça m'a fait de la peine et surtout, ça me rappelle quelque chose, mais je n'arrive pas mettre le doigt dessus ! »
Nezumi embrassa son cou :
« Je te connais, ça va revenir…
-Moui… »
Shion soupira et posa les feuilles sur son bureau :
« Yui a dit qu'il devait avoir dans les 15 ans… Rien sur lui pour l'identifier… Mais très bien entraîné, beaucoup trop bien… Et Adrian s'est souvenu qu'il y avait eu des rumeurs, il y a une dizaine d'années, comme quoi les autorités avaient récupéré des orphelins pour en faire des assassins… Il n'avait jamais pris au sérieux, mais celui-là, ça n'a pas l'air d'être un étranger… »
Nezumi le sentit frémir :
« Comment peut-on faire ça un enfant… »
Nezumi le retourna pour le serrer dans ses bras :
« Tu es aussi bien placé que moi pour savoir ce dont les hommes sont capables, Shion.
-Nezumi… »
Shion enfouit son visage dans le cou de Nezumi :
« … Qu'est-ce qu'ils lui ont fait pour qu'il ait les yeux si… morts…
- Beaucoup de mal. Mais ce qu'il faut te dire, c'est que maintenant, il est entre de bonnes mains… Parce que tel que je te connais, tu as déjà dû ordonner sa réinsertion après l'enquête, je me trompe ? »
Shion gloussa :
« Yui était furieux…
- Prévisible aussi. »
Shion sortit des bras de Nezumi. Ils prirent le chemin de la cuisine :
« … Tu l'aurais entendu… “Non, mais t'es malade ! C'est un tueur !… Tu crois quoi, qu'après une leçon d'éducation civique, il irait aider les grands-mères traverser les rues ?”… »
Nezumi rigola :
« Tu as répondu quoi ?
- Qu'effectivement, il faudrait plus d'une seule leçon. Bonsoir, Haru. »
Le petit garçon, toujours barbouillé de chocolat, regarda Nezumi hilare et Shion et dit :
« Ça va pas, S'ion ?… »
Les deux hommes regardèrent, surpris.
« Pourquoi tu dis ça, mon bébé ?
- Quand tu souris comme ça, c'est que tu es triste… »
Shion sourit et prit de quoi nettoyer le visage de l'enfant :
« On peut rien te cacher, à toi.
- Pou'quoi tu es triste ?
- Parce qu'aujourd'hui, j'ai vu quelqu'un de très très malheureux et ça m'a fait beaucoup de peine.
- Fallait lui faire un gros câlin ! »
Shion sourit encore :
« Ouais… C'est clair qu'il a dû en manquer. »

