Yaoi x Yuri
Bonjour ! Ce forum est désormais "abandonné" au profil de celui-ci :

http://forum.yaoi-x-yuri.fr/index.php

Vous pouvez toujours accéder à son contenu, mais merci de vous inscrire de préférence sur le nouveau !

A très bientôt !


Forum officiel de la team Yaoi x Yuri. Lieu de discussion et de rencontre, pour tout ce qui concerne le Yaoi et le Yuri.
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

  No°6 - Epilogue et Après

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: No°6 - Epilogue et Après   Dim 13 Nov 2011 - 23:16

Je vous remets là ma première fanfic sur No°6 puisque celle que je fais là est sa suite directe en fait... Faut juste oublier la dernière partie pour le moment !

Cette fic est un cadeau à ma team de Yaoi et Yuri où je sévis comme correctrice et prochainement traductrice, plus particulièrement à Ame, Sayoko, Midori et Pierrou qui ont taffé comme des dingues pour nous offrir une très bonne VF de cette série. Elle reste pour moi et pour eux un véritable coup de cœur et un magnifique sans faute, et aussi à Xupz, Nott, qui me doivent deux bières et du chocolat, Keitaro, Sorginia, Lidx, Idyllik, Amyriel, entre autres, en remerciement à des heures de délire sur le chan et parce que j’admets : moi aussi, je voudrais bien un épisode bonus dans le genre de ce que je vais vous raconter… ^^’ !

ATTENTION : présence d’un lemon !

Bonne lecture à tous !


N°6 – Épilogue

« … Ah et n’oubliez pas de vérifier les réserves de carburants… On en est où, pour les médicaments ? Quelqu’un a pu joindre les entrepôts de ravitaillement d’urgence ?… »

Si beaucoup de gens se demandaient encore qui était cet adolescent aux cheveux blancs arrivé d’on ne sait où, peu après la chute du Mur, avec une chienne, un bébé et un rat, tous reconnaissaient qu’il avait pris la situation en main avec une énergie et un talent absolument extraordinaire. Alors même que les survivants de N°6 et ceux du dehors se regardaient, perdus au milieu des décombres, il avait débarqué, regardé tout le monde, hoché la tête, l’air très sérieux et depuis, il organisait la survie de tous, sans distinction, avec l’aide de tous ceux qui le voulaient.

« …On en est où du recensement des gens ? »

Autour de lui, se trouvaient présentement quatre personnes, trois femmes et un homme. D’autres allaient et venaient autour d’eux, collectant des informations, en amenant, faisant comme ils pouvaient.

Des abris de fortune avaient été montés pour soigner les blessés, quelques caisses de ravitaillement trouvées par-ci par-là serviraient pour le plus urgent, mais le chaos était inimaginable. Le moins que l’on pouvait dire était que l’opération militaire de la veille, tout comme les guêpes, avait fait du ménage. En fait, il ne restait en tout et pour tout que quelques centaines, peut-être un millier ?, de personnes en vie, la plupart totalement perdues, totalement désemparées, n’ayant rien compris à ce qui s’était passé.

«… Ah, et pour l’eau on a du nouveau ?…

- Les réserves de la ville n’ont pas été touchées… On n’en sait pas plus pour le moment… répondit une des femmes. Marianne est allée voir, on verra ce qu’elle dira.

- À l’extérieur, par contre, niveau eau, il n’y a plus rien, soupira l’homme.

- Les citernes de la ville devraient suffire pour tout le monde, vu le nombre que nous sommes maintenant. Le stock de bouteilles que nous avons trouvées devrait nous permettre de tenir un peu, en rationnant bien, dit le garçon. Quelqu’un sait où est Fred ? »

L’adolescent berçait doucement le bébé, qu’il n’avait pas lâché une seconde. Ce dernier gazouillait doucement dans ses bras, tout à fait calme.

« Il était parti voir on en était pour les véhicules, répondit l’homme.

- Il va falloir s’organiser très vite pour les morts… Comment on pourrait faire ?… demanda une autre femme. On ne peut pas les laisser comme ça…

- Vu la situation, je ne vois guère qu’une immense fosse commune… grogna l’homme.

- Malheureusement, moi aussi… dit tristement l’adolescent. Nous n’avons pas le temps de les recenser, ni de les identifier… Ça me rend malade, mais nous ne sommes pas assez nombreux et il faut d’abord nous occuper des vivants. On a de la chance d’être au tout début du printemps, ça nous laisse quelques jours… Mais il faudra de toute façon faire très vite… »

Un autre homme, assez jeune, fatigué mais l’air joyeux, arriva près d’eux :

« Ah, Jacques ! s’exclama l’adolescent. Te revoilà ?

- Oui oui, c’est moi ! Tu vas être content, Shion, le recensement est lancé ! J’ai pu trouver une cinquantaine de personnes, et figure-toi que dans le tas, il y a trois professeurs qui ont réussi à nous trouver de quoi écrire, en allant piquer dans les réserves de leur école !… Du coup, tout le monde a des cahiers et des stylos, en attendant mieux… Et là ça va, ils se sont dispatchés pour aller interroger tout le monde. Comme on a déjà demandé aux gens de ne pas bouger pour le moment, enfin autant que possible, ça devrait aller…

- Ah ben voilà une bonne nouvelle !

- Oui ! Et cerise sur le gâteau, on a croisé trois militaires et ils nous ont dit qu’ils allaient voir si ils pouvaient trouver des tentes en plus, des couvertures, enfin bref de quoi faire que le plus de gens possibles passe la nuit à l’abri… »

Shion resta surpris. Les derniers militaires qu’il avait croisés n’étaient pas si conciliants… Mais après tout, toute aide était la bienvenue. Le garçon sourit :

« C’est bien, si eux aussi nous aident.

- Je crois que vu les circonstances, dit encore Jacques, tout le monde a compris que le plus urgent est de survivre et qu’on réglerait les vieux problèmes plus tard.

- J’espère ! »

Un cri les fit tous sursauter :

« SHION ! »

L’adolescent était littéralement stupéfait, les yeux ronds. Il se retourna pour regarder sans y croire la femme qui courrait vers lui, en larmes, et un sourire incrédule se fit sur ses lèvres.

« Maman ?… »

Les autres le regardèrent faire quelques pas et la femme se jeter à son cou.

« Shion… !… »

Le garçon maintint comme il put le bébé d’une main pour passer un bras autour des épaules de sa mère, au bord des larmes lui aussi :

« Tu vas bien, Maman ?

- Oui… »

Elle s’écarta un peu en essuyant ses yeux :

« Ça va… J’étais si inquiète, ça fait des heures que je te cherche… Qu’est-ce qui est arrivé à tes cheveux ? Et tes yeux ? Tu es malade ?

- Non, non… Un peu trop long à te raconter tout de suite, mais je vais bien aussi, ne t’en fais pas. »

Un peu contrarié de se retrouver à l’étroit entre eux, le bébé poussa un petit cri qui les fit sursauter tous deux. Shion se recula d’un pas par réflexe en lui disant :

« Oh, désolé… Tu étais si sage que je t’avais oublié… »

Le bébé lui répondit un regard courroucé. Shion lui sourit :

« Allez, fais pas la tête… »

Sa mère regarda le bébé, intriguée :

« Shion ?… Qu’est-ce que tu as là ?

- Je l’ai sauvé dans l’attaque du quartier ouest hier… »

Les autres se regardaient et seul Jacques osa approcher :

« Euh, Shion ?…

- J’arrive, Jacques, pardon ! Je te présente ma maman… Maman, c’est Jacques, le premier qui est venu m’aider à voir un peu ce qu’on pouvait faire.

- Enchanté, madame.

- Oh, je vous en prie, appelez-moi Karan… Vous avez besoin de mon aide ? »

Shion sourit alors que le bébé gazouillait dans ses bras.

« Toute aide est la bienvenue… répondit Jacques.

- Oui, dit Shion. Mais en fait ça ne va pas trop mal… Enfin, je m’attendais vraiment à ce que les gens de la ville et ceux de dehors veuillent se battre, mais ça va plutôt bien… Ah, Jacques, si, il y a une chose que tu peux faire, c’est te mettre d’accord avec les gens qui recensent pour mettre les enfants isolés à part… Ça serait bien qu’on les regroupe, ça faciliterait les recherches de leurs parents ou de leurs proches s’il leur en reste et sinon ça nous permettrait au moins de les gérer comme il faut…

- D’accord, je vois ça tout de suite !

- Je vais vous aider, dit Karan. Tu veux me laisser ton bébé, Shion ? ajouta-t-elle. Tu m’as l’air d’avoir autre chose à faire que de t’en occuper…

- Oh, ne te dérange pas…

- Mais si, oh, ne commence pas ! Ça ne me gêne pas, occupe-toi de ce que tu veux faire. »

Shion sourit. Sa mère le connaissait trop bien. Il lui tendit doucement le bébé en lui disant :

« Je te laisse à ma maman, mon poussin, tu seras sage ? »

Le bébé gazouilla encore, tout sourire, et tendit ses petits bras vers Karan. Elle le prit doucement. Shion embrassa doucement la joue de sa mère et lui dit gentiment :

« À tout à l’heure.

- Oui ! »

Shion la regarda s’éloigner avec Jacques et retourna vers les autres :

« Excusez-moi, ça faisait un moment qu’on ne s’était pas vu… Qu’est-ce qu’on disait ? »

Les choses se compliquèrent un peu plus tard avec l’arrivée de quelques caïds du quartier ouest bien remontés contre N°6. Ils géraient les réserves d’essence de l’extérieur et ne voyaient aucune raison de les partager avec les survivants de la ville. Shion essayait de leur expliquer qu’ils allaient tous mourir ensemble comme des idiots s’ils ne s’aidaient pas et eux semblaient avoir de plus en plus envie de passer leurs nerfs sur lui lorsque Marianne, la jeune femme qui était partie voir les réserves d’eau de la ville, revint.

Elle était à l’avant d’une jeep conduite par un homme à l’air grave, visiblement en treillis, et d’autres jeeps et des camions de l’armée suivaient. Marianne sauta au sol dès que la jeep s’arrêta. Bien qu’inquiet, Shion vint vers elle. Les autres se regardaient, alarmés et ceux parmi les caïds qui étaient armés sortirent leurs armes.

« Marianne ? Ça va ? s’enquit immédiatement Shion.

- Oui, oui, ça va. Bon alors j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…

- Euh, commence par la bonne ?

- Les citernes sont intactes.

- Et la mauvaise ?

- Confirmation du black-out électrique. Il faut des groupes électrogènes pour réactionner les pompes… L’armée en a, mais manque d’essence.

- D’accord… »

Shion jeta un œil derrière lui. Négocier de l’essence contre de l’eau était cohérent et la seule solution viable pour les deux camps, mais les caïds accepteraient-ils de négocier avec les militaires ?

Le chauffeur de la première jeep était descendu et Shion, lorsqu’il le vit, resta un instant impressionné et pour cause : c’était un gaillard de près de deux mètres, vêtu d’un débardeur noir et d’un treillis élimé, très honorablement musclé et qui contemplait la scène avec sévérité. Mis à part un revolver à la ceinture, il ne semblait pas armé, pas plus que les soldats qui descendaient des autres véhicules.

Shion se sentit définitivement minuscule quand cet homme s’approcha de lui :

« C’est vous qui essayez d’organiser un peu ce bordel ?

- Euh, oui oui… Je m’appelle Shion.

- Colonel Blacksteel. Suite à un certain nombre de décès dans mon état-major et à, euh, une mise à la retraite anticipée des quelques généraux restants qui parlaient d’envoyer des tanks finir de raser je sais plus quoi dehors, j’ai pris le commandement des troupes survivantes. »

Le sous-entendu de la « mise à la retraite anticipée » fit rigoler Shion qui opina :

« Je vois… dit-il.

- Alors j’avoue, suite à quelques dissensions, ils m’avaient envoyé gérer la logistique, j’ai pas pané grand-chose à ce qui se passait sur le terrain. Mais bon, nécessité fait loi et en période de crise, le seul devoir du soldat, c’est de protéger les civils. Alors vous pouvez compter sur moi et mes hommes.

- Merci, Colonel. Vous ne pouviez pas mieux tomber, c’est justement de matériel et d’organisation que nous avons besoin…

- Et aussi de groupes électrogènes, je crois ?

- Oui, apparemment.

- Ça j’en ai à la pelle, mais j’aurais pas assez d’essence pour les faire tourner. J’ai déjà envoyé pas mal d’ingénieurs voir si on pouvait faire redémarrer la centrale électrique, mais aux dernières nouvelles, c’est pas gagné. Cette maudite tornade a fait de gros dégâts…

- Elle nous a débarrassés de ces fichues guêpes, c’est déjà ça… soupira Marianne.

- Ouais… En espérant qu’elles ne reviennent pas… Ces saloperies ont tué les trois quarts de la ville…

- Elles ne reviendront pas, ne vous en faites pas, dit tranquillement Shion. Bon, alors moi aussi, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle… continua-t-il.

- Allez-y ? le relança Blacksteel.

- La bonne nouvelle, c’est que de l’essence, ces messieurs là-bas en ont. La mauvaise, c’est qu’ils ne sont pas décidés à nous en donner… »

Blacksteel regarda les caïds et devina sans mal que les négociations allaient être âpres et même que si elles n’étaient qu’âpres, ça serait le bonheur.

Quelques-uns de ses soldats vinrent vers lui :

« Mon colonel, que fait-on pour le moment ?

- Distribuez des couvertures, de l’eau, des biscuits et montez des tentes là où vous pouvez. Shion, j’ai ordonné le nettoyage de plusieurs bâtiments de la ville, dont deux hôpitaux. On vous tiendra informé pour qu’on puisse y transporter des blessés dès que les cadavres seront évacués et les locaux désinfectés.

- Merci beaucoup, Colonel. » répondit Shion.

Finalement, ce grand bonhomme était plutôt rassurant.

Mais l’arrivée de l’armée avait ravivé la peur des survivants de l’extérieur et ces derniers étaient très nerveux. Leur appréhension se changea cependant en stupéfaction lorsqu’ils virent les soldats décharger des caisses de provisions et des piles de couvertures des camions… Le fait que les survivants de N°6, mêlés à eux, ne montrent pas spécialement d’émotion, à part du soulagement, les convainquit rapidement des bonnes intentions des militaires.

Blacksteel accompagna Shion et Marianne vers les caïds et les autres. Ces derniers étaient de fait plus mal à l’aise à cause des armes des caïds qu’à cause des soldats.

Marianne expliqua rapidement la situation. Les caïds gardaient leurs armes bien en vue. Blacksteel semblait s’en contrefoutre royalement. Il avait croisé les bras, fermement planté sur ses pieds. Il écouta Shion reprendre à la suite de la jeune femme :

« Voilà, donc sans votre essence, nous ne pouvons pas actionner les groupes électrogènes pour relancer les pompes des citernes de la ville… »

Sur les quatre caïds, un semblait prêt à accepter, deux étaient sceptiques et le quatrième par contre s’écria violemment :

« C’est ça, filer de l’essence aux soldats ! Pour qu’ils fassent le plein de leurs tanks et qu’ils reviennent nous achever ?! »

La réponse de Blacksteel ne fut, elle, absolument pas agressive :

« Ça fait un bail que les tanks ont des moteurs électriques. »

Shion eut un sourire malgré lui et se gratta la tête. C’est le moment que choisit Hamlet, parti dormir dans la capuche de son manteau, pour pointer son museau sur son épaule. Shion le caressa en disant :

« S’il vous plaît, je sais ce qui c’est passé hier, j’y étais… Mais le Mur est tombé aujourd’hui. Si nous n’arrivons pas à nous faire confiance, nous n’arriverons à rien… Tout le monde a besoin d’eau et sans votre essence, nous allons en manquer très vite. »

Mais cette déclaration ne fit qu’augmenter la colère du caïd :

« Plutôt crever que de filer une goutte d’essence à ces connards ! T’es vraiment qu’un petit con si tu les crois après le massacre d’hier ! »

Shion eut un nouveau sourire, cette fois plus triste :

« S’il n’y avait eu que le massacre, hier… Mais bon, hier, c’est le passé. N°6 est un champ de ruines. Aussi effroyables qu’aient été les massacres, les assassinats, la répression depuis des décennies, ceux qui les ont ordonnés sont morts. Hier, l’extérieur a failli disparaître et ce matin, la population de N°6 aussi. Là, il ne reste que des pauvres gens qui veulent juste vivre, des deux côtés d’un mur qui n’existe plus que dans vos têtes ! s’écria plus vivement Shion. Aussi légitime que soit votre colère, elle ne fera pas revenir les morts, elle ne changera rien à ce qui a été fait et surtout, aujourd’hui, elle n’a plus lieu d’être ! Vous nous condamnez tous si vous ne comprenez pas que nous ne pouvons survivre qu’ensemble ! »

Un long silence suivit. Shion regardait son adversaire droit dans les yeux sans du tout se rendre compte qu’autour d’eux, tout le monde le regardait lui avec admiration, étonnement ou pour Blacksteel, un sincère respect. Ce gamin, décidément, en imposait de sagesse et d’énergie.

En face pourtant, l’homme tremblait de rage, serrant son fusil dans ses mains. Accepter les paroles de Shion était juste impossible pour lui, et c’était bel et bien sur le garçon que toute sa haine se cristallisait désormais.

La suite se passa très vite et Shion, sur le coup, d’ailleurs, ne comprit rien.

Il vola tout simplement trois mètres en arrière et s’assomma à moitié en retombant au sol. Un coup de feu éclata, un bruit de bagarre suivit et tout un coup, une voix ramena le silence en criant d’un ton sans appel :

« C’EST QUOI CE BORDEL ! »

Ce cri ramena Shion au présent.

Il était allongé sur le sol et se redressa sur ses bras. Le spectacle le fit écarquiller les yeux : Blacksteel tenait d’une main plus que ferme le canon du fusil pourtant braqué sur lui et encore fumant. Les autres s’étaient écartés, le laissant face à l’homme. Au sommet d’un tas de ruines voisin se trouvaient plusieurs silhouettes que le jeune homme n’identifia pas réellement car il réalisa brutalement que du sang coulait sur le bras du soldat. Le garçon bondit sur ses jambes, horrifié :

« Colonel ! »

Derrière Shion, les soldats avaient stoppé leur distribution et regardaient très attentivement ce qui se passait mais, puisque leur supérieur était debout et ne les avait pas appelés, ils ne s’approchèrent pas, restant cependant visiblement très vigilants.

Le grand homme lâcha le fusil alors que la voix qui avait crié reprenait, moins fort mais toujours très fermement :

« Toi, tu lâches ton putain de fusil tout de suite !

- Ce connard est armé, Freedom ! répliqua l’homme.

- Le seul mec qui s’est servi de son arme, c’est toi, alors tu fermes ta gueule et tu lâches ce fusil ! Je le répéterai pas une troisième fois ! »

Shion avait couru vers Blacksteel qui recula d’un pas pour regarder un grand homme blond, borgne, descendre du tas de graviers, visiblement furieux :

« Tu trouves pas qu’il y a assez de cadavres ici ? » cracha-t-il en arrachant le fusil des mains de l’homme qui le lui tendait craintivement.

Shion regarda le grand blond puis Blacksteel, ce dernier avait bel et bien pris une balle dans le bras.

« T’inquiète petit, j’en ai vu d’autres, lui dit le soldat. Freedom, hein ? reprit-il pour le blond. L’homme le plus recherché de N°6… C’est un honneur.

- Vous êtes ?

- Colonel Adrian Blacksteel.

- Ah, le gars qui a été mis au placard pour avoir refusé de mener une opération de nettoyage ?

- Vous êtes bien renseigné.

- Ça fait partie du boulot quand on est chef de la résistance et des quartiers extérieurs. »

Shion avait sorti son mouchoir pour essuyer comme il pouvait le sang sur le bras de Blacksteel qui eut un sourire :

« Logique… »

Une dizaine d’autres personnes, hommes et femmes, suivirent Freedom, tous armés mais très calmes. Ils regardaient autour d’eux, les gens assis là, les soldats occupés entre les distributions et le montage de tentes, et trois d’entre eux vinrent se poser autour des caïds et plus précisément près de celui qui avait blessé le colonel.

Freedom regarda Shion et lui dit :

« Je suppose que je vois là le fameux Shion ? »

Le garçon le regarda, un peu intimidé malgré tout. Freedom reprit avec un sourire :

« Un adolescent avec des cheveux blancs, des yeux rouges et une trace rose sur la joue, ça doit être toi ?

- Oui, c’est moi… »

Jacques et Karan revenaient, et devant l’attroupement, se hâtèrent :

« Houlà qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? s’écria Karan.

- Oui, oui… répondit Shion. Enfin, je crois… Que voulez-vous ? demanda-t-il à Freedom.

- Ben, on était en train de commencer à organiser la reconstruction quand on est venu nous dire que tu le faisais aussi, alors on s’est dit, tant qu’à faire, pourquoi ne pas voir ça ensemble ? »

Jacques vit la blessure et grogna :

« Ah ben y en fallait bien un… Laisse-moi faire Shion, je suis médecin…

- D’accord, Jacques. »

Shion lâcha le bras de Blacksteel et regarda Freedom :

« On essaye de voir ce qu’on peut faire, oui… Qui vous l’a dit ?

- Quelqu’un que tu connais bien, je crois, et qui m’a passablement saoulé avec toi depuis deux heures… soupira le blond avant de jeter son œil derrière lui : Tu vas rester assis là à regarder encore longtemps, fichu rongeur ? »

Un rire vif et clair éclata et Shion se pétrifia avant de sourire, rayonnant, et de partir en courant vers le garçon qui venait de se lever du tas de ruines pour descendre à sa rencontre :

« NEZUMI !!! »

L’assistance regarda, surprise, Shion sauter au cou de Nezumi et les deux garçons s’étreindre avec force.

« C’est bien ce que je pensais… dit Freedom. Ils se connaissent plutôt bien.

- Ouais, on peut quasi dire au sens biblique, là ! remarqua Blacksteel.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Jacques, concentré sur la blessure.

- En français, on appelle ça se rouler une pelle, lui répondit Freedom.

- Eh bien, quelle journée, sourit Karan. Je retrouve mon garçon et j’apprends que j’ai un petit-fils et un gendre…

- C’est ça les enfants, rigola Jacques. On les regarde jouer dans le sable, on tourne le dos et hop, ils passent le bac ! »

Shion et Nezumi savouraient leurs retrouvailles sans se douter des commentaires que ces dernières provoquaient. Shion tenait le visage de son ami entre ses mains fines. Nezumi avait croisé les siennes au creux de son dos, et l’étouffement n’était pas loin de les terrasser tous deux lorsque leurs lèvres se séparèrent enfin et qu’ils rouvrirent les yeux.

« Je t’ai manqué tant que ça ? murmura Nezumi.

- J’allais te demander la même chose… répondit Shion sur le même ton. Tu vas trouver ça bête mais… J’avais un peu peur que tu disparaisses… Comme il y a quatre ans…

- Oui, tu es bête… Mais tu ne serais pas toi sans ça. Je t’avais dit que tout irait bien, non ? »

Shion se sentait noyé, comme à chaque fois, dans les yeux argentés de Nezumi, et Nezumi envoûté par le regard rouge de Shion. Une autre tornade aurait pu tout ravager autour d’eux qu’à cet instant, ils ne l’auraient pas remarquée.

« Au fait, Inukashi et Rikiga vont bien, ils vont nous rejoindre, d’ailleurs, je pense… Freedom m’a dit que les chiens de notre amie pouvaient aider aussi, il a dû le lui faire savoir…

- Tu crois qu’elle va accepter ?

- Freedom n’est pas un homme à qui on peut dire ‘non’, tu sais. »

Les mains de Shion glissèrent et le garçon passa ses bras autour des épaules de son ami :

« Tu ne m’avais jamais parlé de lui ?

- Très peu de gens savaient qu’il existait vraiment. N°6 avait déployé des moyens de fou pour le coincer… Il n’avait pas dû voir le ciel depuis des mois… »

Nezumi rosit quand Shion se serra contre lui, enfouissant son visage dans son cou.

« Tu m’as manqué, c’est vrai… »

Nezumi sourit et le serra plus fort à son tour :

« Toi aussi tu m’as manqué. Depuis que je te connais, pour moi la solitude commence à deux pas de toi… »

Shion le regarda, intrigué. Nezumi sourit :

« Ce n’est pas de moi, mais j’aime beaucoup.

- Une pièce de théâtre ?

- Oui, mais je ne sais plus laquelle… »

La nuit tomba sur des gens épuisés, mais vivants et décidés à le rester. L’arrivée de Freedom sur la table des négociations avait considérablement modifié l’échiquier. Son autorité, indiscutable, avait mis un terme aux embryons de conflits. Lui de son côté, Blacksteel de l’autre, avaient eu l’intelligence de s’en remettre à Shion, figure neutre pour les deux camps. Shion était un peu gêné de se retrouver ainsi propulsé au commandement, mais il se retroussa une nouvelle fois les manches et accepta la charge, sachant qu’il pouvait compter sur les autres et que de toute façon, ça ne durerait que le temps qu’une véritable autorité se mette en place.

Autour d’un grand feu, ce soir-là, l’ambiance était enfin un peu détendue. Les pompes des citernes avaient pu être relancées, les réserves de provisions s’étaient révélées bien assez importantes pour qu’ils aient le temps de voir venir, et suffisamment de tentes avaient pu être dressées pour que tous ceux qui n’avaient plus de maison puissent dormir à l’abri. Les résistants et les militaires avaient joint leurs forces et Freedom et Blacksteel n’avaient pas été les derniers à suer pour que les choses se mettent en place rapidement.

Shion était assis près des flammes avec Nezumi et sa mère et il cajolait un peu le bébé qui ne voulait pas dormir. Nezumi les regardait avec un sourire et Karan regardait les étoiles. Autour d’eux, les autres riaient, chantaient, quelques-uns dansaient. C’était un peu irréel…

Le bébé s’endormit enfin et voyant Shion bailler à s’en rompre la mâchoire, Karan dit doucement :

« Si nous rentrions à la maison pour dormir aussi ?

- Voilà qui me semble une bien bonne idée. » approuva Nezumi.

Shion les regarda tous deux, épuisé mais souriant. Nezumi se leva :

« Je vais aller prévenir Blacksteel et Freedom que nous rentrons et leur donner votre adresse, Karan…

- Bon sang, Nezumi ! Arrête de me vouvoyer, par pitié ! » fit semblant de pester Karan.

Le garçon grimaça, il n’arrivait pas à s’y faire… Il avait déjà obtenu de l’appeler par son prénom et pas « Maman » comme elle l’avait proposé, mais pour le tutoiement, il avait du mal…

« Désolé… »

Il fila de l’autre côté de la place où le colonel et le leader des résistants partageaient une bouteille de whisky. Sans être ivres, les deux hommes avaient l’air bien guillerets.

« Tiens, le rongeur ! Ça va, Nezumi ? le salua Freedom.

- Oui, très bien. Je venais vous dire qu’on rentre chez Karan, Shion est épuisé.

- Il a plutôt mieux tenu que je pensais, dit Blacksteel. C’est un sacré gamin.

- Ouais, il ira loin, approuva Freedom. Repose-toi aussi et prends bien soin de lui, demain on sera plus tranquille puisque le vital est assuré. »

Nezumi opina du chef, leur laissa l’adresse et repartit.

« Je vais envoyer quelques hommes garder cette maison… dit Blacksteel quand Nezumi fut assez loin pour ne plus l’entendre.

-T’inquiète, dix des miens y sont déjà, lui répondit Freedom.

- Toi aussi, t’as pensé qu’un excité pouvait essayer de le tuer ?

- Ouais, on sait jamais, mais ça sert à rien de lui dire. Eh, Adrian ?

- Ouais ?

- À ton avis, cette nuit, ils concluent ?

- Hmmm… Ouais ! »

Ils burent quelques gorgées tous deux.

« Et nous, on conclut quand ?

- Après le whisky ?

- Ça me va. »

Nezumi rejoignit Shion et Karan en se disant que lui aussi était épuisé. Les choses s’étaient passées si vite… La veille encore, la vie, aussi bancale et précaire qu’elle était, suivait son cours normal dans le quartier ouest… L’attaque de l’armée, la déportation au centre de détention, l’évasion, le face à face avec Safu et la destruction de l’ordinateur central, ses propres blessures et celle de Shion, miraculeusement guéries par la libération d’Elyurias, la tornade, la destruction de ce Mur qu’il avait tant haï… Tout ça lui paraissait un rêve étrange, violent mais irréel, lorsqu’il voyait désormais les deux populations mêlées autour de ses grands feux, unies, réunies enfin… L’utopie de Shion était maintenant une réalité.

Si on m’avait dit ça il y a encore deux jours, je n’y aurais jamais cru… songea-t-il.

Karan portait le bébé et Shion, s’il était debout, ne tenait pas très bien sur ses jambes. Nezumi sourit en voyant la mine endormie de son ami. Pour lui aussi, après tout, tout avait été très brutal et très rapide.

Ils partirent tranquillement. La boulangerie n’était pas très loin. Il n’y avait toujours pas d’électricité, mais la lune était pleine et les rues ainsi bien éclairées. Karan donna une lampe de poche à Shion en lui disant :

« Je n’ai pas touché à ta chambre.

- Merci… lui répondit-il avec un bâillement.

- Il y a un canapé que je peux squatter ? demanda Nezumi en enlevant sa veste.

- Non, mais le lit de Shion est largement assez grand pour vous deux ! » répondit Karan avec un grand sourire.

Nezumi rosit, stupéfait. Shion accrocha son manteau, trop épuisé pour vraiment réaliser la chose.

« Tu viens, c’est en haut ? » dit-il gentiment avant d’aller faire un bisou à sa mère et de monter l’escalier.

Nezumi le regarda, regarda Karan et bredouilla un « Euh, bonne nuit… » avant de le suivre.

Lorsqu’il arriva dans la chambre, Shion était assis sur le lit et se déshabillait. Nezumi regarda la pièce : pas immense, un lit large, un bureau couvert de livres et de papiers, des posters de paysages forestiers ou montagneux aux murs, et un placard mural où Shion, en boxer, alla sans grande énergie chercher… Un joli petit pyjama bleu pâle…

Nezumi rigola discrètement, mais Shion l’entendit et se tourna vers lui :

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Nezumi rit plus fort et vint le prendre dans ses bras :

« Il est très mignon ce petit pyjama…

- Pourquoi tu te marres ?

- Tu es vraiment quelqu’un d’innocent… »

… Et c’est vraiment pour ça que je t’aime.

Shion le regarda sans trop comprendre.

« Je n’en ai pas pour toi… dit-il et cette fois Nezumi éclata vraiment de rire.

- C’est pas grave ! hoqueta-t-il, hilare. Je peux dormir juste en pantalon, ne t’en fais pas… »

Shion était trop fatigué pour essayer de réfléchir plus loin. Il enfila son pyjama et se coucha en se demandant quand même pourquoi son ami gloussait ainsi en se déshabillant, assis de l’autre côté du lit.

« Tu es sûr que ça va, Nezumi ? » demanda-t-il.

Le jeune acteur se glissa sous le drap, tout sourire :

« Très bien ! »

Il s’allongea en chien de fusil, tourné vers Shion, et tendit les bras vers lui. Shion sourit aussi et vint sans plus se faire prier se blottir entre ses bras, contre sa poitrine.

Lorsque Shion se réveilla, ils n’avaient pas bougé. Le garçon n’ouvrit pas les yeux tout de suite, se contentant d’enfouir son visage dans le cou de Nezumi et de respirer l’odeur de sa peau. Il sursauta en entendant la voix de son ami lui murmurer avec amusement :

« Tu me chatouilles, Shion… »

Shion se recula un peu pour regarder Nezumi :

« Je t’ai réveillé ?

- Non, non… Je te regardais dormir… Tu es beau quand tu dors. »

Shion rosit et Nezumi lui fit un petit bisou :

« Bonjour, toi.

- Bonjour, Nezumi… Quelle heure il est ?

- Je ne sais pas, tôt… Le jour se lève à peine. Tu peux dormir encore si tu veux…

- Non, ça va, j’ai bien dormi…

- Moi aussi, ton lit est très confortable… Et toi aussi… »

Shion sourit et lui rendit son bisou :

« Toi aussi tu es confortable… »

Nezumi sourit à son tour et ils s’embrassèrent plus profondément. Shion passa ses bras autour de la poitrine nue de son ami et Nezumi sourit contre ses lèvres et glissa ses mains sous le pyjama.

« Hmmm… gémit Shion. Qu’est-ce que tes mains font là ?

- À ton avis… ?… susurra Nezumi.

- Ça a un rapport avec le truc dur que je sens contre ma cuisse ?

- T’as tout compris… »

Ils s’embrassèrent encore et Nezumi allongea doucement Shion sur le dos pour venir sur lui.
Spoiler:
 

Ils s’écroulèrent l’un sur l’autre sur le lit, inertes mais enfin rassasiés. Shion se dégagea et roula sur le côté, tentant comme il pouvait de reprendre sa respiration et espérant que son cœur allait se calmer.

Un moment passa avant qu’il ne sente Nezumi venir s’allonger sur lui, blottissant sa tête dans le creux de son cou. Ils se rendormirent comme des masses.

Quelques heures plus tard, un léger « toc-toc » à la porte les réveilla. Nezumi grogna en se serrant plus fort contre Shion qui lui bailla un « Entrez ? » peu énergique.

Sa mère passa la tête par la porte entrouverte :

« Bonjour, les garçons ! Blacksteel et Freedom sont là et voudraient te voir, Shion…

- Ah euh,… J’arrive…

- Prends le temps de te réveiller, ils ne sont pas pressés… »

Karan repartit en ajoutant :

« Pense à aérer ta chambre. »

Shion resta bête alors que Nezumi riait contre lui :

« Je crois que j’adore ta mère !

- Moi aussi. »

Les deux jeunes gens se levèrent rapidement, Nezumi renfila son pantalon, Shion son bas de pyjama et un t-shirt, et ils redescendirent à la cuisine juste à temps pour entendre la voix de Blacksteel dire avec un amusement certain :

« Ça t’apprendra à me demander si l’endurance des militaires est un mythe. »

Shion et Nezumi se regardèrent sans comprendre puis entrèrent dans la pièce, pour découvrir les deux hommes attablés devant un café, le soldat égal à lui-même, mais le résistant visiblement épuisé, à moitié affalé sur la table. Nezumi toussota pour camoufler son rire alors que Shion restait sceptique.

« Salut, petit ! Bien dormi ?

- Oui, bonjour… Ça ne va pas, Freedom ? s’inquiéta le garçon.

- Grml. » répondit le blond.

Karan, qui surveillait la cafetière en tenant le bébé, vint donner ce dernier à Shion pour sortir deux autres tasses.

« Si, si, il va bien, répondit Blacksteel avec le même air goguenard. Il a juste perdu un pari.

- Tu me paieras ça… grogna Freedom.

- Quand tu veux. »

Nezumi rigola et s’assit à la table avec Shion qui demanda encore :

« Que vouliez-vous ?

- Voir avec toi la mise en place d’un conseil paritaire de dix membres, cinq de N°6 et cinq de l’extérieur, pour gérer un peu ce bordel.

- Ah, bonne idée.

- On te voulait comme onzième membre avec un droit de décision et de veto… »

Shion regarda le soldat, surpris.

« Bon, on pensait à un truc type de devoir prendre les décisions aux 2/3, un truc comme ça, mais qu’en cas de vrai blocage, ça serait pas con d’avoir quelqu’un pour trancher.

- Et puisque les deux camps te respectent, intervint enfin Freedom en se redressant mollement.

- Si les autres sont d’accord… Pourquoi pas… soupira Shion. Il faudra organiser des élections dès qu’on pourra, hein…

- T’inquiète, c’est prévu.

- J’espère que j’y arriverai… »

Nezumi prit la main de Shion et lui dit :

« Tu y arriveras. »

*********

La journée de cours était finie et les collégiens sortaient tranquillement pour rentrer chez eux. C’était un jour particulier, la commémoration de la fondation de la ville, Utopia, qui fêtait en plus ses quinze ans. La ville serait en fête trois jours, dès la tombée de la nuit, ce soir-là, pour un grand feu d’artifice. Un adolescent chantonnait en regardant l’heure lorsque trois de ses camarades l’abordèrent :

« Eh, Haru, c’est vrai que tes pères sont du spectacle, ce soir ?

- Houlà, ne m’en parle pas ! soupira le garçon. Ils ont tout fait pour y couper, mais il n’y a rien eu à faire…

- C’est si terrible que ça ?

- Ben, Nezumi n’a rien contre faire un récital, mais Shion déteste être obligé de faire un discours… Il en est malade…

- Ah, c’est ça être un héros national !

- Ouais, crois-moi, il s’en passerait bien ! Bon allez, je file, je vais louper mon bus ! On se voit ce soir ?

- Ouais, ouais, on se retrouvera sur la grande place ! »

Haru fila en courant et grimpa dans le bus à la dernière seconde.

Sûr, Shion était LE héros de la ville, son fondateur même pour beaucoup, qui avait porté la reconstruction pendant près de dix ans, réélu sans cesse, jusqu’à l’épuisement…

Haru se souvenait encore de la plus grande peur de sa vie, cinq ans plus tôt. Quand, lors de la signature des accords avec les autres villes, qui reconnaissaient enfin officiellement Utopia comme la nouvelle sixième ville, Shion s’était tout simplement écroulé sur l’estrade après les poignées de mains, dans les bras d’un Nezumi comme toujours très proche et très vigilant.

Haru se souvenait aussi de la colère de son second père à ce moment-là, des injures qu’il avait hurlées à tous les responsables de la ville, coupables pour lui d’avoir laissé son amant mener presque seul des années de négociations et surtout, à la fin, des semaines d’organisations. À part Jacques, toujours là, mais occupé à gérer la santé, Blacksteel et Freedom, présents aussi mais bien pris par leurs responsabilités propres, Marianne qui restait la plus fidèle des assistantes, et Nezumi bien sûr, qui lui le soutenait à titre intime, Shion avait bel et bien porté seul la dernière phase de son rêve.

À son réveil, quatre jours plus tard, Shion avait officiellement annoncé son retrait de la vie politique, expliquant que son rêve avait abouti : sa ville existait, ses fondations étaient solides, sa reconnaissance internationale acquise. Il désirait désormais s’atteler à son second rêve : reprendre ses études et se consacrer à sa famille. En lisant sa lettre aux médias, Nezumi avait ajouté que les pouvoirs publics se devaient d’être vigilants et de ne pas tomber dans la facilité et la routine, ne pas croire que les choses allaient d’elles-mêmes rouler toutes seules sans qu’on s’en occupe.

« Il n’y aura pas toujours un Shion pour vous tirer d’affaire. » avait-il conclu sèchement.

La sanction n’avait pas tardé à tomber dès l’affaire connue, et les élections suivantes avaient été sans appel pour les élus qui l’avaient oublié.

Haru arriva chez lui de très bonne humeur, ouvrit la porte et sourit. Ah, Nezumi répétait-il pour son tour de chant du soir ou alors chantait-il simplement pour le seul plaisir de Shion ?

« Mais toi t’es le dernier

Mais toi t’es le premier

Avant toi y avait rien

Avec toi je suis bien

C’est toi que je voulais

C’est toi qu’il me fallait

Toi que j’aimerai toujours

Ça sert à ça, l’amour…
»

L’adolescent avança sur la pointe des pieds, jeta un œil discret dans le salon et sourit en voyant ses deux pères tendrement entrelacés. Le garçon pensa que bizarrement, c’était une image similaire qui restait son plus vieux souvenir : ses pères enlacés dans un champ de fleurs…

Ils lui avaient souvent raconté comment ils l’avaient trouvé, sur le cadavre de sa mère, au milieu d’un bombardement, recueilli, gardé et adopté plus tard. C’était un peu abstrait pour lui, des photos dans ses livres d’histoire. Il vivait dans une belle ville où tous étaient heureux, avec deux pères qui s’aimaient, qu’il avait toujours vus amoureux, et l’aimaient, lui, leur « petit printemps à eux », comme ils disaient.

Il les regarda, s’embrassant avec la même fougue que dans son enfance. Ils lui avaient dit qu’ils s’étaient connus un soir de tempête… Il bénissait cet ouragan qui avait fait se rencontrer deux enfants que tout opposait, devenus pour lui les plus merveilleux pères du monde.

OWARI.

Notes culturelles (vous vous coucherez moins bêtes) :

La citation théâtrale de Nezumi est extraite de la pièce Ondine de Jean Giraudoux, il l’a zappé mais moi je m’en souviens ^^.

La chanson que Nezumi chante à Shion à la fin de la fanfic est une vieille chanson d’Édith Piaf, À quoi ça sert l’amour. Si vous avez trois minutes à perdre, allez voir sur YouTube l’extraordinaire petit clip d’animation de Louis Clichy sur cette chanson, c’est juste du bonheur !

Et enfin, pour ceux qui ne le savent pas, Haru signifie « printemps » en japonais.

Merci d’avoir lu cette fic !

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/



Dernière édition par Lady Balkys le Lun 14 Nov 2011 - 0:41, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Dim 13 Nov 2011 - 23:29

Et voilà donc le 1er chapitre (très long, désolée) de la suite !

No°6 - Après
Chapitre 01 : Attente.