*********

Ce soir-là, Yui était encore de sale humeur et râlait. Adrian et lui cuisinaient, le brun sans rien dire, un petit sourire aux lèvres.
Son ami avait lui-même pris en charge l'interrogatoire du garçon, et que ce dernier avait repris connaissance et que les médecins lui avaient confirmé qu'il allait bien.
Rien.
Il ne savait pas ce qui le dérangeait le plus : le fait d'être face à un gosse, le fait que ce gosse ne desserre pas les dents, ou le fait qu'il ait l'air de n'avoir absolument rien à faire d'être menotté là. Ou encore le fait d'être certain qu'il l'avait déjà vu.
Ce garçon était réellement flippant, et il en fallait pour impressionner Yui. Mais il aurait 1000 fois préféré se retrouver face à un fanatique surexcité ou gueulard ou un être glacial et cynique que face à ce vide.
« … Mais bon sang, ça m'enrage de ne pas me souvenir où je l'ai déjà vu !
- Yui ?
- Ça m'énerve !
- Yui…
- Quoi ? !
- Je t'avais demandé des œufs brouillés… Pas une omelette. »
Le blond se figea et regarda le bol et la fourchette… Ah oui, effectivement… Il y avait été un peu fort…
Adrian rigola et l'embrassa rapidement :
« C'est pas grave… J'aime bien les omelettes- !
- Désolé…
- T'en fais pas, poussin. Mais calme-toi un peu… On ne fera rien ce soir… »
Le blond grommela et le brun lui sourit encore :
« Je sais que tu es très inquiet, et c'est tout à ton honneur… Tu as raison de penser que ce gamin était envoyé par quelqu'un et aussi que Shion a eu beaucoup de chance de lui échapper.
- Sauvé par ses souris… C'est quand même dingue… Mais bon sang, c'est quand même rageant de ne pas me souvenir où je l'ai vu…
- Tu as demandé un test ADN ?
- Oui, en urgence… Résultat dans la soirée, normalement. »
Si les tests ADN étaient normalement le dernier recours pour l'identification, nécessitant la décision d'un juge d'instruction suite à l'échec des autres procédures, Yui n'avait pour sa part qu'un coup de fil à passer pour en faire faire un en priorité absolue.
Le résultat se faisait cependant attendre et les deux hommes dormaient depuis un moment lorsqu'enfin, le téléphone de Yui sonna. Il décrocha en grognant :
« Himitsu, j'écoute…
- Désolé pour l'heure, ici le laboratoire d'analyse. J'ai le résultat… Je me permets de vous appeler personnellement, car euh,… Il nécessite de la discrétion, je crois… Je suis le seul au courant et vous pouvez compter sur la mienne.
- Euh, attendez, attendez… grogna Yui en se redressant. Une chose à la fois. Vous avez trouvé qui est ce gosse ?
- Oui et non… soupira l'homme. Lui n'est pas répertorié. Mais un lien de parenté a été formellement établi avec un citoyen de cette ville.
- D'accord…
- Je vous l'envoie… Je crois que sinon, vous n'allez pas me croire.
- Euh… OK… »
Adrian vint se câliner à lui dans un demi-sommeil. Yui regarda le document et son cri acheva de réveiller son compagnon :
« Oh bordel !
- J'ai crié un truc comme ça aussi, rigola le laborantin à l'autre bout de la ligne.
- Euh… D'accord… Bon. Je compte sur votre absolue discrétion jusqu'à nouvel ordre. Je vais voir avec lui aussi vite que possible.
- Pas de souci. La recherche est déjà effacée de l'ordinateur central.
- Merci. »
Yui raccrocha et regarda à nouveau l'écran, abasourdi. Adrian se redressa en bâillant et sursauta :
« Hein ? !… Mais… C'est… ?
- Je comprends mieux pourquoi j'étais sûr de l'avoir déjà vu… »

********

Shion était réveillé depuis un moment et il éteignit donc le réveil avant qu'il ne sonne. Il profita encore un moment du calme ambiant, du corps de Nezumi blotti contre le sien, avant de se lever. Il se souvint que Nezumi lui avait dit qu'il n'avait pas pu retrouver l'âme de l'Ancien.
« Elle s'est déjà envolée. »
Shion trouvait très jolie la façon de dire du Peuple de la Forêt, de parler d'envol des âmes. Resterait à lui offrir de belles funérailles…
Il se sentait l'humeur maussade. La mort de cet homme,… son père, la discussion avec sa mère, l'agression de la veille, tout ça avait dû le brasser bien plus qu'il ne pensait. Et la drôle d'impression liée à ce regard vide ne le lâchait pas… où l'avait-il déjà croisé…
Il se doucha sans parvenir à se sentir mieux et vint devant le miroir pour se brosser les dents en traînant les pieds. Il se regarda et une seconde après, sursauta : ses yeux, c'était… Les siens… ? Il s'en souvenait… Il s'en souvenait enfin.
Ses yeux vides, épuisés, désespérés, ceux qu'il avait parfois dans son adolescence, certains matins d'hiver où il se traînait pour aller travailler au parc sans en avoir envie, brisé par des horaires invraisemblables, par ce travail morne, par cette ville où il n'était plus rien… Cet état était rare chez lui et ne durait pas. Le sourire de sa mère, de Safu, la bonne humeur de ce collègue le remettaient vite en selle…
Mais que se serait-il passé si j'avais été seul… ?