Kaoru était très intimidée. Lorsqu'elle avait répondu à cette annonce pour ce poste de secrétaire, elle ne savait pas qu'elle allait se retrouver dans les bâtiments présidentiels… En fait, l'annonce est très succincte :
« Cherche secrétaire polyvalent (e) pour remplacement congé maternité. »
Avec la chute du Mur, elle s'était retrouvée veuve avec une enfant en bas âge. Le nouveau gouvernement lui avait payé des allocations pour lui permettre de s'occuper de son enfant, puis de se former, et puisque sa fille entrait en maternelle, elle avait décidé de se mettre à travailler. La seule chose que lui avait demandée la personne qu'elle avait eu au téléphone était : appartenez-vous à un parti politique ? Cette question l'avait surprise, mais maintenant qu'elle attendait, anxieuse, dans cette salle déserte à cette heure de midi, elle comprenait mieux.
La secrétaire de l'accueil avait envoyée là. Elle attendait qu'on vienne la chercher. Elle se demandait qui allait la recevoir et pour quel haut-fonctionnaire elle allait travailler… Rapidement, une jeune femme vint la chercher, sortant d'un bureau :
« Kaoru Milia ? Demanda-t-elle, aimable.
- Euh, oui…
- Marianne Socquel !… C'est moi que vous allez remplacer, enfin, si le poste vous convient. Venez, nous allons voir ça vous bureau. »
Elles remontèrent le couloir. C'était très calme. Dans le bureau, Marianne invita à s'asseoir avant de s'asseoir elle-même.
Marianne expliqua qu'elle allait partir en congé maternité trois mois plus tard. Elle tenait à passer ces trois mois avec sa remplaçante pour être sûre de pouvoir partir tranquille. Elle expliqua à Kaoru le travail, du secrétariat relativement classique, puis lui demanda si elle avait des questions. Kaoru posa une question de détail sur le poste, puis demanda :
« De qui vais-je être la secrétaire ?
- Ah, désolé, j'aurais dû vous le dire directement… De notre président, Shion Seijunna. »
Kaoru resta stupéfaite. Marianne continua :
« De mon côté, vous semblez parfaitement convenir, et il m'avait laissé carte blanche pour choisir ma remplaçante. Sa seule exigence était que la personne soit apolitique.
- … Notre président… ? Balbutia Kaoru.
Elle était réellement sidérée.
Trois ans plus tôt, à la destruction du Mur, Shion Seijunna était devenu de fait le leader de la reconstruction, un tout jeune homme aussi étrange que charismatique qui avait réussi à réunir les habitants de l'ancienne No°6 et de l'ancien Bloc Ouest en les traitant avec l'égalité la plus totale, en créant un Conseil paritaire de dix membres… Depuis, un nombre de rumeurs incroyable couraient sur lui. Un vote de confiance l'avait conforté dans son poste et de véritables élections étaient prévues quelques mois plus tard.
« Ne vous inquiétez pas ! Shion est un garçon adorable… Lui dit encore Marianne, devinant son trouble. Il est très bien organisé et très gentil. Nous allons aller le voir, si vous voulez ? Il souhaitait prendre le thé avec vous après notre entretien.
- Le thé ?…
- Oui, il ne boit pas de café… Oh, c'est un détail puisqu'il gère ça lui-même. »
Marianne se leva :
« Vous venez ? C'est à côté… »
Très intimidée, Kaoru suivit Marianne dans le couloir.
Marianne allait frapper à une double porte lorsque des éclats de rire avaient retenti. Marianne avait souri, puis frappé avant d'entrer sans attendre. Kaoru avait suivi, craintive.
La pièce était vaste et claire, le fond percé de fenêtres et au fond d'une double porte-fenêtre qui donnait sur un balcon surplombant les jardins. Contre le mur de gauche se trouver des étagères chargées de rapports, de livres et de paperasses, puis se trouvait le beau bureau en bois verni, couvert de quelques feuilles d'impôt attrayant, pas de chaise puisque cette dernière était à droite près du canapé.
Sur ce dernier se trouvait deux hommes que Kaoru reconnu sans mal : un grand homme fort au cours cheveux noir et un autre un peu moins grand, plus fin, blond et borgne. Adrian Blacksteel, le chef des armées, et Yui Himitsu, autrefois connu sous le nom de Freedom, le responsable de la sécurité. Devant eux, sur la table basse, une théière sur une plaque chauffante de salon, cinq tasses, donc deux vides et un gâteau bien entamé. Sur la chaise à sa gauche, assis à califourchon, les bras repliés sur le dossier, hilare à cette instant, un jeune homme aux cheveux blancs. Sur le canapé, le blond riait également et le brun haussa les épaules avec amusement :
« N'empêche que c'est vrai !
- Oui, mais pitié, hoqueta le garçon, ne lui dis pas demain, sinon c'est la crise diplomatique assurée ! ».
Il se leva et vint vers les deux femmes, tout sourire. Kaoru se tenait derrière Marianne et le regarda. Il lui parut plus jeune qu'elle ne le pensait, encore plus avenant, un tout jeune homme vêtu ce jour-là d'une simple chemise blanche au col ouvert et aux manches repliés sur ses avant-bras, un jean bleu pâle et des baskets usées.
« Vous voilà, on vous attendait !
- Coucou, Shion ! Je te présente Kaoru Milia, qui me semble convenir tout à fait pour le poste. Kaoru, notre président, Shion Seijunna, qui déteste qu'on appelle monsieur ou monsieur le président.
- Tout à fait ! Approuva joyeusement le garçon en serrant la main de Kaoru. De toute façon, j'ai trouvé la solution depuis longtemps, je ne réponds qu'à mon prénom. Vous êtes prévenue ! Enchanté et bienvenu ! J'espère que vous allez vous plaire parmi nous. N'hésitez pas si vous avez le moindre problème.
- D'accord,… Enchanté… » Bredouilla Kaoru.
Elle sourit. L'énergie de Shion était communicative. Déjà à la télévision (elle ne l'avait jamais vu ailleurs), elle l'avait toujours trouvé charismatique et dynamique, mais c'était sans commune mesure avec le « vrai ».
La marque rose, sur sa joue et son cou, était plus voyante qu'elle ne le pensait, et son regard était juste aussi improbable que beau, deux grenas mêlant curieusement une gentillesse qu'elle devinait tout à fait sincère et quelque chose d'autre qu'elle ne parvint pas trop à identifier, mais qui lui laissa une drôle d'impression. Un peu comme s'il était à la fois-là et très très loin d'eux.
«… Venez vous asseoir. Vous aimez le thé vert au riz soufflé ? »
Il laissa Marianne s'asseoir sur le canapé, à côté de Yui, et apporta à Kaoru un des deux fauteuils de son bureau, pendant que Marianne présentait Adrian et Yui. Kaoru pensa qu'occupé à manger du gâteau, le chef des armées perdait un peu de l'image grave et sévère qu'elle avait de lui. Il semblait plutôt sympathique. Par contre, le blond la regardait avec une douceur étrange qui lui fit froid dans le dos.
De nombreuses rumeurs couraient aussi sur ces deux-là. Si Adrian gérait officiellement les troupes de la ville avec la plus grande transparence, les services de sécurité de Yui étaient réputés pour être aussi occultes que compétentes et leur chef aussi beau que redoutable. Depuis que sa relation avec Adrian était officielle, les opposants du nouveau régime prétendaient que le chef de la sécurité contrôlait aussi des armées en la personne de leur général, voir aussi le jeune président, jugé bien trop jeune et donc forcément très influençable.
Personne n'avait idée d'à quel point dans la réalité, c'était Shion qui faisait marcher Adrian et Yui à la baguette. Si les deux hommes avaient dans un premier temps adopté naturellement et sans aucune arrière-pensée une attitude protectrice et tutélaire envers le garçon, presque paternelle pour Adrian, ça n'avait pas duré. Très peu assuré au début, Shion s'était appuyé sur les deux hommes avec reconnaissance. Mais très rapidement, le garçon avait pris dans les faits, et réellement, la place qu'il n'avait a priori qu'officiellement : celle de véritable chef et surtout de médiateur entre les deux communautés, au-dessus de tous les clivages.
Adrian et Yui avaient aussi très vite compris que l'intelligence de Shion et sa capacité d'analyse dépassait de loin tout ce qu'ils avaient connu : le petit adolescent voyait très loin et si le Conseil avait eu de très sérieux doutes sur certaines de ses décisions au début, ses explications les avaient tout simplement le plus souvent juste estomaqués… Shion voyait le long terme aussi bien que le court, mais privilégiait toujours au maximum le premier.
Vivement critiqué sur sa politique éducative par exemple, car peu de gens comprenaient pourquoi, dans cette ville en ruine, il avait lancé avec la même priorité la réouverture et la construction des écoles et la reconstruction des habitations, il avait répondu que se forger l'âme était aussi important qu'avoir un toit et que rien ne serait possible sans des citoyens éduqués.
Kaoru avait du mal à réaliser que c'était bien lui qui se trouvait face à elle et lui apportait une chaise en lui demandant gentiment :
« Vous voulez du gâteau ? C'est ma mère qui l'a fait, il est à la cerise…
- Si vous en voulez, faites vite, sinon Adrian va encore tout manger, dit Yui avec un sourire moqueur.
- Shion, je révère ta maman, approuva le soldat entre deux bouchées. Tu me la prêtes ?
- Nan. C'est la mienne ! » Répliqua Shion en se rasseyant à califourchon sur sa chaise, amusé.
Kaoru sourit en acceptant la part de gâteau que lui tendait le jeune homme :
« Merci.
- Je vous en prie. »
Il lui servait du thé lorsque deux souris arrivèrent d'on-ne-sait-où sur la table basse, une troisième grimpant rapidement sur Shion pour venir se nicher sur son épaule.
« Coucou, Hamlet… Vous avez bien dormi ? »
La souris blanche couina et se frotta à son cou. Sur la table, une souris grise s'était dressée sur son postérieur et une rousse s'était littéralement jetée sur ce qui restait du gâteau dans l'assiette de Shion.
« Iago, fichu glouton… Soupira le jeune président en caressant Hamlet. Tu l'as très mal éduqué, ton fils, Hamlet… » Continua-t-il en tendant le bras vers la table basse.
Hamlet y descendit et la souris grise et elle s'approchèrent du gâteau à leur tour, tranquillement. Et comme le troisième rongeur faisait mine de gronder, Shion l'attrapa par la queue :
« Iago, ça suffit, laisse ta mère et sa sœur manger. »
Kaoru regardait ça avec une stupeur un peu amusée. Les souris du président… Ça aussi, ça faisait, de façon totalement incompréhensible et bizarre, parti du personnage.
Il se passa alors quelque chose de Kaoru ne comprit pas. Un air de valse se fit entendre et Shion sursauta avant de sortir vivement son portable de sa poche et sa grimace de déception n'échappa à personne. Il soupira avant de décrocher avec un sourire triste, en se levant :
« Salam Aleikum, Ahmed... »
Il sortit sur le balcon. Kaoru avait froncé les sourcils, intriguée. Marianne avait l'air navrée, Yui aussi et Adrian eut un soupir exaspéré :
« Plein le cul.
- Adrian ! Le reprit Marianne, choquée.
- Non mais merde ! S'écria le soldat, énervé. J'en ai marre ! À chaque coup de fil, à chaque mail d'une adresse inconnue, c'est pareil ! J'en peux plus de le voir comme ça ! Ça va faire trois ans, merde ! Il fout quoi, ce connard ? ! Il attend quoi ? !…
- Calme-toi, lui ordonna doucement Yui. Tu sais bien que nous n'y pouvons rien. Tout ce qu'on peut faire, c'est veiller sur Shion et attendre avec lui. Le reste n'est pas notre problème et pas de notre ressort. »
Adrian croisa les bras et s'enfonça dans le canapé en grognant :
« Ça me lourde. Si encore on était sûr qu'il est vivant…
- Ça, je n'en ai pas le moindre doute. » Dit très paisiblement l'ancien chef de la résistance en prenant sa tasse.
Il but, puis sourit à Kaoru :
« Désolé de vous embêter avec cette histoire… Ce n'est rien de grave, ne vous en faites pas. »
Kaoru est un sourire crispé. Ce beau borgne lui faisait vraiment froid dans le dos.
Marianne et elle repartirent bientôt. Shion était toujours sur le balcon. Seul avec son compagnon, Yui reprit :
« Sérieux, Adrian, lâche l'affaire. Shion a fait son choix. Tu te fous en rogne pour rien. »
Adrian grommela. Yui soupira en levant son oeil au ciel :
« bon sang, Adrian…
- Je sais, je sais…
- Pense plutôt au boulot.
- Ouais, ouais, t'inquiète, poussin, je gère. »
Yui rigola à ce surnom qu'Adrian ne lui donnait que lorsqu'ils étaient seuls. Le grand soldat passa son bras autour des épaules de son ami
: « Je peux te poser une question ?
- Poser, toujours, Adrian, tu le sais.
- Pourquoi tu n'as pas envoyé tes gars le chercher quand il est parti ? »
Yui sourit, cala sa tête entre Adrian, ferma son oeil et répondit :
« Parce qu'il avait le droit de partir… Que Shion ne s'y est pas opposé… Et que de toute façon, même mes meilleurs hommes ne l'auraient pas retrouvé. »

*********

La secrétaire du Conseil, Mlle Hisho, était une quinquagénaire stricte à l'air revêche. Elle était aussi efficace que sèche et sévère. Elle avait pour tâche de centraliser les plannings des 10 membres du Conseil et de Shion, de gérer les réunions et rendez-vous collectifs, et de redistribuer les informations. Seul Yui échappait à son contrôle et pour cause : en tant que responsable de la sécurité et des services de renseignements, il ne devait de comptes qu'à Shion et parfois, collaborait sur des affaires précises avec d'autres membres du Conseil, le plus souvent Adrian ou Keisatsu, le responsable des forces de police, pour des actions communes de simples échanges d'informations.
Conséquence : Mlle Hisho ne supportait pas Yui, conséquence de la conséquence : elle était imbuvable avec lui et Adrian, et conséquence de la conséquence de la conséquence : les deux hommes faisaient tout pour la faire tourner en bourrique…
Ça n'arrangeait pas vraiment les migraines fréquentes de Shion.
Mlle Hisho prenait son rôle très à cœur et tenait le Conseil (à part les deux susnommés) et son président en très haute estime. C'était un jeune homme très compétent et aimable. Par contre, elle ne comprenait vraiment pas cette manie invraisemblable qu'il avait de laisser les fenêtres ouvertes, a fortiori les jours d'orage pire, de typhon…
C'était comme cette rumeur comme quoi il avait régulièrement lavé des chiens dans l'ancien Bloc Ouest… Un garçon si digne, si propre sur lui ?… C'était totalement saugrenu !
Enfin, ce n'est finalement pas la plus folle parmi les rumeurs qui couraient sur le personnage…
Les attaques fréquentes de ses opposants voulaient en effet qu'il soit criminel, responsable de deux morts. Certains prétendaient même qu'il était à l'origine de l'attaque des abeilles tueuses. La destruction de l'ordinateur central de No°6, Mother, avait effacé toutes les « preuves » et, interrogé là-dessus dans un interview, Shion avait reconnu avoir été accusé de meurtres dont il était innocent par les autorités de No°6, qui le gardaient à l’œil depuis sa déchéance. Il ne s'était pas plus étalé sur le sujet. D'autres rumeurs voulaient que son fils adoptif soit en fait son véritable fils, mais né dans des circonstances trop sales pour être assumé. D'autres encore, juste délirantes, parlaient une entité surnaturelle avec laquelle il aurait passé un pacte pour détruire le Mur et prendre le pouvoir, avec l'aide d'un garçon de Bloc Ouest dans certaines versions.
Mlle Hisho était outrée de toutes ces attaques. L'opposition était clairement formée de deux groupes qui, Dieu merci, se détestaient : des membres de l'ancienne élite de No°6 outragés de la perte de leur « bonheur idéal » et de leurs privilèges, et choqués des "traitements de faveur" dont bénéficiaient les "pouilleux du dehors", et d'un autre côté, des habitants de Bloc Ouest persuadés que le Conseil favorisait les habitants de No°6 à leur détriment, et pour qui la reconstruction et la réhabilitation de quartiers n'allaient jamais assez
vite. Au milieu de ça, la grande majorité des deux populations se mêlait désormais sans trop de heurts, consciente que les choses avançaient certes lentement, mais bien, et confiante en la figure du garçon qui les guidait depuis le premier jour, cet étrange ami des rongeurs, tout auréolé de mystère qu'il était.
Utopia allait bientôt fêter ses trois ans, deux mois plus tard, au début du printemps.
Mlle Hisho, assis à son bureau de l'entrée de l'étage du Conseil, organiser très sérieusement, ce vendredi après-midi là le planning des Conseillers pour les semaines à venir.
La semaine avait été très chargée, mais tout le monde allait avoir droit à un vrai week-end -chose rarissime s'il en était. Bien sûr, les équipes d'astreintes seraient là pour pallier tout problème, mais, sauf catastrophe, les membres du Conseil et le président allaient pouvoir tous souffler jusqu'au lundi.
La vieille fille sursauta en entendant la voix de son président :
« Tout va bien, Mlle Hisho ? »
Il remontait le couloir en enfilant son long manteau gris, son sac à dos élimé à la main et ses souris gambadant au sol, près de lui.
« Monsieur le président ! Vous partez déjà ? »
Il était à peine 16 h.
Shion s'arrêta devant le bureau pour enfiler ses gants et sortir son écharpe rouge de son sac en répondant joyeusement :
« Marianne vient de me mettre dehors ! Elle m'a dit qu'elle se chargeait du reste et que j'avais intérêt à profiter de mon week-end. Tout est bon de votre côté ?
- Oui, oui… Je finissais les plannings. »
Hamlet grimpa sur l'épaule de Shion alors que Iago, lui, se glissait dans le sac resté ouvert, suivi de sa soeur, Juliette, qui elle se faufila dans la poche du manteau.
« Je vous souhaite un bon week-end ? N'hésitez pas à m'appeler s'il y a un problème.
- Bon week-end, Monsieur le Président…
- Mlle Hisho ?…
- … Euh, oui ?…
- Vous ne voulez toujours pas m'appeler Shion… S'il vous plaît ?…
Elle se raidit et il soupira avec un sourire las :
« C'est pas grave… Bon week-end. »
Il passa son sac à son épaule et partit.
Il salua aimablement tout le monde et sortit dans la cour du grand bâtiment. Après la destruction, à grand renfort de dynamites, de l'ancienne mairie, le Conseil avait élu domicile dans un grand bâtiment de la zone « historique » de la ville, du style néoclassique européen. La lubie plus que controversée d'un ancien maire de la ville parfaite accueillait désormais le gouvernement de la nouvelle Utopia.
Shion grimpa dans sa voiture en sifflotant. Il appuya sur le téléphone intérieur avant même de poser son sac sur le siège passager. Hamlet trottina jusqu'au tableau de bord.
« Allô ? Demanda une voix de femme
- Coucou, Maman.
- Oh, Shion ! Bonjour ! C'est rare que tu appelles à cette heure-ci !... Tu vas bien ?
- Très bien ! Truc de dingue, figure-toi qu'il semblerait que j'ai fini ma semaine !…
- Oh, c'est super ! Ça faisait combien de temps que tu n'avais pas eu le week-end ?
- Aucune idée, répondit-il en démarrant. Cet automne, non ? »
Il vit dans le rétroviseur la voiture de ses gardes du corps qui démarrait à sa suite. Il mit sa ceinture et continua :
« Je vais passer prendre Haru à la crèche, ne te dérange pas.
- D'accord. Vous venez goûter ici ?
- Volontiers !
- J'ai essayé de nouvelles recettes pour les éclairs, tu me donneras ton avis.
- Miam ! Allez je raccroche, je vais rouler… À tout à l'heure, Maman. »
La circulation était fluide à cette heure-ci et Shion arriva rapidement à Lost Town. Il n'habitait pas tout près, mais comme la plupart du temps, c'était sa mère qui s'occupait d'Haru après la crèche, il avait choisi cette dernière à deux pas de la boulangerie. Il se gara en sifflotant, sortit en bâillant. La voiture de ses anges gardiens resta à distance et celle de ceux de son fils était bien là.
Shion avait dû se battre des semaines avec Yui et Adrian pour que ces derniers acceptent enfin qu'il ne soit pas en permanence collé par les hommes chargés de sa sécurité et aussi pour avoir le droit de conduire seul. C'était dangereux, il le savait, dans le sens où quelques mètres de trop, quelques secondes, pouvaient suffire à un agresseur potentiel. Pour pallier ça, Shion avait accepté d'apprendre à se battre et porter en permanence sur lui une petite bombe lacrymogène et un petit tazer.
Il voulait être tranquille, ne pas donner l'image d'un homme caché par ses molosses et surtout, il ne voulait pas de ça pour Haru.
Ils sont à l'interphone de la crèche.
« Oui ?
- Bonjour, Shion Seijunna. Je viens chercher Haru, s'il vous plaît.
- …
- Euh,... Vous m'entendez ?
- Ah !… Oui pardon ! Entrez ! »
Il poussa la porte, tout sourire. Ça leur faisait toujours cet effet-là quand il venait ici… Il faut dire qu'elle ne le voyait pas souvent.
Il s'avança dans le hall juste à temps pour entendre :
« S'IOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!! »
Et il n'eut qu'une seconde pour s'accroupir et réceptionner le petit boulet de canon qui s'était précipité sur lui.
« Coucou mon bébé ! »
Shion serra fort le petit garçon dans ses bras et se releva. L'éducatrice de l'enfant s'approcha, une femme toute ronde proche de la retraite, la seule à traiter Shion normalement et ne pas grimacer en l'appelant par son prénom :
« Bonjour, Shion ! Ça faisait un moment ! Vous allez bien ?
-Bonjour, Rika, répondit Shion en lui serrant la main. Ça va bien et vous ?
-Ça va ! Merci pour la réforme, nous sommes enfin assez nombreuses.
-Oh, mais de rien ! Vous auriez dû m'en parler plus tôt, je n'avais absolument pas conscience de ces histoires de restrictions de personnel.
-L'épanouissement des plus petits par le jeuet l'art n'était pas vraiment la priorité de notre ancien gouvernement…
-N'hésitez pas à me joindre si besoin, hein…
- S'ion !… Intervint Haru.
- Oui, mon bébé ?
- Suis content que tu es là ! »
Shion sourit et serra Haru plus fort.
« Moi aussi, mon bébé ! »
Il le reposa au sol :
« Allez, va chercher tes affaires, on va goûter chez Mamie ! »
L'enfant ouvrit de grands yeux émerveillés et fila en courant, tout content. Rika cria :
« Ma-chan ! Aide Haru à mettre son manteau et ses chaussures, s'il te plaît ! »
Puis Rika sursauta, se souvenant de quelque chose :
« Ah, au fait... On ne voulait pas vous embêter, mais Haru est encore venu avec une souris avant-hier… Si vous pouviez y faire attention ?
-Ah oui, il m'a dit… C'était une noire, c'est ça ?
-Oui, c'est ça… Il l'appelait « Macbé »…
-Macbeth. C'est une vraie tête brûlée, celui-là… Je lui redirai, désolé. En fait, elles sont en liberté dans la maison, alors elles se glissent dans mes poches ou les siennes comme elles veulent… Je vais être plus vigilant. »
Haru arriva, prit la main de Shion dans les deux siennes et ils partirent tranquillement.
Shion installa Haru dans son chien aux enfants et se remit au volant. Il partit et les deux voitures de leurs gardiens le suivirent. Hamlet rejoignit Haru qui rigola.
« Tu as passé une bonne journée, Haru ?
- Oui ! On a joué avec des ballons dans le parc et puis on a fait de la peinture !
- C'est très bien.
- Et toi, S'ion ?
- Oui, j'ai bien travaillé.
- Tu as fait quoi ? »
Shion sourit en se garant.
« J'ai préparé les rendez-vous, signé plein de papier pour demander à des gens de construire de nouvelles maisons et de nouvelles écoles, passé un long moment au téléphone avec Ahmed pour voir comment on pouvait organiser nos échanges…
- Ahmed, c'est ton copain du désert ?
- Oui. »
Shion prit son sac et descendit de la voiture. Il récupéra Haru et ils entrèrent tous les deux dans la boulangerie.
Une délicieuse odeur de chocolat chaud leur sauta aux narines. Karan servait une cliente et leur fit signe de la main, tout sourire :
« Entrez, les garçons !
- Bonjour en vrai, Maman !
- Mamie ! » S'écria Haru en courant comptoir.
Karan remercia sa cliente à qui Shion tint poliment la porte avant d'embrasser sa mère. Karan ferma la boutique et les précéda derrière, dans la cuisine
« Mamie, Mamie, tu as fait du chocolat ?
- Oui ! Installez-vous. Je l'ai gardé bien au chaud. »
Shion enleva son manteau et à son fils adoptif à faire de même, puis ils s'assirent à la table. Elle apporta trois tasses fumantes, deux assiettes débordantes de petites pâtisseries et s'installa près :
« Merci, Mamie !
- Merci, Maman.
- De rien ! Bon appétit ! »
Il se mit à parler de tout et rien, tranquillement, puis Shion dit doucement :
« Tu es radieuse. Ça me fait plaisir… »
Sur la table, les trois souris se baladaient. Hamlet bâilla. Les deux autres jouaient à cache-cache avec Haru entre les tasses et les assiettes.
Karan rosit lorsque son fils lui demanda :
« Ça va toujours avec Jacques ?
- Oui, très bien… Il vit quasiment ici, maintenant… Et il est toujours aussi désolé de t'avoir fait partir. »
Shion éclata de rire et sa mère rit avec lui. Hamlet grimpa sur l'épaule du jeune homme pour venir se coucher.
À la chute du Mur, Shion s'était tout naturellement réinstallé chez sa mère avec Haru. Il était tellement pris par sa fonction qu'ils se voyaient à peine… Shion avait bien remarqué que Jacques et sa mère s'entendaient bien, mais rien de plus jusqu'à un certain matin…
Shion était rentré au milieu de la nuit, sans s'inquiéter que la maison soit endormie. Par contre, il avait dormi si tard que c'était un appel de Marianne, sur le coût des 9 h, qu'il avait réveillé. Et à part Haru qui gazouillait dans son berceau (il avait alors 11 mois), la maison était totalement silencieuse.
Vraiment inquiet cette fois, Shion s'était levé d'un bond. Habitué à être réveillé aux aurores par le bruit de la boulangerie au point de ne même pas vraiment besoin de réveil, que rie n'ait bougé à 9 h était plus qu'anormal…
Il s'était précipité, avait poussé la porte entrouverte pour rester juste bête…
Sa mère dormait paisiblement, blottie dans les bras d'un Jacques tout aussi béat.
Les couinements d'Haru, qu'il avait entendu, l'avaient fait revenir dans le réel. Il avait refermé la porte et était dans la chambre de son fils pour le prendre dans ses bras :
« Bonjour toi ! Je vais m'occuper de toi, Mamie fait encore dodo. »
Il avait rappelé Marianne pour lui dire qu'il arriverait dès qu'il aurait conduit son fils à la crèche. Et il avait alors songé qu'il était peut-être temps pour lui de s'installer dans un vrai chez lui.
« On est très bien dans cette maison. Il serait temps qu'il arrête de culpabiliser… C'est bien que vous soyez tranquilles tous les deux.
-Si vous voulez rester dîner, il sera là vers 19 h..
-Ah, pourquoi pas… Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu. Haru ?
-Oui ? Répondit vivement l'enfant en relevant le nez.
-Mamie propose qu'on mange ici ce soir, ça te dit ?
-Si elle fait une tour'te ! »
Shion et sa mère éclatèrent de rire.
Un peu plus tard, alors que Haru était parti jouer avec une souris dans le salon Karan demanda à Shion qui faisait la vaisselle :
« Et toi, ça va ?
-Bien content d'avoir mon week-end !
-Je m'en doute, mais ce n'est pas ça que je te demandais. » Insista Karan avec douceur.
Shion rit tristement en rinçant une tasse :
« Ça coûtait rien d'essayer… »
Il y eut un silence. Puis il reprit :
« Il y a des nuits un peu longues, mais sinon, ça va. J'essaie de ne pas trop y penser… Enfin, non, ça j'y pense tout le temps… Mais j'essaie au moins de ne pas trop pleurer. »
Il sentit sa mère se blottir dans son dos et l'étreindre :
« Tiens bon, mon chéri, il reviendra bientôt. Je suis sûre qu'il va bien, que ces nuits sont aussi longues que les tiennes, et qu'il espère à chaque seconde qui passe te revoir très vite. »
La soirée fut très agréable. Jacques avait refusé une place au Conseil, préférant rester un simple médecin. Il travaillait dans le principal hôpital de la ville. Il arriva exténué, en retard, mais avec un bouquet de fleurs, et fut très content de revoir Shion et Haru
. Shio ne repartt pas très tard, car Haru s'endormait et eux-mêmes étaient fatigués.
Il prit son petit garçon dans ses bras en descendant de sa voiture, dans le garage.
« S'ion…
-Oui, Haru ?
-On va dire bonne nuit à Zumi avant dodo ?
-Bien sûr. »
Shion posa Haru au sol dans l'entrée et lui enleva son manteau et ses chaussures. Omae, la vieille chienne brune, sortit du salon en remuant la queue pour venir tranquillement vers eux. L'enfant lui sauta au cou alors que Shion pendait son propre manteau met mettait ses pantoufles. Trois autres souris suivirent la chienne et Hamlet, Iago et Juliette et elles se saluèrent à grand renfort de câlins et de couinements. Shion caressa la tête de la chienne
« Je couche Haru et je m'occupe de toi, Omae.
- Wouf ! »
Shion prit la main de Haru qui le tira presque jusqu'au salon. La pièce était plongée dans l'obscurité. Seul un rayon de lune éclairait un grand cadre photo posé sur une pomme. Haru y courut et agita sa main devant le cadre, en se dressant sur la pointe des pieds.
« Bonne nuit, Zumi ! »
Shion vint s'accroupir derrière le petit garçon, souriant doucement.
« Va bientôt revenir Zumi, dis, S'ion ?
- Oui, mon bébé. Très bientôt. »
Shion souleva Haru :
« Allez, dodo ! »
Il prit l'escalier pour monter au premier étage, dans la chambre du garçonnet. Il le mit en pyjama, le coucha et comme chaque soir, s'assit au bord du lit. Il caressa la tête brune et Haru prit sa main dans les deux siennes.
« S'ion...
- Oui ?
- Il va revenir quand, Zumi ?
- Je ne sais pas, Haru. Très vite, j'espère.
- Tu seras content quand il sera là ? »
Shion sourit :
« Oui, très content.
- Tu pleu'eras plus la nuit ? »
Shion sursauta et regarda son fils, stupéfait. Puis il eut un sourire tremblant et le tira pour le serrer dans ses bras.
« S'ion ?
- Ne t'inquiète pas, mon bébé. Je vais bien.
- Mais tu es triste parce qu'il est pas là ?
- Oui. »
Shion recoucha Haru :
« Mais je suis heureux parce que toi, tu es là. »
Haru sourit.
« Allez, tu fais dodo…
-Tu me chantes la berceuse ?
-D'accord. »
Haru ferma les yeux et Shion caressa encore sa tête en commençant doucement :
« Mais jusqu'où va donc la mer ?
Elle s'étend jusqu'à ton pays
Un bateau disparaît dans les vagues blanches
Mais que peut-on voir au bout de la mer ?
Pourrais-je voir ton visage souriant, mon amour ?
Mais jusqu'où vont les montagnes ?
Elles s'étendent jusqu'à ton pays
Le printemps festoie, l'été rayonne, l'automne est rouge,
Les montagnes sont belles dans le blanc de l'hiver,
Les saisons se suivent encore et encore
Le vaste ciel s'étend jusqu'à toi
Pourrions-nous croiser en son centre ?
Puisse-t-il seulement veiller sur toi…
Ma chanson voyage
Résonne partout sur les chemins
Je ne peux pas oublier le jour où je t'ai rencontré, mon amour
Peux-tu entendre ma chanson traverser les mers et les montagnes ?
Puissent les étoiles du ciel t'apporter ma chanson
Qu'elle voyage au loin et croise ton chemin…
 »
Haru s'était endormi. Shion embrassa doucement son front et sortit.
Il redescendit au salon et alluma la lampe. Il regarda le piano, le vieux canapé, les livres posés çà et là, le vieux poêle dans son coin…
Omae s'était approchée et couina. Les six souris également, Hamlet grimpa sur son épaule et se frotta à son cou. Il la regarda, sourit, la prit dans sa main pour l'embrasser.
« Merci, Hamlet. Merci, Omae. »
Il caressa la tête de la chienne.
« Allez, venez manger. »
Il alla remplir la gamelle de la chienne, rendre des granulés aux souris et les laissa à la cuisine. Il retourna au salon. Il n'avait pas envie de dormir et autre chose à faire. Il prit le cadre sur la commode et le regarda.
La photo était belle. C'était Karan qu'il avait prise, le lendemain de la destruction du Mur, la veille du départ de Nezumi.
Shion tenait dans ses bras Haru emmailloté dans une serviette orange. De l'enfant, on ne voyait que quelques cheveux et une petite main tendue vers Shion. Le garçon regardait le bébé avec une tendresse infinie. À sa droite, tout prêt de lui, c'était lui que Nezumi, pour sa part, regardait avec la même tendresse, un sourire discret, mais bien réel aux lèvres.
La seule photo qu'il avait de Nezumi. Une copie de l'originale qu'il avait emportée…
Shion caressa le verre du bout des doigts, mais ceux-ci se souvenaient bien de la chaleur de cette peau. Il reposa le cadre et ouvrit le tiroir du haut de la commode, rempli de cahiers. Il en prit un, celui en cours, et alla s'asseoir à la table, derrière le canapé.
Une feuille pliée servait de marque-pages. Comme chaque soir, Shion la déplia doucement. Comme chaque soir, il relut ces mots qu'il connaissait par cœur.
« Shion,
Je te demande pardon. Je dois m'en aller. Je me sens dégueulasse de faire ça, mais je peux pas attendre. Je me sens encore plus nul de foutre le camp pendant que tu dors, mais je ne pourrais jamais le faire si je dois te dire au revoir J'espère que tu vas pas trop pleurer… Allez, je sais que tu vas tenir bon, ma petite fleur. Tu es fort maintenant. Et puis, c'est juste un au revoir, t'en fais pas.
Cet aprèm, un de tes sbires est venu parce qu'il voulait connaître mon nom, pour m'enregistrer comme habitant de la ville… Et j'ai pas su lui répondre. Je l'avais jamais vraiment réalisé…
Je sais plus qui je suis. Je me souviens plus de mon nom, plus de quand je suis né… Plus rien que l'image de mes parents morts dans une forêt en flammes.
Et j'ai aussi compris que je peux aller nulle part parce que je sais pas d'où je viens, et que même avec toi, ça pourra pas le faire comme ça.
Alors, il faut que j'y aille, que je retourne là-bas, que je cherche… Je sais pas ce que je trouverais, je trouverais sûrement rien, mais il faut que j'y aille…
Je te jure que je reviendrai. T'en fais pas Shion, c'est juré. Je reviendrai parce que tu es tout ce que j'ai. Je reviendrai parce que ma seule place est près de toi. Je reviendrai parce que cette putain de vie n'a plus le moindre sens sans toi, parce que c'est avec toi que je veux vivre et à tes côtés que je veux mourir. Ensembles jusqu'en enfer, quoi qu'il arrive, tu te souviens ? On se l'est juré, Shion, alors rien ne m'empêchera de revenir, jamais, rien ne pourra empêcher nos retrouvailles.
Attends-moi, petite fleur. Garde-moi une place dans tes bras, comme cette nuit. J'étais bien.
J'espère vraiment que tu pleures pas trop… Allez, il faut que j'y aille, si je traîne, tu vas te réveiller et je vais pas y arriver.
À très bientôt, ma petite fleur. Pardonne-moi et prends bien soin de toi. Je traînerai pas, c'est promis. C’est promis. Je reviendrai et on pourra vivre ensemble pour de vrai. Je te le jure. Je reviendrai et on aura une vraie vie à nous. J'y crois, c'est toi qui m'as appris à croire en l'avenir, que ça existait pour de vrai, alors crois-y avec moi et souviens-toi : où que je sois, on regardera le même ciel. Ensemble jusqu'en enfer, Shion, quoi qu'il arrive, toi et moi. Toujours.
 »
En guise de signature, un petit dessin de rat.
« Ensemble jusqu'en enfer, Nezumi… Murmura Shion. Quoi qu'il arrive. Ne t'en fais pas. Je t'attends. »
Il se mit à écrire dans le cahier, la date, l'heure, puis comme chaque soir, il commença :
« Mon Nezumi,
la lune est magnifique ce soir, moins que tes yeux, mais très belle. J'espère que tu la regardes aussi. J'ai passé une bonne journée… 
»
Chaque soir, depuis le départ de Nezumi, Shion racontait dans un cahier sa journée, pour qu'il puisse le lire, tout savoir de sa vie, à son retour.
« … Demain, je vais aller voir Inukashi. Ça fait longtemps que je n'ai pas été l'aider à laver les chiens. Je parie qu'elle va encore râler après toi… Je crois qu'Adrian et elle vont te passer un sacré savon à ton
retour, bientôt…
Ça va faire trois ans… Trois ans que le Mur est tombé, trois ans que tu es parti… Trois ans que j'ai l'impression d'étouffer.
Tu me manques…
Tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques…
J'aimerais tellement être au moins sûr que tu vas bien… Mais je m'inquiète pour rien. Tu vas bien. Tu seras bientôt là. Après tout, on regarde le même ciel, pas vrai ?
 »

*******

Shion se paya le luxe de fou pour lui de dormir jusque 8 h 30, une heure où normalement il était déjà au travail depuis un moment… Il se prit une bonne douche et préparait le petit déjeuner lorsqu'il entendit Haru l'appeler. Ils mangèrent tranquillement. Le petit garçon était ravi à l'idée d'aller voir « Tata Inu ».
La maison que Shion et Haru habitaient était une grande bâtisse de deux étages avec un petit jardin, une vieille demeure à la frontière de No°6 et de Bloc Ouest, dans un petit quartier tranquille.
Ils partirent en début d'après-midi, et leurs protecteurs les suivirent avec leur discrétion habituelle.
L'ancien Bloc Ouest était en pleine reconstruction, ou construction, peut-être. Dans les faits, très peu de personnes du « dehors » avaient souhaité s'installer dans les logements « libérés » par l'attaque des abeilles. Shion avait autant que possible privilégié la réhabilitation des vieux bâtiments à la construction de nouveaux, mais ça n'allait pas sans problème.
Le vieil hôtel où vivait leur ami n'avait pas changé à part la pièce elle-même vivait, qui avait maintenant l'électricité et un vrai chauffage. Elle s'était par contre reconverti dans l'élevage et ça ne marchait pas si mal.
Omae était tout excitée et gambadait joyeusement autour d'eux. Shion contourna le bâtiment pour entrer par la cour arrière, passant sous une arche, et brutalement, Omae gronda avant de partir en courant.
Inquiet, Shion s'arrêta, fronçant les sourcils et retint Haru qui allait suivre la sienne.
« Attends une seconde, bébé… »
Il s'avança et jeta un œil dans la cour :
Quatre hommes à l'air pas franchement sympathique, Inukashi dans un mur, et entre, des chiens visiblement furieux…
« Attends là, Haru…
- S'ion ? S'inquiéta l'enfant.
- Ne crains rien, attends juste que je t'appelle. » Le rassura Shion en lui souriant et en caressant sa tête.
Shion s'avança tranquillement, les mains dans les poches de son manteau.
« … Et nous on te dit que toi et tes sales clebs vous allez dégager ! »
Shion se racla la gorge quand il fut près d'eux et dit posément :
« Salut, Inukashi. »
Les visages hargneux qui se tournèrent vers lui devinrent vite stupéfaits.
« Bonjour, messieurs. Quelque chose ne va pas ? »
Quatre brutes plus grandes que lui qui devaient faire cinq ou six fois son poids à eux tous en face de lui et il les regardait avec le petit sourire de quelqu'un qui sait pertinemment qu'il ne risque rien du tout.
« Euh… » Bredouilla celui qui criait après Inukashi un peu plus tôt.
La jeune femme pour sa part regardait la scène avec stupéfaction. Ses chiens ne comptaient plus, mais restaient sur le qui-vive.
« Oui ? » Le relança Shion en regardant droit dans les yeux.
Cinq hommes en noir arrivèrent et rejoignirent Shion. L'un d'eux, un grand brun avec des lunettes noires, demanda :
« Un problème, Monsieur le Président ?
-Oh, non, aucun, répondit Shion sans lâcher l'autre du regard. Ces messieurs ne sont visiblement pas les bienvenus ici, il n'y a donc pas de raison qu'ils y restent et encore moins qu'ils y reviennent. N'est-ce pas ? »
L'homme eut un sourire. Il hocha la tête :
« On va les raccompagner, dans ce cas. »
Un sixième homme amena Haru à Shion pendant que les autres évacuaient les importuns. Shion avait rejoint Inukashi, encore flageolante.
« Ça va, Inu ? S'enquit-il, inquiet.
-Ça ira… Soupira-t-elle. Merci.
-De rien. C'étaient qui, ces mecs ?
-Des videurs… Ils sont payés par les promoteurs pour chasser les gens de chez eux, pour ne pas avoir à les reloger comme tu l'as ordonné…
-C'est pas vrai ! Soupira Shion. Bon sang, c'est la quatrième loi que je fais passer… Ils en veulent à ton hôtel ?
-Ouais… J'ai déjà eu deux ou trois chiens empoisonnés… Mais comme je ne cédais pas… »
Shion se massa le front :
« Ne crains rien, je vais m'en occuper personnellement… J'ai été bien inspiré de passer te voir ! »
Haru accourut vers elle :
« Tata Inuuuuuuuuuuuuuuuu !!! »
Alors qu'elle étreignait le petit garçon, Shion murmura à l'homme qui avait accompagné son fils :
« Yuki, est-ce que vous pouvez vous occuper d'établir une surveillance accrue de cet hôtel ? Tolérance zéro sur tous les comportements suspects et essayez de trouver qui est derrière ça.
-D'accord, je vois ça tout de suite
-Merci. »
Shion le laissa prendre son téléphone et retourna vers Inukashi, joyeux :
« Bon allez, c'est pas tout ça ! T'as du boulot pour moi, ma belle ? Je ne suis pas venu pour glander ! »
Inukashi avait soulevé Haru dans ses bras. Elle regarda Shion et éclata de rire :
« Toi alors, tu changeras jamais ! »

********

La réception de Satoru Tomodachi avait déjà bien commencé. Le maître des lieux et son épouse Misato se faisaient un devoir de recevoir régulièrement chez eux les personnes qu'ils appréciaient sans aucune arrière-pensée. Bien qu'habitant depuis fort longtemps le quartier de Kronos, ce PDG avait accueilli le changement de régime avec intérêt et s'était porté mécène d'un nombre conséquent de projets sociaux et culturels.
Sa femme et lui avaient donc rencontré Shion par ce biais et étaient pour ainsi dire tombés sous le charme de ce tout jeune homme… Eux et aussi voir surtout leur fille Arisu, âgée de 17 ans.
Yui et Adrian étaient déjà là. Eux aussi étaient devenus bons amis avec ses braves gens. Ils discutaient avec Misato lorsque le majordome était venu annoncer à cette dernière la voiture de monsieur le président était en train de se garer devant la maison. Aussitôt, Misato partit à sa rencontre, suivi des deux susnommés.
Haru câlinait Omae qui s'était couchée par terre. Shion fouillait dans son coffre en sifflotant. Voyant les trois arriver, Haru se précipita dans les jambes de Yui :
« Tonton Yui ! »
Haru adorait Yui. Il était pour ainsi dire le seul enfant à n'avoir jamais eu peur de ce grand borgne presque toujours habillé en noir. Yui ne savait absolument pas gérer cette affection et ça amusait beaucoup Shion et Adrian.
Misato avança.
« Bienvenue, Shion !
-Bonsoir, Misato. Désolé pour le retard, il y eut un accident sur le périph… Je n'ai pas eu le temps de repasser chez moi. Je peux vous emprunter une douche ? Je ne suis pas très présentable… »
Adrian s'approcha alors que Yui essayait de se défaire diplomatiquement de l'étreinte de Haru. « Je t'ai déjà vu plus propre, effectivement. Tu as fait un combat de boue ou quoi ? D'où tu sors ?
-Il a passé l'aprèm chez Inukashi ! » Répondit Yui.
Adrian rigola.
« Je vois. Tu en as lavé combien ?
-17 !… Enfin, 29 avec les petits, mais on ne les compte pas !
-Lavé quoi ? Demanda Misato en les regardant l'un après l'autre, intriguée.
-Des chiens, répondirent Shion, Adrian et Yui en cœur
- Ça explique l'odeur. » Ajouta Adrian.
Shion dégageait en effet un délicat parfum mêlant subtilement des effluves canins à d'autres de savon bon marché.
« Je vais vous accompagner à une de nos salles de bains, Shion…
-Merci beaucoup, Misato. Je te laisse Haru, Yui ?
-Pas de souci ! » Répondit Adrian avant Yui.
Le regard noir du blond les fit rigoler doucement alors que Shion épaulait son sac et suivait Misato :
« Heureusement que j'ai toujours des vêtements propres dans ma voiture…
-Rien d'étonnant de la part d'un garçon aussi organisé que vous. »
Dans le salon, un quart d'heure plus tard, Shion arriva, tout propre, pour voir Omae couchée au pied du canapé où était assis Adrian, un verre à la main. Il regardait, goguenard, Yui et Haru au buffet. Shion serra quelques mains avant de rejoindre son général en chef :
« Haru avait faim ?
-Ouais.
-Et tu as laissé Yui se charger de l'accompagner au buffet.
-Ouais.
-T'es vraiment un sadique.
-Ouais ! »
Shion rit doucement et rejoignit son ami et son fils. De longues tables étaient recouvertes de toasts et de bouchées toutes plus appétissantes les unes que les autres.
« Tu sens meilleur. » Lui fit Yui avec un sourire.
Ils se servirent et retournèrent au canapé. Yui s'assit à l'opposé d'Adrian, Haru grimpa à côté du blond et Shion se posa comme si de rien n'était entre son fils et le soldat.
« Au fait, Yui, comment tu savais qu'on était chez Inukashi, cet après-midi ?
-C'est pour ça que tu me payes, Shion. Je savais aussi que tu étais en retard à cause d'un accident. Le jour où je ne le saurais pas, pense à me virer.
-Et tu as autre chose à me dire ?
-Les quatre mecs qui sont venus pour la virer sont des habitués de ce type de job. Ils nous ont donné les noms des cinq promoteurs pour lesquels ils ont bossé, et quelques noms des flics à qui ils graissaient la patte… J'ai transmis à Keisatsu… Mais il continue à me dire que je délire avec la corruption de la police dans Bloc Ouest et que ces gars sont clean…
-Tous les policiers ne sont pas pourris, tu sais, dit Shion.
-Ceux qui le sont posent assez de problèmes. Il y a des brebis galeuses de partout, sûrement même dans mes propres troupes, Shion. Moi, je le reconnais, c'est tout.
-Keisatsu est un brave gars, mais il garde pas mal de préjugés sur Bloc Ouest, intervient Adrian.
- Je vais surveiller ça de plus près… Soupira Shion.
-Je peux te faire une remarque de con, Shion ? Reprit Yui.
-Yui, pas de gros mots devant Haru.
-Ah merde, désolé !
-Yui… Bon bref, dis toujours ?
-Il y a vraiment des fois où je me dis qu'on avancerait bien plus sans le Conseil… »
Shion soupira et eut un sourire.
Deux enfants virent chercher Haru qui partit jouer. Shion le regarda s'éloigner et reprit :
« Tu sais bien que je ne veux pas en arriver là.
-Yep. Mais si on a glissé cet amendement dans la Constitution, c'est bien qu'on y a tous pensé… »
L'amendement 697-03 permettait au président d'Utopia de prendre les pleins pouvoirs s'il le jugeait nécessaire. Shion n'y était pas favorable à la base, il avait fallu toute l'insistance conjointe de Yui, Adrian, Marianne et de bien d'autres pour qu'il accepte.
Les dissensions au sein du Conseil étaient réelles et il en était conscient. Certains membres se tiraient dans les pattes et il devait intervenir pour les rappeler à l'ordre un peu trop souvent à son goût, mais aussi bancal qu'il était, ce Conseil était le symbole de la réunification de la ville et ce symbole, Shion y tenait.
La soirée passa tranquillement. Shion finit par aller s'isoler sur un balcon, au calme. Les coudes sur la rambarde, il contemplait la pleine lune, rêveur. Dans le ciel dégagé, elle était juste magnifique.
Ce cercle céleste renvoyait Shion plus de sept ans en arrière, au regard tout aussi argenté d'une petite silhouette fluette au bras ensanglanté qui avait bouleversé sa vie et capturé son coeur en un battement de cils, sans aucune issue... Mais c'était une cage dont il ne voudrait jamais sortir.
Il était donc là à rêvasser à une certaine valse, dansée au crépuscule dans un champ de ruines, lorsqu'une voix le fit sursauter :
« Shion ? Vous n'avez pas froid ? »
Il se tourna et sourit poliment :
« Bonsoir, Arisu… »
La jeune fille est belle, ce soir-là, dans sa robe de soirée, maquillée et coiffée avec soin.
« Je n'ai pas froid, non, mais vous, vous devriez rentrer. Votre robe très légère.
-Elle vous plaît ? Je l'ai choisie en pensant à vous… »
Shion la regarda sans répondre. Une petite brise souffla, faisant voleter ses cheveux blancs.
« Shion ?
-Vous êtes très belle, Arisu… Mais je vous ai déjà dit de ne rien attendre de moi. »
Il y eut un silence. Shion regardait la jeune fille avec une douceur un peu triste, elle le fixait avec de grands yeux, ébranlée. Puis elle se reprit :
« Mais Shion… Vous ne voyez pas comme le destin nous pousse l'un vers l'autre ?
-Le destin m'a poussé vers quelqu'un d'autre il y a très longtemps, s'il vous plaît laissez-moi en… »
Soudain, elle vit se figer alors même que le vent faisait à nouveau voler ses cheveux.
… Shion…
Elle le regarda, stupéfaite. Ses lèvres articulèrent quelque chose qu'elle ne comprit pas, car elle n'entendait pas, elle, ce murmure porté par le vent :
… Shion… Bientôt… Très bientôt, c'est promis…
Arisu vit deux larmes rouler sur les joues de Shion et recula, apeurée.
« S'ION ! »
Haru passa en courant à côté d'elle pour se jeter contre lui :
« S'ion !... S'ion !... »
Shion sursauta, baissa la tête, puis s'accroupit en essuyant ses yeux, souriant.
« S'ion, pou'quoi tu pleures ?
-C'est rien, mon bébé, c'est rien.
-Si, dis moi ! »
L'air fâché de l'enfant fit rire Shion :
« D'accord, je te dirai tout à l'heure à la maison.
-Pou'quoi tout à l'heure ?
-Parce que c'est un secret. »
De toute façon, personne d'autre que toi ne me croira… pensa-t-il.
« Tu me cherchais, Haru ?
-Oui ! Yui voulu jouait au bi'ard avec toi !
-Ça, c'est une bonne idée… »
Shion se releva avec l'enfant dans les bras et sourit à la jeune femme :
« Vous devriez rentrer, vous avez vraiment prendre froid…
-Shion… Commença-t-elle. Vous et moi…
-Je vous souhaite une agréable soirée. »
Il rentra et rejoignit Yui et Adrian au billard.
« Alors, encore cette greluche ? Demanda le soldat.
-Merci d'avoir envoyé Haru.
-De rien ! » Répondit Yui, amusé.
Shion posa Haru au sol et prit la queue de billard qu'il lui tendait.
« Je ne sais plus trop quoi lui dire… Soupira le garçon.
- Rien, lui dit Adrian en se penchant sur la table pour jouer son coup. Le mieux avec ce type de gonzesses, c'est de les ignorer. Plus tu te justifieras, plus elle expliquera que tu es dans le déni…
-Un point pour Adrian. Tu lui as dit et répété, laisse tomber. À chaque fois que tu lui donneras une occasion d'argumenter, elle s'y croira. »
Shion hocha la tête en se penchant pour jouer à son tour.
Très bientôt, c'est promis…
Il eut un sourire en frappant la boule blanche. Bientôt.


A suivre dans le chapitre 02 : Retrouvailles.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mer 7 Déc 2011 - 21:24

No°6 - Après
Chapitre 02 : Retrouvailles



S'il y avait une chose que Shion aimait bien avec les simples téléphones audio, c'était qu'on pouvait discuter avec la personne en faisant ce qu'on voulait puisqu'elle ne nous voyait pas.
Ce qui lui permettait par exemple, ce jour-là, de tricoter tranquillement en négociant des accords très importants avec N°3 et plus exactement le fils aîné et héritier du Califat de Téhéran, Ahmed Ibn Ibrahim, un jeune homme de son âge avec lequel il s'entendait très bien.
Shion tricotait une écharpe noire pour Yui. Bon, c'était un peu tard puisque le printemps pointait, mais ça n'était pas grave... Il l'aurait pour l'hiver suivant. Shion aimait bien tricoter. Ça le détendait.
« … Bon, mais si je t'envoie les ingénieurs contre ton matériel médical,... On fait quoi pour le projet de raffinerie ? demanda Ahmed.
- Ben là-dessus, je ne peux plus rien pour toi... On a abandonné les énergies fossiles, ici. Tu sais bien... On fonctionne à l'énergie géothermique, maintenant.
- Exact...
- Par contre, j'ai des gens très intéressés par ta technologie aérienne...
- Ah ?
- Oui...
- Moi, j'avoue que ta géothermie me travaille. Père ne veut rien entendre, mais nos réserves de pétrole ne seront pas éternelles…
- Ça peut se gérer… Discrètement… Parce que j'imagine que ton cher papa ne veut pas en entendre parler ?
- Comment t'as deviné…
- Je commence à cerner le personnage. »
Ahmed rit de bon cœur et Shion sourit. Sur son bureau, Hamlet faisait sa toilette et Macbeth et Iago se coursaient. Son écran d'ordinateur était en veille, des images d'animaux et de paysages anciens défilaient. Shion regarda son tricot en reprenant :
« Il suffit que tu m'envoies des étudiants ingénieurs à former…
- Tu ferais ça ?
- Ben oui.
- Tu nous livrerais cette technologie comme ça ?
- La chaleur de la Terre est à tout le monde, Ahmed. Tu préfères aller pleurer après le gaz de N°4 ?
- Mon père compte sur le pétrole de N°2.
- Et il a tort. N°2 aussi est en train d'épuiser ses réserves… Et Sullivan n'est de toute façon pas partageur.
- Alors que nous aurons tous disparu bien avant que la Terre ne refroidisse…
- Tout à fait.
- Je dois t'avouer que tu as impressionné beaucoup de monde avec ça.
- Ah ? »
Shion vit son écran se remettre en marche. Une petite enveloppe clignotait en son centre. Verte, adresse reconnue.
Il lâcha une aiguille et passa son doigt sur l'enveloppe. Message d'Adrian :
« T'as intérêt à être à l'heure à l'entraînement ce soir, sinon on vient te chercher !… Ça te botte une petite mousse après ? »
Il sourit.
« Oui… Assurer ta complète indépendance énergique en moins d'un an, ça en a mouché pas mal. »
Shion rigola.
Alarmées de ne plus recevoir aucun signal de N°6, les autres villes s'étaient vite mises d'accord pour envoyer quelques avions voir ce qui se passait. Enfin, dans les faits, c'était surtout N°5 (l'ancienne Europe) et N°3 (ce qui restait du monde arabe) qui avaient unilatéralement réagi. N°1, la zone africaine, manquait d'avions et N°2, la zone nord-américaine et N°4, la zone russe, avaient fait semblant de s'inquiéter officiellement.
Les équipes de N°5 et N°3 avaient donc découvert avec stupeur une ville en ruine, dont la grande majorité de la population était morte, mais dont les survivants s'organisaient avec énergie, guidés par un adolescent de 16 ans aux cheveux blancs et aux yeux rouges…
N°2 et N°4 s'étaient bien évidemment très vite réveillées lorsqu'il avait été clair qu'il y avait des besoins et donc de l'argent à se faire, quelques semaines plus tard. Persuadés d'avoir à faire un simple gamin, les négociateurs s'étaient vite cassé les dents sur Shion et son sourire aussi mignon que redoutable.
Shion était toujours très gentil, mais ses mois à Bloc Ouest, les leçons de Nezumi, et l'attaque du centre correctionnel avaient par contre eu raison de sa naïveté. Et il voyait venir de très loin les gens qui voulaient l'avoir. Yui dirait de lui plus tard qu'il était le plus redoutable joueur d'échecs qu'il ait jamais connu, avec toujours au moins deux coups d'avance sur ses adversaires.
Si N°3 et N°5 avaient proposé de l'aide gratuitement, disposées à nouer de bons contacts avec le nouveau pouvoir, les intentions trop clairement mercantiles de N°2 et N°4 avaient tourné court. En fait, peut-être auraient-elles obtenu quelque chose en venant tout de suite, mais trois semaines après la chute du Mur, les plans étaient au point et les travaux sur le point d'être lancés.
Ça avait été une des premières choses qui avaient séché le Conseil : un matin, quatre jours après la chute du Mur, Shion était arrivé, fatigué, pour annoncer qu'il avait calculé les besoins énergétiques de la ville et qu'en se restreignant un peu, ils avaient assez de pétrole pour tenir jusqu'à l'automne… Donc, le temps de construire (vite) une centrale géothermique… Dont il avait posé un premier plan « vite fait »… Mais bon, il n'était pas sûr des détails techniques, surtout qu'il l'avait « gribouillé » vers 4 h du matin.
Quelques heures plus tard, un groupe d'ingénieurs électriciens confirmaient l'exactitude de l'estimation et que le plan de la centrale était valable à 85 % environ, pendant que Shion baillait dans un coin, occupé à calculer le nombre d'écoles nécessaires vu l'estimation du nombre d'enfants survivants…
Si les relations avec N°4 étaient plutôt neutres, N°2 ne portait pas le nouveau pouvoir de l'ex-N°6 dans son cœur. En effet, en arrêtant net les recherches en nouvel armement militaire, Shion avait rompu plusieurs accords secrets avec la ville américaine. Shion avait annoncé très clairement que, contrairement à ses prédécesseurs, il comptait bien respecter les Accords de Babylone et n'avoir une petite armée que pour sa sécurité intérieure.
« Que veux-tu !... Il semblerait que je sois absolument génial... » rigola Shion en recommençant à tricoter.
Ahmed éclata de rire.
Hamlet bâilla et vint se coucher tranquillement sur une petite pile de feuilles. Macbeth et Iago se coursaient toujours.
« Bon, reprit plus sérieusement le prince-héritier de Téhéran. Je vais devoir te laisser, Shion. Je vais réfléchir à tout ça, je peux te rappeler euh, fin de semaine ?
- Quand tu veux.
- Bonne fin de journée !
- À toi aussi. »
Shion raccrocha et posa son tricot. Il fit glisser le bois de son bureau pour découvrir son clavier et répondit aux messages d'Adrian :
« Passez me prendre ça sera plus sûr ! Pour la mousse, OK c'est ma mère peut garder Haru. Je l'appelle et je te confirme ce soir. »
Un lundi sur deux, Adrian et Yui se faisaient un devoir d'entraîner Shion au corps à corps. Le garçon était plutôt doué. Entre ça et de la natation régulière, le corps frêle était devenu nettement plus musclé. À 18 h tapantes, Shion avait rangé toutes ces affaires. Il enfila sa veste, prit délicatement Hamlet pour la mettre dans sa poche avant. Iago et Macbeth le suivirent lorsqu'il sortit dans le couloir et le précédèrent au galop. Il sourit en entendant la voix de Mlle Hisho :
« Général, vous ne pouvez pas entrer comme ça ! »
Shion coupa court à la dispute naissante :
« Je suis là, Adrian ! »
Le général, qui regardait la secrétaire avec sévérité, tourna vers lui et sourit :
« Tu es prêt ?
- Oui, on peut y aller. Bonne soirée, Mlle Hisho. »
Ils partirent.
« Tu as vendu Yui ?
- Oui, pour payer les bières de tout à l'heure. Non, en fait il fumait, il est resté à la voiture.
- Il fume trop.
- Ouais. »
L'entraînement se passa bien et comme Karan voulait bien garder Haru, Shion accompagna avec plaisir ses deux amis à un pub du centre-ville. La réouverture de la ville avait permis la venue de nombreux étrangers, notamment de N°5. Du coup, un couple d'Européens anglo-irlandais avait ouvert un pub et Adrian, né de parents anglais (des diplomates) avait vite été voir ça et l'ambiance feutrée du lieu lié à la qualité de la bière l'avait conquis. Il y avait donc très vite emmené Yui et un soir, ils avaient prévenu Karan et embarqué Shion sans sommation. Depuis, ils allaient régulièrement s'y poser, manger un vrai bon hamburger en buvant une bonne bière.
Les trois hommes se posèrent donc à leur table préférée, dans un coin. L'ambiance était tranquille et la pénombre confortable. L'endroit était tout en longueur, un long comptoir face auquel étaient alignées des tables rondes. Au fond, une petite scène, vide ce soir-là.
Les patrons avaient été surpris au début, puis intrigués, mais ils les aimaient plutôt bien au final.
Yui en était à sa troisième bière et commençait à être bien guilleret, Adrian savourait un bon whisky et Shion savourait lui sa quatrième Guiness tranquillement.
Yui avait ce soir-là d'alcool joyeux. Il charriait Adrian et sous-entendait des choses de plus en plus indécentes. Adrian ne faisait mine de rien et Shion se marrait doucement. Sur la table, Iago et Macbeth dévoraient une frite restée là et Hamlet un reste de hamburger.
« Bon, tu es paré pour les Russes, demain ? Finit par demander Adrian.
- Fin prêt ! Répondit Shion. J'espère qu'ils vont la jouer plus finement que la dernière fois… »
À ce souvenir, Adrian et Yui éclatèrent de rire.
Un diplomate de numéro quatre avait cru intelligent d'essayer, lors d'un rendez-vous, de saouler Shion à la vodka pour lui faire signer un accord très favorable à son pays.
Ce que ce diplomate ignorait, c'était que Shion était totalement insensible à l'alcool. Il aimait bien ça, mais ça ne lui faisait absolument aucun effet. C'était donc le Russe qui s'était retrouvé ivre et Shion qui avait réussi à lui faire signer un accord obligeant son pays à fabriquer 200 000 girafes roses par mois… Juste pour le plaisir de lui renvoyer sous courrier à l'ambassade avec un petit mot : « Merci pour la vodka, elle était excellente. »
Même si l'affaire était restée confidentielle, l'information avait dû circuler. Car si plus personne n'essayait de saouler le jeune homme, il était devenu habituel de lui offrir des alcools divers et souvent très fins.
Le téléphone de Shion sonna. Intrigué, il décrocha.
« Allô ?
- Shion, c'est Jacques… »
Inquiété par le ton grave de son presque beau-père, Shion fronça les sourcils.
« … Est-ce que tu peux venir, s'il te plaît ? Karan a fait un malaise…
- Quoi ? !
- Non, non, rien de grave, ne t'en fais pas… Sûrement juste un coup de fatigue… Elle travaille beaucoup trop.
-… Hmm… Grogna le garçon.
- Tu peux me croire, je suis médecin, je te rappelle… Enfin, c'est plus que du coup, si tu pouvais venir chercher Haru, ou dormir ici… Je voudrais pouvoir emmener ta mère à l'hôpital tôt demain matin pour lui faire passer des examens ?
- D'accord, j'arrive tout de suite. »
Il raccrocha et se leva :
« Je file, désolé. Apparemment, ma mère a fait un malaise…
- Houlà, ça ira ? Demanda Adrian.
- Jacques dit que ce n'est pas grave… »
Il eut un sourire.
« Finissez bien, et à demain.
- Rentre bien…
- Et bises à ta mère. »
Shion fit le plus vite possible chez sa mère. Jacques l'accueillit, l'air sérieux.
« Oh, te voilà déjà...
- Je n'étais pas loin... répondit Shion en enlevant sa veste. Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Maman ?
- Au lit, mais elle t'attend. Elle m'est tombée dans les bras tout à l'heure, après le dîner... Fatigue à mon avis, mais bon, je pensais aussi à de l'anémie... C'est pour ça que je préfère qu'elle passe quelques examens.
- D'accord...
- Et Haru n'a rien vu, il était déjà couché.
- Je vais dormir ici, ça sera plus simple.
- Pas de soucis ! Va vite la saluer, elle ne dormira pas tant qu'elle ne t'aura pas vu.
- J'y vais tout de suite. »
Shion grimpa à l'étage. Il fit attention à être discret dans le couloir pour ne pas réveiller Haru et glissa la tête dans la chambre de sa mère.
Karan était couchée, l'air fatiguée, mais souriante, et lui fit signe :
« Bonsoir, Shion ! Désolée d'avoir écourté ta soirée. »
Il entra et vint s'asseoir près d'elle.
« Ce n'est pas grave... Adrian et Yui t'embrassent... Comment te sens-tu ?
- Juste fatiguée. Mais ne t'inquiète pas, comme je me sentais nauséeuse, je n'ai pas beaucoup mangé ces derniers jours. Ce n'est pas plus grave... Je vais faire plus attention.
- Nauséeuse... ? » releva-t-il, fronçant les sourcils.
Elle lui tendit les bras et il vint s'y blottir.
« Ne t'en fais pas, mon chéri. Je vais bien, je suis juste fatiguée. Je vais me reposer et tout ira bien.
- Moui...
- Tu dors ici ?
- Moui. »
Il embrassa sa joue :
« Je vais aller me coucher tout de suite... Tu te reposes aussi ?
- Oui, mon chéri. Passe une bonne nuit. »

*********

Marianne, Kaoru, Adrian et la chef de la diplomatie, Mme Gaikôkan, discutaient tranquillement dans la cour du palais, le lendemain matin. Les diplomates de N°4 étaient attendus pour le début d'après-midi et quelques détails restaient à peaufiner.
La voiture de Shion entra dans l'enceinte et se gara.
« J’espère que ça va, c'est rare qu'il ne soit pas le premier ici... » soupira Marianne.
Shion descendit, bailla et s'étira, récupéra un sac bien plus gros que d’habitude, et, devant les regards sceptiques de ces subalternes, il contourna sa voiture pour aller ouvrir la portière arrière et un peu plus tard, il venait vers eux avec son fils dans les bras. Il répondit à leur air ahuri :
« Je sais. »
Haru dormait encore à moitié.
« Euh,... Shion ? Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Marianne.
- Il se passe que ma mère est à l'hôpital pour des examens et que la crèche est débordée à cause del'absence de deux éducatrices. Je n'avais donc personne pour garder Haru, alors je l'ai emmené.
- Euh... Vous êtes sûr que... balbutia Mme Gaikôkan, les yeux ronds.
- Mais oui ! Haru est très sage. Bon, je vous attends dans mon bureau, vers 10 h, je vais faire du thé, j'ai des pâtisseries d'hier à manger si vous voulez. »
Shion coucha Haru sur le canapé de son bureau, alla chercher dans un placard un plaid pour le recouvrir. Le petit garçon se bouina dessous et se rendormit. Hamlet, Iago et Macbeth se glissèrent sous le plaid.
La matinée passa tranquillement. Haru se réveilla vers 9 h et prit donc le thé avec son père et ses amis. Puis, pendant que Shion s'entretenait avec Mme Gaikôkan, le petit garçon se mit à jouer sagement par terre avec les souris.
Lorsque les deux diplomates russes arrivèrent, il dessinait.
Shion était inquiet, car Jacques ne l'avait toujours pas rappelé.
La discussion avec les Russes se passa bien. Ils étaient disposés à vendre à très bon prix à Utopia des métaux et des plantes diverses contre l'envoi d'ingénieurs et de techniciens en électricité. Les réserves de gaz s'épuiseraient bientôt chez eux aussi.
Haru offrait gentiment un dessin aux deux hommes lorsque le portable de son père sonna. Il sursauta et s'excusa : c'était enfin Jacques. Il sortit sur le balcon, laissant la porte-fenêtre ouverte. Mme Gaikôkan poursuivit très professionnellement la discussion. Le cri de Shion les fit tous sursauter :
« Comment ça ENCEINTE ?! »
Les deux Russes et la Conseillère se regardèrent, sceptiques, alors qu'Haru trottait jusqu'au balcon, suivi des souris :
« S'ion ? »
Un peu plus tard, Shion revint, l'air un peu sonné, Haru dans les bras et les trois souris sur les épaules. Il se rassit sur le canapé et soupira. Puis, il se reprit et sourit, alors qu'Haru se blottissait contre lui et bâillait.
« Où en étions-nous ?
- Est-ce que tout va bien, Monsieur le Président ? S'enquit un Russe.
- Oui, oui... Ma mère attend un bébé, ce n'est pas grave... Il faut juste que j'assimile l'information. Donc, nous disions ? »
Les négociations s'achevèrent paisiblement. Vers 16 h, Shion recoucha Haru endormi sur le canapé et ressortit sur le balcon.
Il faisait un radieux soleil depuis quelques jours, le printemps s'annonçait magnifique. Shion sourit doucement.
Bientôt...
Il remarqua soudain des nuages venant du nord, et que le vent semblait se lever également.
Son sourire s'élargit. Il ne lui semblait pas que la météo avait annoncé de la pluie, mais il était toujours ravi quand il y en avait.
Comme tout était réglé ce soir-là, il partit assez tôt, retourna chez sa mère, entre-temps rentrée, où il passa la soirée avec Haru, avant de rentrer chez eux. Il ne pouvait pas laisser la chienne et les autres souris plus longtemps.
Le vent avait gagné en intensité dans l'après-midi. Shion coucha Haru et s'attela à son journal, comblant le vide de la veille et racontant ensuite sa journée.
« ... Pas qu'être grand frère à 20 ans me dérange, mais quand je pense qu'Haru va être plus vieux que son oncle ou sa tante, je me dis que ça va être un peu compliqué... Enfin, Maman va bien et elle est ravie. Jacques est un peu paniqué, mais très heureux aussi.
En fait, je crois que j'ai toujours regretté d'être fils unique. Ça doit être sympa de grandir avec des frères et des sœurs...
Bon allez, je m'endors sur le cahier. Je te laisse pour ce soir, mon amour. »
Le lendemain matin, la météo ne s'expliquait pas ce temps couvert, ce vent brutal, tourbillonnant et très irrégulier, ces averses désordonnées, et Shion, vautré à son bureau, s'ennuyait. Il n'avait pas envie de bosser, de toute façon rien n'urgeait et ce temps le rendait totalement rêveur...
Il avait envie d'aller courir sous la pluie...
Il se dit qu'il allait aller faire un tour dans le parc autour du palais présidentiel pour se vider la tête.
Hamlet, qui dormait sur le bureau, se dressa soudain, faisant sursauter Macbeth et Juliette qui chahutaient à côté. Shion, affalé sur son siège, amorphe, regarda avec surprise la souris blanche bondir et courir jusqu'à la double porte du bureau en couinant bien trop fort.
Alarmés, Shion, Macbeth et Juliette la regardèrent se mettre à gratter fébrilement la porte en gémissant désespérément.
Shion se leva et s'approcha rapidement :
« Hamlet ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Macbeth et Juliette suivirent en poussant de petits cris interrogatifs.
Hamlet cessa de gratter à la porte et se mit à tourner autour de Shion sans cesser de couiner. Shion s'accroupit en prenant la poignée de la porte :
« Tu veux sortir ?... »
Hamlet retourna à la porte et se remit à la gratter. Shion abaissa la poignée et tira. Il resta pétrifié.
Une autre souris se précipita, une souris presque rousse, de la couleur d'une pâtisserie...
« … Cravate… ? »
Elle lui tourna autour en couinant aussi, suivie par Hamlet, mais fila lorsqu'il voulut l'attraper et ressortit du bureau en couinant toujours, pour s'arrêter et le regarder.
Hamlet suivit, Macbeth et Juliette aussi et Shion se releva, sourcils froncés. Les souris filèrent à toute allure et Shion les suivit en courant, son cœur battant à s'en rompre. Cravate revenue... Est-ce qu'enfin ?!... Enfin... ?
Mlle Hisho vit avec surprise son président passer devant son bureau comme une flèche, et disparaître dans les escaliers. Les plantons de l'entrée principale, eux, virent d'abord quatre souris passer puis leur président, sans une veste ni un parapluie, qui les suivit sans leur adresser un regard et fila sous la pluie sans une hésitation.
Au grand portail principal, la demi-douzaine de vigiles étaient sur le qui-vive, trois d'entre eux entourant un grand gars assez costaud, sur l'épaule duquel Cravate grimpa à toute allure avant d'y sautiller en couinant, le faisant sursauter :
« ... Mais qu'est-ce que... ?! »
Et lui et les vigiles virent avec stupeur Shion arriver en courant et s'arrêter, à bout de souffle, son regard allant de Cravate qui couinait au visage de l'homme, réellement surpris, un quadragénaire aux tempes grisonnantes, tenant un papier dans sa main.
« Euh, Monsieur le Président ? » tenta un vigile en s'approchant de Shion.
Une rafale de vent souffla et Shion écarta le vigile brutalement, les yeux braqués sur l'inconnu :
« Où est-il ?
- Hein ? »
Les vigiles n'en revenaient pas. Jamais, en trois ans, ils n'avaient vu leur président comme ça. Shion s'avança, presque menaçant :
« Celui que cette souris accompagne. Où est-il ? »
L'homme regarda les vigiles, qui restaient dubitatifs et sur leurs gardes, et tendit à Shion ce qu'il tenait. Cravate profita du contact pour refiler sur l'épaule gauche de Shion, sur lequel Hamlet était grimpée. Macbeth et Juliette étaient sur l'autre.
Shion regarda la photo, pliée, à moitié déchirée, et se mit à trembler.
« Le garçon qui est avec vous là-dessus ? » demanda l'inconnu.
… Un adolescent aux cheveux blancs regardant un bébé sous le regard tendre d'un garçon brun...
Shion jeta un regard bouleversé à l'homme qui y lut un mélange d'espoir et d'angoisse si intense que ça le sidéra.
Les vigiles se regardaient, de plus en plus surpris.
« Est-ce qu'il... » balbutia Shion.
Il ne parvint pas à finir sa phrase. L'homme se reprit :
« Je travaille à l'hôpital Nord, Monsieur le Président. On nous a amené ce garçon hier soir... Il était inconscient et l'est toujours, mais ses jours ne sont pas en danger, ne craignez rien. Simplement, il n'avait absolument rien sur lui qui puisse nous renseigner sur son identité... À part cette photo. »
Shion sentit une chape de plomb s'envoler de ses épaules.
« Vous pouvez me conduire à lui... S'il vous plaît ?... » bredouilla Shion, au bord des larmes.
Sur son épaule, Hamlet et Cravate se faisaient un câlin.
L'homme hocha la tête et lui tendit la main :
« Docteur Isha. Je suis très honoré, Monsieur le Président. »
Shion serra la main machinalement. Il avait l'air complètement perdu et son expression incertaine et timide rappela à tous ceux qui la virent qu'ils avaient face à eux, malgré tout, un tout jeune homme de 19 ans.
Les gardes du corps du jeune président s'étaient approchés. L'un d'eux vint se placer derrière Shion et enleva sa veste pour la placer délicatement sur ses épaules, faisant attention aux souris.
« Monsieur le Président, permettez que je vous accompagne. » dit-il doucement.
Shion lui jeta un œil. Cet homme, Hogosuru, était à son service depuis le premier jour, sûrement un de ceux qui le connaissaient le mieux. Le jeune homme hocha rapidement la tête.
« Bien. Dans ce cas, allons-y. »
Hogosuru ne comprenait pas grand-chose à ce qui se passait, mais visiblement, son président voulait de tout cœur se rendre au chevet de cette autre personne. Il ne pouvait pas le lui interdire, il avait cependant le devoir de ne pas le laisser seul, surtout avec un inconnu.
Hogosuru échangea un regard avec ses collègues, puis s'adressa au médecin :
« Nous vous suivons. »
Shion laissa le volant de sa voiture à son garde du corps, qui suivit celle du médecin. Le garçon était silencieux, serrant dans ses mains la photo abîmée, perdu très loin du présent. Sur ses genoux, les quatre souris se faisaient des câlins, Hamlet et Cravate très contentes de se retrouver, Juliette incapable de manquer un câlin et Macbeth, malgré son sale caractère, n'avait en réalité rien contre les marques d'affection.
« Nous y sommes, Shion. » dit Hogosuru en se garant sur le parking de l'hôpital.
La pluie s'était calmée, mais le vent était toujours aussi violent. Hogosuru avait un parapluie qu'il tint au dessus de Shion et lui pendant qu'ils rejoignaient le médecin. Ce dernier les attendait à l'entrée principale de grand hôpital ultramoderne du nord de la ville.
« Venez, Monsieur le Président, il est par là. »
Shion ne répondit pas, suivant le médecin dans les couloirs en regardant autour de lui.
« ... Comme je vous l'ai dit, il est encore inconscient. C'est un commerçant qui a appelé les secours après qu'il se soit écroulé devant son magasin. Son état est sérieux, mais pas grave. On dirait simplement qu'il est à bout de force et qu'il ne s'est pratiquement pas nourri depuis quelques semaines. Il avait un peu de fièvre, mais ça va maintenant, il a très bien réagi au traitement. Il devrait revenir à lui assez vite et se remettre rapidement avec une alimentation régulière... Ah, et euh... Faites attention aux souris, qu'elles ne sortent pas de la chambre... Vu comme elles sont sages et intelligentes, nous n'avons pas appelé les services sanitaires, mais bon... Ah, nous y voilà. »
Le médecin ouvrit une porte et s'écarta. Shion rentra dans une petite chambre claire.
Devant la fenêtre, un lit, à ses côtés, une petite table de nuit, une petite table avec un tas d'affaires, et une chaise.
La tête du lit était relevée de façon à ce que son occupant soit redressé.
Son occupant, un jeune homme aux cheveux bruns, longs, aux curieux reflets bleutés, lâchés sur l'oreiller.
Shion s'approcha, un sourire incrédule aux lèvres, sans retenir les larmes qui coulaient, il ne s'en rendait même pas compte.
Il s'assit au bord du lit. Il ne vit pas Hamlet et Cravate se précipiter sur Lueur de Lune, tant il était absorbé par la contemplation de ce visage fin qui lui semblait encore plus beau qu'il le rêvait depuis trois ans.
Tout amaigri qu'il était, c'était bien un jeune homme et plus un adolescent qu'il avait là. Il caressa sa joue mal rasée, sa tempe, écarta une mèche qui tombait sur son nez. Il bredouilla entre ses larmes :
« Tu m'as manqué, Nezumi... »
Isha et Hogosuru étaient restés à la porte et échangèrent un regard surpris en voyant soudain Shion éclater en sanglots en se blottissant contre le corps inconscient. Et leur stupéfaction monta d'un cran un peu plus tard, lorsque Shion gloussa et se redressa.
« Arrêtez, vous me chatouillez... » dit-il aux souris qui s'étaient précipitées pour le consoler, se glissant dans son coup et sur sa tête.
Il prit la souris noire et grise dans sa main :
« Coucou, Lueur de Lune... »
Il lui fit un bisou et elle couina joyeusement.
« Oui, moi aussi, je suis content de te revoir... »
Il réalisa alors qu'il y avait une autre souris, noire comme de l'encre, sur l'épaule de Nezumi, qui le regardait. Il tendit son autre main vers elle.
« Bonjour, toi. »
Elle flaira ses doigts avec attention alors que Cravate et Lueur de Lune couinaient de concert, puis elle monta dans sa main.
« Enchanté de te connaître. »
Shion regarda encore le visage endormi de Nezumi et se pencha pour déposer un petit baiser sur ses lèvres :
« Ne t'en fais pas, je ne te quitte plus. »

*********

Dans son antre du palais présidentiel, sous les combles, Yui s'amusait tranquillement avec son bilboquet, vautré sur son siège, les pieds sur son bureau, lorsque la porte de la pièce s'ouvrit brusquement sur son compagnon :
« YUI !…
- Tiens, salut, toi. Tu es venu plus vite que je pensais… Dit calmement le borgne en lançant sa boule qui se planta sur le pic.
- Tu sais ce qui se passe ? ! S'écria Adrian en venant en deux pas devant le bureau.
- Oui, oui… Répondit toujours aussi paisiblement le blond en relançant la boule qui se replanta sur le pic.
- Shion nous envoie un message à tous pour nous annoncer son absence 'sauf nécessité absolue' pour une durée indéterminée et c'est tout l'effet que ça te fait ? !
- Il l'a envoyé plus vite que je ne pensais. Vous êtes rapides, aujourd'hui… » Répondit laconiquement le blond en regardant son amant avec un sourire en coin.
Adrian regarda un instant Yui, calmé. Le grand soldat croisa les bras avec un sourire :
« Je rêve du jour où je t'apprendrai une info et que tu ne me diras pas 'Je le savais !'… »
Yui rit de bon cœur.
« Tu es quand même impressionnant, continua Adrian. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Oh, ce n'est pas dur à deviner, mon amour ! Le charria le blond en se levant et en posant son bilboquet. Mais comme je n'ai pas envie de me répéter, on va attendre Marianne qui ne va sûrement pas tarder.… »
Et de fait, la voix de l'assistante de Shion résonna depuis le couloir :
« Yui, tu es là ?
-… Qu'est-ce que je disais… Je suis là, Marianne ! »
Il contourna son bureau en chantonnant :
« Houlàlà qu'est-ce qu'on m'aime aujourd'hui… Tout le monde vient me voir… »
Adrian pouffa alors que Yui passait à côté de lui pour aller à la rencontre de la jeune femme dans le couloir. Le brun le suivit.
« Bonjour, Marianne. C'est rare de te voir ici.
- Bonjour, Yui… Tiens, salut, Adrian.
- Salut, ma belle.
- J'ai reçu un deuxième message de Shion qui me disait de lui apporter plusieurs trucs en ajoutant que tu savais où il était, Yui.
- Effectivement. Je vous attendais pour qu'on le rejoigne tous les trois.
- Tu es sur que je viens ? S'enquit Adrian. Moi, il ne m'a rien dit.
-Pas besoin, il savait que tu allais courir ici dès que tu aurais son message… Répondit Yui avec amusement et il ajouta : Sinon il ne m'aurait pas dit dans le deuxième que j'ai reçu : ' Si Adrian n'est pas au palais, fais-moi signe que je le maile.' »
Marianne éclata de rire. Adrian soupira, amusé, il dit à Yui :
« Par moment, il me fait encore plus flipper que toi… »
Les divers hommes et femmes qui se baladaient par-là, dans cet étage assez bas de plafond et sombre en ce jour de pluie malgré les velux, vaquaient ou, pour un petit groupe posé vers la machine à café, regardait le trio avec intérêt et amusement pour certains.
« Allez, on y va… Je vous explique en voiture ! Commença Yui et il ajouta à la cantonade : Je vous laisse la maison, les enfants ! Soyez sages ! »
L'un de ceux qui étaient à la machine à café, un homme entre deux âges à l'air malin, répondit :
« Oui, papa ! Mon bonjour à notre petit rat préféré.
- OK, Zento. A plus. »
Adrian et Marianne suivirent Yui dans l'ascenseur et ce n'est qu'une fois les portes de ce dernier fermées qu'Adrian soupira :
« C'était donc ça. »
Marianne rigola alors que Yui haussa les épaules :
« Tu connais beaucoup de raisons qui pourraient faire partir Shion d'ici ventre à terre, sans sommation, et le retenir 'sauf nécessité absolue de sa présence physique' pour une durée indéterminée ?…
- Tu le sais depuis quand ? Demanda Marianne.
- Officiellement, je ne sais rien, répondit Yui, puisque l'identité de la personne que Shion a rejointe n'est pas confirmée.
- OK, et officieusement ? Le relança Adrian en rigolant alors qu'ils sortaient de l'ascenseur.
- Officieusement, les vigiles de l'entrée ont témoigné que le mec qui a débarqué ici vers 11 h du matin était accompagné d'une souris qui lui a visiblement ramené Shion, puisqu'eux refusaient de le laisser entrer… Je connais très peu de souris capables d'un truc comme ça.
- Ah oui, ça, c'est signé, reconnut Marianne.
- Après, tout le reste des infos m'a conforté dans cette hypothèse… »
Adrian prit le volant, Marianne monta à côté de lui (elle était très vite barbouillée avec sa grossesse) et Yui à l'arrière. Il leur raconta la suite pendant le trajet.
Tout avait commencé la veille, dans l'après-midi, dans une paisible galerie marchande couverte du nord de la ville. Malgré la pluie, il y avait du monde, surtout depuis 15:00 et la fin des cours des collégiens et lycéens voisins.
Le libraire qui faisait face au marchand de télévision avait vu entrer quelques adolescentes en uniforme qui gloussaient, suivies une vieille dame qui était venue vers lui d'un pas rapide et sec pour lui signaler qu'un vagabond traînait dehors. Les vagabonds étaient rares à Utopia. En effet, les services sociaux avaient pour ordre de les prendre en charge sans délai et désormais, seuls quelques indécrottables asociaux vivaient encore dans les rues. Les demoiselles cependant avaient vivement pris la défense du dit-vagabond, car « il était trop beau ».
Intrigué, le libraire était sorti pour voir en effet, à quelques mètres de sa porte, un jeune homme brun assis au sol, mal rasé, sale et aux vêtements élimés et tâchés, mais qui ne mendiait pas ni n'alpaguait les passants. Il était trempé et visiblement épuisé. Le voyant simplement s'appuyer dos au mur et fermer les yeux, le libraire était rentré dans son magasin en se disant que tant que cet homme ne dérangeait personne, il avait bien le droit de rester là.
C'était en fermant sa boutique un peu après 20 h que le libraire avait vu qu'il y était toujours et regardait bizarrement la vitrine d'en face, les téléviseurs sur lesquels on voyait les infos et plus précisément l'inauguration du nouveau musée d'Histoire du Monde par le jeune président en personne. Le visage radieux de ce dernier était resté à l'écran et lorsque le libraire s'était approché de vagabond, il avait entendu ce dernier murmurer :
« … Shion… »
Avant d'essayer de se lever et de s'écrouler sans conscience au sol. Ne parvenant pas à le ranimer et constatant qu'il était fiévreux, le libraire avait immédiatement appelé les secours. Une ambulance était arrivée rapidement pour emmener ce jeune homme, et les trois souris qui s'étaient faufilées dans un minuscule recoin du véhicule alors qu'ils avaient voulu les chasser, les obligeant à les embarquer aussi.
C'était ces mêmes souris, que tout le monde avait renoncé à capturer après presque une demi-heure à leur courir après, qui avaient, quelque temps plus tard, alors que les médecins de garde avaient soigné l'inconnu et installé ce dernier dans une chambre, attiré leur attention en couinant. Ils avaient alors vu, ahuris, la souris noire sortir du sac a priori vide du convalescent, posé à côté, une vieille photo bien abîmée.
« … Aucun d'entre eux n'a osé prendre de décision, raconta Yui, et c'est quand le chef de service, le Dr Isha, est arrivé ce matin que lui a décidé de tenter le coup, de prendre la photo et de se pointer au palais. Bien sûr, les vigiles ne pouvaient pas le laisser entrer comme ça… Ce qu'il ne savait pas par contre, c'est qu'une des souris était venue avec lui et c'est elle qui a filé chercher Shion. Ça a dû lui faire un sacré choc…
- Sûrement… Soupira Marianne.
- Apparemment, il est toujours inconscient pour le moment. Reste que Shion ne va plus le lâcher, je pense qu'il veut nous voir pour organiser son absence.
- Il a toujours délégué au maximum, ça ne devrait pas être si problématique. »

*********

… Mal à la tête…
Ce fut sa première pensée avant même d'ouvrir les yeux, ou de les entrouvrir plutôt, tant ses paupières étaient lourdes. Un plafond blanc…
L'odeur de l'endroit l'agressa avec violence, une odeur aseptisée de propreté javellisée. Son coeur s'accéléra alors qu'une angoisse sourde montait en lui.
… Non… Pas ce putain de labo…
Paniqué, il regarda autour de lui en voulant se redresser. La pleine lune, par la fenêtre, perçait encore difficilement à travers les nuages, même si le ciel se dégageait enfin. Quelque chose le bloquait à droite. Il tira pour la dégager, mais resta pétrifié en voyant une tête blanche posée sur sa main.
Son geste cependant fit bouger la tête blanche qui se redressa pour murmurer, ensommeillée :
« … Nezumi ? »
Une voix enrouée répondit après quelques secondes :
« … Shion ? »
Nezumi se retrouva à la seconde recouché sous Shion qui s'était jeté à son cou. Il sourit faiblement avant de le serrer dans ses bras. Shion se redressa, tremblant, au bord des larmes, et caressa son visage. Le sourire du malade s'élargit.
« Coucou, ma petite fleur… Dit-il tendrement.
- Salut, mon joli rat… » Balbutia Shion.
Une main se leva pour caresser la marque rose. Shion se pencha, la main suivit, leurs yeux se fermèrent ensemble alors que leurs lèvres se rencontraient, que leurs bouches se goûtaient avec bonheur après trois ans de jeûne.
Puis, alors que Shion se glissait contre son flanc dans le lit, sans se déshabiller, Nezumi regarda mieux autour de lui et comprit : une chambre d'hôpital, tout simplement. Il avisa aussi un petit tas divers au bout du lit, les souris, sans doute.
Voyant son air vaguement mal à l'aise, Shion se resserra contre lui :
« Nezumi ? Ça ne va pas ?
-… Hein ? Sursauta le brun. Ah, si, si… C'est juste que je n'aime pas les hôpitaux… L'odeur et les blouses blanches… Ça me rappelle toujours ce fichu labo… »
Shion se blottit encore un peu plus contre lui :
« C'est fini, tout ça, Nezumi.
- Hmm…
- Je suis tellement heureux que tu sois revenu… » Murmura le jeune président en le câlinant.
Nezumi sourit en le serrant dans ses bras.
« Moi aussi, je suis heureux d'être enfin près de toi. »
Shion se rendormit rapidement et Nezumi regarda un instant dehors, le vent s'était apaisé et chassait doucement les nuages.
À tes côtés, Shion, je sais que je pourrais tenir mes promesses, songea-t-il avant de se rendormir tranquillement.

À suivre dans le chapitre 3 : Ta vie.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Airi-chan



Féminin Age : 27
Nb de messages : 227
Localisation : dans un genjutsu avec Naru et Sasu^^

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Jeu 22 Déc 2011 - 1:38

A je me disais aussi! j'ai déja lu ta fic sur fanfiction.net! j'ai bien aimé alors du coup maintenant que je t'ai repérée je vais aller voir tes autres fics!^^
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Jeu 22 Déc 2011 - 2:24

course Mince je suis repérée... ^^

Sur mon site y a tout ça plus le début de mon roman aussi (voir ma signature).

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Sam 24 Déc 2011 - 3:52

Pitit cadô de Nowel !