Qui es-tu ?
De plus en plus troublé, Shion déjeuna machinalement. Il mettait son bol sale dans l'évier lorsqu'il reçut un message bref de Yui :
« Besoin de te voir de ton arrivée. »
Il partit avec Macbeth, Hamlet et Iago. Il espérait pouvoir rentrer dans l'après-midi. Il n'aimait jamais travailler le samedi, mais pas trop le choix ce jour-là…
Yui l'attendait sur le parking. Il fumait, assis sur sa propre voiture. Un peu surpris, Shion se gara et Yui vint lui ouvrir sa portière. Shion le regarda, inquiet :
« Bonjour, Yui… Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai eu des infos sur ton agresseur d'hier.
- Ah… Des infos qui nécessitent que tu ne me laisses même pas le temps de descendre de ma voiture ? »
Yui lui tendit une feuille. Shion fronça un sourcil en la prenant, mais lu sans attendre. Ses yeux s'écarquillèrent au fur et à mesure de sa lecture et il se mit à trembler comme une feuille.
« … C'est pas… Possible… ?… »
Shion passa sa main dans ses cheveux, abasourdi à son tour.
Les trois souris, assises sur le tableau de bord, le regardaient, à leur tour inquiètes.
Ils sursautèrent ensemble en entendant le portable de Yui sonner.
« Oui, Zento, qu'est-ce qu'il y a ?… Comment ça, il s'est tiré ? ! »