No°6 - Après
Chapitre 03 : Ta Vie


Lorsque Nezumi rouvrit les yeux, il loucha sur une souris grise, qui lui apparaissait la tête en bas. Il referma les yeux, prit une seconde pour réfléchir et les rouvrit. L'animal était sur son front, penché, ce qui expliquait qu'il la voit à l'envers.
« Salut, dit-il. On se connaît ? »
La souris couina.
« Ah, c'est bien ce qui me semblait… »
Il sourit.
« Enchanté.
- Squeek ! Squeek ! »
Nezumi sentit remuer contre lui et la voix ensommeillée de Shion s'éleva :
« … Nezumi… ? »
Le brun sourit encore et resserra ses bras autour de son ami en guise de réponse. Il sentit Shion soupirer d'aise. La souris trotta sur Nezumi pour aller sur sa poitrine, devant le nez de Shion.
« Bonjour, Juliette… » Murmura ce dernier.
Il se redressa en bâillant et vint faire un petit bisou à Nezumi :
« Bonjour, toi.
- Bonjour, Shion.
- Comment te sens-tu ?
- Je me suis déjà senti plus en forme… Où sommes-nous ?
- Dans l'hôpital Nord… Chambre 42, premier étage. Tu as été transporté ici avant-hier après t'être évanoui dans une galerie marchande.
- Ah… Et euh,… Tu m'as trouvé comment… ?… Il y avait une alerte sur ma gueule ?
- J'adorerais pouvoir te répondre qu'on est connecté et que je t'ai senti arriver, mais ça serait trop beau… »
Les cinq autres souris vinrent également gambader plus près d'eux.
« Tu as une souris que je ne connais pas ? dit Shion en caressant la petite tête toute noire.
- Et toi, deux.
- Euh, en fait, il y en a trois autres à la maison… Hamlet a eu cinq petits un peu après ton départ. D'ailleurs à ce propos… »
Shion attrapa Cravate et Lueur de Lune :
« … Maintenant que je vous tiens enfin, vous deux ! Que le coupable se dénonce ! Qui est le papa ? »
Les deux souris le regardèrent et se regardèrent et Nezumi et Shion éclatèrent de rire alors que Lueur de Lune se mettait visiblement à engueuler Cravate qui se fit tout petit.
On toqua à la porte et deux infirmières entrèrent, une trentenaire toute ronde et joviale et une plus jeune et plus timide.
« Ah, ils sont réveillés ! S'exclama la première. Bonjour !
- Bonjour, Emma, lui répondit Shion. Vous allez bien ? »
Il caressa le bras de Nezumi qu'il avait senti frémir à la vue des blouses blanches.
« Ça fait plaisir de vous voir enfin réveillé ! » Continua la joviale infirmière en s'approchant, pour Nezumi qui se redressa sans grande énergie.
Shion le soutint le temps de redresser l'épais oreiller. Nezumi lui sourit et s'installa contre.
« Merci, ma petite fleur.
- De rien, mon joli rat. »
Shion et Nezumi s'étreignirent un instant et les infirmières échangèrent un regard, Emma attendrie et sa jeune collègue un peu rose.
« Vous devez être morts de faim, le petit déjeuner arrive, dit Emma. Vous, reprit-elle pour Nezumi, il faudra manger lentement pour ne pas être malade. On vous a préparé un menu spécial, très digeste…
- Ah euh… Merci.
- Il y a combien de temps que vous n'avez rien mangé ? Demanda-t-elle en posant sa main fraîche sur son front.
-Euh… Je ne sais pas trop quel jour nous sommes ? répondit-il.
- Le jeudi 2 avril 2020, il est 7 h 43.
- … Houla, j'ai perdu plus de temps que je pensais. J'ai quitté le village début mars. J'ai épuisé mes provisions assez vite, parce que j'ai été bloqué par les dernières neiges pendant un moment… Du coup, ça doit faire trois semaines que je faisais avec ce que je trouvais…
- Eh ben, vous êtes résistant !
- J'ai l'habitude… J'ai souvent pas mangé à ma faim dans ma vie…
- Ouais, bah va falloir manger maintenant ! Il faut vous remplumer ! »
Shion prit la main de Nezumi dans les siennes :
« Tu es parti si loin que ça…
- J'ai cherché un moment.
- Et tu as trouvé ? »
Nezumi lui sourit :
« Oui. »
Alors que Shion regardait, surpris, il opina du chef, les yeux pétillants :
« Si, si. »
Shion sourit à son tour, les yeux brillants aussi :
« C'est super…
- Je te raconterai tout ça tranquillement. »
Deux infirmiers poussant une table roulante entrèrent.
« Ding, livraison de petit-déj' ! »
Shion se leva du lit alors que l'infirmier continuait :
« C'est ici le petit-déj' spécial ?
- C'est ça, confirma Emma. Pour le jeune homme dans le lit. Il doit aussi y en avoir un normal pour notre président. »
Shion lança un œil sévère à l'infirmière, mais occupé à bâiller, il ne put répliquer. Nezumi par contre avait sursauté et le regardait avec des yeux ronds :
« … Président ?… »
Shion lui jeta un oeil gêné.
« … Tu es président ?
- Euh… Ben, disons que moi aussi, j'ai plein de trucs à te raconter… »

*********

Le peigne glissait dans les longs cheveux bleutés avec douceur.
« Je n'en reviens pas qu'ils aient autant poussé… Soupira Shion. J'ai fini de les démêler. Je te fais une tresse ? Ça sera plus pratique pour te reposer… Le chignon te gênerait.
- Si tu veux, oui. »
Nezumi finissait de vider son plateau, posé sur la table roulante accolée au lit. Il avait pris son temps, conscient que son estomac ne supporterait pas trop d'aliments d'un coup. Du coup, Shion, qui avait fini bien avant, s'était assis dans son dos pour le coiffer.
La tresse finie, Shion passa ses bras autour de Nezumi et posa son menton sur son épaule.
« Ça passe ?
- Oui, oui… »
Sur le plateau, les six souris se partageaient un morceau de pain.
« Comment elle s'appelle, ta petite souris noire ? Demanda Shion.
- Je ne lui ai pas donné de nom… Répondit Nezumi, et il ajouta en tournant la tête vers Shion avec un petit sourire : C'est ton boulot, ça. »
Shion rigola.
« Et les deux, là ? La grise, c'est Juliette, c'est ça ? Et la noire ?
- Macbeth. Méfie-toi, c'est une vraie teigne.
- Quelle idée aussi de l'appeler comme ça ?
- C'est parce que c'était une vraie teigne déjà petit que je l'ai appelé comme ça.
- Je vois.
- J'ai gardé la chienne, aussi.
- Omae ?
- Oui.
- Inukashi va bien ?
- Oh, merveilleusement. Figure-toi que mademoiselle a un petit ami…
- Berger allemand ou labrador ? rigola Nezumi.
- Non, non, vrai bipède sans poils, enfin dans la moyenne humaine…
- Sérieux ?
- Eh oui !
- On aura tout vu… Elle l'a connu comment ?
- Oh, ça, c'est assez surréaliste. Bloc Ouest est toujours en reconstruction et on a de sacrés soucis avec des promoteurs pourris qui essayent d'expulser les gens de force pour pouvoir reconstruire les immeubles sans avoir à reloger leurs habitants comme la loi l'ordonne. C'est une de ces boîtes qui a voulu chasser notre amie, sauf que quand ils ont su qu'elle me connaissait personnellement et que c'était en partie pour ça que leur PDG avait été embarqué par les flics, le nouveau PDG a décidé de la jouer plus réglo et a proposé à Inukashi de lui offrir une belle baraque avec un immense terrain pour ses chiens en échange de son hôtel. C'est le gars qu'il lui a envoyé pour négocier tout ça qui a flashé sur elle, il lui a fait une cour de dingue, elle a fini par succomber il y a trois semaines. Il a démissionné et va s'installer avec elle dans la grande maison en question. Rikiga a quitté la ville, il est parti s'installer à No°5…
- Ah bon, pourquoi ?
- Disons que je lui ai gentiment offert un aller simple pour lui permettre d'échapper à des gens bizarres à qui il devait pas mal d'argent…
- Je vois. Ta maman va bien ?
- Oh, merveilleusement aussi… Tu la verras tout à l'heure, elle doit m'apporter des vêtements propres avec Haru…
- Haru ?… »
Shion sourit alors que Nezumi fronçait les sourcils, puis il sursauta et se tourna vers lui :
« Le bébé ?… Tu l'as vraiment appelé Haru ?
- Bien sûr. »
Nezumi était stupéfait. Shion sourit et caressa sa joue :
« Ça ne te fait pas plaisir que je lui aie laissé le nom que tu lui avais donné ?
- Si… répondit Nezumi. Bien sûr que si ! ajouta-t-il plus vivement. C'est juste… J'avais dit ça comme ça…
- Bah ça lui va très bien, il te le dira…
- Tu l'as adopté ?
- Pas encore. Pour le moment, légalement, je suis en cotutelle avec ma mère. Non, parce qu'il ne faut pas abuser… Dans les faits, je suis tout de même encore mineur. »
Nezumi rit en retombant contre lui :
« … Tu es leur président et ils ne veulent pas que tu adoptes un bébé ?
- C'est moi qui n'ai pas voulu… Ça ne me gêne pas d'attendre cet automne. »
Nezumi soupira d'aise en se laissant couler dans les bras de Shion.
« Shion…
- Oui, mon coeur ?
- Je suis rentré…
- Bienvenue.
- On va vivre tous les deux ?
- Tous les trois, avec Haru.
- Ah oui, pardon… Tous les trois avec Haru… Ou tous les… Euh… Ça nous fait combien de souris du coup ?
- Ben… Neuf.
- Tous les douze alors ?
- Ou tous les treize avec Omae.
- C'est ça… »
Nezumi murmura :
« Ensemble jusqu'en enfer…
- Quoi qu'il arrive. » Répondit Shion.
Nezumi ferma les yeux, un grand sourire aux lèvres, et se serait sans doute rendormi si on n’avait pas toqué à la porte et qu'Emma n'était pas rentrée, suivie d'un quadragénaire aux tempes grisonnantes.
« Bonjour ! dit énergiquement ce dernier.
- Ah, je te présente le Dr Isha, Nezumi. C'est lui qui est venu me chercher, avec Cravate… »
Nezumi hocha la tête et serra sans grande force la main que lui tendait le médecin en disant :
« Sacrément intelligente, cette souris… Je n'avais même pas remarqué qu'elle était venue avec moi. Alors ! Comment allez-vous ?
- C'est pas à vous de me le dire, ça ? »
Shion et Emma éclatèrent de rire alors que Nezumi regardait le médecin avec scepticisme et celui-ci se gratta la tête :
« Effectivement ! »
Il se mit donc à ausculter le jeune homme alors qu'Emma allumait une tablette électronique, prenait un stylet et déclarait :
« Bon ! Notre bel endormi est enfin réveillé, peut-il nous donner son nom ? Puisque notre cher président n'a pas su nous le dire.
- Aki. Kazemori Aki.
- Hm, vous l'écrivez comment ?
- Je vais vous montrer… »
Shion regarda Nezumi prendre la tablette du stylet, les toiser en grimaçant, et tracer de son écriture fine, dans la case du nom, le kanji du vent (kaze) accolé à celui du protégé, ou du protecteur (mori), puis, dans celle du prénom, celui de l'automne (aki). Shion sourit et murmura :
« C'est un très beau nom… »
Il resserra ses bras autour de Nezumi :
« Il te va bien. »
Nezumi sourit et regarda le reste du formulaire. Il ne pouvait pas tout remplir, mais continua sur sa lancée en inscrivant sa date de naissance : le 22 septembre 2001. Puis il rendit la tablette à l'infirmière alors que Shion gloussait dans son dos.
« Vous aurez à remplir un dossier plus complet pour avoir votre carte d'identité… reprit Emma puis s'interrompit alors que Nezumi grommelait :
- C'est pas drôle, Shion. »
Shion rit cette fois pour de vrai et Nezumi se renfrogna.
Isha, qui prenait la tension du garçon, les regarda tous deux et demanda :
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Il y a qu'il vient de voir que j'étais plus jeune que lui. C'est pas drôle, Shion…
- Oh que si ! réussit à répondre Shion, hilare.
- Tu vas pas me faire suer pour quinze jours...
- Hmm... Si. »

********

Shion pianotait d'une main sur son ordinateur portable, posé à sa droite sur la table roulante, répondant à divers messages plus ou moins officiels et importants. Son autre main caressait les cheveux de Nezumi, couché sur le flanc et rendormi, la tête posée sur ses cuisses. Les souris dormaient aussi, blotties les unes contre les autres bien au chaud entre les deux garçons.
Le médecin avait décrété que le convalescent allait mieux et qu'il pourrait sortir au plus tard le week-end suivant si les résultats des examens complémentaires ne s'y opposaient pas. Nezumi s'était rendormi rapidement et Shion, du coup, avait sorti son ordinateur portable, que Marianne lui avait apporté la veille.
Les messages étaient divers, des communiqués officiels, des notes internes, des messages curieux ou inquiets de fonctionnaires ou de diplomates étrangers, que son absence aussi soudaine qu'imprévue intriguait. D'autres, simplement, souhaitaient un prompt rétablissement à l'ami qu'il veillait, en réponse à son second message officiel. En effet, l'absence totale d'explication dans son premier avait déclenché une telle vague d'inquiétude et de stupeur qu'il avait dû se fendre d'un deuxième message pour expliquer qu'il était au chevet un ami très cher à son cœur hospitalisé au retour d'un long voyage. Seuls ses collaborateurs les plus proches ou les plus anciens (ceux qui avaient croisé Nezumi avant son départ ou qui étaient passés chez Shion et avaient vu la photo) avaient compris. Apparemment, la nouvelle n'avait pas encore atteint les médias.
Nezumi soupira dans un demi-sommeil avant de resombrer aussitôt. Shion sourit et se pencha un peu sans cesser de caresser sa tête. L'une des souris avait dressé la tête, deux autres tourné une oreille.
Nezumi était presque aussi pâle que le mur de sa chambre, amaigri, épuisé, mais il était vivant… Son corps était chaud, endormi contre le sien.
Et tu ne partiras plus, n'est-ce pas ?
Shion se redressa, car on venait de frapper à la porte.
Hogosuru entra dès que Shion le lui permit :
« Shion, messieurs Tomodachi et Ittetsu sont là et voudraient vous voir.
- Ah, vous pouvez les faire rentrer, pas de problème.
- D'accord.
- Hogosuru, vous être relevé quand ? Vous avez l'air épuisé… s'inquiéta Shion.
- Kanshi arrive dans 20 minutes.
- Ah, parfait. Alors reposez-vous bien et mes amitiés à votre petite famille.
- Merci. »
Le garde du corps s'effaça pour laisser entrer deux hommes en costard-cravate. Satoru Tomodachi vint vers Shion, souriant, et dit tout bas en lui serrant la main :
« Bonjour, Shion. Content de vous voir ! J'avoue que je me suis inquiété quand on m'a dit que vous étiez ici.
- Je vous reconnais bien là ! sourit Shion. Mais ce n'est pas moi le convalescent, je squatte juste. Bonjour monsieur Ittetsu ! continua-t-il en serrant la main du second homme qui le regardait et regardait Nezumi avec un drôle d'air. Que se passe-t-il donc pour que vous veniez me chercher ici ?
- Nous avons besoin de voir rapidement avec vous les modalités du projet d'école internationale, expliqua Tomodachi. Nos partenaires sont très intéressés, mais voudraient du concret rapidement.
- Ah oui, exact… Je n'ai pas le dossier complet ici, mais j'ai l'essentiel en tête… Si vous voulez bien vous asseoir, nous allons voir ça ? Il y a une deuxième chaise dans la salle de bains. » dit Shion en désignant la porte qui faisait face au pied du lit.
Tomodachi hocha la tête et partit la chercher, alors qu'Ittetsu s'asseyait, très tendu, dans celle qui était posée près du lit. Shion n'avait pas cessé une seule seconde de caresser la tête de Nezumi qui n'avait pas bronché. Son autre main pianotait sur le portable, à la recherche du dossier en question.
Tomodachi s'installa et les trois hommes se mirent donc à parler du projet. Ils élevèrent la voix sans s'en apercevoir pour parler normalement et Nezumi finit par ouvrir des yeux vagues. Shion, qui parlait, ne s'interrompit pas lorsqu'il se redressa sur ses bras, pas plus que quand il s'installa finalement contre lui, contre sa poitrine, appuyant sa tête dans son cou. La main du jeune président se reposa sur la tête brune. Il finit tranquillement ce qu'il disait, alors que Nezumi regardait les deux hommes, puis la petite souris noire qui venait de grimper sur son épaule.
Tomodachi finit de prendre des notes et Ittetsu était de plus en plus mal à l'aise.
« C'est à peu près tout ce que je vois pour le moment, conclut Shion.
- Ça suffira très largement ! dit Tomodachi. Navré de vous avoir réveillé, continua-t-il pour Nezumi.
- Pas grave... » répondit ce dernier de sa voix enrouée par sa sieste.
La souris noire couina sur son épaule. Il la regarda du coin de l’œil. Ittetsu bredouilla :
« Euh, qui est ce... ? »
Shion sourit :
« Pardon, je manque à tous mes devoirs. Je vous présente mon compagnon, Aki Kazemori. Nez... Euh, Aki, voici Satoru Tomodachi et Rio Ittetsu, qui travaillent avec moi.
- Enchanté ! » s'exclama Tomodachi en tendant la main à Nezumi.
Ce dernier la serra avec un petit sourire, puis la tendit à Ittetsu qui la serra très sèchement avant de se répandre en excuses bizarres et de s'en aller rapidement. Tomodachi et Nezumi rirent doucement alors que Shion soupirait avec un petit sourire.
« Je pense que ça va faire du bruit, dit Tomodachi.
- Je pense aussi, soupira encore Shion. Et c'est bien dommage… Moi qui n'aspire qu'à une petite vie tranquille…
- Ne vous inquiétez pas. Vous êtes trop populaire pour que ça puisse avoir de réelles conséquences.
- J'espère… Ça sera un bon test.
- Je suis flatté d'être témoin de ça. Pour tout vous dire, je me doutais que vous attendiez quelqu'un. Vous ne m'avez jamais paru réellement célibataire. »
Shion sourit encore.
« En tout cas, je comprends mieux… continua Tomodachi.
- Quoi ? S'enquit Shion.
- Votre fascination pour les ciels d'orage et la pleine lune…
- À ce point ? sourit Nezumi.
- Oh, ce n’est pas comme si on ne l'avait pas repêché au moins deux fois au milieu de notre jardin en plein orage… »
Nezumi pouffa doucement et Shion répondit innocemment :
« Je ne vois pas de quoi vous parlez… »
Tomodachi rit avec eux, puis reprit :
« Bien, je dois vous laisser, on m'attend pour déjeuner. Merci beaucoup de m'avoir accordé ce moment, Shion. Je vous tiendrai au courant pour la suite. »
Il se leva, serra la main de Shion et la retendit à Nezumi :
« Ravi de vous connaître, M. Kazemori.
- De même, répondit Nezumi, souriant, en la lui serrant. Vous pouvez m'appeler Aki.
- Dans ce cas, faites-moi plaisir et appelez-moi Satoru. Au revoir, prenez bien soin de vous, et à très bientôt.
- À très bientôt, Satoru, répondit Shion. Mes amitiés à Misato et Arisu.
- Comptez sur moi. »
Tomodachi partit.
Shion serra doucement Nezumi dans ses bras :
« Le déjeuner ne va pas tarder. Tu as faim ?
- Ouais, plutôt… Je crois que mon estomac me déteste, là… Il est affamé.
- Nezu... Euh, pardon. Aki ?
- Ne t'excuse pas, Shion. Et puis, tu sais…
- Oui ?
- … En fait, ça me gênerait pas si tu continuais à m'appeler Nezumi.
- Hmmm... ronronna Shion. J'avoue, j'aimerais bien… Que tu restes mon Nezumi.
- Ça me va bien. »
Nezumi se redressa pour embrasser Shion. Puis, ils se regardèrent et Shion lui dit :
« Mais je trouve vraiment que tu as un très beau nom.
- Il me plaît beaucoup à moi aussi. »
Nezumi se réinstalla contre Shion.
« J'en ai pleuré, tu sais… J'en ai chialé une heure comme un con…
- De retrouver ton nom ?
- Ouais… Mon nom… Ma date de naissance…
- Raconte, raconte ! »
Nezumi sourit. Le ton d'enfant curieux de Shion lui avait manqué. Il n'avait pas besoin de le voir pour deviner les yeux grenat tous pétillants.
« … Je suis désolé d'être parti comme un voleur…
- C'est pas grave. J'ai bien compris pourquoi tu l'avais fait. Et tu as eu raison… Je n'aurais jamais pu te laisser partir non plus. »
Shion resserra ses bras autour de Nezumi.
« Ça m'a touché que tu emportes la photo.
- Je ne voulais pas partir sans un peu de toi.
- Hmmm... ronronna encore Shion. Et alors ?
- Alors, je suis parti vers le Nord sans réfléchir… Juste à l'instant. J'ai marché des semaines, contourné une petite mer… Et puis j'ai retrouvé des montagnes couvertes de forêts… Il y a des ruines absolument magnifiques là-bas, ça te plairait. »
Nezumi fut interrompu par l'arrivée du déjeuner. Puis par la nouvelle sieste que lui imposa son corps épuisé. Il se réveilla au milieu de l'après-midi, pour découvrir avec surprise que Shion… Tricotait… ?
Il avait dormi la tête sur ses cuisses, comme le matin. Il se redressa en se demandant s'il ne rêvait pas encore.
« Bien dormi, Nezumi ?
- Oui, oui, ça va… Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Une écharpe pour Yui ! répondit joyeusement Shion.
- Yui ?
- Freedom… Il a repris son vrai nom, lui aussi. Yui Himitsu.
- Ah, il est toujours là, lui ?
- Chargé de la sécurité et des renseignements.
- Rien que ça…
- Ça s'est fait tout seul, il avait déjà tout le réseau…
- Il est toujours avec le grand soldat, là ?
- Oh que oui ! Adrian Blacksteel…
- Blacksteel, c'est ça.
- Ils filent le parfait amour. Adrian est chargé de l'armée.
- Et ben… Ça se sait qu'ils sont ensemble ?
- Depuis qu'ils se sont roulés une pelle sans se rendre compte que tout le monde pouvait les voir, au milieu d'un meeting, oui.
- Et c'est passé ?
- Personne ne leur a jamais fait de remarques trop désobligeantes en face…
- Tu m'étonnes, un tas de muscles de deux mètres et un ancien terroriste qui a des yeux et des oreilles partout…
- Tu tiens l'idée. Par contre, nos amis de l'opposition essayent régulièrement de les attaquer là-dessus dans leurs journaux, mais on a décidé qu'on s'en foutait.
- Shion… Tu es sûr que ça ira, que ça se sache, pour nous ?
- J'assume totalement mon amour pour toi, Nezumi… répondit tendrement Shion. Et je me contrefous de ce qu'on peut en dire. Mais je te retourne la question. Est-ce que toi, ça t'ira d'être mon compagnon officiel ? D'être connu et reconnu comme tel ? Si tu veux vivre tranquille et rester anonyme, il est sûrement encore temps de s'arranger pour que l'info ne perce pas. » acheva-t-il en arrêtant de tricoter.
Nezumi grimaça, puis soupira en haussant les épaules :
« J'en sais rien… avoua-t-il. Je m'attendais pas à ça en rentrant… Je me doutais que tu étais toujours impliqué dans la reconstruction, mais pas à ce point et je n'ai pas la moindre idée de comment gérer ça… Ni même de ce que ça veut vraiment dire, d'ailleurs. Pour le moment, je veux juste vivre avec toi… »
Shion sourit doucement. Il posa son tricot sur ses genoux.
« Je suis désolé de t'imposer ça.
- Non, mais c'est moi, j'aurais dû m'en douter… À la réflexion, avec ta manie de toujours tout faire à fond,… Je vois mal comment j'ai pu ne pas penser que tu serais président. »
Ils rirent tous les deux, puis Nezumi se pencha pour embrasser Shion :
« Tu sais quoi, dit-il. Laissons faire les choses… Il sera temps de régler les problèmes quand ils se présenteront. Je sais que tu préfères anticiper, mais tu dois avoir autre chose à faire, non ?
- Je ne manque pas de boulot, tu as raison. »
Ils s'embrassèrent encore.
« Mon grand-père m'a appris à vivre dans le présent et à faire avec les choses, bonnes ou mauvaises, quand elles sont là. Après, c'est trop tard, avant, c'est trop tôt, continua Nezumi.
- Ton grand-père ? releva Shion.
- Oui. Il est mort cet automne. »
Shion regarda Nezumi, stupéfait :
« … Tu veux dire ?…
- Oui. C'est à ses côtés que j'ai passé ces trois ans. »
Shion avait certainement ahuri que Nezumi rit à nouveau.
« Tu as retrouvé ton grand-père ?…
- Et un oncle, trois tantes et pas mal de cousins et cousines…
- Mais c'est génial !
- Ouais… En fait, mon peuple était organisé en une quinzaine de tribus… Deux ont échappé au génocide. Je suis bien le seul survivant la mienne. Mais celle de mon grand-père était plus loin dans les montagnes… Et ils ont pu être prévenus à temps et s'enfuir.
- Je vois… Je suis très heureux pour toi que tu aies retrouvé tout ça... »
Shion se leva :
« Tu m'excuses une minute… J'ai un gros pipi sur la conscience…
- Je t'en prie ! »
Nezumi regarda son ami disparaître dans les toilettes de sa chambre. Elle avait bien poussé, sa petite fleur… Il devait être aussi haut que lui ou pas loin. Et le peu qu'il avait caressé son corps lui avait montré que ce dernier était bien plus musclé… Shion avait dû se mettre au sport.
Il était plus magnifique que dans ses rêves.
Aki, je suis heureux que tu sois revenu, même si tu ne veux pas rester.
Comment tu le sais, Grand Père ?
Je le sais, notre Mère me l'a dit… Mais ce n'est pas grave. Profitons du temps que nous avons, j'ai tant à t'apprendre… Tu auras le reste de ta vie pour être heureux avec ton Hitoshî.
Avec mon quoi ?
Ton Hitoshî, ton égal. La personne que tu as choisie pour partager ta vie… C'est bien parce que quelqu'un t'attend que tu ne resteras pas ici, n'est-ce pas ?… Oh, ne rougis pas, Aki. C'est une très belle chose d'avoir un Hitoshî.
Nezumi souriait doucement, rêveur. Tu avais raison, Grand Père, avoir un Hitoshî, c'est une très belle chose.

À suivre dans la chapitre 04 : Ma place dans ta vie.

Notes explicatives diverses :
En partant du principe que No°6 était une ville japonaise, j'ai rematé ma carte du Japon et décidé unilatéralement qu'elle avait été construite sur les ruines de Kyoto. Pourquoi Kyoto ? No°6 n'est pas un port, ça ne peut donc pas être Tokyo, et puis, la présence de montagnes, en particulier au nord, n'allait très bien pour y situer le peuple de Nezumi. Le « petite mer » qu'il dit avoir contourné est donc en fait le lac Biwa, situé au nord-ouest de la ville, dans la préfecture de Shiga, connue pour ses temples, d'où aussi les ruines auxquelles il fait allusion.

Je fais naître notre rat préféré le 22 septembre 2001, soit le jour de l'équinoxe d'automne de cette année-là (d'où son prénom). Pour ceux qui ne se savent pas, l’anniversaire de Shion est le 7 septembre dans le roman et donc le manga. Pour ce qui est de l'année, j'ai lu je ne sais plus où que les deux garçons se rencontraient en 2013, le jour des 12 ans de Shion, c'est ce qui me fait placer leur année de naissance en 2001, logiquement.

Dernier point que la plupart d'entre vous savent sûrement, au Japon la majorité est à 20 ans. À ce stade de ma fic, nos deux tourtereaux sont donc effectivement encore mineurs.





_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Ame



Féminin Age : 37
Nb de messages : 1038

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mer 28 Déc 2011 - 0:30

Ohhh !! Baba à quand la suite ???? *__*
( Début du grand harcelage par Ame... petitrire )

_________________
Some say the world will end in fire, Some say in ice,
From what I've tasted of desire, I hold with those who favors fire.
But if it had to perish twice, I think I know enough of hate,
To say that for destruction ice, Is also great
And would suffice. R. Frost
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 30 Jan 2012 - 2:09

No°6 - Après
Chapitre 04 : Ma Place dans ta vie


Il pleuvait des cordes cette nuit-là. Les rues d'Utopia étaient désertes et la silhouette titubante du jeune homme était bien la seule depuis des heures à passer par là.
Il était complètement ivre. Ses cheveux bruns aux étranges reflets bleutés dégoulinaient de pluie, mais il était impossible de savoir si son visage, lui, ruisselait à cause d'elle ou de ses larmes.
Larmes de rage ou de peine... Il ne le savait plus. L'alcool nageait dans sa tête et il ne savait pas où il était, l'heure, ni plus rien, à part qu'il avait envie de tout détruire, à commencer par lui-même, à commencer par celui qu'il haïssait ce soir-là autant qu'il l'avait aimé.
Il donna un grand coup de pied dans une poubelle en hurlant :
« CONNARD T'AVAIS PAS LE DROIT DE ME DIRE ÇA !!!! »
Le choc lui fit perdre le peu d'équilibre qui le lui restait et il s'écroula dans les flaques.
« … T'avais pas le droit... »
Il sanglota.
« ...Je te déteste... »
Une porte s'ouvrit derrière lui et une voix de femme s'écria :
« Mais qu'est-ce que vous faites là !... Il faut vous mettre à l'abri... »
Qu'est-ce que je fais là... 
Comment ça a pu arriver...
Shion, qu'est-ce qui s'est passé ?... 

*********

Hôpital Nord, 1er étage, chambre 42, trois semaines plus tôt.

Shion était donc aux toilettes et la porte de la chambre s'ouvrit. Nezumi tourna la tête pour voir une toute petite frimousse pointer son nez. Intrigué, Nezumi pencha la tête pour voir un immense sourire éclairer la petite bouille et un instant plus tard, un petit bonhomme courrait vers le lit en criant :
« Zumiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!! »
Nezumi resta bête alors que l'enfant grimpait à toute vitesse sur le lit pour lui sauter au cou :
« Zumi Zumi tu es 'evenu !!! »
Nezumi fit la moue, puis la lumière se fit enfin dans son esprit fatigué et un sourire naquit sur ses lèvres :
« C'est toi, Haru ?
- Oui !
- Et ben t'as pas oublié de grandir, toi… »
Il ébouriffa la petite tête châtain. Puis il regarda Karan qui arrivait à son tour, un gros sac à la main.
« Enfin réveillé, Nezumi ! dit-elle joyeusement en posant le sac au sol. Comment te sens-tu ?
- Bonjour, Karan. Ça commence à aller mieux, merci. Et v... Et toi, ça va ?
- Très bien !… »
Elle l'embrassa et le serra maternellement dans ses bras :
« Je suis très heureuse de te revoir ! »
Shion ressortit des toilettes :
« Ah, vous voilà... Bonjour. »
Haru bondit du lit en un battement de cils pour courir vers Shion :
« S'ion ! S'ion ! Zumi est 'evenu ! »
Shion s'accroupit pour prendre l'enfant dans ses bras.
« Oui, mon bébé.
- Tu es content ?
- Oui, je suis très content.
- Tu vas plus pleurer alors ? »
Shion rigola et serra fort son fils dans ses bras. Il vint embraser sa mère puis s'assit au bord du lit, près de Nezumi, l'enfant dans les bras, regardant sa mère qui avait repris le sac et le posait cette fois sur la table :
« Je t'ai apporté tout ce qu'il faut, Shion...
- T'es vraiment une maman parfaite... »
Nezumi passa ses bras autour de Shion et se serra contre son dos :
« File te doucher au lieu de dire des bêtises ! » gronda Karan.
Shion rigola :
« Tu permets que je t'abandonne un quart d'heure, Nezumi ?
- Je pense que je survivrai... Je n'ai pas souvenir d'une belle-mère trop insupportable... »
Ils rirent de bon cœur, puis Shion se leva et mit Haru dans les bras de Nezumi :
« Alors à tout de suite ! »
Le garçon prit des vêtements propres et fila dans la salle de bain de la chambre. Karan s'assit au bord du lit. Haru passa ses petits bras autour du cou de Nezumi et lui fit un gros bisou sur la joue.
« Zumi, je suis content que tu es revenu ! »
Nezumi regarda le garçonnet avec surprise, puis eut un petit sourire :
« Merci, Haru… »
Nezumi se sentait un peu mal à l'aise de cette démonstration d'affection. Karan lui souriait gentiment et dit :
« Tu as bien grandi…
- Il paraît, oui…
- Tu as trouvé ce que tu étais parti chercher ?
- Oui.
- C'est bien. »
Le sourire de Karan s'élargit.
« Shion n'a pas cessé de t'attendre…
- Il n'était pas le seul… »
Haru continuait son câlin et Nezumi soupira :
« Ça a été très long pour moi aussi.
- S'ion il pleurait la nuit des fois… » intervint Haru.
Nezumi soupira encore :
« Ça m'est arrivé aussi… »
Haru le regarda en faisant la moue et lui fit un autre bisou :
« Mais tu es 'evenu !… Alors vous allez plus pleurer… »
Nezumi serra l'enfant dans ses bras avec un petit sourire, et ce dernier s'exclama soudain :
« Zumi, tu as un dessin sur le bras… »
Nezumi eut un sourire et remonta la manche droite de son pyjama :
« Tu parles de ça ? »
Sur la peau du garçon, entre son épaule et son coude, était tatouée une longue inscription presque totalement illisible. En fait, ça ressemblait plus à un amas de gribouillis au milieu desquels on ne voyait clairement que deux Kanji : celui du vent et celui du protégé, ou du protecteur.
Karan et Haru regardèrent ça avec curiosité et intérêt.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Karan.
- Une vieille prière… »
La porte de la chambre s'ouvrit brusquement sur Yui qui entra en coup de vent, la referma aussitôt et s'appuya contre en rigolant.
Nezumi et Karan échangèrent un regard sceptique en le regardant forcer pour la maintenir fermée, alors que visiblement, quelqu'un tentait de l'ouvrir du dehors. Puis la porte cessa de trembler et Yui, qui rigolait toujours, s'immobilisa, tendant l'oreille, les deux mains toujours sur la poignée et ouvrit grand la porte en se poussant bien.
Adrian s'étala sur le sol.
Yui referma la porte et se pencha, tout sourire :
« Voilà, mon coeur ! »
Karan et Nezumi se regardèrent encore, stupéfaits, puis éclatèrent de rire alors que le grand soldat se relevait en pestant. Haru regardait les deux arrivants avec de grands yeux, puis agita la main en leur souriant :
« Bonjour tonton Yui ! Bonjour tonton Adrian !
- Bonjour, Haru, répondit Yui.
- Vous avez vu, Zumi est 'evenu ! »
Adrian jeta un regard noir à Yui :
« Toi, attends ce soir et on réglera ça.
- Je t'avais dit que je me vengerais si tu mangeais le dernier toast ce matin. » répliqua Yui en lui tirant la langue.
Le grand borgne s'avança vers le lit en tendant la main à Nezumi :
« Content de te voir enfin réveillé, le rongeur !
- Salut, Freedom, répondit Nezumi en la lui serrant. Ça va ?
- La forme ! Tu te souviens d'Adrian ?
- Oui, oui… »
Le grand soldat s'approcha derrière son ami et serra également la main de Nezumi en lui disant :
« Et ben, tu te seras fait désirer, gamin.
- Fous-lui la paix, Adrian… Bonjour, Karan. Comment va notre future maman ?
- Très bien ! répondit-elle. Le traitement est très efficace, les nausées ont complètement disparu !
- Vous êtes enceinte ? ! sursauta Nezumi avant de se reprendre : Euh, pardon… Tu es… ?
- Oui ! approuva-t-elle joyeusement. C'est tout récent, on le sait depuis avant-hier…
- Ah, c'était ça… soupira le garçon, pensif.
- Quoi ? le relança Karan.
- Euh, bredouilla Nezumi. Rien je vous… Je te trouvais un peu différente… »
Adrian s'assit alors que Yui allait jeter son oeil par la fenêtre.
« Où est Shion ? demanda Adrian.
- Il se douche… répondit Karan. Vous aviez quelque chose à voir avec lui ?
- Adrian, oui, répondit Yui en se retournant vers eux. Moi, je venais juste saluer mon ami rongeur. »
Il continua, tout content :
« Ça me fait vraiment super plaisir de te revoir, toi ! Et entier, en plus !
- Ça me fait plaisir de te revoir aussi, Freedom… Il paraît que tu gères les renseignements ?
- Ouais !
- Avec tes anciens gars ?
- En partie. Zento te donnait le bonjour. »
Nezumi sourit :
« Ah, tu lui rendras… Il va bien ?
- Ouais, ouais… Son efficacité est toujours aussi inversement proportionnelle à la qualité de son humour…
- Toujours un humour de merde, donc, traduisit Nezumi en rigolant.
- C'est ça… »
Shion revint, vêtu d'un jean et d'un T-shirt gris trop large, et s'essuyant la tête avec énergie et une serviette. Il chantonnait.
« Tiens, mes deux fidèles et loyaux subordonnés ! s'exclama-t-il en passant la serviette à son cou. Ça fait plaisir de vous voir, qu'est-ce qui vous amène ?
- Le fidèle et loyal général a à parler à son bien-aimé président, répondit Yui.
- Et le fidèle et loyal responsable des services de renseignements passait juste voir son ami convalescent, ajouta Adrian.
- OK, le bien-aimé président est tout ouïe, général. Que puis-je pour toi ?
- J'ai reçu un appel officieux d'un vieil ami de mon père, diplomate à N°2…
- Sullivan continue à monter son armée ?
- Il a entamé des négociations avec Téhéran à propos d'avions très longue distance… Officiellement pour son aviation civile, bien sûr. »
Shion soupira, un petit sourire las aux lèvres :
« Tellement prévisible que ce n'en est même pas drôle…
- Il y a de fortes chances que le cheikh laisse faire.
- Je vais voir ça avec son fils. Ça peut au moins nous faire gagner du temps. »
Haru câlinait toujours Nezumi qui regardait tour à tour Shion et Adrian. Yui le vit et lui dit :
« On a quelques soucis avec N°2…
- C'est qui, ce Sullivan ? lui demanda Nezumi, sourcils froncés.
- Tu veux la version officielle ou la vraie ?
- Commence par l'officielle ?
- C'est l'admirable président réélu depuis 37 ans à la tête de N°2…
- OK. Et en vrai ?
- Hmmm… Pour te situer, il était super pote avec les anciens maîtres de N°6.
- Ah oui, ça situe pas mal, reconnut Nezumi.
- Donc, c'est pas vraiment la franche amitié avec nous.
- Je m'en doute. »
Nezumi pensa que Shion devait aussi avoir à gérer une diplomatie bien lourde…
« Il est pas gentil, Sullivan, dit Haru. Il aime pas S'ion… »
Nezumi regarda l'enfant avec surprise. Haru insista :
« Si, c'est vrai ! »
L'entendant, Shion sourit et vint caresser la tête de son fils adoptif :
« Laisse Nezumi atterrir, mon bébé. On lui expliquera ça tranquillement…
-Mais c'est vrai qu'il t'aime pas, Sullivan !
-C'est vrai, mais c'est pas grave. »
Il sourit encore.
« On embêtera Nezumi avec tout ça plus tard. »
Karan et Haru repartirent bientôt. Yui et Adrian restèrent un moment. Shion se mit sans trop faire attention à parler boulot avec eux sans qu'aucun des trois ne réalise vraiment que Nezumi se retrouva totalement exclu la conversation en deux phrases.
Nezumi était fatigué. Il se cala vite dans les bras de Shion, écoutant en silence cette conversation à laquelle il ne comprit strictement rien, à part qu'il y avait un Conseil et dedans des gens qui faisaient bien chier.
Tout ceci lui semblait bien loin du calme de ces montagnes.

*********

Shion avait beau fredonner en conduisant, Nezumi le devinait un peu nerveux. Le soleil printanier était encore frais, mais rayonnant. Utopia était tranquille, en ce samedi après-midi, et Shion ramenait son Nezumi à la maison.
Les médecins avaient en effet jugé que si ce dernier avait encore besoin de repos, n'importe quel lit lui irait pour ça et plus nécessairement un lit d'hôpital.
Karan ramènerait Haru en début de soirée pour laisser aux deux tourtereaux quelques heures tranquilles.
Nezumi regardait la ville, en caressant d'une main distraite les souris sur ses genoux. Utopia était propre sans être immaculée, calme sans être fliquée, un endroit simplement vivant où on se sentait bien pour de vrai, et pas une illusion de perfection.
N°6 n'existait plus.
Reconnaissant d'ailleurs le centre-ville, Nezumi chercha machinalement du regard la « Goutte de Lune », l'ancien centre du pouvoir de la ville. Le voyant se pencher, Shion lui demanda :
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Elle est pas par la, la Goutte de Lune ?
- Elle était, oui. Juste là, à ta droite. Tu reconnais ? C'est le parc, elle était au centre…
- Était ? releva Nezumi.
- On n'en a fait un gros tas de gravats à grand renfort de dynamite ! »
Nezumi regarda avec surprise un Shion tout souriant à ce souvenir :
« Depuis le temps que j'en rêvais… »
Nezumi se souvint que Shion lui avait dit, un jour dans leur cave, qu'il avait toujours détesté ce bâtiment qui lui faisait penser à une verrue au beau milieu d'un visage.
« … Un rêve d'enfance ? sourit Nezumi.
- Oui !… Avec pour alibi qu'il fallait un symbole fort du changement de pouvoir, surtout pour les habitants de Bloc Ouest… Et puis, je voudrais être sûr qu'il ne puisse rien rester de Mother, ni de trace des tiens ou d'Elyurias… »
Cette dernière phrase surprit un instant Nezumi, puis il hocha lentement la tête. Shion ajouta :
« Et le bâtiment a été privé d'électricité et sous surveillance entre la chute du Mur et sa destruction…
- Et la puce ?
- Je l'ai détruite avant de revenir ici… Quand nous nous sommes séparés, en sortant du Centre Pénitentiaire.
- Donc, normalement, tout a disparu ?
- D'après Adrian, les chercheurs de N°6 n'avaient pas d'autres laboratoires. Il a tout fait vérifier, et Yui n'a rien trouvé de plus. »
Shion s'arrêta un feu rouge, et comme Nezumi ne disait rien, il le regarda. Son ami avait froncé les sourcils, sombre. Shion n'aimait pas lui voir cet air.
« Nezumi ?…
- Il faudra qu'on reparle de tout ça au calme… »
Shion haussa un sourcil, mais il dût redémarrer. Nezumi caressait toujours les souris installées sur ses genoux et dit :
« Tu n'as toujours pas trouvé de nom à ma petite souris noire ? »
Shion réfléchit une seconde.
« Encre. » Dit-il.
Nezumi sourit et prit la petite bête dans sa main :
« Qu'est-ce que tu en dis ? »
Elle couina joyeusement.
« Ça lui va. » traduisit Nezumi.
Shion sourit aussi et dit doucement :
« On arrive, mon joli rat… »
Nezumi regarda, curieux, la petite rue tranquille, bordée de maisons anciennes, le plus souvent au fond d'un jardin coquet.
« Ça fait très européen, nota-t-il.
- C'est l'ancien quartier français, lui répondit Shion.
- C'est joli… Pourquoi tu t'es posé là ?
- Un pur hasard… L'ancien propriétaire de la maison il me l'a léguée quand il a su, je ne sais pas comment, que je cherchais un logement… »
Shion s'arrêta devant un portail blanc et utilisa un petit bipeur. Le portail s'ouvrit et il s'engagea sur l'allée en sifflotant. Il s'arrêta à nouveau devant le garage et rebipa pour ouvrir ce dernier.
« Descends là, si tu veux… Dégourdis-toi les jambes pendant que je rentre la voiture ? »
Nezumi hocha la tête et descendit du véhicule. Il regarda autour de lui.
Le jardin était grand, devant une maison à deux étages, dont un en mansarde apparemment. La façade était en pierre, percé de deux fenêtres à droite de la porte d'entrée excentrée et une à sa gauche au rez-de-chaussée, quatre au premier et deux au deuxième, sous le rebord du toit. Il y avait deux velux sur ce dernier.
Un lierre épais couvrait toute la partie droite de la façade. Un banc de fer rouillait entre les deux fenêtres. À gauche de la maison, un petit garage où Shion rangeait la voiture.
Le jardin était laissé à l'abandon. La pelouse était envahie de mauvaises herbes, la haie qui le cachait de la rue n'avait pas dû être taillée depuis un moment et on devinait de vieux parterres de fleurs à certains endroits.
Par contre, le grand arbre planté presque au milieu se portait très bien et en ce jour printanier, il commençait à bourgeonner sagement.
Nezumi le trouva à la fois magnifique et rassurant. Il sourit alors qu'Encre venait se nicher sur son épaule, un peu intimidée de ce lieu inconnu, alors que Cravate et Lueur de Lune suivaient Hamlet, Macbeth et Juliette qui allèrent attendre devant la porte.
Shion rejoignit Nezumi :
« Le jardin te plaît ?… C'est un peu la jungle, je n'ai pas du tout le temps de m'en occuper.
- Cet arbre est superbe.
- Moui… Je l'aime beaucoup aussi. Tu viens voir la maison ? »
Nezumi laissa Shion lui prendre la main et l'entraîner vers la porte. Hamlet, assise sur son postérieur, couina impérieusement. Nezumi rigola :
« Eh, reste polie, tu veux, petite impatiente ! »
Shion avait ouvert la porte et ils laissèrent les souris entrer à toute allure. Encre couina sur l'épaule de Nezumi qui lui sourit :
« Notre nouvelle maison, Encre. »
Il caressa la petite tête noire :
« On y sera bien, ne t'en fais pas. »
Nezumi suivit Shion et découvrit un couloir à l'entrée duquel se trouvait un portemanteau. Shion enleva sa veste et ses chaussures en disant :
« Je t'avais acheté des pantoufles… J'espère qu'elles t'iront…
- Ah, merci… »
Nezumi le regarda ouvrir le tiroir d'un petit meuble à côté et en sortir une paire de pantoufles vert sombre :
« … En fait, j'avais récupéré ta paire à la cave, mais j'ai pensé qu'elles ne t'iraient plus… »
Nezumi avait enlevé ses bottes. Il prit ses pantoufles et sourit :
« Merci, Shion.
- De rien… Elles te vont ? »
Nezumi les enfila et hocha la tête :
« Ça a l'air… »
Shion sourit et regarda Nezumi. Ce dernier avait remis, à défaut d'en avoir d'autres, les vêtements qu'il avait lorsqu'on l'avait hospitalisé.
Shion trouvait qu'ils lui allaient très bien, tous atypiques qu'ils étaient ici.
Nezumi s'étira et enleva l'espèce de long poncho noir délavé qu'il portait par-dessus la longue tunique anthracite nouée à la taille par une ceinture de cuir et l'ample pantalon noir. Il suspendit le poncho au portemanteau, à côté de la veste de Shion, et y accrocha également la longue étole bordeaux sombre qu'il avait autour du cou.
Sur le carrelage du couloir, Encre rejoignit timidement les huit autres souris. Shion reprit :
« Nezumi, je te présente Iago, la teigne rousse, Roméo, l'albinos et Ophélie, la dorée… »
Omae arriva en bâillant du salon et s'approcha en remuant la queue, tranquille.
« Et voilà notre vieille Omae… »
Nezumi s'accroupit devant la chienne et caressa sa tête. La queue remua plus vivement.
« Coucou, ma belle, tu te souviens de moi ? »
La chienne jappa joyeusement. Nezumi se redressa et Shion lui dit :
« Donc, là, c'est l'entrée !
- Jusqu'ici je te suis. »
Nezumi attrapa Shion pour le tirer dans ses bras et le serra fort. Shion se laissa faire, caressa son visage, puis glissa ses mains dans ses cheveux alors qu'ils s'embrassaient. Ils étaient désormais de la même taille à 1 ou 2 cm que Shion ne rattraperait jamais.
« On continue ?
- À ta guise, Shion.
- Alors là à gauche, c'est mon bureau… »
Shion ouvrit une porte sur une petite pièce contenant un bureau couvert d'un incroyable bazar et tout autour de lui, sauf devant la fenêtre, des étagères elles aussi débordantes de livres, de dossiers et de paperasses.
« Euh, je crois que j'éviterais d'y rentrer…
- C'est une solution à envisager. »
Shion referma la porte en rigolant et reprit la main de Nezumi pour l'entraîner plus loin dans le couloir :
« Là à gauche, après le bureau, c'est les WC…
- Ah, ça peut servir.
- Moui. Et après, ça descend à la cave, j'y range pas mal de bordel… Et en face, là… »
Shion lui montra l'ouverture, face aux toilettes :
« Le salon… Enfin, salon et salle à manger. »
Nezumi entra dans la pièce, grande et claire, car éclairée par trois fenêtres, les deux de la façade et une sur le côté, face à l'entrée.
Le regard argenté fit le tour de l'endroit : tout de suite à sa gauche dans l'angle, la commode sur laquelle était posée leur photo (il sourit), un peu plus loin, le large meuble télé face au canapé. Dans l'angle, un vieux piano doré… Nezumi sourit encore, cette fois ému.
« … Mon piano ?… »
Les mêmes partitions accrochées au mur, à gauche et autour de l'instrument.
Nezumi s'approcha, caressa les partitions du bout des doigts, effleura quelques touches…
À droite du piano, la fenêtre, et à droite de la fenêtre, une grande étagère haute et couverte de livres. Devant elle, deux fauteuils et derrière eux, la grande table et ses huit chaises. Les deux fenêtres, de ce côté, étaient masquées par de légers rideaux blancs. Entre elles se dressait une grande horloge. Dans le dernier angle se trouvait quelque chose qui fit cette fois sursauter le garçon :
« C'est pas vrai ? ! »
Un vieux poêle à bois ocre…
Nezumi se tourna, stupéfait, vers Shion qui le regardait avec douceur :
« … C'est… ?
- Oui, oui. C'est lui… Sauf que maintenant, il est électrique. »
Nezumi se gratta la tête, mi-amusé, mi-gêné :
« Tu as récupéré tout mon bordel ou quoi ?
- Tu veux voir ? répondit Shion avec un grand sourire, les yeux pétillants.
- Tu m'inquiètes… »
Shion éclata de rire et vint prendre ses mains pour l'entraîner :
« Viens ! »
Nezumi le laissa le guider jusqu'à l'escalier, sans passer par la dernière pièce du rez-de-chaussée. Ils montèrent au premier étage, mais Shion ne s'y arrêta pas, emmenant directement Nezumi au second. Il s'arrêta en haut du deuxième escalier, devant la porte de la pièce et se tourna vers son ami, tout sourire :
« Tu fermes les yeux ?
- Tu m'inquiètes vraiment, là…
- S'il te plaît ?
- Bon, d'accord.
- Promis ?
- Promis. Je triche pas. »
Nezumi ferma donc les yeux et entendit la porte s'ouvrir, puis il sentit la main de Shion reprendre la sienne, il monta les deux dernières marches et entra dans la pièce. Il devina que Shion allumait la lumière, mais l'odeur du lieu le fit à nouveau sursauter.
« Tu peux ouvrir les yeux ! » chantonna Shion.
Nezumi obéit, incrédule, et resta bête lorsque ses yeux lui confirmèrent ce qu'il avait senti : à l'exception du piano et du poêle, il ne manquait rien à cette pièce. Elle est l'exacte réplique, sous les combles, de leur cave, de l'endroit où ils avaient vécu le premier hiver de leur histoire…
Le lit au fond, le canapé, la petite table… Et les immenses bibliothèques débordant de livres.
Nezumi porta ses mains à la bouche, les larmes lui montaient aux yeux. Le voyant, Shion rosit et détourna les yeux, gêné.
« … Ça te fait plaisir… ? »
Il se retrouva en un battement de cils entre les bras de Nezumi, contre sa poitrine, et l'entendit murmurer :
« Tu es vraiment un idiot… »
Nezumi renifla et ajouta :
« Merci. »
Shion se blottit contre lui, ferma les yeux et l'étreignit doucement :
« De rien… Tu sais, si j'avais pu, c'est là-bas que je t'aurais attendu… »
Nezumi lâcha Shion et fit quelques pas dans la pièce :
« Tous mes livres sont là ?
- Moui !… Tu en parleras à Adrian, je crois qu'il a encore mal au dos en y repensant. »
Nezumi rigola et Shion lui sourit encore :
« Tu veux les compter pour être sûr ?
- J'ai jamais su combien j'en avais…
- 4607. »
Nezumi regarda Shion un instant, puis exposa de rire. Shion lui tira la langue avant d'ajouter :
« 4619 avec les doublons. »
Nezumi le prit à nouveau dans ses bras et l'embrassa doucement :
« Tu es un grand malade, toi.
- Je sais ! » répondit joyeusement Shion.
Nezumi bâilla. Le voyant, Shion caressa sa joue :
« Tu veux allonger un peu ?
- Ça peut être une bonne idée.
- Viens, alors, je vais te montrer notre chambre. »
Ils redescendirent à l'étage inférieur. Shion lui montra la porte, un peu plus loin, dans le couloir qui partait à droite
: « C'est là… »
Nezumi entra. La chambre était grande. Face à la porte, un énorme dressing noir, à sa gauche, le grand lit, défait à droite, encadré de deux tables de nuit en bois sombre. Au-delà du lit, un bureau devant une fenêtre. Au pied du lit, une grande armoire brune. Les murs étaient clairs. Avisant une porte tout de suite à droite de celle de l'entrée, Nezumi jeta un oeil interrogatif à Shion qui répondit :
« Une salle de bains… Il y en a deux, celle-là, c'est la plus grande, il y a une baignoire. »
Nezumi bâilla à nouveau en hochant la tête. Shion lui sourit avec tendresse :
« Couche-toi un peu, on n'est pas pressé. »
Nezumi hocha encore la tête et demanda doucement :
« Tu te couches avec moi ? »
Shion le regarda en biais avec un petit sourire :
« Tu penses à quoi, toi, là ?
- À rien qui ne te ferait très plaisir, ma petite fleur… » répondit innocemment Nezumi.
Le téléphone posé sur la table de nuit la plus proche d'eux sonna. Shion alla prendre le combiné.
« Oui, j'écoute… Oh, bonjour, maman. Oui, oui, on est bien rentré, on visitait la maison. »
Il s'assit machinalement au bord du lit.
« … Il a l'air… »
Nezumi va se coucher derrière lui.
« … Oui, oui… Un peu fatigué, mais ça va. »
Shion fit la moue en sentant une main glisser sur son dos.
« … On n'est pas pressé… Tout se passe bien chez vous ?… »
Shion jeta un oeil sévère derrière lui en sentant une seconde main sur sa cuisse. Nezumi était allongé sur le flanc et le regardait avec un petit sourire et des yeux mi-clos, mais bien réveillés.
« … Oui ?… Ah, Jacques sera avec vous ?… Oui oui, non, aucun problème… Ça me fera plaisir de voir le père de mon petit frère ou de ma petite soeur… »
Les mains commencèrent à se faufiler, une sous la chemise de Shion après l'avoir un peu sortie de son pantalon, et l'autre plus haut sur la cuisse. Shion lança un nouveau regard sévère à Nezumi dont le sourire s'était élargi.
« … On vous attend à quelle heure alors ? » continua Shion en tentant de se relever.
Deux bras l'en empêchèrent sans lui laisser la moindre chance.
« Pour dîner ?… Ah, Jacques finit à 17h et vous venez après, d'accord… »
Shion s'était assis à nouveau et fit signe Nezumi d'arrêter son pelotage, mais son ami se contenta de lui tirer la langue.
« … D'accord, pas trop avant 18h30, pas de problème. Hein ?… »
La main sur sa cuisse se glissa sous la chemise pour aller caresser son ventre.
« Non, non, n'apportez rien, c'est pas la peine. C'est pour te remercier d'avoir gardé Haru et d'être venue nourrir la ménagerie, je vous invite. Oui, oui… D'accord. À tout à l'heure, maman. Embrasse Haru pour moi. »
Shion n'eut que le temps de raccrocher qu'il se retrouvait tiré sur le lit. Le combiné tomba sur le tapis.
« Nezumi ! râla Shion.
- Quoi ? » roucoula l’interpellé.
Il regarda Shion, dressé au-dessus de lui, sur ses bras. Il caressa son visage :
« Shion, j'ai très envie de toi.
- Tu dois te reposer…
- J'aurais tout le reste l'après-midi pour dormir… »
Nezumi sourit tendrement :
« Si tu as peur de m'épuiser, il suffit que tu y ailles doucement… »
Shion soupira et sourit enfin. Il se pencha et murmura :
« Mon joli rat est en manque d'affection…
- Tout à fait… »
Shion l'embrassa.
« Pôv' petit rat… »
Le baiser se fit plus profond et Shion se coucha sur Nezumi. Les mains de ce dernier reprirent leur exploration sub-chemisesque et celles de Shion dénouèrent la ceinture de cuir et la retirèrent doucement. Les lèvres du jeune président bécotèrent le menton de son amant, puis descendirent sur sa gorge. Nezumi gémit en déboutonnant la chemise et en l'écartant. La chemise vola et la tunique prit rapidement le même chemin. Ils s'étreignirent, s'embrassant encore, puis se regardèrent. Nezumi caressa encore le visage de Shion :
« … Tu m'as tellement manqué… »
Shion murmura :
« T'as pas intérêt à partir encore une fois…
- Plus jamais. »
Ils s'embrassèrent encore.
« … Ensemble jusqu'en enfer, Shion…
- Quoi qu'il arrive, Nezumi. »
Spoiler:
 