*********

Le garçon s'arrêta dans une ruelle pour reprendre son souffle et essayer de faire le point. Il n'avait pas l'air d'être suivi… Il aurait cru les services de sécurité de la ville un peu plus vigilants et persévérants…
Il était épuisé et avait très mal à la tête. Comme on lui avait appris, il n'avait rien avalé de ce qu'on lui avait proposé pour ne pas risquer d'être drogué. Il fallait qu'il trouve à boire rapidement. Il perdait toujours en efficacité quand il avait mal à la tête…
Il s'assit lentement au sol, contre le mur.
Il avait échoué… Et à cause d'une souris. Personne n'avait prévu que le président savait se battre et se défendre…
« Tu l'auras sans souci, il est inoffensif. »
Il fallait qu'il appelle la base. Il ne pouvait pas simplement y retourner, c'était bien trop dangereux. Même appeler était dangereux… Mais il ne pouvait pas rester là sans consigne. Retourner essayer de tuer le président est inutile pour le moment, ces anges gardiens devaient être sur les dents.
Il restait des cabines téléphoniques en libre-service dans les bureaux de poste… Il se releva lentement. De l'eau, il y avait des fontaines un peu partout en ville…
Il s'arrêta à la première qu'il croisa pour boire un moment. Il avait faim, mais ça, il pouvait gérer. Il fallait qu'il trouve une poste… Bon sang, pourvu que ce mal de tête passe vite…
Il trouva une poste à quelques rues de là, et l'hôtesse d'accueil lui indiqua très aimablement les cabines. Il choisissait celle qui était le plus au fond. Il composa le numéro avec un soupir. Il avait juste envie de manger et de dormir… Il se sentait très fatigué.
« Allô ? entendit-il, une voix d'homme nerveuse.
- Bonjour, papa… récita-t-il sans grande conviction. Dis-moi, j'ai perdu l'adresse et l'heure du rendez-vous…
- Ah,… C'est toi…
- Tu peux me le redonner, s'il te plaît ?
- Je vais chercher le capitaine, attends.
- D'accord. »
Il entendit s'éloigner d'un pas lourd et regarda une petite mémé toute voûtée venir téléphoner à côté de lui. Visiblement, elle préférait venir à la poste qu'utiliser son téléphone portable… Au grand dam de son interlocuteur.
« Rends-toi au pont Lévèque tout de suite.
- D'accord. J'y vais. »
Il raccrocha. C'était un pont qui enjambait la rivière, au bord de la ville. À pied, il en avait pour un moment. Il partit rapidement, sans voir le regard rapide de la vieille dame.
Il grommela. Le mal de tête se dissipait, mais il avait vraiment faim. Hors de question cependant de voler quoi que ce soit, de risquer d'attirer l'attention.
Il se sentait étrange. Il se frotta les yeux machinalement. Il avait sommeil… Il en avait marre. Il avait échoué simplement parce que ces chefs avaient pris le président pour un gentil garçon sans défense… Il ne savait pas ce qu'ils allaient décider. Ils pardonnaient rarement un échec… Mais de toute façon, où pouvait-il aller…
Il arriva au rendez-vous les mains dans les poches. Le capitaine était là avec deux autres. Personne aux alentours, pas étonnant… Le coin était sacrément désert.
« Tu es sûr que tu n'as pas été suivi ?
- Oui, répondit le garçon en arrivant près d'eux au bord de l'eau.
- Peux-tu nous expliquer ce qui s'est passé ?
- Échec de la mission.
- Pourquoi ?
- Réaction imprévue de la cible. Il savait parfaitement se défendre.
- Comment t'es-tu enfui ?
- Neutralisation des gardes lors de la livraison du repas, planque un moment puis fuite lente en évitant les autres. »
L'un des deux autres eut un sourire narquois et le capitaine cracha en braquant son revolver sur lui :
« Tu t'imagines vraiment qu'on va avaler ça ? »
Le garçon n'avait pas frémi. Ses yeux vides le regardaient sans plus d'émotion qu'avant. Il ne réagit pas plus lorsqu'il vit le capitaine sursauter en criant et en secouant sa main. C'est à peine s'il leva un sourcil en voyant une petite forme noire accrochée à cette dernière, alors que les deux autres avaient également sursauté et regardaient le capitaine avec stupeur. L'un des deux sortit son revolver pour le braquer à son tour sur le garçon et tira :
« Sale traître ! »
Le garçon bondit en arrière par réflexe plus que par instinct de survie, mais son pied glissa sur la terre meuble et il bascula en arrière. Il tomba dans l'eau froide, un peu surpris.
Le courant fort du printemps l'emporta et il ferma les yeux, curieusement apaisé.
Puis ce fut l'obscurité, un trou noir béant, le vide total, mais si calme… Plus de cris, plus d'armes, plus de sang… Une paix étrange.
Il entendit soudain une voix qui l'appelait de très loin. Une voix inquiète, angoissée même…
« … Reviens… Allez respire… S'il te plaît… »
Le garçon se sentit émerger des ténèbres. Il n'avait pas très envie, il y était bien, mais cette voix l'appelait avec une telle insistance qu'il se laissa faire.
« Respire… Reviens, s'il te plaît, reviens… »
La lumière du soleil… Le froid du vent sur ses vêtements mouillés… Il frissonna.
« Ouvre les yeux… Respire… Allez, reviens… S'il te plaît… S'il te plaît… »
La voix était vraiment inquiète. Il sentit une main caresser ses cheveux et toussa. Il entendit un soupir soulagé et la voix reprit plus doucement :
« Allez, réveille-toi… Tout va bien. »
Un petit cri de souris acheva de le tirer de sa torpeur. Puis quelques gouttes qui tombaient sur son visage. Il toussa encore et entrouvrit les yeux.
« Squik ?… Squik squik ? »
Une autre goutte lui tomba dans l’œil et il les referma en grognant.
« Ça va, ne t'en fais pas… Tout va bien. »
Ces mots n'avaient pas le moindre sens pour lui. Il ouvrit à nouveau les yeux en toussant encore. Sa vue était un peu floue, mais il reconnut avec stupéfaction une chevelure blanche dégoulinante d'eau… Et des yeux rouges qui le regardait avec… Bonté… Il se redressa sur ses bras, les yeux ronds.
« Eh, doucement ! Ça va ? » demanda gentiment Shion.
Le garçon ne répondit pas, abasourdi. Il ne comprenait pas, ne parvenait pas à comprendre… Près d'eux, la rivière s'écoulait… Visiblement, ils étaient loin du pont… Seuls… Et trempés tous les deux. Un seul mot parvint à franchir ses lèvres :
« … Pourquoi… ? »
Pourquoi tu as fait ça ?
Pourquoi tu m'as sauvé ?
Pourquoi tu as risqué ta propre vie pour moi, moi qui suis venu pour te tuer ?
Il eut l'impression que Shion lisait ces questions sans mal et son sourire fit naître un sentiment très étrange dans sa poitrine. Il laissa Shion caresser sa joue :
« Parce que quoi qu'il arrive, il est hors de question que je laisse tomber mon petit frère… Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. »
Le garçon resta pétrifié.
Quelques voitures arrivaient. Les entendant, le garçon se tourna vers elles, mais Shion dit doucement :
« Ne t'en fais pas, ils ne te feront rien. »
Un regard sceptique lui répondit et Shion lui sourit encore et en le voyant frissonner, vint le prendre dans ses bras :
« Plus personne ne te fera mal. Personne. Jamais. »
Le garçon se mit à trembler sans trop comprendre pourquoi. Shion se mit à le frictionner :
« Tu ne t'en fais pas, d'accord ? Tout va bien se passer. Je vais veiller sur toi. »
Le garçon sursauta.
Les mêmes mots, 10 ans plus tard, exactement les mêmes mots, que ceux qu'il lui avait dit lorsqu'il l'avait rencontré, ce jeune homme qui était devenu son mentor, à lui le tout petit garçon arraché à son orphelinat par des militaires effrayants.
Tu ne t'en fais pas, d'accord ? Tout va bien se passer… Je vais veiller sur toi.
Celui qu'il avait lui-même tué quelques jours plus tôt…
« … Onisan… gémit-il.
- Oui, je suis là… répondit Shion à son oreille. Je suis là. Dis-moi, comment tu t'appelles ?
- …
- Dis-moi ton nom ?
- ...Shinobi… »
Shion le serra plus fort. Les voitures s'étaient arrêtées et ses hommes approchaient, Yui en tête, armés et sur leurs gardes. Il ne les laisserait pas toucher à un seul de ses cheveux.
« Je suis très heureux de faire ta connaissance. »
Shinobi éclata en sanglots.