Un petit moment passa, puis Shion frissonna, ce qui le tira de sa torpeur. Il se redressa doucement. Nezumi dormait, un grand sourire aux lèvres. Shion sourit avec tendresse. Il se leva en faisant très attention à ne pas le déranger, le recouvrit de la couette, et resta un moment, assis au bord du lit, à le regarder. Il trembla encore et se leva. Il avait du ménage à faire et un bon dîner à préparer… Mais avant tout, une bonne douche.
Shion ouvrit le dressing sans un bruit, il n'avait pas envie de se casser la tête. Il prit un simple yukata gris bleu, un boxer propre, se dit que ça irait très bien et sortit. Il alla dans la seconde salle de bain, en fait un simple cabinet de douche, la première pièce à l'étage quand on arrivait du rez-de-chaussée. Entre elle et la chambre se trouvaient deux autres pièces : une salle de jeux qui servait aussi de chambre d'ami et la chambre d'Haru.
Shion redescendit en sifflotant. Une bonne petite soirée en famille… Une famille enfin complète. Et demain, un dimanche tranquille… Et il n'avait surtout pas envie de se rappeler qu'il retournait travailler au palais le lundi.
Il rangea le salon en chantonnant. Puis, il passa la cuisine, pièce tout en longueur et très bien équipée.
Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu l'occasion de préparer un vrai repas, ce qui lui manquait, car il aimait beaucoup cuisiner.
Il s'attela donc à la tâche avec énergie. Rapidement, il fut cerné par plusieurs souris intéressées par d'éventuels déchets divers, sans doute dans l'unique but de ne pas encombrer inutilement la poubelle…
Il faisait frire des beignets de poulet en sifflotant lorsqu'il entendit, au-dessus de lui, Nezumi se lever. Il sortit son beignet de l'huile bouillante, éteignit la plaque sous cette dernière et remonta à l'étage.
Nezumi était occupé à ramasser ses vêtements éparpillés à droite à gauche dans la chambre.
« Bien dormi, Nezumi ? »
Nezumi le regarda. Il avait l'air fatigué, mais sourit :
« Oui, il est bien, ce lit…
- Moui. »
Shion s'approcha de Nezumi et passa ses bras autour de lui, tout sourire :
« Un grand lit pour nous… »
Le sourire de Nezumi s'élargit.
« Tu veux des vêtements propres ? lui demanda Shion.
- Euh, tu en as pour moi ?
- Un peu… Ça m'arrivait d'acheter des habits quand je me disais qu'ils t'iraient ou qu'ils te plairaient… Pour le reste, j'ai des vêtements un peu trop grands et larges pour moi, donc qui devraient t'aller… »
Shion entraîna vers le dressing et ouvrit les portes :
« Voilà ! Sers-toi. Ce que j'ai pour toi, c'est le rayon de droite. »
Il n'y avait pas tant de choses, mais Nezumi était stupéfait par l'idée que Shion pensait à lui au point de se dire en passant dans un magasin de vêtements : « Tiens, ça lui irait bien ça… ».
Il regarda ça avec curiosité. Cinq T-shirts, un vert sombre, un ocre, trois noirs, dont un avec sur l'avant une caricature de Hamlet tenant un crâne qui râlait : « Lâche-moi, j'ai le vertige ! », et un autre avec une petite souris grise qui regardait l'observateur avec un air dubitatif. Trois pulls, un ocre jaune léger, un noir tissé de fil argenté tout doux et qui semblait bien chaud et un noir à col roulé simple, mais à la coupe sympathique. Deux jeans noirs et un bleu. Un yukata noir aussi simple que beau. Il avait l'impression que c'était à peu près à sa taille, et de fait, ça lui plaisait plutôt.
« Merci, ma petite fleur…
- De rien, mon joli rat. »
Shion passa sa main dans les cheveux bleutés.
« Je vais continuer à préparer le repas…
- D'accord. Je me douche et je viens t'aider. »
Shion opina. Ils échangèrent un petit bisou, puis il redescendit en chantonnant. Il se remit à ces beignets. Il entendit Nezumi se laver et un peu plus tard, descendre l'escalier.
« Shion ?
- Je suis là, Nezumi. Juste en face de l'escalier. »
Nezumi entra. Il portait un jean noir et le pull à col roulé de même couleur.
« Ah,… Wahou. Jolie cuisine.
- Moui !… »
Nezumi vint dans le dos de Shion et passa ses bras autour de sa taille :
« Et qu'est-ce que tu nous mijotes de bon ?
- Salade avec beignets de poulet et croquettes de pommes de terre…
- Miam. Je peux t'aider ?
- Moui. Tu peux préparer la salade… Je vais te sortir ce qu'il faut… »
Nezumi n'eut pas le temps de protester qu'il pouvait chercher que Shion lui avait déjà tout mis sur la table. Un peu mal à l'aise, Nezumi alla prendre les légumes au frigo.
Il se sentait curieusement étranger, pas à sa place dans cette cuisine propre et moderne… Pourtant, les couleurs étaient chaudes et accueillantes, la pièce agréable et confortable.
Bah, se dit-il, il me faut un temps d'adaptation, après trois ans dans les cahutes de la forêt, c'est normal…
Ce sentiment de malaise ne le quitta pas vraiment, ce soir-là. Pourtant, tout semblait tranquille. Karan était radieuse, Jacques un peu timide, Haru tout content de rentrer. Les souris vivaient leur vie autour d'eux et Omae dormait sagement dans un coin. Était-ce à cause de ces conversations qu'il suivait mal, à propos de personnes et de choses qu'il ne connaissait pas… Il se sentait bizarrement exclu, même s'ils essayaient au maximum de tout lui expliquer. Il était fatigué et tout lui semblait incroyablement compliqué, bien loin du calme de la forêt.
Il se raisonna encore. Du temps, il lui fallait juste du temps…
Haru était tout excité. Après le dîner, il alla squatter les genoux de Nezumi, câlin, pendant que Shion préparait du thé. Le petit garçon ne voulait pas aller dormir… Il sommeillait pourtant dans les bras de Nezumi lorsque Shion revint.
Karan s'amusait à prendre des photos, ce qui n'était pas pour mettre Nezumi plus à l'aise.
Elle lui demanda gentiment, coudes posés sur la table et son visage entre ses mains :
« Nezumi, veux-tu que je te fasse un peu visiter la ville, lundi ? Je ne travaille pas.
-Ah,… Pourquoi pas, oui… balbutia Nezumi.
- Profitez-en pour lui refaire sa garde-robe… » proposa Shion en servant le thé.
Il ajouta avec un sourire :
« Je te laisserai ma carte de crédit.
- Pourquoi pas… » répéta Nezumi.
Karan et Jacques ne partirent pas trop tard, le médecin était fatigué. Nezumi coucha Haru pendant que Shion débarrassait la table. L'enfant s'endormit dès qu'il eut son bisou de bonne nuit. Nezumi resta à le regarder. Il était gentil, ce petit…
Shion arriva et, le voyant ainsi, sourit. Nezumi le regarda, se leva et le rejoignit à la porte de la chambre de l'enfant. Shion l'enlaça et se serra contre lui. Nezumi soupira et passa un bras peu énergique autour de ses épaules.
« Tu es fatigué, mon coeur ?
- Très.
- Allons vite nous coucher, alors… »
Ils fermèrent la porte sans un bruit et gagnèrent leur chambre. Ils se couchèrent rapidement, Nezumi à gauche et Shion de son côté, à droite. Nezumi était sur le dos et soupira encore en passant ses mains sur son visage. Il était épuisé. Shion éteignit la lumière et vint se blottir contre son flanc.
« Dors bien, mon joli rat.
- Toi aussi, ma petite fleur. »
La nuit fut paisible et lorsque Nezumi se réveilla, il se sentait plus en forme et songea qu'il avait bien envie de rendre à Shion la monnaie du câlin de la veille.
Avisant qu'il dormait à côté, en lui tournant le dos, il se glissa contre lui et passa un bras autour de sa poitrine… Du moins, c'est ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas senti un petit corps chaud blotti entre les bras de son amant. Visiblement, Haru était venu discrètement pour finir sa nuit contre son père.
Shion et Haru dormaient paisiblement, le même sourire tranquille aux lèvres. Nezumi se sentit atrocement de trop face à cette image de tendresse.
Il se leva sans bruit, enfila son jean et quitta la chambre.
Il descendit au rez-de-chaussée. Le jour se levait à peine et le ciel était couvert. Le salon était sombre.
Omae et plusieurs souris vinrent à sa rencontre avec joie. Encre et Cravate grimpèrent sur son épaule. Cravate couina alors qu'Encre venait se frotter à sa joue, câline. Nezumi soupira et Cravate couina encore, insistant, alors qu'Encre levait un regard dubitatif vers son humain.
« Rien, rien, finit par répondre ce dernier.
- Squik ? Squik squik… ?
- Je sais pas, Cravate… »
Il alla mollement s'asseoir sur le canapé, étendit ses bras sur le dossier et regarda le plafond.
« Squik ?
- Non, c'est pas que je regrette d'être revenu…
- Squik squik ? intervint Encre.
- Non, vraiment. Je m'attendais juste pas à tout ça… »
Il soupira.
« Chuis crevé…
- Squik ?… Squik squik squik…
- Ouais, pas faux. J'ai faim aussi. »
Voyant les autres souris qui venaient aussi le saluer, il leur demanda :
« Vous savez où Shion cache ses provisions ? »
Elles approuvèrent et le précédèrent dans la cuisine. Là, Nezumi dut vite se rendre à l'évidence : sa volonté de préparer un bon petit déjeuner se heurtait à l'équipement bien trop moderne pour lui du lieu… Le nombre de boutons sur la plaque chauffante lui arracha un profond soupir et il n'eut même pas envie d'aller voir la théière électrique…
Bon, j'en suis quitte pour attendre que Shion se réveille… pensa-t-il. Si je peux grignoter une bricole en attendant…
Il farfouilla jusqu'à trouver un paquet de biscuits, un verre et du jus de fruits dans le frigo. Puis, il retourna se vautrer sur le canapé. Curieux, il avait envie de regarder un peu la télé. Cette dernière était en veille et il ne mit que deux minutes à comprendre le fonctionnement de la télécommande. Il fit attention à laisser le son assez bas. Il était encore tôt et les diverses chaînes proposaient qui des documentaires, qui des infos, quelques-unes des dessins animés, une série, de la musique… Il y avait une bonne dizaine de chaînes. Pas si mal pour une ville si jeune. Il lui semblait se souvenir que N°6 avait 34 chaînes, toutes étroitement contrôlées par le pouvoir.
Il s'arrêta sur une chaîne d'info et trouva immédiatement le ton assez détendu. Sérieux, mais détendu. Les journalistes faisaient leur travail, mais on sentait bien qu'ils ne risquaient plus leur vie au moindre faux pas.
« … La prochaine rencontre internationale se déroulera donc à N°5 dans six semaines, annonça la présentatrice. Même si notre délégation est invitée à titre amical, notre président s'est tout de même réjoui de la démarche d'intégration d'Amsterdam. Rappelons que l'an dernier, en effet, N°4 n'avait pas invité Utopia et que Shion Seijunna n'avait dû sa participation personnelle qu'à une demande exceptionnelle du prince de Téhéran, Ahmed Ibn Ibrahim.
- On se souvient encore des réticences de Dallas, continua son collègue. N°2 a en effet clairement exprimé son refus de reconnaître la légitimité de notre gouvernement et donc sa participation aux rencontres internationales.
- La question se pose donc de savoir si la rencontre de l'an prochain se déroulera ou non chez nous, comme la règle de l'alternance le prévoit.
- Notre président a déjà fait savoir qu'il était disposé à organiser la rencontre de 2021. »
Le visage tout souriant de Shion apparu à l'écran, sous-titré : « Déclaration du 2 mars 2020 ». Une voix lui demanda :
« Monsieur le président, est-il vrai que N°5 nous a invités à l'Annuelle de mai ?
- Tout à fait. J'ai eu le plaisir de recevoir un appel de Jessica Spiele. Amsterdam invite une délégation officielle et complète à participer à l'ensemble des rencontres, certes à titre amical, mais c'est un grand pas pour nous.
- Pensez-vous que votre participation personnelle de l'an dernier ait fait bouger les choses ?
- Ça, sans aucun doute ! »
Nezumi n'entendit pas la suite, car Haru pointa son nez dans le salon. Mais avant même que Nezumi n'ait le temps de le saluer, l'enfant se mit soudain à pleurer et fila en courant. Nezumi resta pétrifié. Puis, il se reprit, se leva et sortit prudemment du salon.
Shion descendait l'escalier tranquillement, l'enfant gémissant dans les bras.
« Allons, allons, c'est pas grave, Haru… On mangera autre chose au goûter, c'est tout.
- Shion ? l'appela Nezumi. Qu'est-ce qui se passe ? »
Shion lui sourit en arrivant en bas :
« Bonjour, mon chéri.
- Bonjour… Qu'est-ce qu'il y a ?
- Il semblerait que tu aies mangé le dernier paquet de ses biscuits préférés, qu'on gardait pour le goûter de cet après-midi… »
Nezumi détourna les yeux et se gratta la tête, navré :
« Ah… Désolé… J'avais faim et c'est tout ce que j'ai trouvé… »
Le sourire de Shion s'élargit et caressa d'une main la joue de son amant :
« C'est pas grave, mon chéri… Tu as encore faim ?
- Euh, oui… »
Haru jeta un oeil fâché à Nezumi en se blottissant encore plus fort contre Shion.
« … Je suis vraiment désolé, Haru… Je savais pas… bredouilla Nezumi.
- Tu nous feras des crêpes, pour ta peine, ça te va ? proposa Shion en reposant Haru qui leva aussitôt un regard tout brillant vers eux :
- Avec la confiture de Mamie ?
- Ben sûrement, s'il en reste. »
Le conflit apaisé, Shion entra dans la cuisine en disant :
« Bon, pour ce matin… Je crois que j'ai des oeufs, de la soupe miso, et de la salade… J'avoue que j'ai la flemme d'aller chercher des croissants, là.
- On va 'egarder les dessins animés ? demanda Haru en le suivant.
- Quand on aura mangé, Haru.
- Tu peux me montrer comment marchent tes plaques de cuisson ? demanda Nezumi en entrant à son tour.
- Bien sûr, mon coeur. »
Ils mangèrent tranquillement à la petite table de la cuisine, puis ils allèrent se poser sur le canapé. Shion sourit en se voyant répondre encore à des journalistes, au sujet cette fois des réformes agricoles. Il zappa en demandant :
« Tu regardais les infos ?
- Oh, comme ça… Ça causait des rencontres entre les villes, là…
- Ah, les Annuelles… Ça, c'est le gros chantier du moment. Ça dure 10 jours par an et c'est un sacré bazar ! C'est plutôt bien que j'ai pu y aller en douce tâter le terrain l'an dernier et que cette année, on n'y soit comme observateurs. Ça laissera le temps de prendre nos marques… »
Ils passèrent la matinée devant des dessins animés, Shion contre Nezumi et Haru assis à côté. Nezumi avait un peu de mal à suivre, il finit d'ailleurs par s'endormir.
Ils mangèrent légèrement à midi, puis Shion alla coucher Haru pour sa sieste, après quoi il redescendit aider Nezumi à finir la vaisselle et préparer la pâte à crêpes, pour la laisser reposer quelques heures avant le goûter.
Les deux hommes allèrent ensuite se prendre un petit bain en amoureux… Et Nezumi put enfin rembourser dans les règles Shion du câlin de la veille.
Shion se donna sans se faire prier, ni se retenir. S'il n'avait exprimé aucun désir, il était tout à fait réactif pour répondre à celui de son amant.
Ils se câlinèrent encore longtemps dans l'eau chaude, Shion blotti entre les bras de Nezumi. Il caressa son tatouage, le long de son bras droit.
« Tu disais que c'était une prière ?
- Oui, une prière et un talisman de protection. »
Nezumi jouait tranquillement un petit air de piano lorsque Haru se réveilla et le rejoignit au salon. Shion avait reçu un coup de fil, il avait été s'enfermer dans son bureau.
Les souris entouraient le musicien et l'écoutaient religieusement, Omae également, couchée à côté. Haru trotta jusqu'à elle et s'assit par terre, contre la chienne, et Shion trouva toute sa maisonnée ainsi, lorsqu'il sortit de son bureau en grommelant, 20 minutes plus tard. Encore une demi-heure de perdue à résoudre un problème mineur, tout ça parce que la Conseillère chargée de la chose « n'était pas joignable » et qu'il était bien connu que lui répondait toujours.
Il en avait de plus en plus marre de servir de roue de secours et était bien décidé, à la prochaine réunion, deux semaines plus tard, à le dire. Mais il était bien peu sûr que ça aurait le moindre impact…
Il s'approcha doucement dans le dos de Nezumi et attendit qu'il finisse son morceau pour poser ses mains sur ses épaules et soupirer :
« Tu es vraiment doué, mon coeur… »
Nezumi leva le nez vers lui.
« Merci…
- Tu pourrais lancer la cuisson des crêpes ? J'ai faim…
- Oui, d'accord. »
Nezumi se leva. Il eut une mimique navrée et inquiète en voyant l'air las de Shion :
« Ça ne va pas, ma petite fleur ?
- Rien, rien… »
Nezumi haussa les sourcils, mais n'insista pas et se contenta de serrer fort Shion dans ses bras en lui murmurant :
« Ça va aller… »
Shion sourit.
Mais le voeu de Nezumi se révéla bien vain…
Le lundi, Shion ne partit pas trop tôt. Il emmena Haru pour le laisser à la crèche.
Resté seul, Nezumi tourna en rond un moment, un peu triste. Il faisait gris, ce jour-là. Il visita la cave, le garage, le jardin, découvrant à droite de la maison un auvent sous lequel se trouvaient un barbecue, une table et des chaises de jardin en bois, salies par l'hiver.
Karan devait venir le chercher dans la matinée. Il finit par remonter au second étage.
Cette grande pièce qui reconstituait son ancien foyer lui inspirait à la fois un profond réconfort et une tout aussi profonde mélancolie. Il s'assit sur le lit… Si dur… Il avait bien mal au dos là-dessus au début…
Son ancien foyer… Là où il s'était réfugié à son arrivée à Bloc Ouest, avec en poche tout ce qui lui restait de la vieille femme qui l'avait recueilli un moment : son couteau et la clé de cette cave étrange, débordante de livres, un peu en dehors du quartier. Cette cave où il avait passé avec Shion un hiver à se laisser doucement apprivoiser, à partager autant d'engueulades que de tendresse… Une petite vie bancale, toujours sur la brèche, où Shion, si dépendant de lui, était finalement devenu autonome…
… Au point d'être trois ans plus tard à la tête de cette ville.
Qu'est-ce que je viens faire, moi, là-dedans ?
Il secoua la tête et se releva.
Il lisait sagement en buvant du thé, replié sur un fauteuil, au salon, lorsque sa belle-mère frappa à la porte. Il alla lui ouvrir et la fit entrer. Elle l'embrassa maternellement et lui donna le courrier qu'elle avait relevé : trois enveloppes et deux journaux.
« Comment vous allez ? demanda Nezumi.
- Oh ! Tu me vouvoies à nouveau ? le gronda-t-elle gentiment.
- Du tout, répondit-il en désignant son ventre, je vous parlais à toutes les deux. »
Karan le regarda, surprise, et sourit :
« C'est bien trop tôt pour savoir son sexe, tu sais ? »
Il toussota, visiblement gêné :
« Oui euh… Tu veux du thé ?
- Volontiers. »
Il posa les enveloppes sur la commode, devant leur photo, mais les deux Unes des journaux le laissèrent dubitatif.
Celui qui s'appelait L'Aurore titrait : Nouvelle victoire de notre président et l'autre, La Libre Parole, Jusqu'où ira sa folie ?, avec la même photo de Shion qui faisait un clin d'oeil en tirant la langue.
Avisant la mine sceptique de son gendre, Karan lui expliqua :
« Ce sont deux des principaux journaux d'Utopia… Comme tu vois, l'un est du côté de Shion et l'autre pas vraiment…
- Et Shion est abonné aux deux ?…
- Il aime bien savoir ce qu'on dit de lui. Et puis entre nous, La Libre Parole est le plus souvent un tel ramassis de bêtises que ça en devient drôle… Il y a aussi Utopia, le journal officiel du gouvernement, qui sort le mercredi avec d'autres plus neutres… »
Nezumi hocha la tête. Il sourit en apercevant, en bas de l'article de L'Aurore, une petite caricature de Shion, à cheval sur une souris géante lancée au galop, le poing dressé vers l'avant.
Leur thé bu, Nezumi, Encre et Cravate sur l'épaule, et Karan partirent tranquillement.
La circulation était fluide et Karan se gara à côté du parc central.
« Je te propose de nous promener un peu, de manger quelque part tranquillement et de continuer notre petit tour avant d'aller chercher Haru à la crèche…
- Ça me va très bien.
- Shion t'a laissé sa carte de crédit ?
- Oui, oui. Et il m'a bien inscrit dessus.
- Parfait.
- Je n'ai toujours pas ma carte d'identité, par contre… J'ai le papier provisoire…
- Oui, ils te le demanderont sûrement, puisque la carte n'est pas à ton nom… »
L'air était frais et les rues tranquilles. L'ambiance aussi était incroyablement sereine. Karan avait rapidement pris le bras de Nezumi et personne ne semble s'étonner ni s'offusquer que cette radieuse presque-quadragénaire (Karan avait 39 ans) se promène au bras d'un grand jeune homme portant une espèce de poncho noir et une étole bordeaux… Nichées dans les replis de cette dernière, les souris n'étaient pas visibles.
Ils arrivèrent bientôt dans une large rue piétonne bordée d'innombrables boutiques.
« On s'arrête où tu veux ! » déclara Karan.
Nezumi hocha la tête. Il ne savait pas trop ce qu'il voulait, à part qu'il lui fallait un peu de tout, et son absence totale d'éducation vestimentaire était un problème réel dans cette situation, problème que la présence de Karan pallierait sûrement.
Ils firent quelques boutiques où tout se passa très bien. Certes, les vendeurs étaient surpris au moment du paiement, le nom inscrit sur la carte n'étant pas n'importe lequel, mais Nezumi était bien autorisé à s'en servir et ses papiers, même provisoires, étaient en règle. Trois rigolèrent en voyant les souris et une jeune femme se permit un « Ah, vous aussi ? » amusé.
Ils s'arrêtèrent manger au Paddy's, le pub préféré de Shion, Yui et Adrian, et Karan connaissait également. Nezumi apprécia l'endroit, son décor et son ambiance. L'après-midi, ils se promenèrent dans le parc. Nezumi constata avec amusement que les robots d'entretien n'avaient pas changé…
Ils allèrent à la crèche pour 16h. Karan sonna et ils entrèrent. Nezumi regarda avec curiosité les murs couverts de dessins de fleurs et d'animaux.
Karan était parfaitement à l'aise lorsqu'elle présenta « l'ami de son fils » à Rika, mais l'air un peu contrit de cette dernière n'échappa ni à Nezumi, ni à sa belle-mère. Haru était fatigué, mais ravi que Zumi et Mamie soient là pour lui et il squatta les genoux de son second père, jouant avec les souris, tout le temps que ce dernier passa à remplir avec la directrice les formulaires l'autorisant à venir chercher le petit garçon ainsi qu'à être contacté en cas de problème, car il avait, le concernant, par délégation de Shion et Karan, les mêmes droits qu'eux.
La directrice ne fit aucune difficulté, aimable et professionnelle. Nezumi ne comprenait pas grand-chose à tout leur jargon, mais il signa poliment ce que Karan lui indiqua.
Karan les ramena ensuite tranquillement chez eux.
Nezumi fit goûter le petit garçon. Haru était grognon, il n'avait pas fait la sieste. Ne sachant pas trop comment gérer ça, Nezumi lui fit un câlin, lui chanta une berceuse, lui lut un conte de fées, et finit par le poser devant la chaîne pour enfants au pouvoir aller préparer le dîner. L’heure tournait, et lorsque Shion l'avait appelé 30 secondes pour lui dire qu'il espérait être là avant 20 h, il avait l'air aussi épuisé qu'énervé.
Nezumi coupait des légumes, en laissant les souris dévorer les chutes, lorsque Haru pointa son nez dans la cuisine, suivi d'Omae.
« Zumi ?… Tu fais quoi ?…
- Je prépare une soupe, poussin. »
L'enfant grimpa sur une chaise et s'assit à côté de lui :
« Tu fais la soupe de Macbé ? »
Comme Nezumi le regardait sans comprendre, l'enfant reprit :
« S'ion il fait une soupe qu'il dit que c'est toi qui lui as appris et il l'appelle la soupe de Macbé… »
Comprenant enfin, Nezumi sourit :
« Trois fois le chat tacheté a miaulé...
Trois fois et une fois le hérisson a grogné
La harpie crie "Il est temps, il est temps"
Tournons en rond autour du chaudron,
Et jetons-y les entrailles empoisonnées
Crapaud, qui sous la froide pierre
Endormi trente-et-un jours et trente-et-une nuits
A mitonné son venin
Bous le premier dans le pot enchanté.
Filet de couleuvre des marais
Dans le chaudron bous et cuis.
Oeil de salamandre, orteil de grenouille
Poil de chauve-souris et langue de chien
Langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle
Patte de lézard, aile de hibou
Pour faire un charme puissant en trouble,
Bouillez et écumez comme une soupe d'enfer.
Écaille de dragon, dent de loup
Momie de sorcière, estomac et gueule
Du requin dévorant des mers,
Racine de cigüe arrachée dans l'ombre
Foie de juif blasphémateur
Fiel de bouc, branches d'if
Cassées dans une éclipse de Lune
Nez de Turc et lèvre de Tartare
Doigt d'un marmot étranglé en naissant
Et mis bas par une drôlesse dans un fossé
Faites une bouillie épaisse et visqueuse
Ajoutons les boyaux de tigre
Comme ingrédients dans notre chaudron
Toutes les trois :
Double, double, peine et trouble !
Feu brûle ; et chaudron bouillonne ! »
Comme l'enfant le regardait avec de grands yeux, à moitié rassuré, il ajouta gentiment :
« C'est dans une pièce de théâtre. Trois sorcières qui font bouillir une énorme marmite… »
Omae bâilla et se coucha sur le carrelage.
Nezumi mit la soupe à mijoter et retourna au salon regarder des dessins animés avec Haru en attendant Shion.
Il se décida à faire dîner le petit garçon affamé un peu avant 20 h, Shion n'étant pas là, puis le lava et le mit en pyjama. Il lui lisait une autre histoire, pour le détendre avant de l'endormir, lorsqu'ils l'entendirent rentrer.
Ils tendirent l'oreille ensemble. Il était en train de parler d'un ton excédé, même s'ils ne comprenaient pas ce qu'il disait. Nezumi soupira, sourcils froncés. Il posa le livre et se leva :
« Tu attends ? Je vais lui dire de venir te faire un bisou.
- Oui ! »
Nezumi descendit lentement. Le ton ne baissait pas. La voix venait du bureau. Il était plus de 21 h.
« … Je m'en fous, vous me réparez ces serveurs, vous y passerez la nuit s'il le faut !… Vous croyez quoi, que les malades vont vous attendre ? ! Je m'occuperai personnellement du responsable de ce foutoir, soyez-en sûr, mais en attendant il faut relancer ces serveurs, c'est tout !… »
Nezumi s'arrêta à l'entrée de la pièce et regarda tristement son amant raccrocher et passer ses mains sur son visage. Il n'avait même pas enlevé sa veste, ni même posé sa mallette. Sur le bureau, Hamlet le regardait avec inquiétude.
Shion, lui, regarda Nezumi avec un soupir. Il était pâle, des poches sous les yeux, le regard rouge presque vitreux.
« Ça va, Shion ?
- Non. »
Navré, Nezumi rentra dans le bureau et vint le prendre dans ses bras. Shion soupira et ne l'étreignit qu'une seconde avant de se dégager. Il enleva sa veste. Nezumi lui dit, mal à l'aise :
« Haru attend ton bisou de bonne nuit…
- Quoi ? sursauta Shion. Il ne dort pas ?
- Je lui lisais une histoire… »
À la grande surprise de Nezumi, Shion s’écria :
« Mais t'es malade, il a trois ans ! Faut pas le laisser veiller comme… »
S'apercevant du regard à la fois stupéfait et blessé de Nezumi, Shion stoppa net sa tirade. Nezumi bredouilla, le regard fuyant :
« Désolé… Je… On t'attendait… Ça me paraissait normal qu'il veuille t'attendre… On s'inquiétait, quoi… »
Shion se gratta la tête, vint vers Nezumi et l'embrassa rapidement :
« Excuse-moi… J'en peux plus, là… »
Nezumi le regarda et marmonna :
« T'as faim ?
- Très.
- Alors file embrasser ton fils. Je vais réchauffer la soupe et mettre la table. »
Nezumi sortit rapidement sans rien ajouter. Shion le regarda faire, secoua la tête et fila à l'étage. Haru suçait son pouce, son doudou dans les bras, peinant à garder les yeux ouverts. Il sourit pourtant, radieux, en voyant Shion et tendit aussitôt ses petits bras vers lui. Shion s'assit au bord du lit et serra très fort son fils dans ses bras. Il le coucha rapidement, l'embrassa, lui assura que tout allait bien et qu'il pouvait dormir tranquille.
Haru s'endormit à la seconde et Shion redescendit. Nezumi avait mis le couvert à la cuisine et servait la soupe dans des bols. Son visage était fermé et Encre, sur son épaule, un peu agitée. Autour de lui, les autres souris aussi semblaient nerveuses.
Shion s'assit devant un bol fumant et regarda Nezumi poser le pain sur la table avant de faire de même.
« Merci, mon joli rat. »
Nezumi grommela sans répondre.
« Elle sent toujours aussi bon, ta soupe…
- Hm.
- J'ai souvent essayé de la refaire… Je n'y suis jamais arrivé. »
Nezumi eut enfin un petit sourire :
« Faut bien que je te surpasse, de temps en temps. »
Shion rigola doucement :
« Il y a beaucoup de domaines dans lesquels tu me surpasses ! »
Il y eut un silence, puis Shion reprit :
« Je suis désolé… Avec ce plantage de serveurs, j'ai pas vu le temps filer. Je vais essayer de faire gaffe… Promis. »
Nezumi hocha la tête.
« Ça serait bien… Bon appétit, ma petite fleur. »
Promesse bien vaine face à la réalité des deux semaines qui suivirent.
Débordé par la préparation de l'Annuelle comme par le reste dont personne ne l'avait déchargé, Shion se levait très tôt, rentrait très tard, épuisé et sur les nerfs, et il était bien rare qu'il ne reçoive pas encore au moins un coup de fil dans la soirée. S'il lui en avait assez, ce n'était rien à côté de ce que ressentait Nezumi.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/



Dernière édition par Lady Balkys le Lun 30 Jan 2012 - 2:50, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 30 Jan 2012 - 2:10

(c'est la première fois qu'un de mes chapitres de fics est trop longs pour un forum... siffle )


Ce dernier n'était même plus vraiment triste, ni en colère, ni même trop perdu… Il savait juste qu'il n'était pas revenu pour ça.
Il passait ses journées à lire dans le grenier, en attendant l'heure d'aller chercher Haru.
Lorsqu’enfin, Shion lui dit un soir, au bout de deux semaines, qu'il allait avoir son week-end, Nezumi se sentit profondément soulagé. L'idée de pouvoir passer deux jours entiers avec Shion lui faisait réellement plaisir. Il se disait qu'il allait pouvoir lui parler, le cajoler un peu et surtout, il avait très envie de lui.
Karan accepta sans difficulté de garder Haru du vendredi soir au dimanche en fin d'après-midi, lorsqu'il lui demanda. Elle sentit bien qu'il voulait un moment à eux et ne le comprenait que trop bien.
Nezumi prépara un bon dîner pour le vendredi soir et lorsque Shion appela pour l'avertir qu'il rentrerait plus tard que prévu, il prit encore sur lui, malgré sa déception, en se disant que Shion voulait tout boucler pour être tranquille avec lui le reste du week-end.
Shion rentra à plus de 23h, ivre de fatigue. Il ne put que manger en vitesse, se doucher et aller s'écrouler dans leur lit.
Nezumi commençait à le câliner tendrement, au matin, décidé à lui faire oublier tout son stress, et Shion se laissait faire, enfin un peu détendu, lorsque son portable sonna.
Nezumi poussa un soupir excédé quand Shion prit l'appareil et décrocha.
Risque d'accident majeur sur un des plus gros complexes industriels de la ville. Personne ne voulait se mouiller à prendre une décision et la Conseillère chargée de l'industrie était injoignable. Arrêter l'usine risquait de rompre des accords internationaux très importants en retardant la livraison du matériel, mais si l'accident avait lieu, près d'un tiers de la ville risquait d'être sinistrée, au mieux privée d'électricité et d'eau potable, ou pire purement et simplement rasée par le souffle de l'explosion.
« C'est bon, j'arrive… »
Shion regarda Nezumi en raccrochant. Ce dernier avait l'air plus triste qu'autre chose. Shion lui fit un petit bisou :
« Je fais vite… »
Nezumi grogna. Shion partit.
Lorsqu'il rentra, il était encore au téléphone avec un des responsables du site qui chougnait contre sa décision d'arrêter l'usine tant que le risque n'était pas écarté. Shion était à bout de nerfs, ce type le harcelait depuis des heures…
Shion entra dans son bureau en criant, excédé :
« Une fois pour toutes, je me contrefous de vos bénéfices et de vos actionnaires ! Cette usine sera à l'arrêt jusqu'à ce que les ingénieurs de la Sécurité Industrielle donnent leur accord, POINT FINAL ! Alors maintenant vous me lâchez, bon week-end ! »
Il raccrocha en tremblant et jeta son téléphone sur le bureau. Il enleva sa veste, tentant, en vain, de respirer profondément pour comprendre un peu son calme.
« … Shion ?… Ça va ?… » demanda la voix inquiète de Nezumi dans son dos, le faisant sursauter.
Comme il ne répondait pas, Nezumi s'approcha dans son dos et voulut l'enlacer, mais Shion ne le vit pas et fit un pas pour poser sa veste sur le bureau.
« Shion… ? »
Nezumi ne renonça pas, fit aussi un pas et passa doucement ses bras autour de ses épaules :
« Allez, laisse-moi te faire oublier tout ça… »
Shion se dégagea avec un soupir :
« … Pas envie… »
Les bras de Nezumi retombèrent alors qu'il regardait Shion, réellement blessé. Il balbutia :
« Shion… S'il te plaît, faut qu'on parle, là… »
Shion se tourna enfin pour le regarder sans comprendre.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il.
- J'en ai plein le cul, Shion ! répondit Nezumi bien plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. Ça fait presque trois semaines que je suis là et j'ai l'impression que tu t'en fous ! »
Shion sursauta, stupéfait. Nezumi continua, incapable de retenir ce qui était devenu une véritable colère :
« … Je suis quoi pour toi à la fin ? ! La nouvelle nounou de ton fils ? !… Ta gentille bobonne qui t'attend le soir avec un repas ? !… J'en ai marre de pas te voir, marre de me réveiller sans toi, de vivre sans toi !… J'ai envie de te voir, de partager ta vie et pas juste de vivre dans ta maison !… »
S'il avait été dans son état normal, Shion aurait sans doute simplement sauté au cou de Nezumi pour le rassurer, trouver les mots doux qu'il voulait entendre. Mais il était épuisé par des mois de boulot et sur les nerfs de ces heures passées à gérer cette histoire d'usine. Nezumi était juste sincère lorsqu'il dit encore :
« … Et oui, je crève d'envie de toi ! On a baisé deux fois depuis mon retour, le week-end où je suis arrivé ici… »
Il y eut un silence et Shion soupira encore :
« … J'ai pas envie… »
Nezumi balbutia :
« Tu n'as pas… Envie de moi… ?… »
Shion se massait les tempes, il ne vit pas son regard désespéré.
« S'il te plaît, fous-moi la paix, Nezumi… On peut pas parler de ça plus tard ?…
- Shion, ça fait trois semaines que j'attends… »
Shion explosa :
« Et moi, je t'ai attendu trois ans ! Trois ans, chaque jour, et tu reviens pour quoi ? ! Pour me faire des reproches ? ! Pour pleurer parce que tu veux me sauter ? ! Putain mais si t'as le feu au cul à ce point, retourne te faire baiser dans ton bordel ! »
Le poing s'abattit sur sa tempe avec une violence inouïe avant même que Nezumi n'en ait lui-même conscience. Shion s'écrasa contre une étagère et serait sans doute tombé au sol si deux mains n'avaient pas saisi son cou. Elles serraient bien trop fort, mais Shion était trop sonné pour même s'en rendre compte. Il ne vit pas la haine dans les yeux gris, ni n'entendit la voix qui cracha :
« Connard !… Ça t'amuse de me traîner dans la boue, M. L’Élite ? !… Tu vas voir comme c'est marrant de se faire mettre à sec… »
Il le jeta au sol. Shion commençait vaguement à revenir un peu à lui lorsqu'une main le poussa dans le dos, l'écrasant face contre terre. Il ne pouvait pas lutter et n'essaya même pas, à peine conscient qu'on lui arrachait son pantalon.
La douleur qui traversa brusquement son corps lui arracha un cri aussi fort que bref. Il serra les dents et endura sans comprendre. Il y eut ensuite un long silence, le bruit d'un sanglot, la porte d'entrée claqua, et ce fut le silence à nouveau.
Shion finit par ouvrir les yeux en sentant la langue d'Omae sur sa joue. La chienne couinait et tout autour, les souris le regardaient, comme gênées, n'osant pas approcher. Shion toussa et se redressa sur ses bras. Il avait mal de partout.
Il se releva, flageolant, se rhabilla. Il ne comprenait rien… Il sortit du bureau en traînant les pieds, jeta un œil dehors, mais Nezumi n'était plus là. Hagard, il rentra, remonta le couloir et mit un pied dans le salon.
Et sursauta.
Sur la table étaient joliment mis des couverts et un repas, des petits plats préparés et disposés avec soin, pour deux personnes.
Shion s'était mis à trembler, mais il ouvrit les yeux immenses, effaré, en voyant l'heure à l'horloge : 17 h 40.
Les larmes lui montèrent aux yeux.
« Non… »
En comprenant que Nezumi, à qui il avait dit qu'il faisait vite, avait passé sa matinée à cuisiner… Son après-midi à l'attendre… Cette journée qu'ils devaient enfin passer tous les deux, ensemble… Nezumi l'avait passé seul.
Nezumi était parti.
Shion s'écroula sur le sol et éclata en sanglots.

À suivre dans le chapitre 5 : Ta Place dans ma vie.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Ame



Féminin Age : 37
Nb de messages : 1038

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 30 Jan 2012 - 19:55

Aaaahhh Baba ! love2 Je t'aime trop ! Merci encore pour cet exellent chapitre ! Certes, j'ai un peu attendu mais ça en valait la peine ! coeur2 Tu sais ce que je vais te dire maintenant hein ! héhé À quand la suite ?!!! larme

_________________
Some say the world will end in fire, Some say in ice,
From what I've tasted of desire, I hold with those who favors fire.
But if it had to perish twice, I think I know enough of hate,
To say that for destruction ice, Is also great
And would suffice. R. Frost
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Shiki



Féminin Age : 34
Nb de messages : 150

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 30 Jan 2012 - 20:49

Moi j'me remet à jour demain :D mais suis sure que je vais dire la même choses qu 'Ame lol ;)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 30 Jan 2012 - 21:15

J'ai promis à moi-même et aux autres de bosser mes deux fanfics en parallèle, doc je me dois à Tsubasa et Gundam un moment, mais promis, vite après car moi aussi ça me fait chier de les laisser comme ça !

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Airi-chan



Féminin Age : 27
Nb de messages : 227
Localisation : dans un genjutsu avec Naru et Sasu^^

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mar 31 Jan 2012 - 13:50

j'adhère complètement comme d'habitude!! Merci!! amour1
Vite la suiiiite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mar 31 Jan 2012 - 13:56

Merci !!! amour1

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Sam 24 Mar 2012 - 18:11

Chapitre 05...

Attation, ça baise et pas qu'un peu ! J'en dis pas plus, bonne lecture !

No°6 - Après
Chapitre 05 : Ta Place dans ma vie


Nezumi se réveilla en sursaut, oppressé par une angoisse telle qu'il en avait rarement connue.
Son cœur battait à s'en rompre. Il posa sa main sur sa poitrine, hagard. Il avait la sensation de se réveiller d'un horrible cauchemar dont il n'arrivait pas à se souvenir.
Il se figea soudain en réalisant qu'il n'était pas chez lui. Puis il se mit à trembler alors qu'il se souvenait de ce qui s'était passé : sa journée à ronger son frein en attendant Shion, leur dispute… Sa fuite, les trop nombreuses bouteilles qu'il avait vidées, son errance sous la pluie et…
Il blêmit.
Et tourna lentement les yeux puis la tête vers la gauche, la femme qui dormait près de lui, nue et belle, celle qui l'avait ramassé dans les flaques, accueilli dans son petit appartement douillet, séché, consolé et que…
Il est sorti du lit rapidement, ramassa ses vêtements et fila en titubant, encore à moitié ivre et beaucoup trop honteux. Il se rhabilla dans le couloir, essayant de se reprendre…
Merde merde merde…
Il avait envie de vomir… Et pas à cause de l'alcool.
Les rues étaient désertes, il était encore très tôt. Le jour pointait à peine. La pluie avait cessé, mais le ciel restait ouvert.
Il frissonna. Ses vêtements n'étaient qu'à moitié secs. Au bout de quelques mètres, il dut s'arrêter pour s'appuyer au mur d'une main, chancelant. Il eut un haut-le-coeur violent et inspira profondément. Il regarda autour de lui. Il n'avait pas la moindre idée d'où il se trouvait…
Il se traîna comme il put jusqu'à un parc désert et se laissa tomber sur un banc. Il regarda le ciel gris et lourd, trembla et se mit à pleurer.
Comment est-ce que ça avait pu arriver ?…
Comment j'ai pu te faire ça…
Il prit son visage dans ses mains et sanglota.
« … Shion… »
Tout était fini. Comment aurait-il pu ne serait-ce que penser oser réapparaître devant Shion après ce qu'il lui avait fait, après ce qu'il avait fait avec cette femme ?…
La seule chose qui pouvait faire désormais était disparaître de cette ville et ne plus jamais y revenir, et tant pis en faisant ça, il rompait ses promesses… Elles n'avaient plus la moindre importance pour lui.
« Squik ? »
Il sursauta et avisa, stupéfait, une petite souris noire à ses pieds. Il renifla et bredouilla :
« … Encre ?… »
La souris était trempée et couverte de boue, mais le regardait avec sévérité :
« Squik ? !… Squik squik squik ! ! !
- … Euh… Encre ?… »
Le minuscule animal se dressa sur ses petites pattes arrière pour se mettre à couiner virulemment :
« Squik !… Squik squik !… Squik squik squik squik squik squik squik ? !… Squik squik squik ! ! !…
- Mais je…
- Squik ! ! !
- Encre !
- Squik squik !… Squik squik squik ! !… Squik squik ! ?…
- Toute la nuit ? !… Mais t'es malade !…
-Squik squik ! !
-… Mais t'aurais pu mourir 25 fois…
-SQUIK !!!
-… Chuis désolé… »
Il se mit à pleurer.
« Putain mais j'suis vraiment qu'une merde… »
Encre le regarda et pencha la tête.
« Squik ? Couina-t-elle, calmée.
-… J'ai vraiment tout gâché… Et toi qui m'as cherché toute la nuit… Comme si je le méritais… »
-Il eut un nouveau sanglot en prenant son visage ses mains et sursauta en sentant, quelques secondes plus tard, une petite boule chaude dans son cou :
« Squik ? »
Il se redressa et renifla.
« Squik squik ?
-J'ai plus rien à faire là-bas…
-Squik !… Squik squik squik ?
-… Je pense pas qu'il veuille me revoir… »
La souris se mit à râler avec encore plus de virulence que précédemment.
« Squik squik ! ! ! Squik ? !
-Mais Encre…
-Squik squik squik ! Squik ? !
-… Non mais calme-toi… »
La souris descendit à côté de lui :
« Squik ! Squik squik squik squik !… »
Il recula alors qu'elle continuait crescendo :
« Squik squik ! ! ! Squik !… Squik squik squik !…
-Euh… D'accord, d'accord… Balbutia-t-il, ahuri.
-SQUIK SQUIK !!!!!!!!
-Oui, oui, d'accord, d'accord… » chevrota-t-il en reculant encore.
N'importe qui aurait assisté à la scène l'aurait pris pour un fou.
« D'accord, tu as raison.
-Squik !
-Oui, oui… Tu as raison. »
Il soupira :
« Je dois au moins lui dire au revoir… Et lui demander pardon.
-Squik.
-Ça changera rien… Mais je peux pas fuir comme ça… Pas lui.
-Squik squik.
-Oui, oui, je sais,… Il faut assumer ses actes, tout ça… »
Il eut un sourire :
« Tu as bien retenu ce que disait Grand Père.
-Squik.
-Bon, on y va ?
-Squik ! »
Elle regrimpa sur son épaule. Il la caressa du bout des doigts.
« Merci, Encre.
-Squik squik ! Squik ! »
Il se leva en rigolant :
« Non mais c'est ça, fous-toi de ma gueule en plus…
-Squik !
-Ouais, ben toi aussi t'aurais une tête de cadavre si t'avais passé une nuit de la mienne…
-Squik squik squik !
-Tu vas finir en pâtée pour chats, toi, tu vas voir ! »

*********

Shion était assis sur le canapé, l'esprit vide. Il avait pu se traîner sous la douche, où il était resté planté peut-être des heures, profondément choqué, avait enfilé son yukata comme un robot et était redescendu s'asseoir là sans bouger de nuit.
Autour de lui, les souris et Omae tournaient et retournaient dans la pièce, sans parvenir à le faire réagir. Il ne voyait ni n'entendait plus rien.
Le bruit de la porte le fit sursauter et il se leva d'un bond pour aller dans le couloir. Il s'arrêta à la porte du salon et se pencha, comme craintif.
Nezumi enlevait ses chaussures et sursauta à son tour, il releva la tête pour le regarder une seconde avant de détourner les yeux en grimaçant. Ils avaient l'air de déterrés tous les deux. Nezumi n'osait pas Shion et Shion comprit en une seconde ce que ça signifiait. Il le regarda remonter le couloir avec lenteur, pas assuré sur ses jambes, et l'odeur qui l'auréolait, de l'alcool principalement, ne le surprit pas. Arrivé à sa hauteur, Nezumi eut un violent haut-le-cœur et se précipita aux toilettes. Shion le regarda vomir tripes et boyaux, comme paralysé, et lorsque son ami ressortit, blafard, il ne put que balbutier :
« … Tu vas bien… ?… »
Nezumi détourna la tête, et retira son bras comme s'il le brûlait lorsque Shion l'effleura. Il y eut un silence et Nezumi marmonna d'une voix brisée :
« … Je vais me doucher. »
Shion le regarda disparaître dans l'escalier de sa démarche titubante. Il resta immobile, hagard, à nouveau tétanisé.
Puis une pensée, une seule, vint totalement emplir son esprit.
Je ne veux pas qu'il s'en aille.
Nezumi avait jeté tous ses vêtements en vrac dans un coin de la salle de bains. Il était planté sous l'eau brûlante, les deux mains appuyées contre le mur. Il tremblait. Il avait la nausée. Il tomba à genoux, épuisé.
Je voudrais juste disparaître…

Des larmes roulèrent sur ses joues.
J'en ai assez…
Il sursauta en sentant deux bras passer autour de sa poitrine. Il redressa la tête alors qu'un corps se serrait dans son dos.
Nezumi regarda les bras qui l'enserraient, le tissu bleu pâle du yukata, ce corps qui tremblait comme le sien, sous l'eau chaude. Une tête se posa contre sa nuque.
« Reste. »
Les larmes de Nezumi redoublèrent sans qu'il parvienne à répondre.
« Reste. Reste. Reste. Reste. Reste. Reste. Reste. Reste. Reste…
-… Shion…
-Reste.
-…
-Reste. Reste. Reste. Reste… »
Nezumi renifla.
« Reste.
-… Je suis désolé…
-Reste.
-… Je comprends rien à ce qui se passe…
-Reste.
-… Je voulais pas faire ça…
-Je sais. Reste.
-Je… »
Nezumi sanglota :
« … Je t'ai…
-M'en fous. Reste.
-Je voulais pas…
-Je sais. Reste. »
Il y eut un silence. Shion s'agrippait à Nezumi de toutes ses forces. Nezumi pleurait. Shion reprit enfin :
« Reste… Je m'en fous de ce que tu as fait. Tu peux bien me traiter comme tu veux, te vider les couilles dans tous les culs de cette ville…
-C'était pas un cul…
-JE M'EN FOUS !!! »
Le cri de Shion stoppa net les sanglots de Nezumi, alors que ce dernier sentait avec stupeur Shion se mettre à pleurer dans son dos.
« … Reste… Je supporterai pas… Pas une troisième fois… Je t'en supplie… Reste… J'ai attendu sept ans… Chaque seconde j'ai cru que je mourrais… Je peux pas, sans toi… Je peux plus… Je ne veux plus être seul…
-… Tu as des tas de gens autour de toi…
-JE ME CONTREFOUS DE CETTE VILLE DE CONS ! » Cria encore Shion.
À nouveau, Nezumi resta bête. Les bras de Shion se resserrèrent encore autour de sa poitrine.
« … Je m'en fous… Ils peuvent bien tous crever, je m'en fous… C'est toi le seul dont j'ai besoin… C'est pour toi que j'ai fait tout ça… Je voulais juste t'offrir un foyer, te donner un endroit ou tu puisses vivre heureux… Rendre ça possible pour toi… J'en ai rien à faire de tous ces crétins mêmes pas fichus de traverser une route sans que je leur tienne la main !… Tu es le seul qui ait de l'importance pour moi… Je te l'ai dit et c'est encore vrai. Tu es la seule personne que je ne supporterais pas de perdre. »
Nezumi se remit à pleurer.
« … Reste… »
Nezumi renifla.
« … Je t'aime… »
Nezumi resta littéralement sidéré quelques secondes. Puis, il éclata en sanglots et s'il ne s'écroula pas sur le sol, ce fut uniquement grâce à l'étreinte de Shion.
« … Je suis désolé… »
Shion le serra encore plus fort.
« … J'ai pété un câble, j'en pouvais plus… Je voulais pas te faire ça… Je me le pardonnerai jamais… J'ai agi comme le dernier des connards, comme le dernier des lâches, à aller me bourrer la gueule comme une merde, tout ça pour… Aaaah !!!… Et me casser comme un enfoiré sans même lui dire au revoir… Elle avait rien demandé ! Elle a juste voulu me consoler… Prendre un peu soin de moi… »
Il sanglota encore.
« … Je me sens si sale… Même au fin fond du bordel, je m'étais jamais senti si sale… Comment j'ai pu faire ça… »
Shion se redressa, l'installa contre sa poitrine, tendrement, caressa sa tête trempée et murmura doucement :
« Je ne me pardonnerai jamais ce que je t'ai dit. J'étais en colère, mais ça n'excuse rien. Je suis le seul responsable de ce qui s'est passé, Nezumi. Et je ne t'en veux pas, pour rien.
-… Je t'ai fait du mal… Bredouilla Nezumi.
-C'est rien, ne t'en fais pas… Et puis c'est fait, on va pas tergiverser des heures. Je suis désolé, Nezumi. Je suis vraiment désolé… Tu n'as rien à te reprocher. »
Nezumi pleurait toujours et il leva une main tremblante qui effleura la tempe de Shion, l'hématome mauve du coup de poing de la veille. La main de Shion se referma sur la sienne.
« Reste… »
Nezumi soupira et frotta sa peau pâle :
« … J'ai l'impression qu'un océan ne suffirait pas à me laver de ça… »
Shion eut un sourire et lui répondit :
« Tu n'es pas sale…
-Qu'est-ce qu'il te faut…
-Il n'y a que des idiots qui penseraient ça de toi… Tu ne seras jamais sale pour moi. »
Il caressa encore la tête brune.
« Tu n'es pas sale. Je t'aime. »
Nezumi leva un regard d'enfant triste vers lui. Shion lui sourit encore :
« Laisse-moi te laver de tout ça… »
Nezumi leva un sourcil sceptique alors que Shion attrapait le gel douche à la fraise et s'en tartiner les mains. Puis, elles se mirent à savonner et frotter la peau pâle de Nezumi qui se laissa faire, bien que mal à l'aise. Shion s'appliquait, décidé à ne pas laisser la moindre parcelle de peau sans mousse.
Nezumi regardait cette dernière couler et disparaître. Les mains de Shion se faisaient caressantes, il sentait la chaleur de son corps à travers le yukata trempé.
Spoiler:
 
Shion se laissa tomber sur le dos près de lui, repu. Il tourna la tête vars son amant. Il tendit la main et effleura son dos. Nezumi eut comme un sursaut et un petit cri.
Ça m'est égal que tu ailles voir ailleurs...
Shion sourit.
Je sais bien que tu ne peux pas plus vivre sans moi que moi sans toi...
Il ferma les yeux, juste heureux.
Je sais bien que tu m'appartiens aussi sûrement que je t'appartiens...
Il se blottit contre le dos de Nezumi endormi et les emballa comme il put dans la grande couette.
Et toi aussi, je suis sûr qu'un jour, tu arriveras à me dire « je t'aime ».
Shion s'endormit paisiblement.
Il fut réveillé bien plus tard, lorsque Nezumi, se réveillant aussi, se retourna pour se lover contre lui, l'enlaçant doucement. Shion la laissa s'installer contre lui en souriant, sans rouvrir les yeux.
« Shion...
- Hm ?
- La prochaine fois que tu me traites de pute, je te jure que je te tue pour de vrai.
- Je le mériterai amplement, mon cœur. »
Il y eut un silence, puis Shion reprit :
« Je suis vraiment désolé, Nezumi. Je ne me pardonnerai jamais de t'avoir dit ça...
- Hm... Je me pardonnerai jamais ce que je t'ai fait. »
La longue main pâle de Nezumi caressa la tempe violacée :
« Ça fait mal ? »
Shion prit sa main dans la sienne :
« Non, ça va. Et puis, je l'avais pas volé... Je te demande pardon, vraiment... J'avais pas réalisé que tu souffrais à ce point... T'avoir ici me suffisait, j'ai pas pensé plus loin...
-Hmm...
- Je t'aime... »
Nezumi sourit et lui fit un petit bisou :
« Oui, Shion...
- Tu restes ?
- Si tu veux encore de moi...
- Nezumi, il n'y a rien au monde qui pourrait faire que je ne veuille plus de toi... »
Le sourire de Nezumi se fit plus doux :
« Ensemble jusqu'en Enfer, hein ?
- Quoi qu'il arrive. »
Ils s'étreignirent et s'embrassèrent.
« Shion...
- Hm ?
- Ne me laisse plus jamais m'éloigner de toi...
- Toi non plus... »
Ils s'étreignirent encore :
« … Garde-moi près de toi... »
Ils se rendormirent rapidement.
Shion se réveilla en milieu d'après-midi. Il resta un moment bien au chaud contre Nezumi, puis se souvint que sa mère devait ramener Haru vers 16h... Il se leva à contrecœur, en faisant très attention à ne pas réveiller Nezumi, et resta un instant assis au bord du lit, s'étirant et bâillant.
Il sourit en entendant remuer derrière lui et en voyant Nezumi, une moue boudeuse au visage, s'enfoncer en boule sous la couette en grommelant.
Shion se leva. Il gagna d'un pas mou la salle de bain, regarda les vêtements au sol, les ramassa sans grande énergie et les mit en bâillant dans la machine à laver. Il ajouta d'autres choses pour la remplir et lança une lessive. Puis il se doucha rapidement et enfila un survêtement gris usa, un T-shirt bleu trop large et descendit en s'étirant à nouveau.
Il fut aussitôt assailli par les souris et Omae. Il s'accroupit pour caresser tout le monde -sauf Hamlet et Encre qui avaient grimpé sur son épaule :
« Vous devez mourir de faim ! On vous a bien bien oubliées, humains indignes qu'on est... »
Hamlet couina lorsqu'il se redressa. Il sourit. Elle le regardait avec insistance, comme Encre, à côté d'elle.
« Ça va, ne vous inquiétez pas. »
La ménagerie servie, il alla au salon. La table était toujours mise. Nezumi ayant eu la bonne idée de laisser au frigo ce qui craignait et de recouvrir le reste de film alimentaire, le repas était intact (et très appétissant). Shion ramena tout à la cuisine en sifflotant, très heureux à la perspective de ne pas avoir à préparer de dîner.
Il fit un peu de ménage. Presque rien : Nezumi était,réalisa-t-il, une vraie fée du logis. Il préparait du thé lorsque ça sonna à la porte.
Il alla ouvrir en chantonnant. Haru se jeta dans ses jambes :
« S'ioooooon !!!... »
Il s'accroupit pour prendre le petit garçon dans ses bras, tout sourire :
« Coucou mon bébé ! »
Il se releva et salua sa mère :
« Bonjour, Maman.
- Bonjour, Shion... Houlà, qu'est-ce qui t'est arrivé ? » s’inquiéta Karan.
Shion avait eu tout le temps de préparer sa copie :
« Ah, ça ? T'inquiète ! J'étais mal réveillé ce matin, je me suis pris un coin de porte de placard dans la cuisine. Ça va, ne t'en fais pas ! Conclut-il en l'embrassant. Tu vas bien ?
- Oui, oui...
- Venez, j'ai fait du thé. »
Karan avait bien évidemment apporté un gâteau. Pendant que Shion sortait des assiettes à dessert et des tasses, Haru demanda :
« L'est où Zumi, S'ion ?
- Il dort.
- La nuit a été si courte que ça ? S'étonna Karan, amusée.
- Agitée, disons... » répondit innocemment Shion.
Il avisa les souris qui approchaient.
« Ah, vous tombez bien. Vous pouvez aller me réveiller mon Bel au bois dormant ? Leur demanda-t-il en pointant le doigt vers le plafond.
Encre, Lueur de Lune, Cravate, Macbeth et Iago filèrent. Hamlet, elle, grimpa sur l'épaule de Shion et couina en se frottant à son cou. Il la caressa :
« Oh toi, tu veux du gâteau, coquine.
-Squik ! »
Il rit doucement.
Ils entendirent, au-dessus d'eux, un pas lourd et lent se traîner jusqu'à la salle de bains.
Karan et Haru étaient installés à table et Shion servait du thé, lorsque Nezumi arriva, visiblement très mal réveillé. Il portait son pull noir à col roulé, un jean bleu et était pieds nus. Shion posa la théière et vint vers lui. Nezumi s'était arrêté pour bâiller à la porte et le regarda approcher avec des petits yeux bouffis.
Shion sourit tendrement. Il passa ses bras autour de la taille de Nezumi et lui fit un petit bisou.
« Coucou, toi. »
Nezumi eut un petit sourire et le serra fort dans ses bras.
Karan et Haru s'étaient levés pour devenir le saluer. Le petit garçon approchait lentement, visiblement un peu inquiet. Karan était plutôt amusée :
« Nuit agitée, hein ?
-Bonjour, Karan. Comment vous allez, toutes les deux ?
-Nous allons bien !… En tout cas, mieux que toi.
-Oh, ça, aujourd'hui, c'est pas dur… »
Haru s'était accroché au jean de Nezumi et le regardait :
« Zumi, tu es malade ? »
Nezumi sourit et lâcha Shion pour s'accroupir :
« Non, ça va, Haru… Je suis juste très fatigué. »
Il caressa la tête du petit garçon et ajouta :
« Je vais te donner un bon conseil : l'alcool à trop forte dose, c'est très mal. »
Shion et Karan rirent doucement. Nezumi prit Haru dans ses bras et se releva en lui faisant un bisou :
« C'est gentil de t'inquiéter pour moi, poussin.
-Bon, on l'attaque ce gâteau ? J'ai faim ! » dit Shion.
Le goûter se passa tranquillement. Karan ne les laissa pas tard, Jacques rentrait vers 18h et elle voulait profiter de sa soirée avec lui.
Nezumi se mit à jouer avec Haru, a essayé de retourner de mémoire idiot d'images en les cachant face contre table. Vu son épuisement, il se fit battre à plates coutures. Shion s'était installé pour lire un peu sur un fauteuil, près d'eux. Omae dormait à ses pieds et les souris faisaient leur vie, Hamlet endormie sur les genoux de Shion avec Juliette et Iago, Encre, Lueur de Lune, Cravate et Roméo sur la table à participer au jeu d'Haru et Nezumi et Ophélie et Macbeth devaient jouer à cache-cache ailleurs.
Vers 19h, Shion posa son livre se leva en déclarant qu'il allait préparer le dîner. Nezumi et Haru rangèrent leurs images et mirent la table. Shion commença à apporter le repas, la salade mélangée, les beignets de crevettes et les croquettes de pommes de terre qu'il avait fait réchauffer, les brochettes de poulet au caramel, et toutes les sauces pour accompagner tout ça.
Ils mangèrent dans une ambiance sereine. Nezumi avait fait largement assez pour eux trois.
Haru s'endormait sur la salade de fruits et Shion demanda à Nezumi s'il pouvait aller le coucher pendant qu'il leur préparait du thé pour la soirée. Nezumi opina du chef. Ils se levèrent tous deux et, alors que Shion ramassait les assiettes, Nezumi contourna la table pour rejoindre Haru qui lui tendait déjà les bras.
« Dodo, Zumi ?
-Oui, je vais t'emmener dodo, Haru. »
Il souleva l'enfant dans ses bras.
« Allez, tu dis bonne nuit à Shion…
-Oui ! »
Nezumi porta l'enfant jusqu'à Shion qui lui fit un bisou :
« Dors bien, mon bébé !
-Bon dodo, S'ion !… Dis, dis, S'ion ?
-Oui, mon bébé ?
-Tu vas 'entrer tard demain ?
-Euh…
-… Non passeu maintenant qu'on est une vraie famille,… Ça serait bien qu'on soit ensemble soir… »
Shion et Nezumi restèrent sidérés. Les regardant l'un l'autre, Haru bâilla puis ajouta :
« Si, ça serait bien ! »
Shion et Nezumi se regardèrent, penauds. Puis Shion se reprit et embrassa son fils rapidement, pour qu'il ne voit pas qu'il était au bord des larmes.
« Dors bien, mon bébé… J'essaye d'être là tôt demain, promis.
-Bisou, S'ion ! »
Nezumi caressa doucement ses cheveux de Shion et lui dit :
« À tout de suite, mon ange. »
Shion opina sans rien répondre. Un seul mot de plus l'aurait fait fondre en larmes.
Nezumi monta avec Haru, le mit en pyjama et le coucha. Il lui chanta une berceuse, embrassa doucement sa joue et le laissa s'endormir. Il redescendit, pensif.
Une famille…
Il rejoignit Shion à la cuisine et vint doucement l'enlacer par derrière. Il embrassa sa nuque.
« Je peux t'aider, ma petite fleur ? »
Shion sourit et posa ses mains sur ses bras.
« Tu peux m'apporter le reste de vaisselle qui est encore au salon ?
-D'accord. »
Nezumi s'exécuta. Shion fit la vaisselle et Nezumi l'essuya et la rangea. Aucun des deux ne dit un mot. Ceci fait, ils tentèrent de se poser devant la télé, mais trop fatigués, ils montèrent rapidement. Il était tôt, mais ils étaient vraiment épuisés.
Shion laissa Nezumi se coucher et prit le temps d'étendre la lessive. Puis il se déshabilla et rejoignit son amant dans leur lit. Nezumi avait laissé la lumière allumée de son côté, mais lui semblait déjà dormir. Shion régla son réveil, s'allongea sous la couette et éteignit la lampe.
Quelques secondes passèrent avant qu'il ne sente Nezumi venir se blottir contre lui, le prendre dans ses bras et l'y serrer doucement.
Shion répondit avec la même douceur. Leurs lèvres ne tardèrent pas à se trouver, leurs corps se resserrèrent, et la nuit ne fut dès lors pour qu'une longue étreinte, infiniment douce, aimante, de baisers, de caresses, dans une tendresse retrouvée ou plutôt sans doute, une tendresse enfin vraiment trouvée. Pas de sexe cette nuit-là, aucun des deux ne l'aurait pu. Juste un amour infini.
Ils s'endormirent blottis l'un contre l'autre, avec la certitude d'être à leur place et que rien désormais ne pourrait les en déloger.
Le réveil sonna bien trop vite à leur goût. Sursautant tous deux, ils se resserrèrent l'un contre l'autre dans un réflexe. Puis Shion grommela. Nezumi le sentit se tourner pour éteindre l'importune sonnerie puis se retourner pour se réinstaller exactement comme précédemment contre lui. Content que le câlin perdure un peu, Nezumi sourit et le reprit dans ses bras sans se faire prier.
Un moment passa ainsi, puis Shion soupira :
« … J'ai pas envie d'y aller… »
Nezumi rigola :
« Tu veux que je te fasse un mot d'excuse ?
-Oh, si seulement… Sourit Shion. Non, je vais me bouger… J'en ai quelques-uns à remettre à leur place, là…
-Ah ?
-Ouais. À commencer par ma charmante et compétente Conseillère de l'Industrie qui nous a pourri notre samedi en me forçant à aller faire son travail à sa place. »
Nezumi grimaça, mais Shion l'embrassa avant de reprendre tendrement :
« C'était peut-être un mal pour un bien, finalement, mais elle va quand même m'entendre... »
Shion embrassa encore Nezumi.
« Un mal pour un bien, oui... murmura ce dernier. Shion, je voudrais vraiment... Vraiment prendre le temps de parler avec toi.
- Oui, mon cœur. Moi aussi.
- J'ai toujours pas pu te raconter mon voyage...
- Moui... J'ai vraiment hâte de l'entendre. »
Ils s'étreignirent encore.
« Je t'aime, mon joli rat.
- Oui, ma petite fleur. Tu vas être en retard, non ?
-M'en fous. M'attendront un peu, ça leur apprendra... Je vais vraiment essayer de rentrer plus tôt le soir... Je sais que je pourrais pas toujours, mais je ferai le maximum. Je te le jure. »
Nezumi le regarda, un peu surpris de la gravité de son ton, puis sourit et l'embrassa :
« D'accord, Shion. T'en fais pas... »
Il l'embrassa encore.
« Je ne partirai plus. Moi aussi, je te le jure. »
Shion finit par se lever à contrecœur et fila sous la douche en bâillant. Nezumi resta à sommeiller, le nez enfoui dans l'oreiller de Shion. Il sursauta en l'entendant soudain farfouiller dans le noir, là où il s'était lui-même déshabillé la veille.
« Nezumi, je t'emprunte ton pull à col roulé ! »
Nezumi haussa un sourcil sans rouvrir les yeux et répondit d'une voix endormie :
« … Pas de souci, mon ange... »
Shion sortit de la chambre et Nezumi se rendormit. Lui se lèverait plus tard pour s'occuper d'Haru.
Shion avala rapidement trois restes en guise de petit-déjeuner en buvant un thé avant de récupérer trois dossiers, son ordinateur portable et son téléphone dans son bureau et de filer.
Il se sentait assez d'énergie pour affronter une cohorte de zombies cannibales... Le Conseil allait en prendre pour son grade.

*********

Inquiet, Yui apprit avec soulagement, ce lundi matin là, l'arrivée de Shion au palais. Il était en train de boire un café avec son second, Zentô et Kanshi (un des gardes du corps de Shion) lorsque Hogosuru (le garde du corps de Shion qui était de service à ce moment) avait envoyé le message de routine signalant l'arrivée du président dans les locaux du gouvernement. À presque 8h et demie, Shion avait une bonne heure de retard sur ses horaires habituels. Le Conseil devait débuter à 9h30.
Yui décida de se fendre d'une petite visite dans le bureau de son président. Sur le chemin, il appela Rantô, un autre de ses hommes :
« Salut, Freedom.
- Salut, Ran. Tout va bien ?
- Oui, oui. Apparemment, ils sont réveillés, ils doivent déjeuner, là. Nezumi devrait sortir pour accompagner Haru à la crèche d'ici 1/2h, 3/4h, je pense. 'Sont pas pressés, ce matin.
- Y a des matins comme ça... Bon, ben, bonne continuation.
- T'inquiètes, chef. À plus. »
Il profita que la vieille secrétaire n'était pas à son bureau pour se faufiler. Shion n'était pas dans le sien, mais Yui devina sans mal où le trouver.
Un peu plus loin, dans le salon de réception, Shion regardait la grande maquette d'Utopia, les mains dans les poches, perdu dans ses pensées.
Yui marqua un arrêt, surpris. C'était la première fois qu'il voyait Shion en noir... C'était surprenant en soi, et surtout ça lui donnait un air presque sinistre.
« … Shion ?... » l’interpella le Conseiller en s'approchant.
Shion sursauta et lui jeta un œil par-dessus son épaule. Était-ce dû à ce pull ? Il sembla à Yui bien plus pâle que d'habitude, bien plus grave aussi, fatigué, et la marque sur sa tempe était bien visible.
« Salut, Yui, dit-il en se remettant à regarder la maquette.
- Salut... Euh... Ça va ? Demanda prudemment Yui.
- Oui, oui, répondit platement Shion.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Coin de placard... Mal réveillé hier matin.
- Ah. Et sinon, bon week-end ? Continua l'ancien résistant.
- Ça a été...
- Rien de spécial ? Insista Yui.
- Non, non.
- Dis-moi, Shion, je me pose une question, soupira Yui en fronçant son sourcil.
- Hm ? Laquelle ? » demanda à son tour Shion en le regardant avec un petit sourire.
Yui attrapa le col roulé et le tira, découvrant le cou de Shion où on voyait clairement, sur la peau pâle, les marques des doigts qui l'avaient serré le samedi soir. Shion sursauta et recula vivement.
« Tu te foutrais pas un tout petit peu de ma gueule ? »
Shion le regarda un instant puis eut un petit rire en remettant son col en place.
« Ton coin de placard, il aurait pas les yeux gris, par hasard ? Continua Yui, lui sérieux.
-Tu sais que tu es rudement observateur pour un mec qui n'a qu'un seul œil ? »
La vanne fit rire Yui malgré lui.
« Réponds… » Soupira-t-il ensuite.
Shion lui répliqua sur le même ton goguenard.
« Ne te fous pas de ma gueule non plus, mon ami.
-Pardon ?
-N'essaye pas de me faire croire que tu ne connais pas déjà le code génétique des grands-parents de la femme avec qui il a passé la nuit de samedi. »
Yui hocha la tête avec un petit sourire.
« On n'a pas eu besoin de remonter si loin, elle est sans famille depuis la chute du Mur.
-Je vois…
-Tu veux savoir qui c’est ?
-Non. »
Shion soupira en haussant les épaules et se remit à regarder la maquette.
« Non, je ne veux rien savoir. Qu'est-ce que tu comptes faire ?
-La tenir à l’œil un moment. À mon avis, ta relation avec Nezumi ne va pas pouvoir rester secrète très longtemps, quoi qu'on fasse. Je sais que des rumeurs commencent à se répandre… Quand ça sera connu, elle pourrait tenter du chantage ou je ne sais pas quoi, alors je ne peux pas la laisser sans surveillance.
-T'es vraiment parano.
-C'est pour ça que tu me payes, Shion. Penser au pire et t'en protéger, c'est mon boulot. Protéger ceux que tu aimes. Protéger ce que nous avons construit.
-Qui protégeait Nezumi samedi soir ?
-Zento.
-Sacré coup de bol…
-Ça, tu peux le dire.
-Qui est au courant ?
-Lui et moi. Les personnes qui ont fait les recherches sur elle ne savent pas pourquoi et celles qui la gardent à l’œil non plus.
-Bien. »
Il y eut un silence.
« Alors, quels sont vos ordres, M. le Président ? »
Shion regardait toujours la maquette.
« Je veux qu'aucun mal ne soit fait à cette femme, quoi qu'il arrive.
-OK.
-Et il ne s'est rien passé samedi soir. »
Yui hocha lentement la tête :
« Tu me jures que c'est réglé, que tu vas bien ?
-Oui.
-OK. Il ne s'est rien passé samedi soir. »
Il y eut encore un silence, puis Yui ajouta :
« Shion, je ne lui pardonnerai pas, même à lui, s'il lève à nouveau la main sur toi. »
Shion lui jeta un regard sombre, mais ne répondit rien. Yui soupira.
« Bon, je vais fumer une clope… On se retrouve au Conseil ?
-Tu fumes trop.
-Je sais. À tout' ! »
Resté seul, Shion se remit à regarder la maquette. Utopia. Le week-end précédent, il avait failli perdre Nezumi, et jamais cette ville ne lui avait paru si dérisoire…
Un peu plus tard, 10 et 11 membres du Conseil étaient dans la salle de réunion, attendant leur président et la responsable de la diplomatie, Mme Gaikôkan.
En bout de table, l'un en face de l'autre, Adrian et Yui se faisaient du pied sous le bois noir, en toute discrétion. À droite de Yui se trouvaient successivement M. Kyoiki, responsable de l'éducation et de la recherche, un petit gros jovial, M. Shihô, chargé de la justice, un grand homme barbu a l'air sévère, Mme Nôgyo, l'agriculture, une petite femme bien en chair, Mme Kenkô, la santé, une femme à lunettes, toujours très propre sur elle, et enfin la benjamine du Conseil (23 ans) qui n'en faisait pas réellement partie, sa porte-parole, Mlle Koé. Les Conseillers issus de l'ancien Bloc Ouest. Face à eux, à la gauche d'Adrian, la place vide de Mme Gaikôkan, puis se trouvait Keitatsu, le chef de la police, en costard, très droit, Mme Sangyô, la trentaine, elle aussi dans un joli tailleur, responsable de l'industrie, et enfin M. Yosan, chargé du budget, jeune surdoué de la comptabilité de 29 ans, lui en jean et chemise simple. Les Conseillers issus de l'ancienne No°6.
Ça parlait de tout et de rien lorsque, du couloir, leur parvinrent les voix de Shion et de Mme Gaikôkan.
« … Vous croyez ? demandait cette dernière. Sullivan oserait remettre en cause les accords pétroliers ?
- Oh, c'est presque sûr... répondit Shion. Amsterdam et Dakar vont gueuler, Saint-Pétersbourg va attendre de voir et Téhéran ben, ça dépendra si le prince arrive à faire céder son père...
Ça promet pour les Annuelles !
- Je ne vous le fais pas dire... » soupira Shion en rentrant.
Mis à part Yui, tous tiquèrent en le voyant. Était-ce le noir, son air grave ? Ils se sentirent mal à l'aise, et le sourire glacial qui accompagna son « Bonjour à tous. » leur fit froid dans le dos. Personne n'osa répondre. Les yeux rouges firent le tour de la table.
« Avant toute chose, commença bien trop doucement Shion, je tiens à faire une mise au point avec vous. »
Un silence pesant suivit ses mots. Il continua :
« Je vous prie d'avance d'excuser ma vulgarité, mais pour être honnête, j'en ai véritablement plein le cul de faire votre boulot en dehors des heures ouvrables parce que vous n'avez pas envie. Vous êtes tous très compétents et c'est pour ça que vous êtes ici, mais votre travail ne s'arrête pas quand vous rentrez chez vous. Tout compétent qu'il est, aucun d'entre vous n'est irremplaçable. Alors je vais être on ne peut plus clair : la prochaine fois qu'une de mes soirées ou qu'un des rares week-ends que j'arrive à prendre sera gâché par un problème qui est de votre ressort, mais qui me tombe dessus parce que vous avez la flemme de décrocher votre téléphone, le flemmard dégagera de ce Conseil et sans discussion. Nous sommes un gouvernement. Nous n'avons pas d'horaires, nous avons un devoir. Et même le samedi, Mme Sangyô, quand il y a une urgence, il faut vous bouger pour la résoudre. J'espère que vous avez passé un bon week-end. Si je n'avais pas fait votre boulot, un tiers de notre ville aurait pu disparaître. Et moi, pour information, j'ai juste, en plus, failli perdre quelqu'un qui j'ai attendu sept ans et qui n'a pas supporté de passer encore après mon travail alors que je lui avais promis que nous aurions enfin un vrai week-end à nous. »
La jeune femme regarda par terre, honteuse. Yui grimaça. C'était donc ça...
« Je ne vous le répéterai pas. » acheva Shion en les regardant tous une nouvelle fois.
Le Conseil passa dans une ambiance étrange, entre ceux que la mise au point ne concernait pas et les autres qui n'osaient pas trop l'ouvrir, en tout cas face à Shion, mais certains n'en pensaient pas moins. Pour une fois, aucun esclandre... Un Conseil calme et productif.
Alors que tous remballaient leurs affaires, vers 13h, Shion conclut calmement en prenant ses dernières notes :
« Bon, merci à tous. Merci de ne me déranger personnellement qu'en ultime recours dans les semaines à venir, Kaoru sera là pour le reste, je voudrais vraiment pouvoir me concentrer sur les Annuelles, là. Mme Gaikôkan, prenez le temps de manger comme il faut, je vous attends après, qu'on voit le dossier dont on parlait. Keitatsu, je peux vous voir une minute ?
- Oui, bien sûr ? »
Les autres Conseillers se levaient et commençaient à sortir. Le responsable de la police s'approcha de Shion qui reclassait ses feuilles.
« Où en est l'enquête sur ce flic corrompu à Bloc Ouest ? Demanda Shion.
-Euh... En cours...
- Ça fait dix jours que ça traîne, vous attendez quoi pour au moins le suspendre ? »
Comme Keitatsu ne répondait pas, contrit, Shion lui jeta un œil et se leva :
« Ne me forcez pas à confier cette enquête à d'autres services.
- Vous n'oseriez pas ! » s'étrangla le Conseiller.
Shion se leva et le regarda droit dans les yeux.
« Bloc Ouest en a plus qu'assez de ses histoires et moi avec. Alors faites votre boulot et appliquez les lois et vite. Maintenant, excusez-moi, j'ai un coup de fil à passer. »
Shion prit ses affaires et sortit. Dans le couloir, Yui, qui était avec Adrian, Yosan et Koé, l’interpella :
« Tu manges avec nous, Shion ?
- Coup de fil à passer, je verrai après.
- On sera à la cantine !
- OK. »
Shion fila dans son bureau, posa tout en vrac et prit son téléphone.
Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas composé ce numéro.
« Cabinet d'Andrologie, bonjour ! Dit une sympathique voix féminine.
- Bonjour, euh... Shion Seijunna. Est-ce qu'à tout hasard, le docteur Dansei serait disponible, s'il vous plaît ? »