À suivre dans le chapitre 9 : Le seul maître d'Utopia

Notes diverses zet variées du fin de chapitre popopom :

Concernant l'identité du père de Shion : à ma connaissance pour le moment, l'identité de géniteur de notre faux albinos préféré n'est pas officiellement donnée dans le roman. Les deux pistes principales sont Rikiga et le tuteur de Nezumi, l'homme qu'ils rencontrent dans les grottes.
Le premier correspond au portrait d'alcoolique coureur de jupon que Shion trace de son père au début du roman, et lorsque Karan reçoit le premier message de Nezumi l'informant que Shion est vivant, elle lui envoie son adresse en pensant « après tout c'était peut-être... Il y avait tant de choses qu'elle devait dire à Shion » (citation de mémoire hein). Une chose est sure : Rikiga a connu Karan avant la naissance de Shion et garde un souvenir très fort d'elle, sans doute en a-t-il au moins été amoureux... Mais il niera être son père lorsque Shion le lui demandera.
Le second se présente dans le roman comme un ami d'enfance de Karan, très chère pour lui. Mais Nezumi ne lui laisse pas le temps d'entrer plus dans les détails, car ils ont besoin d'infos vite, c'est vrai quoi y a un monde à sauver, merde ^^' ! Lui aussi la fréquentait donc avant sa naissance, et les soucis qu'il a eus avec N°6 l'ont éloigné d'elle comme de tout. Le principal argument en sa faveur est qu'il ait comme Shion survécu à la piqûre de l’abeille parasite, lui en y laissant ses jambes.
C'est une complète interprétation de ma part que d'en faire vraiment le père de Shion et aussi d'imaginer que ce dernier ait été conçu dans une partie à trois. Ça m'amusait de penser que Karan ne savait pas réellement qui était le père de son fils, car leur extrême complicité rend peu crédible pour moi qu'elle le lui cache sans une bonne raison.
Shinobi pour sa part est une complète invention de ma part.
Dernière chose : le pathétique jeu de mot sur le nom du pont (Lévèque) m'a été librement donné par mon général préféré ^^ !
Vala vala.
Sinon ça va chez vous ? ^^

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MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Sam 24 Nov 2012 - 19:05

Le chapitre 9 est dispo sur le nouveau forum :

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Ainsi que sur mon site :

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Avis aux zamateurs !

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