*********

Haru avait réveillé Nezumi vers 8h30 en grimpant sur le lit.
« Coucou, poussin... » avait-il bâillé.
L'enfant avait rigolé :
« Zumi t'es tout fatigué !
- Ça, tu peux le dire... Tu as faim ?
- Oui !
- Moi aussi...
- Alors on va manger ?
- Ouais ! »
Nezumi sortit du lit en s'étirant, ramassa son boxer et son pantalon et les enfila en sifflotant.
« Zumi, tu as bobo à ton dos ? »
Nezumi réalisa un peu tard que son dos couvert de cicatrices n'était pas un spectacle pour un enfant de 3 ans... Il se tourna et lui sourit, rassurant :
« Non, Haru, ne t'en fais pas. Ce sont de très vieux bobos, ils sont guéris depuis longtemps.
- Ça fait pas mal, alors ? »
Nezumi prit l'enfant dans ses bras et lui fit un bisou :
« Non, ça ne fait pas mal. Ne t'en fais pas. On va manger ?
- Oui ! »
Ils descendirent et furent accueillis dans les règles par la ménagerie complète. En effet, comptant machinalement les souris, Nezumi se rendit compte qu'elles étaient toutes là.
« Hamlet, tu n'es pas partie avec Shion ? »
La souris se posa sur son postérieur et couina un moment.
« Ah, d'accord... Vous avez mangé ?
- Squik ! Squik squik !
- Bien, je vais voir. »
Haru laissa Nezumi l'asseoir à la table de la cuisine en demandant :
« Zumi, elle a dit quoi 'am'et ?
- Que Shion était de sale humeur et qu'il était parti si vite qu'elle n'a pas eu le temps de le suivre, et qu'elles n'ont pas toutes mangé parce que certaines dormaient encore... » répondit Nezumi en fouillant dans son frigo.
Haru rigola.
Ils déjeunèrent tranquillement, se préparèrent et vers 9h30, quittèrent la maison. Nezumi n'ayant pas de permis de conduire avait adopté le réseau de trams en attendant. Il savait conduire, il fallait juste qu'il aille passer le test pour le faire reconnaître, mais comme le réseau était gratuit, rapide et efficace, il n'était pas pressé. Le tram les conduisit vite à Lost Town, à la crèche.
Pour s'y faire éconduire fort peu poliment par Rika.
« Non mais, venir à 10h sans même prévenir, vous vous prenez pour qui ?! De toute façon, nous n'avons plus de place, une de mes collègues est malade ! Vous ne travaillez pas, de toute façon, alors vous pouvez bien garder Haru aujourd'hui et... »
Nezumi était resté bête puis il fronça les sourcils et la coupa vivement :
« Oh, ça va ! »Rika resta bête à son tour.
« OK, je garde Haru. Effectivement, je bosse pas, ça me gène pas. Ça vous gênerait, vous, d'être un peu plus aimable ? »
Un silence assez surpris suivit sa réplique. Même Haru, dans ses bras, le regardait avec des yeux ronds. Sur son épaule et depuis la poche de son jean, Encre, Cravate, Lueur de Lune et Hamlet le regardaient aussi, intrigués. Encre couina.
« Maintenant, reprit cette fois froidement Nezumi, si vous avez un problème avec moi, je peux laisser Haru à une de vos collègues cinq minutes pour qu'on s'explique. »
Rika grogna sans répondre. La directrice de la crèche, dont le bureau était juste à côté de l'entrée, sortit voir ce qui se passait.
Nezumi ne lâchait pas Rika des yeux et Haru les regardait l'un l'autre sans comprendre.
« Euh, M. Kazemori ?… tenta la directrice en s'approchant. Bonjour ?...
- Bonjour, lui répondit Nezumi, strictement poli.
- Il y a un problème ?
- Il y a que je peux tout à fait comprendre que j'amène Haru tard et que vous n'ayez plus de place, mais qu'il y a des façons de me le dire. »
La directrice jeta un œil sévère à sa subordonnée et reprit :
« Désolée, nous avons eu une absence imprévue. Nous n'appelons pas dans ce cas et prenons les premiers enfants qu'on nous amène et en priorité ceux dont les parents travaillent. Je n'ai pas pensé à vous dire de nous avertir quand vous êtes en retard, il aurait fallu que vous nous appeliez. »
Nezumi eut un sourire :
« Pas de problème, je peux garder Haru aujourd'hui. »
Encre couina sur son épaule, le faisant à nouveau sourire. Alors que Rika et la directrice lui jetaient un œil sceptique, il reprit :
« Quoi qu'il en soit, encore une fois, c'est plus la forme que le fond qui m'a posé problème. Je suis vraiment désolé de ne pas être la gentille compagne que vous attendiez pour Shion, ajouta-t-il, venimeux, pour Rika. Mais vous feriez bien de vous habituer à ma présence. Sur ce, je vous souhaite une agréable journée. Comptez sur moi pour vous avertir si je ne suis pas à l'heure demain. »
Il inclina la tête et ressortit sans rien ajouter. Une fois dehors, il fit un bisou à Haru qui le regardait toujours avec de grands yeux.
«  Ça te va de passer la journée avec moi, Haru ? »
Le petit garçon sourit :
« Oui ! »
Encre couina à nouveau et Nezumi lui jeta un œil amusé :
« C'est fini, toi ? T'es une souris, pas une vipère !
-Squik !
- Elle dit quoi, Enc'e, Zumi ? 
- Des bêtises, comme souvent. En gros, elle trouve pas plus mal que tu restes avec nous vu l'ambiance là-dedans. Bon... Si pour commencer, on allait saluer ta grand-mère et ta tante ?... C'est par là, je crois , »
Du fait de sa grossesse, Karan ne travaillait plus que le matin. Il y avait quelques clients lorsqu'ils entrèrent, dont une vieille dame toute voûtée et toute petite, qui disait :
« Oh, s'il vous plaît ? Vous allez vraiment fermer ?
- Bientôt, oui, pour finir ma grossesse tranquillement.
- Oh, vos petits pains vont bien me manquer !
- Vous les retrouverez quand je rouvrirai ! » répondit joyeusement Karan.
Haru trotta jusqu'à elle.
Nezumi salua silencieusement les personnes présentes d'un signe de tête. Il sourit à la vieille dame qui disait tranquillement :
« Oh, vous savez, je ne serai sûrement plus là... Je suis bien trop fatiguée. »
Il y eut un silence gêné que Nezumi rompit d'un très doux :
« Ceux qui vous attendent seront très heureux de vous retrouver. »
Tous le regardèrent avec surprise. La vieille dame lui sourit. Karan appela le client suivant et Nezumi tint la porte à la vieille dame lorsqu'elle sortit.
« Merci beaucoup, jeune homme.
- Saluez mes parents pour moi si vous les voyez. »
Il rejoignit Karan :
« Comment ça va ? »
Elle le regardait avec scepticisme :
« Euh... Bien... Tu lui as dit quoi, là ?
- Rien, rien. » répondit-il innocemment.
Karan n'insista pas, pensant qu'elle avait mal entendu.
Ils passèrent un petit moment avec elle. Puisqu'ils n'avaient rien de précis à faire et qu'il faisait très beau, elle leur proposa tout simplement d'aller traîner en ville. Le grand parc, réaménagé, était magnifiquement fleuri en cette saison.
Nezumi pensa qu'un peu de verdure ne lui ferait pas de mal. À rester enfermé comme une huître dans sa bibliothèque, ça faisait un moment qu'il n'avait pas pris le soleil.
Ils quittèrent donc la boulangerie et prirent la direction du centre-ville. Nezumi marchait au rythme d'Haru, c'est à dire assez lentement. Tant et si bien que c'était l'heure du déjeuner lorsqu'ils atteignirent le centre-ville. Cette balade leur ayant donné faim à tous les deux, ils décidèrent de manger avant de rejoindre le parc et, croisant le Paddy's, Nezumi se dit qu'un hamburger et une Guiness lui iraient très bien. Ils entrèrent donc et se posèrent à une table. L'endroit était bien plein et la toute jeune serveuse débordée. Elle les avertit qu'elle s'occupait d'eux « dès que possible ». Au comptoir, la patronne non plus ne chômait pas et on devinait sans mal que son mari et leur cuistot ne donnaient pas leur part de boulot au chien à la cuisine non plus.
Nezumi et Haru n'étaient pas pressés ; l’enfant s'amusait avec les souris et Nezumi rêvassait. Il aimait vraiment bien ce lieu. Au bout d'un moment, il dit en se levant :
« Je vais aux WC, soyez sages. »
Sachant pertinemment qu'il pouvait laisser Haru seul puisque les souris étaient là.
En revenant, il avisa la pauvre serveuse -une mignonne petite rousse sûrement plus jeune que lui- qui peinait avec un plateau de couverts visiblement très lourd et lourd, sentant venir la catastrophe, s'approcha d'elle juste à temps pour saisir le plateau mal équilibré avant qu'il ne renverse.
Elle le regarda avec surprise et lui lui demanda :
« Ça va ?
- Euh oui euh,... merci...
- de rien. »
Il alla poser le plateau sur le comptoir tout naturellement avant de retourner d'asseoir près d'Haru. Ce dernier avait tout vu et tapa des mains :
« Zumi t'es trop fort !
- Hm ?... Oh non, c'est rien ça, des plateaux j'en ai porté des plus lourds... »
Au comptoir, la patronne le regardait avec intérêt.
« Tu sais po'ter des gros plateaux ? Demanda Haru.
- J'ai déjà bossé dans une espèce de cabaret qui faisait aussi bar...
- Ah ?... Où ?
- À Bloc Ouest... Ça s’appelait L'Arc En Ciel... Il y avait une scène, la journée, on chantait ou on récitait des trucs et le soir, on virait les table, on mettait plein de chaises et on faisait du théâtre... Et donc, la journée quand on chantait pas, ben, on servait dans la salle. »
Y songeant, Nezumi se demanda si ce lieu existait toujours. Il n'avait en fait pas remis les pieds à Bloc Ouest depuis l'attaque de No°6, la veille de la chute du Mur. Il faudrait qu'il aille voir ça à l'occasion...
La petite serveuse vint enfin à leur table :
« Encore merci pour tout à l'heure...
- Encore de rien.
- Vous avez de sacrés réflexes !
- Habitude de chasseur... Face à des ours, des réflexes, il en faut. « 
Elle resta bête.
« Euh... Pardon… ?
- Non, rien. Vous pouvez prendre notre commande, s'il vous plaît ? »
Ils furent bientôt servis. Le pub s'était bien vidé et la serveuse comme la patronne soufflaient un peu. Le patron, d'ailleurs, sortit de la cuisine pour venir se poser près de son épouse, au comptoir. Nezumi sourit en les voyant se faire un petit bisou. Il dégustait paisiblement sa bière, repu, pendant qu'Haru mangeait la glace qu'il avait prise en dessert. Les souris, repues aussi, s'endormaient sur la table, et Nezumi vit la patronne le désigner discrètement en parlant à son mari.
La glace finie, sa bière également, et les souris installées pour dormir dans un replie de son étole ou ses poches, il prit Haru dans ses bras et gagna le comptoir pour aller payer. Il posa Haru sur un des grands tabourets et sortit la carte de paiement.
La patronne ne tarda pas à venir à la caisse.
« Encore merci pour tout à l'heure ! Dit-elle aimablement en lui tendant la note.
- Toujours de rien. » répondit-il en lui tendant la carte, toujours celle de Shion, et ses papiers, toujours provisoires.
Shion oubliait régulièrement d'aller récupérer à la banque la carte qu'il avait fait faire à son nom -Nezumi ne voulait pas de compte à lui, n'ayant rien à mettre dessus-, et Nezumi, lui, ne pensait jamais à mettre dans sa poche sa nouvelle carte d'identité, restée sagement dans son enveloppe, sur la commode du salon.
« Vous portez les plateaux avec un naturel impressionnant.
- Je l'ai eu fait, il y a quelques années, j'ai dû garder quelques restes...
- On chercher quelqu'un en plus, si ça vous dit de recommencer ? »
Nezumi la regarda un instant, puis répondit lors qu'elle lui rendait la carte :
« Euh, il faudrait voir les horaires et tout, et que j'en parle à Shion, mais pourquoi pas ? »
Elle hocha la tête :
« Principalement renfort entre 11h et 14h la semaine et des fois la journée le samedi... Ça fait peu d'heures, par contre... »
Nezumi hocha la tête à son tour :
« J'ai pas travaillé depuis longtemps, j'aime autant pas avoir trop d'heures pour recommencer. Je peux lui en parler ce soir et repasser demain ?... Y a pas de raison qu'il refuse, mais bon...
- Ce n'est pas à un jour près, pensez juste à nous prévenir vite si c'est non. On peut vous prendre à l'essai quelques jours et voir.
- Ça m'irait bien.
- C'est comment, votre nom ?
- Aki. Kazemori Aki.
- Euh, le prénom, c'est Aki ? »
Il rigola.
« C'est ça. Encore du mal avec les noms japonais ?
- Oui, j'avoue ! Répondit-elle avec le même amusement. Je m'appelle Epona Bell.
- Epona, vraiment ? Où sont vos chevaux ? »
Elle le regarda avec stupéfaction puis éclata de rire :
« Alors ça ! Vous êtes bien le premier ici à me sortir ça ! »
Nezumi sourit.
« Je ne me suis pas trompé, au moins ?
- Non, pas du tout. Mais d'où connaissez-vous la mythologie irlandaise ?
- Oh, j'ai beaucoup lu. »
Haru tira la manche de Nezumi qui tourna son sourire vers lui :
« Pou'quoi les s'vaux ?
- Epona, c'est le nom d'une déesse des chevaux dans de très vieilles légendes. Je te montrerai le livre à la maison. »
Il attrapa le petit garçon en disant :
« Allez, on se bouge ! »
Il serra la main qu'Epona lui tendait :
« Je repasse demain, donc. Bonne journée en attendant, Epona.
- Bonne journée, Aki. »
Ils sortirent. Le patron, qui n'avait rien perdu de la scène, rejoignit son épouse qui lui demanda :
« Qu'en dis-tu ?
- Beau garçon costaud, intelligent, vif, avec de l'aisance, le l'humour et de la culture... On pourrait pas rêver mieux. »
Un peu plus tard, assis sur un banc dans le parc, Nezumi regardait avec un sourire Haru jouer dans un bac à sable avec cravate, Lueur de Lune et Encre. Hamlet siestait toujours das un recoin de son étole.
Il réfléchissait. L'idée de reprendre du service comme serveur ne lui déplaisait pas, surtout à temps partiel et surtout au Paddy's. Ça le ferait bouger, rencontrer du monde et gagner un peu d'argent. Il n'avait jamais eu l'intention de vivre aux crochets de Shion et d'ailleurs ce dernier, s'il avait un salaire très honorable, n'était pas Crésus non plus.
Il en était là de ses réflexions lorsqu'une présence qui approchait dans son dos lui arracha un sourire en coin.
« Salut, Freedom. Quel bon vent t'amène ? »
Yui rigola et vint s'asseoir près de lui :
« Je vois que ton sixième sens est intact.
- C'est une base pour survivre dans les montagnes, tu sais.
-Ouais, sûrement. »
Il y eut un silence. Puis Yui reprit, l'air de rien :
« Y a eu un beau resserrage de boulons au Conseil, ce matin. T'aurais adoré le spectacle, je pense...
- Ah ?
- On dirait que maintenant que tu es là, Shion est décidé à se calmer sur les heures sup' et surtout sur celles qui ne relèvent pas de sa responsabilité propre. C'est plutôt bien.
-... Ouais. »
Yui étendit ses bras sur le dossier du banc alors que Nezumi appuyait ses coudes sur ses cuisses. Il y eut un long silence que Nezumi interrompit d'un hésitant :
« Shion... travaille beaucoup, hein ?
- Il est inhumain... soupira Yui. En fait, il abat juste le travail de trois personnes... Si on considère qu'en plus de la présidence, il gère aussi l'écologie et la culture...
- Ah ouais...
- Il ne t'a pas expliqué ?
- On a pas encore eu le temps de parler beaucoup de tout ça... Il est vraiment... Indispensable … ? »
Yui eut un sourire.
« Les cimetières sont pleins de gens indispensables.
- Quand je lis les journaux ou que je regarde la télé, on voit un peu que lui quand même...
- Ouais. C'est ça le problème, en fait.
- Hein ?... Je te suis pas, là... »
Yui sourit à nouveau et expliqua calmement :
« Shion fait un travail de titan... Mais quand on y regarde de près, on s'aperçoit assez vite qu'il délègue au maximum et surtout, qu'il est bien trop intelligent pour ne pas avoir tout mis en place de façon à ce que tout puisse tourner sans lui en cas de problème. Même les trucs les plus confidentiels, je suis sûr que c'est noté dans un coin, confié à quelqu'un qui saurait le remettre à qui il faudrait si besoin. Le problème, c'est pas tant son boulot que le fait qu'il soit le centre du réseau et que tout le monde croit dur comme faire qu'il est indispensable. »
Nezumi hocha lentement la tête.
« Il n'est pas indispensable, mais tout le monde est persuadé du contraire...
- C'est ça. Et s'il disparaissait ou lâchait tout toujours, Utopia s'écroulerait.
- Tu viens pas de dire qu'il était pas indispensable dans les faits ?
- Lui non, Nezumi, mais ce qu'il représente l'est. »
Il y eut un nouveau silence. Puis Nezumi soupira :
« L'unité d'Utopia ?
- Oui. Le Mur est tombé, mais tu sais, il est encore dans pas mal de têtes. Shion est passé de Chronos à Bloc Ouest, avec un crochet à Lost Town. Sa légitimité tient en grande partie à ça, au fait qu'il ait vécu partout. Il s'est retrouvé à la tête de la reconstruction sans y faire gaffe et y est resté parce que la situation ne lui a pas laissé le choix. Il ne l'a jamais voulu, il n'a rien à faire du pouvoir et n'a qu'une envie, c'est démissionner. Mais il sait que, même si tout peut tourner sans lui, dans les faits, s'il disparaît, toutes les rancœurs et les haines vont resurgir et Utopia s'effondrera comme un château de cartes. »
Nezumi hocha à nouveau la tête. Yui reprit :
« Depuis trois ans, j'ai déjoué six attentats contre lui... »
Nezumi sursauta et le regarda avec des yeux ronds.
« Il n'est au courant que de deux, mais à mon avis, il n'est pas dupe. Sérieux, sa résistance à la pression est aussi inhumaine... Je sais pas combien des gens arriveraient à se lever le matin en se faisant insulter sans arrêt par ses ennemis... Moi, j'ai l'habitude, mais lui, je ne m'attendais pas à ce qu'il gère ça si bien. »
Nezumi eut un sourire :
« Les insultes glissent sur lui sans l'atteindre, tu n'as pas à t'en faire pour ça... Il regarde les gens d'un air intrigué et continue comme si de rien n'était...
- Ouais, c'est dingue. Je l'ai jamais vu se mettre en colère... »
Cette fois, Nezumi rit carrément.
« Crois-moi, t'as pas envie !
- De... ?
- Le voir vraiment en rogne ! Il est flippant ! »
Yui le regarda avec surprise :
« Sérieux ? »
Nezumi ne put qu'opiner du chef, hilare. Il finit par se calmer et soupira :
« Enfin, j'en ris maintenant, mais sur le coup, ça fait bizarre... »
Yui sourit, plus doux :
« Shion en colère, pour moi, c'est juste inimaginable... J'ai jamais connu quelqu'un d'aussi gentil.... Clairement totalement fêlé, mais d'une gentillesse incroyable... J'ai mis des semaines à lui faire réellement confiance tellement ça me paraissait impossible, après ce qu'il avait passé, qu'il soit resté si... Si pur... Quand je pense aux articles qui le décrivent comme un mégalo assoiffé de pouvoir et autocrate, je me dis qu'on peut difficilement être plus côté de la plaque...
- délires de jaloux aigris...
- Oui, mais là, ils se trompent de cible en le croyant maître de cette ville. »
Nezumi lui jeta un œil en coin sans comprendre :
« … Shion n'est pas l'homme le plus puissant d'Utopia ?
- Non, Nezumi. L'homme le plus puissant d'Utopia, c'est toi. »
Nezumi se tourna vers lui, les yeux ronds :
« Pardon... ?
- Nezumi, l'homme le plus puissant de cette ville, c'est toi, parce que tu tiens Shion dans ta main. Il a besoin de toi comme de l'air qu'il respire, parce que tu es son monde, parce que si demain, tu décides de retourner dans tes montagnes, il aura préparé ton sac avant que tu aies fini de lui dire, mais cette fois, le sien sera prêt aussi, et il te suivra sans un regret.
- Et Utopia s'écroulera comme un château de cartes.
- C'est ça. »
Je me contrefous de cette ville de cons !... C'est toi le seul dont j'ai besoin...
Les paroles de Shion résonnaient dans sa tête ;
Voyant Haru se mettre à pleurer dans son bas à sable, il se leva d'un bond pour aller voir. Encre grimpa sur son épaule et couina. Nezumi hocha la tête et alla prendre l'enfant dans ses bras. Haru était juste fatigué de sa marche du matin et de ne pas avoir fait la sieste. Nezumi le consola gentiment et quand il se releva, Yui n'était plus là.
Nezumi regarda le banc vide et eut un sourire.
Message reçu, Freedom, pensa-t-il. Merci.
Il dit doucement :
« T'es épuisé, mon poussin. On va rentrer, d'accord ? »
Haru renifla et se bouina conte lui. Nezumi lui fit un petit bisou sur le front et ils partirent. Nezumi ne voulait pas perdre de temps, il prit le tram directement du centre-ville.
Il était pensif, berçant Haru en lui fredo

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Ame



Féminin Age : 37
Nb de messages : 1038

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Dim 25 Mar 2012 - 14:27

Comme d'hab très très bien ! Un très bon lemon. J'ai particulièrement apprécier les petites touches d'humour disséminées de-ci de-là ! Merci Baba ! kiss1

_________________
Some say the world will end in fire, Some say in ice,
From what I've tasted of desire, I hold with those who favors fire.
But if it had to perish twice, I think I know enough of hate,
To say that for destruction ice, Is also great
And would suffice. R. Frost
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Dim 25 Mar 2012 - 22:21

Oups désolée, le forum m'avait pas dit que c'était trop long, pas vu qu'il manquait la fin !


La voilà :

Message reçu, Freedom, pensa-t-il. Merci.
Il dit doucement :
« T'es épuisé, mon poussin. On va rentrer, d'accord ? »
Haru renifla et se bouina conte lui. Nezumi lui fit un petit bisou sur le front et ils partirent. Nezumi ne voulait pas perdre de temps, il prit le tram directement du centre-ville.
Il était pensif, berçant Haru en lui fredonnant une vieille berceuse. L'enfant sommeillait.
Ils poussèrent la porte de la maison juste à temps pour entendre un bruit de casseroles tombant au sol. Nezumi se précipita à la cuisine pour découvrir avec stupéfaction son amant en train de se masser les tempes au milieu de quatre casseroles.
« Shion ? »
Nezumi sourit avec tendresse :
« Tu es déjà là ? »
Shion soupira, las :
« Mal de tête... Kaoru m'a mis dehors... »
Nezumi vint le prendre dans ses bras.
« Je suis content de te voir.
- Moui... répondit Shion en enfouissant son visage dans son cou.
- Qu'est-ce que tu fabriquais ?
- Pas pris le temps de manger, je volais me faire un truc... »
Nezumi gloussa, lui fit un petit bisou en prenant son visage entre ses mains fines et lui dit :
« Vas aider ton fils à enlever ses chaussures, je vais préparer quelque chose. »
Shion sourit et lui rendit son bisou :
« D'accord ! »
Haru ne mangea pas beaucoup, grognon. Shion pour sa part mangea pour deux. Nezumi chantonnait, paisible, content que Shion soit là si tôt, même s'il savait bien que ça ne pourrait pas être toujours le cas.
Après manger, ils allèrent coucher Haru qui s'endormit sans broncher, et fatigués aussi, allèrent s'allonger sur leur lit pour se reposer un peu et surtout parler.
Nezumi se coucha sur le dos et Shion s'allongea contre son flanc, blotti contre lui. Nezumi se mit à caresser sa tête.
« Je suis content que tu sois rentré si tôt, mon ange.
- Moui !... Euh, Nezumi, je voulais te dire euh...
- Oui ?
- Si tu veux, on peut repartir dans ton village ? »
La main s'immobilisa dans les cheveux blancs.
« … Pardon?!...
- Ben, je me disais juste que euh... Je veux pas te forcer à rester ici si tu ne veux pas … ? »
Nezumi sourit, ému, et se tourna pour serrer Shion dans ses bras :
« Merci d'y avoir pensé, mon ange. Merci. Ce n'est pas possible, mais merci...
- Pas possible ?...
- Oui, je l'ai juré... »

À suivre dans le chapitre 6 : Passé et Présent.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Skyland



Féminin Age : 30
Nb de messages : 527
Localisation : Quelque part...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 9 Avr 2012 - 22:19

ça y est, j'ai lu tous les chapitres... J'aime beaucoup cette suite de no 6 !
Bonne continuation pour la suite que j'attends avec impatience... amour1
N'hésite pas à remettre d'autres scènes lemons ! Xd

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://skyland.bloxode.com
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 9 Avr 2012 - 23:42

Merci Skyland ! J'y travaille et t'inquiètes, des lemons y en aura d'autres effectivement !

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Apaisios



Féminin Age : 21
Nb de messages : 147

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mer 11 Avr 2012 - 19:43

J'adore cette suite x)
Bonne chance pour la suite x3
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Dim 22 Avr 2012 - 3:17

En espérant donc que cette suite vous plaise également !!

Sinon, j'ai aussi une grande annonce à vous faire : j'ai décidé d'organiser un petit concours destiné à offrir mon roman à l'un(e) d'entre vous. Les règles sont les suivantes :
Vous vous en doutiez pitètre (eh eh), il fallait bien qu'à un moment Nezumi se remettre à chanter (Nezumi : Ah oui mon talent était indispensable à cette fic... Shion : *_* Balkys : Euh, on va dire ça !), et donc comme je suis pas une grande poétesse moi-même, je vais lui faire chanter des vraies chansons ou réciter des vrais poèmes, etc. Le but du jeu pour vous sera de retrouver ces chansons, poèmes, tout ça, et de me donner les titres et interprètes, UNIQUEMENT PAR MP OU MAIL. Ceci pour permettre à tout le monde de jouer, aux trois endroits où je poste cette fic. Toute réponse publique, non seulement ne donnera pas de point à son auteur, mais en plus annulera le round pour tout le monde. Sinon je noterai bien les réponses de tout le monde à part et à la fin de la fic, vous aurez les réponses et les résultats. Les gens qui ont déjà mon roman ont le droit de jouer, par contre je ne leur réoffrirai pas. Ça fera 1 point pour le titre, 2 pour le titre et l'interprète ou auteur, et à la fin la personne qui aura le plus de points recevra mon roman.
Ces chansons ne seront pas nécessairement françaises, par contre elles seront toujours en français. Pourquoi ? Ben parce que je les choisis pas au hasard, mais bien pour leur texte, et puis les traduire ça m'éclate. J'essayerai de rester au maximum près du texte original pour ne pas trop vous larguer. Je vous laisserai des indices pour les trop dures, vous en faites pas, ça reste aussi un jeu quand même ^^ !
C'est pour ça par exemple que je ne vous demanderai pas de retrouver l'origine de la berceuse que chante Shion à Haru dans le 1er chapitre, car ça nécessiterait 1/ que vous connaissiez l'anime où je l'ai entendue, 2/ que vous ayez vu son épisode spécial, 3/que vous ayez cherché les paroles de cette chanson en anglais et enfin 4/que vous l'ayez reconnue à travers ma trad. Ça fait un peu beaucoup hein... Chuis pas sadique non plus !
Y en a trois dans ce chapitre... Faites-vous plaiz' et bonne chance à toutes zet à tous !!!

No°6 - Après
Chapitre 06 : Passé et Présent



Yui était installé sur son balcon, accoudé à la barrière, regardant la ville sans la voir. Il s'était mis là pour fumer, mais sa cigarette se consumait dans sa main. Il était perdu dans ses pensées, dans ses souvenirs, parti dans la poussière de Bloc Ouest, un soir où il avait rencontré un jeune garçon aux yeux gris…

*********

Un bâtiment anonyme de Bloc Ouest, cinq ans plus tôt.

Un silence funèbre régnait dans la pièce.
Dans les autres salles de ce curieux bunker à moitié en ruine, les résistants s'activaient aussi silencieusement que possible, car ce qui se passait dans cette pièce sombre aménagée en chambre de fortune les touchait tous.
Zento s'approcha pour poser doucement une couverture sur les épaules de son chef, assis sur une chaise bancale à côté du lit où reposait le corps à l'agonie de l'homme qui partageait sa vie et leur lutte depuis toujours.
Zento laissa ses mains sur les épaules de Freedom.
L'attaque des forces de N°6 avait fait du dégât, trois jours plus tôt, et Freedom et Rinjû, son amant et second, avaient été fait prisonniers. La réaction de la résistance avait été à la hauteur de l'affront et leur avait permis de savoir rapidement où ils étaient retenus, un peu en dehors du quartier, car l'officier des forces de la ville tenait à les « interroger personnellement » avant de les conduire au Centre Pénitentiaire. Ils avaient attendu, guetté, jusqu'à ce qu'il se décide à mettre le nez dehors pour le transfert.
Pas beaucoup de survivants du côté des soldats de la ville… Trois morts et 12 blessés pour les résistants, et parmi ces blessés, Freedom déjà bien amoché par son interrogatoire et Rinjû à l'agonie après s'être pris une rafale de fusil-mitrailleur dans le ventre.
Freedom tenait la main de son compagnon dans les siennes. Elle était déjà froide. Pourtant, personne n'avait le courage d'achever le mourant, personne ne voulait accepter l'idée qu'il s'en aille. Mais quel espoir pouvait-il bien y avoir dans cette cave, dans ce quartier maudit sans vrai médecin ni hôpital… ?
Freedom tourna un visage pâle, épuisé, vers son plus vieil ami. Le bandage de fortune qui entourait son crâne tenait mal, cachant son œil mort.
« Zento.
-Je suis là, Yui.
-C'est Uragiri qui nous a balancés ?
-Oui. »
Zento sentit son ami trembler.
« Va me chercher le garçon qu'il se tape. Tout de suite. »
Zento eut un sourire, presque heureux que la colère de son ami l'emporte sur sa peine.
« À tes ordres. »
Zento sortit de la pièce et referma la porte sans bruit.
Les résistants, hommes, femmes, adolescents, enfants, qui installaient comme ils pouvaient le peu de matériel qu'ils avaient, s'arrêtèrent tous pour le regarder. Lui hocha la tête et dit :
« Ren, Tsuzuki, Rantô, Misa, prenez vos armes, on bouge. »
Les quatre susnommés se regardèrent. Ils s'équipaient sans mot dire lorsqu'une autre demanda :
« Zento, qu'est-ce qui se passe ?
-Uragiri va nous payer ça. »
Des sourires mauvais se firent sur plusieurs visages.
Ils partirent tous les cinq. Le soleil et approchait de la ligne d'horizon. Ren, un grand ado maigre et nerveux, demanda :
« On va où, Zento ?
-Aux bordels de Buta. Si celui qu'on cherche n'y est pas, il saura nous dire où le trouver. Pas de gants, compris ? On est pressé.
-T'en fais pas pour ça ! » Répondit Tsuzuki en armant son fusil à pompe.
Ils arrivèrent au crépuscule devant un hôtel de passe miteux et sordide. Quelques filles court-vêtues et fatiguées s'écartèrent craintivement en les voyant. Ils entrèrent sans attendre. Le hall étroit était crasseux et derrière le comptoir de l'accueil, un homme gras et suant que Zento interpella sans ménagement :
« Salut Buta. On cherche une de tes putes. »
Le gros maquereau grogna :
« Qu'est-ce que vous voulez ? Vous allez faire fuir les clients… »
Ren et Tsuzuki ricanèrent alors que Misa épaulait sans un mot son fusil pour le braquer sous le nez de Buta qui sursauta :
« Hé, vous êtes malades !
-Ouais. Je vais être clair et si tu tiens à ta peau, tu vas répondre vite, répondit Zento. Là, tu vois, Freedom est furax et nous aussi. Alors, dis-moi tout de suite où on peut trouver le garçon qui se fait appeler Nezumi.
-Euh… Balbutia le gros. Il… Il bosse, là…
-Quelle chambre ?
-Non, mais vous allez pas déranger mes clients ! »
Misa arma son fusil et Zento regarda Buta qui blêmit :
« 214…
-Merci. »
Ren resta là alors que Zento et les autres montées quatre à quatre les marches du vieil escalier à moitié pourri et arrivèrent devant la porte juste à temps pour entendre un cri aussi désespéré que furieux :
« CONNARDS ! Vous m'aviez juré plus jamais ÇA ! »
Tsuzuki et Zento échangèrent un regard et le premier défonça la porte sur un hochement de tête silencieux du second.
Sur le lit sale se trouvait un adolescent brun nu, qui regardait les nouveaux venus avec des yeux ronds, des yeux gris magnifiques, au passage.
L'homme qui était dans son dos et le tenait plus que fermement par les épaules était stupéfait aussi et un autre, lui à moitié à poil également, se leva d'un bond, furieux, pour gueuler :
« C'est quoi cette merde ! On peut même pl... »
Un coup de crosse en pleine tête l'interrompit et l'envoya valser contre le mur. L'autre lâcha le garçon et recula. Tsuzuki braqua son fusil à pompe sur le premier et Zento pour sa part s'adressa au garçon :
« C'est toi qu'on appelle Nezumi ?
-Euh… O… Oui… ?… » Bredouilla l'adolescent.
Zento lui sourit :
« Rhabille-toi et viens. Quelqu'un veut te parler. »
Nezumi le regarda, hébété, et Zento insista doucement :
« Ne t'en fais pas, il ne te veut pas de mal. »
Nezumi obéit lentement, pas rassuré. Il tremblait un peu. Zento reprit pour les deux hommes :
« Ah, au fait, il ne s'est rien passé. Et croyez-moi, il y a des façons de mourir moins douloureuse que de nous faire chier. »
Nezumi avait enfilé ses vêtements et ses bottes, il se leva. Il regardait Zento avec inquiétude, mais ce dernier lui répéta gentiment :
« Ça va aller, ne t'en fais pas. »
Nezumi lui jeta un œil, pas très convaincu visiblement, mais face à quatre adultes, dont deux avec des fusils, il sentait bien qu'il n'avait pas trop le choix. Si ces personnes pouvaient se permettre de débarquer comme ça chez Buta, c'est que ce n'était pas n'importe qui.
Il les suivit craintivement jusqu'au rez-de-chaussée. Là, il jeta un œil à Buta qui se retenait visiblement de râler. Zento sourit à ce dernier :
« Tu ne nous as pas vus. Garde bien ça en tête. »
La nuit tombait. Nezumi suivait ces inconnus sans oser rien dire. L'idée de filer et de les semer dans les ruelles l'effleura, mais ces gens-là semblaient définitivement trop sûrs d'eux pour tenter un truc pareil. Il se demandait bien ce qu'ils lui voulaient. Ils n'avaient pas l'air d'en avoir après son cul… En tout cas, aucune réflexion, remarque vulgaire ou graveleuse, main aux fesses et autre… ?
Au bout d'un moment et alors qu'ils arrivaient en bordure de la ville, Zento le regarda :
« Ça va ? On marche pas trop vite ?
-Euh non non ça va…
-T'es nouveau dans le coin, toi, non ?
- Euh oui euh quelques mois… »
Nezumi grommelait tout bas. Sa voix était à peine audible. Les mains dans les poches (la droite serrée sur son couteau), il restait sur ses gardes.
Il était plutôt content que ces inconnus l'aient tiré les bras de ces deux pervers… Avec un peu de chance, ils allaient lui foutre la paix.
-Lorsqu'il avait quitté les grottes, il n'avait pas pensé très loin. Il n'en pouvait juste plus… Il voulait revoir le soleil.
La cave était confortable, mais avoir un toit ne nourrissait pas. Après quelques jours à crever de faim, se refusant à voler ou à mendier, le garçon avait dû admettre que, pas capable de faire grand-chose, il ne lui restait pas 36 solutions…
Il avait eu beaucoup de chance, la première fois, de tomber sur un mec réglo qui, en plus de bien payer, lui avait vraiment fait prendre son pied. Le seul d'ailleurs avec lequel il recoucherait plus tard, juste pour le plaisir, sans du tout se douter que ses leçons lui serviraient bien cinq ans après…
Il avait pu manger à sa faim quelques jours. Il n'avait pas envie de ça, ça le répugnait… Mais il devait survivre. Parce qu'il devait veiller sur Shion. Certain que N°6 œuvrait déjà à la perte de celui qui lui avait tendu la main, sauvé la vie est bien plus, en cette nuit de tempête, deux ans plus tôt, il voulait trouver un moyen de le protéger à son tour.
Au fond du bordel de Buta, qui louait trop cher ses chambres crades (mais jamais Nezumi n'aurait laissé qui que ce soit entrer chez lui), Nezumi fermait les yeux, écartait les cuisses, serrait les dents en pensant à Shion, en se jurant qu'ils se reverraient, qu'il survivrait pour le sauver, qu'il lui rembourserait sa dette.
C'était son seul espoir, la seule chose qui lui permettait de ne pas se foutre en l'air. Le souvenir d'un sourire, d'un corps chaud contre le sien, une nuit où il aurait dû mourir.
Il frissonna dans l'air frais du soir. La lune se leva. Nezumi la regarda et se demanda si Shion la regardait aussi…
« On y est ! »
La voix de Zento le fit sursauter.
Ils étaient à côté d'un espèce de bunker à moitié enterré, dans une zone déserte au nord-ouest du quartier. Mine de rien, ils avaient marché un moment. Il faisait désormais nuit noire.
Une dizaine de personnes elles aussi bien armées rôdaient autour du bâtiment. L'une d'elles vint à leur rencontre :
« Vous voilà ! Tout s'est bien passé ?
-Pas de souci. Du neuf ?
-Rien. Freedom n'a pas bougé et Rinjû… Bah… Pareil. »
Zento grimaça.
« OK. » Soupira-t-il.
Il fit un signe las de la main à ses compagnons et Nezumi et ils descendirent.
« Viens. » Dit doucement Zento à Nezumi.
Ce dernier regardait avec curiosité cette grande pièce en bazar, pleine de gens de tous âges qui s'affairaient dans tous les sens, qui à ranger, qui à bouger des caisses ou des meubles, qui à cuisiner sur une vieille chaudière énorme…
Visiblement, ces personnes étaient en plein aménagement.
Nezumi suivit Zento dans une pièce à côté, plus petite et sombre.
L'adolescent resta pétrifié à l'entrée, Zento referma la porte sans y faire attention pour rejoindre Freedom, toujours sur sa chaise, qui n'avait pas lâché la main de Rinjû qui respirait désormais par saccades.
Nezumi grimaça. Il n'osait pas bouger, gêné d'être là, d'assister à cette scène qui ne le regardait pas.
Il vit Zento poser silencieusement sa main sur l'épaule de Freedom et entendit ce dernier murmurer d'une voix épuisée :
« Pourquoi il ne veut pas partir… »
Zento ne put pas répondre.
Un chant s'éleva soudain dans le bunker, une voix qui suspendit le temps. Une voix merveilleuse, surnaturelle, qui emmena tous ceux qui l'entendirent très loin de ce bunker poussiéreux, très loin de cette vie de misère où voir un nouveau crépuscule était une victoire.

« C'est juste une question de temps…
Il y a quelques jours
Je t'ai vu, tu allais bien
Je me souviens de ce que tu as dit
Sur le livre que tu lisais
Celui que je t'avais donné
Le début de la fin…
Nous avons parlé
Des heures sans fin
Qu'est-ce que je donnerai
Pour le faire encore
Mais tu reposes là
Dans ce lit d'hôpital
Peux-tu ouvrir les yeux
Et parlons encore une fois
Si tu t'envoles ce soir
Je veux te dire que je t'aime
J'espère que tu peux m'entendre
Sentir que je suis là…
Si tu t'envoles ce soir
Te dire que je suis désolé
De tout ce que je ne t'ai pas dit
Quand nous étions ensemble
J'ai été là toute la nuit
Et je te regarde
Inspirer expirer
Est-ce que c'est vraiment toi
Au juste cette machine
Qui te fait vivre
Ou t'en donne l'air
S'il y avait de l'espoir
Je pourrais te dire…
Que si tu n'étais pas là
Il n'y aurait rien de beau
Pour protéger ma vie
Tu as pris le temps
De dire à mon esprit
Et mon cœur des mots de vie
Alors au revoir pour cette fois
Mais je te reverrai
D'une façon ou d'une autre
Quand ce sera mon tour
De rejoindre l'autre côté
Je te serrerai encore
Et fondrai devant ton sourire
Maintenant tout ce que j'ai
Ce sont ceux qui m'accompagnent
Et tu m'as appris à ne pas tenir pour sûr
Le temps que nous avons
À montrer que nous tenons à eux
Parler à leurs esprits
Parler à leur cœur
Pendant qu'ils sont là
Et leur dire je t'aime
Si tu t'envoles ce soir
Je veux te dire que je t'aime
J'espère que tu peux m'entendre
Sentir que je suis la
Si tu t'envoles ce soir
Te dire que je suis désolé
De tout ce que je ne t'ai pas dit
Lorsque nous étions ensemble
 »

Une voix d'ange…
Un ange qui emportait les âmes.
Zento et Freedom sursautèrent l'un après l'autre, comme au sortir d'un rêve étrange et doux.
Sur le lit, Rinjû ne respirait plus. Sa main serrait celle de Freedom, et un sourire infiniment serein illuminait son visage.
Freedom frémit, serra la main froide dans les siennes et l'embrassa.
« Au revoir, mon amour… » Murmura-t-il.
Zento passa ses bras autour des épaules de son ami :
« Ça ira, Yui ? »
Freedom inspira un grand coup et opina du chef.
« Ouais ! Finit-il par dire d'une voix à peine tremblante. Ouais, ça ira. »
Il lâcha la main froide et laissa Zento recouvrir Rinjû d'un drap sale en murmurant :
« Bon vent, vieux frère. »
Freedom se tourna lentement pour regarder Nezumi. Ce dernier était mal à l'aise, le regard fuyant, bras croisés.
« Comment tu as fait ça ?
-J'en sais rien. »
Freedom est un petit sourire :
« Merci.
-De rien, marmonna l'adolescent.
-C'est toi qu'on appelle Nezumi ?
-Ouais, répondit le garçon sur le même ton.
-J'ai un service à te demander. »
Il y eut un silence. Nezumi regarda enfin Freedom et finit par demander un peu plus fort :
« Qui es-tu ?
-On appelle Freedom. Pour le reste, disons que j'adorerais réduire N°6 en cendres et que l'inverse est aussi vrai. »
Nezumi eut un sourire.
« Ça situe. Et ça nous fait un point et un ennemi commun.
-Parfait. »
Freedom se leva lentement et fit quelques pas vers le garçon :
« Tu vois, cet homme, là, partageait ma vie depuis toujours et ce combat, c'était aussi le sien. Il y a quelques jours, un connard nous a vendu à N°6, et le résultat, tu l'as sur ce lit et là, dit-il en montrant le bandage qui entourait son crâne, et il y a d'autres gens qui ont plus ou moins morflé. »
Nezumi hocha la tête.
« Ce connard, continua Freedom, tu le connais. Il te saute depuis un moment… Il s'appelle Uragiri. »
Nezumi eut une grimace de dégoût visible et Freedom un sourire :
« Je crois que tu vois qui je parle.
-Plutôt, ouais… » Grogna Nezumi.
Ce type payait bien, mais jugeait que ça lui donnait tous les droits… Nezumi le détestait, mais Buta l'avait à la bonne et ne lui laissait pas le choix.
« Uragiri œuvre à me perdre depuis que je l'ai viré… Il est très violent et trop d'innocents ont payé ses conneries. Dieu sait que je ne suis pas le dernier à sortir mon flingue, mais pas contre des gens qui n'ont rien à voir avec nos histoires. Et c'est pour ça que j'ai besoin de toi. Je veux la peau de ce porc… Mais monter une attaque en règle contre lui, c'est juste risquer une fusillade générale avec la demi-douzaine de types qu'il paye pour protéger ses miches et ça, je ne veux pas. Et le seul moment où ses gars ne lui collent pas au cul, c'est quand lui colle au tien.
-Je vois… Et tu veux quoi de moi, au juste ?
-Que tu préviennes de votre prochain rendez-vous, histoire qu'on s'y pointe à ta place le cueillir discrétos.
-Qu'est-ce que j'y gagne ? »
Freedom est un sourire.
« Fais ça pour moi et je te jure que plus personne ne te touchera sans ton consentement. »
Il y eut un long silence. Zento regardait Nezumi et Freedom qui eux se regardaient droit dans les yeux.
Nezumi s'était redressé et n'avait plus rien du petit ado mal à l'aise qu'il avait ramené. Son visage était grave et ses yeux gris incroyablement sérieux.
« OK. » Dit-il enfin.
Il se gratta la tête :
« Dans les faits, ça va être chaud parce qu'il me prévient à la dernière minute, enfin quelques heures avant…
- Je peux laisser des gens autour de toi que tu pourras avertir.
-Ouais… Il vient à peu près toutes les semaines, là ça nous mène à dans deux ou trois jours. Il laisse ses molosses dans le hall et me rejoint dans une chambre, jamais la même, je crois qu'il leur fait croire qu'il se tape des filles… En tout cas, lui et Buta m'ont assez dit de la fermer… Comment tu as su qu'il me baisait, d'ailleurs ?
-Son ancien giton n'a pas vraiment aimé qu'il le jette pour toi. Et trouver un ado aux yeux gris chez Buta, ça a été un jeu d'enfant.
-Je vois… Soupira Nezumi avec un sourire.
-Ça se voit tout de suite que t'es pas d'ici. Tu sors d'où ?
-De loin, ça fait un moment.
-T'es un peu jeune pour dire un truc comme ça. Comment t'es arrivé ici ?
-Hmm… Disons que notre ennemi commun ne m'a pas laissé le choix. »
Freedom hocha la tête, comprenant que ce garçon aussi beau qu'étrange n'en dirait pas plus.
La suite se mit en place rapidement et un peu plus tard, Nezumi repartait escorté de deux complices chargés de sa sécurité, mais surtout, il n'était pas dupe, de le surveiller pour être sûrs qu'il ne les trahisse pas.
Il repassa au bordel avertir qu'il reprenait le boulot le lendemain et rentra chez lui. Buta jugea sage de ne pas poser de questions.
Nezumi savait que Freedom avait déjà des agents dans le bordel. Il savait aussi qu'un ou deux mecs l'avaient suivi jusque chez lui, il ne fit semblant de rien. Si Freedom pouvait vraiment le sortir de sa fange, il fallait mieux ne pas faire le moindre faux pas.
Deux jours plus tard, un matin, Buta lui fit savoir qu'Uragiri venait dans l'après-midi. Nezumi en informa aussitôt qui de droit et continua comme si de rien n'était.
Il fut admiratif du sans-faute des hommes de Freedom. Tout avait été calculé : les trois hommes qui attendaient dans la chambre où lui n'était plus, arrivés tranquillement les uns après les autres en toute discrétion, la dizaine d'autres qui se mirent à faire un boucan invraisemblable dans la rue, pour attirer l'attention des sept gardes du corps qui sortirent voir, ce qui permit aux résistants de leur passer incognito dans le dos avec leur patron inconscient caché dans un tapis roulé, et Nezumi, pour sa part, quitta tranquillement le bordel par la porte arrière, rejoignant Zento et Misa qui l'attendaient dans une ruelle.
Ils filèrent au bunker.
Freedom fumait dehors avec quelques autres. Il allait mieux. Il agita la main en les voyant approcher :
« Vous voilà, ça a été ?
-Comme sur des roulettes ! Répondit Zento. Le colis est arrivé ?
-Ouais, ouais, on est en train de l'installer… On va bien s'occuper de lui. »
Nezumi pensa que la douceur avec laquelle Freedom avait dit ça était proprement flippante. Le borgne lui sourit ensuite, gentil :
« Merci beaucoup, Nezumi.
-De rien. Il me manquera pas. »
Freedom rigola. Ce gamin lui plaisait bien.
« Bon ! Reprit le résistant. Chose promise, chose due. Zento, conduis-le à L'Arc-en-Ciel. Je pense que le Vieux appréciera à sa juste valeur un jeune chanteur aussi doué. »
Zento hocha la tête.
« Bonne idée. »
Freedom tendit la main à Nezumi en lui disant :
« Au plaisir. N'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit.
-C'est noté. Merci, répondit le garçon en la lui serrant.
-Tu as quel âge, au fait ?
-14 ans. »
Freedom, Zento et les autres sursautèrent dans un bel ensemble.
« Et ben… C'est rien de dire que tu fais plus… »
Zento et Misa conduisirent Nezumi dans un coin incroyablement calme pour Bloc Ouest. Le garçon réalisa que ce n'était pas très loin de chez lui, mais dans une zone qu'il n'avait pas encore explorée.
Les rues étaient relativement tranquilles, il flottait dans l'air une certaine sérénité.
Ils entrèrent dans un espèce de grand bar… Cabaret… ? Nezumi se posa la question. Une salle immense, une grande scène sur laquelle une jeune fille jouait du violon. Il suivit Zento qu'un immense gaillard taillé comme une armoire normande interpella de derrière le comptoir :
« Putain, Zento !… T'es vivant, mon gars ?
-Salut, le Vieux ! Répondit Zento en le laissant lui serrer énergiquement la main. Comme tu vois !
-J'ai entendu que vous aviez subi une attaque et que Freedom et Rinjû s'étaient fait prendre… ?
-Ouais, ouais ouais… Je peux pas trop t'en parler… Freedom va bien.
-Et Rinjû ? »
Zento dénia du chef. Le Vieux grimaça :
« … Merde… »
Il serra la main de Zento dans les siennes :
« Tu dis à Freedom qu'il hésite pas, hein ? Je suis là !
-OK. Mais t'en fais pas, il s'en relèvera. Bon, sinon, reprit Zento en attrapant le bras de Nezumi pour le tirer devant lui, il voulait te confier ce garçon. »
Nezumi eut un sourire crispé devant cet immense bonhomme qui le regarda, intrigué. Zento ajouta :
« Il a une voix extraordinaire.
-Ah ouais ?
-Ouais, vraiment ! »
Nezumi avait très envie de disparaître dans un trou, en bon rat qu'il était.
Sur scène, la jeune fille avait fini de jouer, elle s'inclina sous les applaudissements des clients et fila dans les coulisses.
Le Vieux déclara :
« Ben puisque Muzai a fini, si tu nous faisais écouter ça ? »
Nezumi le regarda, surpris, puis hocha la tête :
« D'accord. »
Zento lui tapota l'épaule :
« Un truc plus joyeux que l'autre fois, s'il te plaît.
-Pas de souci. »
Nezumi grimpa sur la scène et regarda la salle. Il y avait un peu de monde, mais il n'avait jamais eu le souci quand il s'agissait de chanter en public. Il inspira un grand coup :

« Je ne suis pas quelqu'un de parfait
Il y a beaucoup de choses que je voudrais ne pas avoir faites
Mais je continue d'apprendre
Je n'ai jamais voulu te faire ces choses
Et donc que je dois dire avant de partir
Que je veux juste que tu saches
Je me suis trouvé une raison
Te changer ce que j'étais
Une raison de repartir à zéro
Et cette raison c'est toi
Je suis désolé de t'avoir blessé
C'est quelque chose avec laquelle je dois vivre chaque jour
Et toute la peine que je t'ai apportée
J'espère que je pourrais toute l'effacer
Et être celui qui saisira toutes tes larmes
C'est pour ça que j'ai besoin que tu entendes
Je me suis trouvé une raison
De changer ce que j'étais
Une raison de repartir à zéro
Et cette raison c'est toi
Et cette raison c'est toi
Et cette raison c'est toi
Et cette raison c'est toi
Je ne suis pas quelqu'un de parfait
Je n'ai jamais voulu te faire tout ça
et donc je dois te dire avant de partir
Que je veux juste que tu saches
Je me suis trouvé une raison
De changer ce que j'étais
Une raison de repartir à zéro
Et cette raison c'est toi
J'ai trouvé une raison de montrer
Une face de moi que tu ne connais pas
Une raison pour tout ce que je fais
Et cette raison c'est toi
 »

Un long silence suivit sa chanson. Les gens mirent quelques secondes à réagir et à applaudir, pas outrageusement, mais sincèrement, touchés. Nezumi s'inclina avec un sourire, sauta de la scène d'un bond et retourna au comptoir.
Zento, Misa et le Vieux le regardaient, ce dernier vraiment impressionné. Il lui tendit la main :
« Bienvenue à L'Arc-en-Ciel, gamin. »
Nezumi sourit pour de vrai pour la première fois depuis très longtemps en la serrant :
« Merci. »

*********


« Yui ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
La voix d'Adrian, dans son dos, le fit sursauter. La cigarette avait fini de se consumer. La nuit tombait. Il se retourna avec un sourire vers son compagnon, qui le regardait, vaguement inquiet.
« Tu vas prendre froid, poussin… Ça va ? »
Yui opina du chef et vint en silence se blottir contre lui, passant ses bras autour de son torse puissant. Adrian sourit et le serra fort dans ses bras.
« Bonsoir, Yui.
-Bienvenue à la maison, Adrian. »
Les deux hommes vivaient dans le grand appartement du soldat, où Adrian avait invité Yui sans arrière-pensée le soir de la chute du Mur, désireux d'un peu d'intimité. Yui avait suivi sans arrière-pensée non plus. Si Adrian en pinçait déjà sérieusement pour le beau borgne, Yui pour sa part était plus enclin à recevoir de la tendresse et passer un bon moment.
Et cette nuit avait été un très bon moment.
Peu de gens étaient conscients de l'importance de leur improbable relation dans la réconciliation des deux quartiers. En apprenant à se connaître et se comprendre, le colonel de N°6 et le leader de la résistance de Bloc Ouest avaient sans trop le faire exprès contribué à rapprocher les deux communautés. Après tout, s'étaient dit beaucoup de gens, si ces deux-là s'entendent, c'est bien que c'est possible. Les personnes hurlant à la trahison avaient finalement été bien peu nombreuses.
La soirée passa paisiblement. Ils dînèrent, puis Yui se posa devant les infos pendant qu'Adrian allait prendre un bain.
Entre autres nouvelles, les lois sur la santé, l'extension de la centrale géothermique, la présentatrice annonça les festivités prévues pour les trois ans d'Utopia, le 20 mai.
Déjà trois ans… Songea Yui.
Il repartit dans ses souvenirs, rêveur.

*********

Freedom regarda autour de lui avec un soupir. À côté de lui, Zento soupira, accablé.
« Et ben, ils n'y ont pas été de main morte, cette fois… » Soupira le borgne.
Bloc Ouest était un champ de ruines.
Freedom secoua la tête.
« Ouais, bon allez ! On se bouge ! »
Il mettait le nez dehors pour la première fois depuis des mois, pour découvrir son quartier ainsi. Maudite N°6…
Le soir tomba sur de mauvaises nouvelles, la chute de nombreux décombres et cadavres dans la rivière avait rendu l'eau trop sale pour être bue, sauf à sa source difficilement accessible… Les réserves étaient ridicules, les blessés innombrables, et combien de gens étaient ensevelis sous les décombres…
Il regarda le haut mur avec rage… Le lendemain, la ville fêterait son jubilé sur leurs tombes…
-La nuit fut rude dans les ruines, au milieu des cris, des pleurs, du désespoir… Tout à reconstruire, encore.
Freedom put dormir quelques heures. La matinée commença dans la même ambiance morbide... Lorsque soudain, un grondement sourd s'éleva de l'est, un bruit qui devint vite assourdissant. Freedom n'eut que le temps de penser : une nouvelle attaque ?!, que, de la bute où il grimpa à toute allure avec Zento, il vit l'inimaginable se produire.
Le Mur était en train de s'écrouler.
« C'est pas… Possible… ?… » Bredouilla Zento.
Ils se regardèrent, effarés.
Un gigantesque nuage de poussière s'envola dans le vent, évitant par miracle Bloc Ouest. Un long silence suivit, puis Freedom se reprit et regarda ses hommes :
« Ren ! Tsuzuki ! Misa !… Allez voir ce qui s'est passé, et soyez prudents ! »
Les trois susnommés hochèrent la tête et filèrent.
Freedom et les siens continuaient d'essayer de sauver ce qui pouvait l'être, lorsqu'un peu plus tard, un cri joyeux avait retenti :
« Eh, Freedom ! »
Le borgne avait regardé avec surprise l'adolescent radieux qui lui faisait signe du haut d'un tas de gravats.
« Nezumi ?! »
Freedom sourit. Nezumi commença à descendre, mais, trop pressé, il dérapa et s'étala sur le sol, aux pieds du grand blond. Les résistants éclatèrent de rire alors que le garçon se relevait en riant aussi :
« Oups ! Je dois être plus fatigué que je pensais !
-Ça va ? Rigola Freedom.
-Ouais, ouais ! Tout le monde va bien ?
-Le bunker n'a pas eu une éraflure… Ceux qui n'y étaient pas, par contre… »
Nezumi grimaça. Puis il hocha la tête. Freedom reprit :
« On pensait plus te revoir, on nous a dit que tu avais été pris dans la rafle pour le Centre Pénitentiaire ?
-Euh, ouais, ouais… »
-Un silence stupéfait suivit.
« Tu en es… sorti… ?
-Ben, il doit finir de cramer, là. »
La stupéfaction des résistants monta d'un cran :
« Pardon ?!
-Ouais, j'avais une bombe dans la poche, j'ai pas résisté…
-C'est une blague ? Bredouilla Freedom.
-Euh, à moitié ! Reconnut Nezumi. C'est une très longue histoire très compliquée, disons pour faire vite qu'on s'est laissé prendre dans la rafle pour s'introduire dans le Centre et qu'on a vraiment eu super chaud aux miches et une veine de dingue… Mais j'avais vraiment une bombe dans la poche et ouais, il a bien cramé !
-Le “on”, c'est toi et l'albinos que tu avais recueilli ? »
Nezumi hocha la tête à nouveau, pas surpris que Freedom soit au courant de ça.
« Shion n'est pas vraiment un albinos, sinon oui, on n'y était tous les deux. Là, il est parti voir ce qui restait et le connaissant, il doit déjà est en train d'organiser la reconstruction de N°6 et Bloc Ouest.
-N°6 et Bloc Ouest ?
-N°6 et Bloc Ouest. Pour lui, tous humains, tous égaux, tous à sauver, et deux villes à reconstruire. »
Freedom haussa son sourcil, dubitatif.
« Il a de l'espoir, ton pote, de croire qu'il va réussir un truc pareil !
-C'est un fou, ouais ! » Intervint Zento.
Nezumi sourit en les laissant rire et répondit :
« Ouais, justement, assez fou pour réussir.
-Réunifier N°6 et Bloc Ouest, Nezumi, c'est impossible et tu le sais, reprit plus sérieusement Freedom en montrant les ruines autour d'eux. Qu'est-ce qui peut sortir de ça ?
-Ça, moi j'en sais rien. On est vivant, non ? C'est une bonne base pour commencer.
-Commencer quoi ?
-J'en sais rien, autre chose. Faut lui demander à lui…
-… Comment construire un truc impossible ?
-Ouais. Et peut-être simplement en essayant. »
Nezumi sourit et ajouta :
« Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait.
-Mark Twain, soupira Freedom.
-Exact, opina Nezumi.
-Je croyais que N°6 était en ennemi.
-N°6 n'existe plus.
-Tu crois vraiment que la chute du Mur va suffire pour que ces connards nous accueillent à bras ouverts ?! »
Nezumi ne peut répondre, car Tsuzuki, qui revenait, les interpella :
« Hé !… Vous devinerez jamais ce qui se passe !
-Moi, je sais, mais vas-y, explique-leur ! » Lui répondit Nezumi, amusé.
Tous le regardèrent rigoler doucement, puis Tsuzuki commença :
« Vous vous souvenez, ces histoires de morts bizarres, là, dont on avait eu vent ?
-Ouais ? Le relança Freedom.
-Alors, on sait ce que c'était, ça y est. Des espèces d'abeilles parasites qui pondaient dans leurs hôtes, et le petit tuait la personne en sortant. Alors la bonne nouvelle, c'est que l'espèce de tempête qui a fait péter le Mur les a embarquées, enfin avant ça, il y a eu un éveil en masse ce matin qui a tué les trois quarts de la ville… Et la tempête en question a fait des putains de dégâts chez eux, on se croirait presque chez nous !… Plus d'électricité, la centrale hydraulique HS, bref, c'est la vraie merde aussi. Mais c'est pas encore ça le plus dingue…
-Ah,… Lâcha Freedom. Il y a plus dingue que ça ?
-Ouais !… Il y a un albinos avec un bébé dans les bras qui a pris les choses en main et qui l'air bien décidé à reconstruire en réunifiant tout… »
Nezumi éclata de rire.
« … Ça m'a l'air d'un sacré fêlé, ajouta Tsuzuki.
-Ouais… Soupira Nezumi. Assez fêlé pour réussir. »

*********

« Et ben poussin ? T'es rudement rêveur, ce soir… »
La voix d'Adrian fit sursauter Yui. Il se tourna pour regarder son compagnon, encore humide et torse nu, une serviette autour du cou, et l'air un peu inquiet.
« Ça va ?
-Oui, oui… Et moi, Adrian…
-Oui ?
-Qu'est-ce que tu as pensé de Shion lorsque tu l'as rencontré ?
-Que mine de rien, il en imposait sacrément. Pourquoi tu me demandes ça, tout à coup ? »
Yui haussa les épaules.
« Et toi ? Demanda Adrian.
-Ouais, un peu pareil, que ce gosse avait ce qu'il fallait dans le bide pour réussir l'impossible… Nezumi avait raison, en fait.
-Raison ?
-Ouais. Shion ne savait pas que c'était impossible de réunifier la ville. C'est pour ça qu'il a réussi à le faire. »

*********


Nezumi soupira :
« … Enfin, voilà en gros, quoi. J'ai dû oublier des trucs, je te raconterai quand ça me reviendra… »
Ils étaient toujours sur leur lit, Shion blotti contre le flanc de Nezumi qui n'avait pas cessé de caresser sa tête. Il faisait nuit noire. Ni l'un ni l'autre n'avait vu le temps passer. Il y eut un silence, puis Shion souffla pensivement :
« Tu parles d'une histoire…
-Oui, j'avoue… Qu'est-ce que tu en dis ?
-Concernant ta première promesse, il n'y a pas de souci, si je puis dire. Il faudra que je t'explique en détail, mais les travaux de dépollution et de sauvetages des espèces sont une priorité mondiale, et les six villes se sont réparties boulots : N°1 gère une partie des animaux avec N°2, mais eux c'est plus pour faire joli sur les traités, N°3 et N°4 ont pris en main tout ce qui est végétal et nous, on a pour mission d'essayer de faire ce qu'on peut avec le milieu marin, avec N°5. Dans les faits, on assure tous aussi un peu sur les animaux pour pallier la mollesse de N°2. Donc, niveau écologie, ça tourne et tu me connais, je vais pas lâcher l'affaire. Pour ce qui est de ta deuxième promesse… Tu es sûr que ce type est vivant ?
-Je vois mal Elyurias se tromper… »
Shion se redressa en grimaçant :
« Ouais, ça, effectivement. »
Il réfléchit un moment, puis reprit :
« Le Centre Pénitentiaire avait pas mal d'évacuations souterraines de secours… S'il était bien à l'abri dans un autre labo, il a pu s'enfuir par là avant que ça s'écroule…
-Ça se tient, opina Nezumi en se redressant à son tour.
-Ça va être dur de faire des recherches là-dessus sans éveiller l'attention… Il a pu bénéficier de l'aide de certains membres de l'ancienne élite au moment de la réunification… Ça a été le bazar un moment…
-Oui, c'est dommage qu'on ait pas pu régler la question tout de suite… »
Nezumi vint s'asseoir entre les jambes de Shion et se laissa couler dans ses bras. Shion le serra tendrement contre sa poitrine et posa son menton sur son épaule :
« Je vais chercher de mon côté…
-Ouais, je vais faire ce que je peux du mien…
-Tu crois qu'ils pourraient essayer de recommencer ? »
Nezumi grimaça :
« Ça, ouais, c'est bien ce que je crains… Dans mes souvenirs, il était quand même bien malade, ce type. Ça me fait bien suer, si j'avais su tout ça y a quatre ans, j'aurais pu tout régler directement.
-Tu ne pouvais pas deviner, mon cœur. »
Shion embrassa son cou.
« Bon, reprit-il. Affaire à suivre, c'est noté.
-Ouais, on va pas régler ça ce soir… Soupira encore Nezumi.
-Je voulais te parler d'autre chose… Reprit Shion d'un ton un peu gêné.
-Oui, mon ange. Qu'est-ce qu'il y a ? Le relança gentiment Nezumi.
-En fait, euh… Je sais pas trop comment expliquer ça… Euh…
-Prends tout ton temps ? »
Shion hocha la tête et réfléchit un instant. Puis, il reprit :
« Bon, en fait c'est peut-être encore plus simple de tout reprendre depuis le début.
-Le Big-Bang ? »
Shion éclata de rire.
« T'es trop con ! hoqueta-t-il.
-J'aime pas quand tu as un ton si grave, répondit Nezumi en se blottissant un peu plus contre lui.
-Tu es gentil… Soupira Shion en le câlinant. Et tu as raison, ce n'est pas si grave.
-Alors dis-moi. Qu'est-ce qu'il y a ? »
Shion commença posément :
« Un peu après ton départ, il y a trois ans, j'ai passé un bilan médical complet. Ma mère s'inquiétait de ma métamorphose, et puis j'avais envie de savoir aussi ce qui m'était arrivé… Alors, ils n'ont vraiment tout prélevé et analysé… Le problème, c'est qu'avec la destruction de Mother, toutes les données médicales de N°6 aussi ont disparu. Donc, ils ont bien trouvé deux ou trois trucs pas dans les normes, mais plus moyen de savoir si j'étais comme ça ou si je le suis devenu.
- Hm, hm ?
-Il y a une chose par contre qu'ils ont pointée et qui n'a pas pu être réglée… J'ai un dérèglement hormonal au niveau sexuel. »
Nezumi fronça un sourcil et tourna la tête pour le regarder.
« C'est un peu compliqué et je ne vais pas t'embêter avec des histoires d'hormones et de taux. Pour faire simple, ce qui me manque, c'est la pulsion. »
Il caressa la tête de Nezumi qui le regardait toujours, dubitatif.
« Je ne suis ni impuissant, ni frigide, tu le sais. Et j'aime faire l'amour avec toi, vraiment. En fait le truc, c'est juste que je ne vais pas avoir naturellement le déclic pour me jeter sur toi…
-Si j'ai suivi, si je veux faire l'amour, il faut que je te signale ?
-Euh,… Ouais.
-Et ça ne se soigne pas ?
-J'ai rappelé le médecin qui me suivait tout à l'heure. Selon lui, la seule chose à faire… C'est de pratiquer. »
Nezumi sourit, coquin. Shion continua :
« … Parce que la seule chose à espérer, c'est en quelque sorte, l'appétit me vienne en mangeant… »
Le sourire de Nezumi s'élargit, franchement gourmand :
« Ah ben si le docteur le dit… »
Shion se retrouva à deux secondes plus tard allongé sous un Nezumi qui l'embrassait avec force, bloquant ses mains au-dessus de sa tête et frottant sa cuisse entre les siennes. Puis il se mit à embrasser sa gorge et Shion rigola, essoufflé :
« Arrête, t'es dingue…
-Ah non, ah non, faut faire comme le docteur il a dit hein ! »
Shion éclata de rire.
« S'ion ?… Zumi ?… »
Nezumi lâcha Shion et s'écarta vivement de lui. À la porte de la chambre, Haru les regardait, ensommeillé.
« Qu'est-ce que vous faites ?
-Oh, rien, je le soigne… »
Shion, qui se calmait à peine, repartit dans un fou rire. Nezumi se leva innocemment pour venir s'accroupir devant le petit garçon :
« Qu'est-ce que tu voulais, mon poussin
-J'ai faim !
-Mmh, moi aussi… »
Il se releva et jeta un œil vers le lit :
« Bon ben, on continuera le traitement plus tard… »
Shion pouffa et se leva pour les rejoindre. Ils descendirent pour dîner. Il était un peu tard.
Shion cuisinait et Nezumi et Haru mettaient la table lorsque le téléphone sonna. Nezumi alla décrocher :
« Oui, allô ?
-Oh ! Aki, c'est vous ? »
Nezumi fronça un sourcil. Il connaissait cette voix d'homme très sympathique, mais d'où ?
« ...Oui ? Tenta-t-il prudemment.
- Satoru Tomodachi ! Vous vous souvenez ? Nous nous étions vus à l'hôpital ! Lui rappela son interlocuteur.
-Ah oui, ça y est, je vous remets. Vous allez bien ? Demanda Nezumi, aimable.
-Tout à fait ! Vous avez l'air mieux aussi ?
-Ça va, oui. Vous vouliez parler à Shion ?
-Oh, vous ou lui, c'est égal…
-Ah ?
-… Ma femme et moi organisons une petite soirée, samedi soir, et nous serions ravis que vous soyez des nôtres, si vous êtes disponibles, bien sûr ?
-Euh… Ben j'en sais rien… Je vous demande un instant, je vais voir avec Shion… »
Satoru entendit Nezumi gagner la cuisine :
« Shion ?
-Oui, mon cœur ?
-C'est Satoru Tomodachi, il nous invite samedi soir, on est dispo ?
-Euh… J'ai une réunion l'après-midi, mais sinon, le soir, normalement, oui. Pas de problème.
-D'accord. »
Nezumi reprit le combiné :
« Ça a l'air bon, Satoru…
-Parfait !… Venez quand vous voudrez à partir de 19h et surtout n'emmenez rien, vous nous vexeriez !
-D'accord ! Rigola Nezumi.
-Je ne vous dérange pas plus, navré d'avoir appelé si tard.
-Pas de souci. À samedi, donc.
-Je vous souhaite une bonne semaine. Au revoir.
-Vous aussi ! »
Satoru Tomodachi raccrocha, content, et rejoignit son épouse sur leur canapé. Misato lui dit, amusée :
« C'était le garçon que tu avais rencontré à l'hôpital ?
-Oui, et j'avais vu juste. C'est bien le compagnon de Shion ! Enfin, à part si tu peux m'expliquer autrement qu'il décroche comme s'il était chez lui à presque 21h et que Shion l'appelle “mon cœur”, bien sûr. »
Ils rirent tous les deux. Misato se blottit contre lui et soupira :
« Arisu va être bien déçue…
-Que veux-tu, ma chérie… Nous l'avons assez prévenue, et Shion aussi. »

*********

« Sérieux ? Ils te veulent comme serveur au Paddy's ? »
Nezumi posa la vaisselle sale dans l'évier :
« Je dois y repasser voir ça demain. Tu serais d'accord ?
-Bien sûr ! Ce serait super !… Enfin, ça te plairait ?
-Oui, ça peut. L'endroit me va bien et puis serveur, je sais faire. »
Shion mit le thé à infuser. Nezumi continua en croisant les bras, s'appuyant dos à l'évier :
« J'aime vraiment bien le Paddy's… Ils ont l'air sympa, en plus. Ça devrait le faire, et puis un mi-temps, c'est bien pour atterrir. En plus, bosser entre 11h et 14h, ça ne posera pas de problème avec Haru… Ça, c'est bien aussi, surtout qu'avec l'arrivée de ta sœur, ta mère va avoir autre chose à faire qu'à le garder. »
Shion hocha la tête :
« Tu penses à tout, joli rat.
-C'est ça le talent, ma petite fleur. Faudra juste s'organiser pour les samedis où je bosserai, si ça se confirme.
-Ouais, on verra. »
Shion vint poser ses mains sur les hanches de Nezumi et lui fit un petit bisou :
« Commence par te faire embaucher.
-Yep. »
Nezumi croisa ses mains dans le dos de Shion :
« Mon ange ? Roucoula-t-il en lui faisant les yeux doux.
-Oui ? Répondit Shion, intrigué.
-J'envisage très sérieusement la possibilité, avec ton accord bien sûr, d'avoir des rapports sexuels fougueux avec toi dans un avenir assez proche ? »
Shion rit doucement et l'embrassa encore :
« Hmm, ça me paraît correspondre à mon planning de la soirée.
-Parfait !
-Que dirais-tu de nous y mettre après un petit thé devant la télé ?
-Ça me paraît plus qu'envisageable. »
Ils s'embrassèrent encore et Nezumi reprit :
« Ça te convient, que je signale mon désir comme ça ?
-C'est un peu alambiqué, mais ça me va mieux que : “Shion, j'ai super envie de te refaire le cul.”
-C'est ce que je me suis dit… »
Après un épisode de série policière assez prenant, les deux jeunes gens montèrent à l'étage. Ils se glissèrent dans la salle de bains et commencèrent les hostilités sous l'eau chaude, Nezumi prétendant éhontément qu'il avait mal à l'épaule et ne pouvait pas se laver le dos… Shion se fit un devoir d'y remédier :
« Tu veux que je te lave en profondeur ?
-Oh oui très profond… »
Spoiler:
 
Shion reprenait son souffle, à genoux sur le carrelage, comme Nezumi le sien, assis face à lui contre le mur.
« Fatigué, mon ange ?
-Tu fais ton poids, mon chéri. »
Nezumi rigola :
« Et je le vaux ?
-Oui, répondit Shion en riant aussi, ne t'en fais pas pour ça ! »
Nezumi se fit un plaisir de combler Shion à son tour dès qu'ils furent dans leur lit. Shion se donna totalement, comme à chaque fois.
Puis ils restèrent, Nezumi couché sur le dos et Shion blotti contre son flanc, comme en fin d'après-midi.
« J'adorerais que le temps s'arrête… Murmura Nezumi.
-Moi pas, on se ferait vite chier dans ce lit…
-Ton pragmatisme est assez flippant des fois.
-J'aime mes nuits dans tes bras d'autant plus que je n'y suis pas le jour… »
Nezumi sourit.
« Ensemble jusqu'en enfer…
-Quoi qu'il arrive. »
Il y eut un silence.
« Plus d'adieux… Soupira encore Nezumi.
-Plus jamais… Toute une vie avec toi pour mourir dans tes bras, comme tu disais dans ta lettre, et pas avant nos 116 ans. »
Nezumi lui jeta un œil dubitatif :
« 116 ans ?
-Ben oui, répondit Shion. C'est bien toi qui me l'as dit, non, que 16 ans c'était cent ans trop tôt pour mourir ? »
Nezumi fronça un sourcil sceptique puis rigola en se souvenant de ça…
« Hé, mais c'est pourtant vrai… Tu t'en rappelles ?… »
… De cette phrase un peu absurde qui lui avait crié, lorsque Shion hurlait de douleur dans sa lutte contre la veille parasite…
… Tu as 16 ans ! C'est cent ans trop tôt pour mourir !…
Shion reprit doucement :
« Qu'est-ce que tu en dis ?
-Hmm... Mourir à 116 ans… Ça fait une bonne vie… 104 ans à te connaître, 97 à vivre près de toi… Ouais, OK, ça me va. Et donc, on meurt ensemble.
-Moi aussi, c'est avec toi que je veux vivre et dans tes bras que je veux mourir.
-D'accord. Dans un joli champ de fleurs.
-Vendu. À 116 ans dans un champ de fleurs.
-C'est noté. »

*********

Epona Bell regardait son nouveau serveur avec intérêt. Décidément, ce jeune homme était énergique et impressionnant. Pour un premier samedi, il gérait plutôt bien.
Il était revenu le mardi matin et il avait été convenu qu'il attaque directement et soit d'essai toute la semaine. Il était débrouillard, travailleur, et aussi aimable que cynique selon les clients. La plupart l'adoraient déjà, et même ses souris avaient été très vite adoptées.
Il s'entendait très bien avec Manon, la serveuse, Keisuke, le cuistot, Jeff, son époux et elle-même.
Il n'était pas prévu qu'il travaille ce samedi, mais s’était proposé spontanément lorsqu'il avait appris, le jeudi, que Manon avait un souci (sa mère était malade et devait passer des examens). Du coup, il faisait 10h-18h et là, il assurait plutôt au milieu de la foule de clients du midi. En ce beau jour de printemps, beaucoup de gens se promenaient en ville et étaient venus manger ici. À tel point que Nezumi peinait à garder libre la table que Shion avait réservée, désireux de manger là avant sa réunion.
Heureusement, Shion arriva avant que les râleries de certains ne l'énervent trop. Nezumi venait de poser un lourd plateau de vaisselle sale sur le comptoir lorsque la voix d'Haru l'interpella de l'entrée :
« Zumi Zumi on est là ! »
Jeff lui fit un petit signe de tête et Nezumi sourit et s'accroupit, bras tendus, pour recevoir le petit garçon qui arrivait en courant et en riant vers lui.
« Coucou, mon poussin. »
Shion le rejoignit plus lentement, souriant, paisible :
« Et bé, il y a du monde… »
Nezumi se redressa, tout sourire :
« Ouais, on chôme pas ! »
Ni l'un ni l'autre ne fit mine de remarquer la brusque baisse des conversations autour d'eux.
« Je t'ai gardé ta table… Vous vous installez ? Dit Nezumi en lui rendant Haru. J'ai trois repas à servir et je suis tout à vous. »
Shion opina. Ils s'assirent tranquillement, Hamlet, Macbeth et Iago se mirent à trotter sur la table. Nezumi servit comme convenu les autres clients en faisant semblant de ne pas voir les regards sceptiques ou curieux qui le suivaient. Puis il rejoignit Shion et Haru et prit leurs commandes. Encre, qui squattait son épaule avec Cravate, en profita pour descendre sur la table.
« J'ai un truc pour toi, si t'as cinq minutes avant qu'on parte. » Dit Shion.
Nezumi hocha la tête. Trois quarts d'heure plus tard, les choses s'étaient calmées et le serveur entendit donc son patron lui dire :
« Allez, prends-toi une pause, t'as bien bossé !
-Merci ! »
Nezumi vient donc s'asseoir sur la banquette, à côté de Shion, qui referma le livre qu'il disait. Haru dessinait sagement.
« Coucou, ma petite fleur.
-Coucou, mon joli rat. »
Ils se firent un petit bisou discret.
« Tu assures comme un chef, tu sais.
-Merci… Qu'est-ce que tu voulais me montrer ?
-Ah oui… »
Shion sortit une toute petite boîte de son sac et lui tendit :
« Cadeau ! »
Nezumi fronça un sourcil, prit la boîte, l'ouvrit et en sortit un téléphone portable à écran tactile flambant neuf.
« Allons bon… Soupira le serveur en se grattant la tête.
-Il te plaît ? Ronronna Shion, tout sourire.
-Euh… Design sympa ? Tenta Nezumi en cherchant comment allumer la chose.
-Je t'ai mis le mode d'emploi avec.
-Ça sera pas du luxe…
-Oh, allez, c'est pas plus compliqué que des souris mécaniques…
-Ouais enfin ça fait trois ans j'ai laissé tomber tout ça… Ah, ça s'allume…
-Tu vois !
-En quel honneur tu m'offres ça ?
-Je me suis dit que si tu bossais vraiment, ça serait pas plus mal qu'on puisse se joindre directement si besoin…
-Hm, hm…
-Je t'ai enregistré mon numéro, celui de ma mère, de Jacques, de la crèche et de Yui. Je n'ai pas celui d'ici.
-D'accord. Tiens, il y a un stylet ?
-Oui, ça fait tablette aussi…
-Plutôt petit pour dessiner.
-Oui, plus pour prendre des notes, je suppose… »
Un groupe de clients entra et Nezumi soupira :
« Bon, j'y retourne…
-Bon courage, mon cœur, lui dit tendrement Shion.
-À toi aussi, mon ange, répondit Nezumi en se levant. Je devrais être à la maison vers 6h et 1/2.
-D'accord. Tu pourras prendre le temps de te changer avant la soirée.
-Ça sera bien. »
Nezumi se pencha pour faire un petit bisou à Shion :
« À ce soir, ma petite fleur.
-À ce soir, mon joli rat. »
Shion partit un peu plus tard et échangea un signe demain avec Nezumi en sortant, Haru dans les bras.
L'après-midi se passa tranquillement pour eux. Haru fit une bonne sieste sur le canapé du bureau présidentiel pendant que Shion finissait de préparer sa réunion, qui se passa bien.
Ils rentrèrent en fin d'après-midi, Shion fit prendre son bain à Haru, puis se prépara lui-même. Il s'aperçut en redescendant au rez-de-chaussée qu'il avait reçu un message de Nezumi :
« Je vais être très en retard, mon ange, souci au boulot, rien de grave. Bref, allez-y sans moi et envoie-moi l'adresse, je vous rejoins là-bas dès que je peux. Je t'embrasse, à tout à l'heure. »
Shion sourit et répondit immédiatement :
« Les Tomodachi habitent 29 rue de l'avenir, à Chronos. Prends un taxi si tu veux, ne te gêne pas, je te l'offre. Je t'aime, mon joli rat. À tout à l'heure. »


_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/



Dernière édition par Lady Balkys le Jeu 3 Mai 2012 - 23:40, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Dim 22 Avr 2012 - 3:22

(Je fais deux posts tout de suite ça sera fait hein...)

*********

Nezumi regardait les villas luxueuses de Chronos avec un petit sourire en coin. Revenir ici, invité par une grande famille, lui, le gamin de Bloc Ouest, ancien VC qui s'y était réfugié un soir de tempête avec quasi toute la police de la ville aux fesses… Quelle ironie… Et quelle douce revanche.
Le taxi le laissa devant un grand portail. Il le paya et le remercia.
Il faisait nuit noire, il était près de 21h, mais il avait préféré repasser chez eux se doucher et se changer. Il avait nettoyé ses bottes, mit un jean noir propre, un pull gris léger à col en V sous une veste noire bien taillée, son étole bordeaux autour du cou, et Encre dedans.
Il regarda la longue allée, la grande villa tout au bout. La nuit était claire et calme, on entendait à peine le bruit de la fête. Les étoiles scintillaient doucement, si merveilleusement visibles dans cette ville débarrassée des voitures à essence depuis trois ans… Il sonna à l'interphone.
« Oui ? Répondit une voix féminine polie
-Bonsoir. Je suis Aki Kazemori.
-Un instant, je vous prie… Ah oui, M. Kazemori, soyez le bienvenu. Veuillez entrer, Monsieur et Madame vous attendent. »
Le portail s'ouvrit. Nezumi remonta l'allée tranquillement, le majordome l'attendait à l'entrée et le salua aimablement :
« Soyez le bienvenu, répéta-t-il. Je vais vous conduire au salon, souhaitez-vous que je vous débarrasse de votre veste ?
-Volontiers. »
Le majordome est un sourire fugace en le voyant prendre Encre dans sa main le temps d'enlever sa veste et son étole, puis les prit et le guida, à travers le grand hall, un escalier, quelques couloirs… Jusqu'à un immense salon plein de gens divers.
Le majordome le conduisit jusqu'aux maîtres de maison. Satoru l'accueillit très chaleureusement :
« Aki ! Soyez le bienvenu ! Quel plaisir de vous voir ! »
Nezumi sourit en lui serrant la main :
« Bonsoir, Satoru. Désolé pour le retard.
-Pas de problème, Shion nous a prévenus. Je vous présente mon épouse, Misato. »
Nezumi lui sourit, gentil :
« Enchanté, Mme.
-Moi aussi ! Répondit-elle. J'avoue que j'étais très curieuse vous rencontrer. »
Il hocha la tête sans perdre son sourire et Encre couina sur son épaule.
« Oh tiens ? Dit Misato, la remarquant. Vous aussi ? »
Le sourire de Nezumi s'élargit. Elle ajouta :
« Soyez vigilant, nous avons un chat. Il est totalement inoffensif à mon avis, mais on ne sait jamais…
- Shion m'a dit, mais cette petite peste a absolument voulu venir quand même. »
Encre le regarda et râla.
« Si, petite peste, je maintiens. »
Haru arriva en trottant, suivi de Yui et Adrian.
« Zumi Zumi tu es là !
-Coucou, mon poussin. »
Il caressa sa tête et serra la main du grand borgne et du soldat.
« Ça va, Aki ? Demanda ce dernier.
-Oui, oui, et vous deux, quoi de neuf ?
-Rien de spécial… »
Leurs hôtes s'excusèrent et les laissèrent, appelés par d'autres invités. Nezumi échangea quelques banalités en cherchant Shion du regard. Il finit par le voir, un peu plus loin, qui lui tournait le dos. Il n'a pas dû me voir, pensa-t-il avant de froncer les sourcils en avisant la jeune fille qui parlait avec lui, beaucoup trop proche et souriante à son goût. Suivant son regard, Yui et Adrian échangèrent un sourire amusé.
« C'est qui, cette gonzesse ? Grogna Nezumi.
-Arisu, la fille de nos hôtes, répondit Adrian.
-Et accessoirement, la femme de la vie de Shion, ajouta Yui.
-Pardon ?! Sursauta Nezumi.
-Oui, enfin, ça, c'est sa version à elle. » Ajouta le borgne avec un petit sourire.
Nezumi lança un regard quelque peu sombre vers la jeune fille qui ne l'avait pas remarqué et marmonna :
« OK, on va lui expliquer tout de suite. »
Il partit tranquillement, l'air de rien. Yui retint Haru qui allait le suivre :
« Laisse le faire, Haru. Je crois qu'on va se marrer. »
Arisu était ravie d'avoir pour elle seule un Shion d'aussi bonne humeur. Elle se demanda qui était le jeune homme qui approchait, l'air tout à fait tranquille. Elle sursauta cependant en voyant la suite.
Nezumi passa ses bras autour de la taille de Shion et se serra dans son dos pour lui glisser à l'oreille avec douceur et juste assez fort pour qu'Arisu l'entende bien :
« Bonsoir, mon amour. »
Shion sourit et tourna la tête :
« Bonsoir, toi. Et ben, tu te seras fait désirer. »
Nezumi sourit et en remit une couche :
« Oh oui, j'aime quand tu me désires… »
Shion rigola. Nezumi sourit aimablement à Arisu qui le fixait avec des yeux ronds, stupéfaite.
-Bonsoir, Mlle. Désolé d'avoir interrompu votre conversation…
-On parlait réformes agricoles… Arisu veut devenir ingénieur agronome. Arisu, je vous présente mon compagnon, Aki.
-Enchanté, Mlle, répondit Nezumi, l'air parfaitement gentil et aimable.
-Euh… Euh… De même… » Parvint péniblement à articuler Arisu.
Shion se tourna pour faire face à son amant :
« Rien de grave, à son travail, j'espère ?
-Non, rien de grave, mais du lourd par contre, j'en ai plein le dos… Et je meurs de faim.
-Je vais te montrer le buffet… Je vous dis à plus tard, Arisu ? »
Shion sourit aimablement à la jeune fille et s'éloigna paisiblement, sa main et celle de Nezumi entremêlées. Haru les rejoignit avec Yui et Adrian.
Ils allèrent tous au buffet se servir, puis s'installèrent tranquillement sur un long canapé d'angle, au calme. Yui était à moitié hilare de la petite mise en scène de Nezumi. Ce dernier passa un bras autour des épaules de Shion qui se cala tout contre lui.
« La tête qu'elle a faite était impayable ! Rigola Yui.
-Clair que ça valait son pesant de cacahuètes, approuva Adrian.
-Elle aura compris, cette fois… Soupira Shion.
-Ah ben là, on peut rien de plus pour elle… » Rit encore Yui.
Shion sourit en sentant la main de Nezumi dans ses cheveux.
« Ça fait longtemps qu'elle te court après, cette nana ? Demanda le serveur.
-Quelques mois qu'elle a osé se déclarer, sûrement beaucoup plus qu'elle se morfond toute seule dans son coin… Répondit Shion.
-Shion a dû l'éconduire une bonne dizaine de fois, ajouta Adrian.
-14, corrigea Shion. Il était temps que tu reviennes… Ajouta-t-il avec un sourire pour Nezumi.
-Toujours prêt à te protéger des hordes de femelles qui en ont après ta vertu, mon ange, tu sais bien ! Répondit joyeusement ce dernier.
-Comme la jolie prostituée de Bloc Ouest ?
-Exactement ! »
Ils éclatèrent de rire tous les deux à ce souvenir.
« Bon et sinon, qu'est-ce qui s'est passé à ton boulot, alors ?
-Il s'est passé qu'on a attendu tout l'aprèm une grosse livraison qui est finalement arrivée à 17h57 et que vu la masse de trucs, j'ai proposé à Jeff de lui filer un coup de main pour décharger et ranger. Et croyez-moi ou pas, mais toute une semaine de provisions, ça fait pas mal de steaks congelés et de patates, au Paddy's… Et les packs de boissons, c'est pas mal non plus. 'Tain, j'ai encore plus mal au dos qu'après avoir rangé les fûts de bière mercredi…
-Eh, Shion, je crois que ton homme veut un massage, rigola Adrian.
-J'ai racheté ce qu'il faut pour, sourit Shion. D'ailleurs, on reprend quand les entraînements ? Je m'encroûte, là, c'est pas top.
-Lundi soir, si tu veux… Répondit Adrian.
-C'est vrai que ça fait un bon mois qu'on n'a rien fait… Ajouta pensivement Yui.
-Entraînement de ? S'enquit Nezumi.
-Self-défense. » Répondit Shion.
Nezumi sursauta et regarda tour à tour Shion, Yui et Adrian, stupéfait :
« Vous avez réussi à le mettre au combat, lui ?
-C'était ça ou il avait deux gardes du corps au cul en permanence, répondit Adrian.
-Et comme il préférait le garder pour toi… Ajouta Yui.
-Eh, pas devant Haru ! » Râla Shion.
Mais occupé à jouer avec Encre, assis près d'eux, le petit garçon n'avait pas entendu. Adrian reprit plus sérieusement :
« Cela dit, il est plutôt doué… Il a une bonne gauche…
-Oh, ça, je sais, merci… » Rigola Nezumi.
La soirée se poursuivit paisiblement.
Ils finirent par sortir fumer sur le balcon. Satoru et Misato se joignirent à eux avec un tout petit homme aux cheveux et à la barbe blanche, très joyeux, presque survolté, qui vint tendre une enveloppe à Shion :
« Monsieur le Président, je tenais à vous la remettre en mains propres… »
Nezumi, qui était parti leur chercher à boire, revint avec deux verres et les tint le temps que Shion ouvre l'enveloppe et en tire une belle invitation :
« Ah, que voilà une bonne nouvelle… »
Shion regarda Nezumi et la lui montra :
« Ça, ça va t'intéresser, je pense. »
Nezumi échangea un verre contre le papier cartonné, alors que Shion lui expliquait :
« On a construit un vrai grand théâtre qui va bientôt être inauguré… M. Shibai en est le directeur. »
Nezumi sourit en voyant le titre de la pièce en préparation.
« Hamlet… C'est pas vrai… »
Ni lui ni Shion n'avait remarqué que Shibai regardait Nezumi, ayant froncé les sourcils. Puis son visage s'illumina :
« Ça alors… Yves ? »
Nezumi se figea et le regarda, stupéfait, avant d'avoir un petit rire :
« Houlà… Ça faisait un moment qu'on ne m'avait pas appelé comme ça… »
Shion sourit alors que Shibai reprenait, ému :
« Ça alors, répéta-t-il. J'ignorais que vous aviez survécu…
-J'ai été absent quelques années…
-Vous avez repris contact avec les autres survivants de L'Arc-en-Ciel ?
-Je suis revenu il y a un mois, je me pose à peine donc, non. Vous m'apprenez qu'il y en a.
-L'Arc en Ciel a été détruit et le Vieux y est resté, lui dit Yui. On a tiré la petite Muzai des décombres… Elle est au conservatoire maintenant, je crois. »
La fraîcheur de la nuit les fit vite rentrer se rasseoir au salon. La soirée avançant, certains invités commencèrent à se retirer. Shibai rejoignit Shion, Nezumi, Yui et Adrian reposés dans leur coin. Haru avait dormi un moment et squattait désormais les genoux de Yui. Ce dernier le laissait faire, résigné.
Shibai les rejoignit donc, avec Satoru et Misato alors qu'Adrian demandait à Nezumi :
«… Et tu as bossé longtemps dans ce cabaret ?
-Dans les deux ans… Un peu moins…
-Qu'un tel lieu de culture ait pu exister dans Bloc Ouest, soupira Shibai, quel miracle !
-Ça, ça tenait au Vieux, rigola Yui.
-Ouais… Quel fêlé quand j'y repense ! » Rigola aussi Nezumi.
Misato mit un disque sur une chaîne proche et un air de piano délicat vint errer dans la pièce.
« Oh, ne l'insultez pas ! Protesta Shibai. Un si grand homme !…
-Rien d'incompatible, répondit Nezumi. Son amour de la littérature et du théâtre était unique en son genre… Et sa façon de sortir sa batte pour virer les poivrots qui gâchaient le spectacle aussi. Lui et le manager nous menaient une vie impossible… Et le pire, c'est qu'on en redemandait… On était sacrément maso quand j'y repense.
-Ça, je te crois, sourit Yui. Mais franchement, c'est rien de dire que vos pièces étaient extraordinaires ! Et quel bonheur de pouvoir voir Hamlet à Bloc Ouest !… Sans compter que tu campais une Ophélie absolument magistrale !
-C'est vrai que tu étais venu voir la pièce, se souvint Nezumi.
-Oui. Je crois que Zento m'en veut encore, d'ailleurs. »
Ils rigolèrent tous les deux alors qu'Adrian demandait :
« T'en vouloir ? Pourquoi ?
-Parce que pour moi à ce moment-là, mettre le nez hors du bunker, c'était plus que dangereux… Les agents de N°6 avaient ordre de m'abattre à vue.
-J'aurais adoré te voir jouer, quand même… Soupira Shion en se blottissant contre Nezumi. Tu étais magnifique !
-J'ai du mal à vous imaginer en Ophélie, remarqua Satoru, impressionné.
-Enlevez-moi pas mal de centimètres et de muscles, mettez-moi une robe et du maquillage et ça passait très bien !
-Si je ne t'avais pas connu avant, je n'y aurais vu que du feu, confirma Yui. Tu étais vraiment impressionnant… »
Nezumi regarda le plafond, un peu gêné. Il n'avait plus trop l'habitude qu'on le complimente de toute façon, il avait toujours l'horreur de ça. Un air de valse se débuta et il y en échappatoire salutaire. Il sourit :
« Où t’en vas-tu pensée où t’en vas-tu rebelle
Le Sphinx reste à genoux dans les sables brûlants
La victoire immobile en est-elle moins belle
Dans la pierre qui l’encorbelle
Faute de s’envoler de l’antique chaland
»
Il se leva en continuant :
« Quelle valse inconnue entraînante et magique
M’emporte malgré moi comme une folle idée
Je sens fuir sous mes pieds cette époque tragique
»
Il s'inclina devant Shion en lui tendant la main :
« Shion quelle est cette musique
Ce n’est plus moi qui parle et mes pas sont guidés
»
Tous le regardaient avec scepticisme, sauf Shion qui lui souriait tendrement et posa sa main sur la sienne :
« Juste un ‘tu veux danser’, tu ne peux pas, hein ? »
Il se leva et Nezumi et posa son autre main dans son dos :
« Tu te souviens comment faire ?
-On va voir… » Répondit Shion en passant son autre main autour de ses épaules.
Ils firent quelques pas en silence puis Nezumi reprit :
« Cette valse est un vin qui ressemble au Saumur
Cette valse est le vin que j’ai bu dans tes bras
Tes cheveux en sont l’or et mes vers s’en émurent
Valsons-la comme on saute un mur
Ton nom s’y murmure Shion valse et valsera
»
L'assemblée les regardait avec curiosité ou surprise. Shion n'avait pas perdu son sourire.
« Zut j'ai oublié la suite… Murmura Nezumi après un silence. Ah si je me souviens de la fin… »
Il reprit doucement :
« Nous avons traversé le cyclone et le sort
L’enfer est sur la terre et le ciel y cherra
Mais voici qu’à l’horreur il succède une aurore
Et que cède à l’amour la mort
Shion valse encore Shion valse et valsera
Et la vie a tourné sur ses talons de paille
Avez-vous vu ses yeux Ce sont des yeux d’enfant
La terre accouchera d’un soleil sans batailles
Il faut que la guerre s’en aille
Mais seulement que l’homme en sorte triomphant
Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance
J’en retrouve toujours la neuve symphonie
Et vous qui l’entendez du fond de la souffrance
Levez les yeux beaux fils de France
»
Il lâcha Shion et s'inclina, une main sur le cœur :
« Mon amour n’a qu’un nom Mon cantique est fini »
Il se redressa et Shion se pendit doucement à son cou. Ils s'étreignirent et échangèrent un long baiser.
« Merci, mon joli rat.
-De rien, ma petite fleur. »
La soirée s'acheva peu après. Shion avait mal au crâne, il salua leurs hôtes et les pria de saluer leur fille qu'il n'avait pas revue, puis ils partirent. Shion laissa le volant à Nezumi. Ce dernier ne connaissait pas trop la route, mais le GPS, lui, le guida sans mal. Ils rentrèrent, coucher Haru s'était endormi dans la voiture, et se mirent eux-mêmes au lit sans tarder. Nezumi eut droit à massage et il s'en dormir comme à leur habitude, dans les bras l'un de l'autre.
Lorsque Nezumi, au matin, rouvrit les yeux, Shion n'était plus dans ses bras, mais un peu plus loin de son côté, lui tournant le dos. Devinant qui s'était glissé là, le jeune homme vint voir et sourit. Haru dormait paisiblement dans les bras de Shion. Nezumi se rallongea en se blottissant contre le dos de Shion et passa son bras autour de lui pour poser sa main sur la sienne, dans le dos du petit garçon.
Il sentit la main de Shion bouger pour venir se poser sur la sienne et ses doigts se glissèrent entre les siens. Nezumi sourit encore.
Une famille.
Ils se rendormirent paisiblement, sans du tout se douter qu'ailleurs dans la ville, certains travaillaient ardemment à leur perte.

À suivre dans le chapitre 7 : Le Deuxième Homme du pays

Alors qui qu'a trouvé les chansons et le poèmes ? MP ou mail pour gagner mon roman à la fin de la fic ^^ !

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Lun 23 Avr 2012 - 19:52

CONCOURS ANNULE POUR LE CHAP 6 : les réponses ont été donné publiquement sur FFNet.

Désolée et on remet ça dans la suite en espérant que cette fois les règles soient respectées.

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Skyland



Féminin Age : 30
Nb de messages : 527
Localisation : Quelque part...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mer 25 Avr 2012 - 21:54

Spoiler:
 
J'adore cette phrase ! haha

Merci d'avoir mis la suite... J'ai bien aimé le flash-back...

Et surtout vivement la suite ! youpi1

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://skyland.bloxode.com
Lady Balkys



Féminin Age : 35
Nb de messages : 1659
Localisation : Par là ...

MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Mer 25 Avr 2012 - 23:23

Merci ^^ ! On y bosse !!! :3

_________________
Viendez voir mon site qu'il est tout beau ^^ : http://ninoucyrico.fr/

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ninoucyrico.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: No°6 - Epilogue et Après   Aujourd'hui à 14:31

Revenir en haut Aller en bas
 
No°6 - Epilogue et Après
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» [AIDE] Configurer son HTC HD2 avec SFR après flashage ....
» Nouvelle : Le bonheur est dans l'après
» après moult essais, CR ne trouve pas les repères
» Epilogue, 19 ans plus tard ...
» Réapparition mystérieuse 20 ans après le naufrage

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Yaoi x Yuri :: Extras :: Vos oeuvres-
Sauter vers: